‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 131 sur 204 · S68 RECHERCHES SDR LA POPULATION DE LA GÉN^RALIT · texte numérisé non relu

S68 RECHERCHES SDR LA POPULATION DE LA GÉN^RALIT

la résoudre avec quelque sûreté. Aussi voit*on^ depuis Yauban (1) jusqu'à Gondorcet, les, auteurs varier siugulièremeot dans leurs évaluations. Ceci étant, comment ne pas concevoir quelques doutes quand on lit les lignes suivadtes dans Tintroduction dont M. Martin (du Nord) , alors ministre des travaux publics , a fait précéder le premier volume de la Statistique de la France : < La France , dans les limites de son ancien territoire , contiçnt aujourd'hui près de neuf millions de plus qu'avant 1789. Et cependant le chifli:^ des naissances a diminué. La mortalité est donc moins considérable , nos chiffres le constatent explicitement. Cette augmentation de la population par la diminution de la mortalité est un signe certain du progrès qu'a fait la condition des hommes en France depuis 1789 et de la prospérité du pays. C'est le fruit de la civilisation et de la paix. »

Ailleurs, dans le tableau qu'il donne de la population ancienne en 1700, 1762 et 178/t, le ministre évalue la population des trois généralités qui composaient la Normandie, en 1700, à l,5/i0,000 (d'après les dénombrements des intendants (2)); en 1762, à l,625,/i/|9 (â) (d'après les dénombrements individuels (&) et ceux des feux) ; en 178& , à 1,913,000 (d'après le nombre moyen des naissances annuelles). L'accroissement

(i) Vauban, Projet d'une dîme royale, II porte la popnlation du royaume & 19, 095, jl 46; 636 pei^ •onnet par lieue carrée. — Soivant Ezpilly, Dictionnaire de la France , 21,000,000, — Suivant le marquis de Mirabeau, VÀmi des hommes t en 1755, 18,107,000. —Suivant Buffoo, Histoire naittrtlle^ SS«672,077. — Suivant Messance, en 176é, 23,909,400. — Suivant Moheau, Recherches sur la iMpulaiion de la France^ en 1780, 23,500^000.— Suivant Necker, 24,825,580.— Suivant la Bibliothèque de Chomme publie, de Condorcet, Pdssonnel et Cliapclier, 25,500,000.

(2) Il n'a point été feit de dénombrement général par les intendants. Ils n*avaient point reçu pour le lUie d^instrucUons précises et, d^ailleurs, ils étaient trop mal secondés par leurs agents pour réussir dans une recherche aussi difficile. Leurs mémoires , qui auraient pu fournir la matière d^une œuvre capitale, s*ils eussent répondu aux vues de Louis XIV pour IMnstniction du dauphin, ne présentent que disparates et qu'imperfections. Remarquons cependant que, dès cette époque , ridée d*nn dénombrement tète par téCe avait été conçue par Vauban. Dans son Projet de dîme royale^ il proposait, afin d'arriver à connaître exactement et toujours la population du royaume , de diviser tout le peuple par décuries , comme le» CUnob, ou par compagnies, comme les régiments flrançais, et de créer des capitaines de paroisses pourvus du Hoi, qui auraient eu sous eux autant de lieutenants qu'il y aurait de fois 50 maisons ou environ.

(3) La marquis de Mirabeau (IMmt des homwu^ 5» édition, IV, 184) évaluait la popnlation de In Normandie» en 1760, à 1,665,200 ftmes.

{k) Ces sortes de dénombrements individuels ont dft être fort peu nombreux.

total aurait été, de 1700 à 1762 , en 63 ans, de 85,449 ; de 1762 à 1784, en 22 ans, de 287,551; de 1700 à 178/i, en 85 ans, de 373,000. La Normandie, comprenant 1,538 lieues carrées, aurait nourri, par lieue carrée, 1,101 habitants en 1700, 1,157 en 1762, 1,244 en 1784 (1).

A ce propos, nous Ferons observer qu'il eût été plus favorable de devoir Taugmentation de la population à la Técondité des mariages , qui aurait pu être considérée comme Tindice d*un progrès moral , qu'à la diminution de la mortalité , qui pourrait bien n'attester qu'un progrès matériel. Il Tant encore remarquer que le point de départ est pris dans une période désastreuse, dans le déclin du règne de Louis XIY^ et, enfin, qu'aux trois époques dont il s'agit les chiffres sont obtenus d'après des procédés absolument différents et dont on ne saurait attendre des résultats également probables. Ces procédés doivent être distingués avec soin , si Ton veut opérer avec méthode et ne point s'exposer à confondre ce qui est à peu près certain avec ce qui est tout à fait hypothétique. C'est en tenant compte de ces distinctions que nous examinerons la question de la population, en la restreignant au territoire qui se rapporte le plus à l'ancien diocèse de Rouen , dont nous avons fait le cadre de nos précédentes recherches sur les établissements d'instruction publique. Nous ne nous flattons pas de l'espoir de traiter à fond ce sujet , dont nous comprenons toutes les difficultés. Nous n'en aborderons que certaines parties, sans prétendre , pour le reste , à d'autre mérite qu'à celui de signaler des documents et d'indiquer peut-être le parti qu'on en pourrait tirer.

C'est dans l'ouvrage d'un autre ministre. De F administration des fi-nances de la France^ 1784 (t. 1, p. 286), que M. Martin (du Nord) a pris les éléments de sa statistique pour 1784. Necker, ayant à indiquer la population de diverses généralités, l'estimait, pour celle de Rouen, à 740,700 habitants. Il évaluait celle de la ville de Rouen à 72,500 habitants, celle de Dieppe à 17,000, celle du Havre à 18,000, en se fondant non point sur un dénombrement exact ordonné par l'autorité souveraine, mais sur un calcul hypothétique. Le nombre de$ habitants est obtenu en

Ci) Statistique de la France^ publiée par le ministre des traTauz publics, de ragriculture et de commerce'. Paris, imprimerie rojale, M DCCC XXX VII.

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