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RECHERCHES SUR LA POPULATION DE LA GJ^NÉRALITÉ

maltipliant le chiffre des naissances, facile à constater, par un chiffre convenlionnel, dont nous parlerons bient6t, ce qui ne peut donner lieu qu*à une sorte de probabilité. C'est ce qui doit nous mettre en garde contre les évaluations de la Statistique delà France, qui n'auraient dft être pro* posées que sous Torme de doute et avec la plus grande réserve. Le chiffre donné pour 178/t est, en effet, obtenu d'après un système qui, s'il eût été appliqué à la détermination du nombre des habitants de la France, en 183/i , eût été défavorable à notre siècle , puisque , suivant M. Martin (du Nord), le chiffre des naissances, loin de s*accrottre, aurait di^ minué (1),

Avant Necker, Messance, secrétaire de l'intendant M» de la Micbodière, avait été conduit à évaluer la population de la généralité de Rouen , en 1766, à 752,01 &, y compris les habitants du cbeNieu et les ecclésiastiques. De même que Necker, il avait opéré, d'après le chiffre des

naissances, qu'il s'était cru fondé à multiplier par 27^ 4* Cependant on trouve dans l'ouvrage de Messance (2) le dénombrement de 105 petites villes, bourgs et paroisses de la généralité de Rouen, où les habitants sont distingués par sexe et par âge , et tels qu'ils avaient été comptés tête par tête en 1762 et 1763. D'après ses observations, les familles

auraient été composées, les unes dans les autres, de 3 personnes -^-j—*

20 familles auraient représenté 76 habitants. Rouen aurait eu une population de 62,153 habitants , répartis entre 10,533 feux ou familles,

composées, les unes dans les autres, de 6 personnes -j|^ , de manière que

30 feux auraient équivalu à 180 habitants (3). La même ville avec sa banlieue aurait compté 82,347 habitants; Le Havre, l/i,79&; Dieppe,

(4 ] • La population nationale montait rapidement. Dans son grand ouvrage De C administration dê$ finances^ publié eu i7SÂ, Necker évalue le nombre annuel des naissances à 1,000,000 et celui des décès à 818,000, soit un excédant de 183,000 existences nouvelles par an, ce que nous sommes très^oin d^égaler aujourd'hui, b M. Léonce de Lavergue, Économie rurale de la France depuiê 1780.

(2) « Recherches sur la population des généralités d* Auvergne, de Lyon, de Rouen et de quelques autres provinces et villes du royaume, par M« Messance, receveur des tailles de Télection de St-Étienne» Paris, 1766, in-&". • On peut encore répéter ce que Moheau disait de ces Recherches : c qu'elles ont plus de mérite que de célébrité. •

(3) Vétat des renteignements qui doivent être fournis auant le iO octobre 1791 donne à la ville de Bouen 11,82/^ feux.

ET DO DIOGÈSB DK ROUEN AVANT 1789. 371

17,880; Yvetot. 5,069. Les naissances de 1752 à 1762 auraient été supérieures à celles de 1690 à 1700 de 2,â/i6 sur 120,691, ce qui faisait

une augmentation en faveur de la population , en 1766, de 511-^^ et donnait une proportion de 823 à 839. De 1690 à 1700 , 16 mariages auraient fourni 67 enfants j; de 1752 à 1762, 16 mariages n'auraient plus fourni que 67-^. Les morts de 1752 à 1762 étaient inférieures à celles de 1690 à 1700 de 33,&97 sur 135,235, ce qui faisait une diminution dans la mortalité d^un peu moins du quart et donnait une proportion de 128 à 109. La différence d'une époque à Tautre, sous ce rapport, était attribuée avec beaucoup de vraisemblance par Mossance à la mortalité de 1693 et 169/i » qui aiQigea horriblement notre province.

Il faisait observer que la population de 1752 à 1762 avait un grand avantage sur celle de 1690 à 1700 , en ce que les morts de cette époque dépassaient de beaucoup les naissances, tandis que les naissances de 1752 h 1762 excédaient les morts.

Les mariages de 1690 à 1700 avaient produit, les uns dans les autres,

A enfants j^. Les mariages de 1752 à 1762 avaient produit, d'autre part, les uns dans les autres, 3 enfants ^^^; d'où il résultait que les mariages de cette époque avaient été moins féconds que ceux de la première d'environ un septième. EnGn , on aurait compté dans la généralité par lieue carrée 1,258 habitants, ce qui est à peu près le chiff*re indiqué pour l'année 1784 par la Statistique de la France. Mais l'exactitude de ce chiffre devient fort douteuse quand on réfléchit que Mcssance n'avait à sa disposition que des cartes très-imparfaites, puisque celles de Cassini sont postérieures à celte époque.

Si les chiffres de Messance étaient exacts , il faudrait , en les comparant à ceux de Necker, conclure que la population de la France avait diminué plutôt qu'augmenté de 1766 à 178&. Necker évalue i 740,700 habitants la population de la généralité de Rouen en 1784, Messance l'évalue à 752,014 en 1766.

Mais il est certain que cette différence doit s'expliquer par la manière différente dont les calculs ont été faits. Messance a multiplié le chiffre

des naissances en général par 27 ^ ^, et même celui des naissances de

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Boucnpar29. I^ecker a adopté pour muliiplicateur 25-^, et de la sorte

il est arrivé, pour la France culiëre. à un tolal de 24,229,075 individus.

C'est par un procédé analogue, mais en employant un multiplicateur mitoyen entre celui de Neckcr et celui de Messance, que fut établie la population de la France dans un mémoire présenté par MM. du Séjour, le marquis de Goudorcct et de La Place à TÂcadémie des Sciences eo 1783. Le système consistait à placer sur chaque nom marqué dans les cartes de Cassini Tannée commune des naissances et à la multiplier par 26 (1] , quand il s'agissait de la population rurale, « la partie de la nation la plus précieuse, puisque la culture ne peut être florissante que par le grand nombre des habitants de la campagne. » Ce mémoire était dû à « un magistrat ('2) recommandable par son amour pour le bien public, qui avoit reçu ordre de la part du Roi de continuer, pour sou gouvernement, des recherches que son zèle lui avoit fait entreprendre^ il y avoit près de 30 ans, dans les provinces de F Auvergne et du Lyonnais, dont il avoit été intendant. 11 avoit depuis suivi ces recherches comme particulier. C'étoient ces premiers essais que ce magistrat respectable présen toit à TÂcadémie des Sciences. « Ils furent publiés dans les Mémoires de cette Société, de 1783 à 1786 (3).

On peut juger par ce que nous venons d'exposer da degré de conflance quMl convient d'accorder aux diverses recherches qui ont été faites sur la population de Tancienne France (/t).

(1) Suivant Moheau , le terme de proportion qui paraissait le mieux convenir pour la France en général élail celui de 25 -. Recherche» et considérations sur la population de la France, 1778, in-S**, p. A2.

(2) Probablement M. de la Mîchodière, qui Tut saccessivemeut intendant des généralités d^Auveiigne, de Lyon et de Rouen , et lieutenant général de police à Paris.

(3) Sous ce titre : t Essai pour connoitre la populuUon du royaume et le nombre des habitants de la campagne, en adaptant sur chacune des cartes de M. Cassini l'année commune des naissances, tant des Tilles que des bourgs et villages dont il est fait menlion sur chaque carie. • Volume de 1783, p. 703.

(4) Peut-être le moyen le plus sftr de se former une idée exacte du progrès de la population sous^ rancienne monarchie seraît-il de poursuivre ropéralion de Messance, en relevant, pour les différentes pa-» roisses d^un territoire déterminé, le chiffre moyen des naissances, des mariages et des décès pour les péiiodes décennales de 16&0 à 1650, de 1590 à 1600, de 1550 à 1560. Les registres de rétat dvil con-

/ \ serves dans les greffés des tribunaux de l'* instance permettraient d^entreprendre ce travail , en Nor-

mandie du moins. Pour un assez bon nombre de paroisses de rancîen diocèse de Rouen , les registres de l*élat civil commencent avant le milieu du XVI* siècle. Go en trouve même pour Harfleur dès 1531» pour Monlivillien dès 1533. Mais ces premiers registres ne contiennent que des actes de baptême et de

ET DU DIOCÈSIi DE ROUBN AVANT 1789. 37S

Les coDstatatioQs relatives , non plus au chiffre de la population , mais simplement au mouvement de la population , donnent lieu à moins d'objections. Mais les états qui les Tournissent ne remontent pas, il Huit le remarquer, à une date très-éloignée. Ce Tut en 1772, en effet, que Tabbé Terray, contrôleur général des finances, manda à tous les intendants que Tintention du Roi était qu'ils adressassent tous les ans au ministre de ses finances un état divisé par cplonnes du nombre des naissances, des mariages et des morts de toutes les paroisses, de leur généralité. Ces ordres furent exécutés et, à partir de ce temps , le ministre des finances présenta , année par année, au Roi le tableau des naissances , des mariages et des décès de toutes les généralités du royaume*

Les résultats de comparaison de Tannée 1775 avec la précédente constatèrent un progrès de population. 11 y eut plus de naissances en 1775 qu'en mil. En 1779, le nombre des morts excéda celui des naissances d'environ un quinzième, ce qui fut attribué par l'intendant à l'épidémie dyssentérique dont la plus grande partie de la généralité Tut affligée. Il en fut de même dans la généralité de Paris, où le nombre des morts de l'année 1 779 surpassa de /i,221 celui de l'année 1778. Mais, cette même année 1779, il y eut dans la généralité de Rouen 8,600 mariages, tandis qu'en 1778 il n'y en avait eu que 7,602. On compta dans le même territoire, en 1782, 28,507 naissances, 26,061 décès, 7,266 mariages ; en 1783, 28,3&7 naissances, 29,/i97 décès, 7,&78 mariages, résultat d'autant plus affligeant que , par comparaison avec ceux des quatre années antérieures, le nombre des naissances y avait diminué, que les décès y excédaient les naissances, ce qui, depuis 1/i.ans, n'était encore arrivé qu'en l'année 1773; qu'enfin les mariages ne s'y trouvaient pas dans la proportion nécessaire pour réparer , dans les années suivantes , la grande perte que la population avait éprouvée.

En 1784, le chiffre fut de 27, &85 pour les naissances, de Ifikil pour

mariage. Un fait nouveau à signaler, c'est qa*ib étaient dressés en vertu de prescriptions ecclésiastiques €t tout d*abord dans un but puremeut religieux. Un statut sjnodal de Montivilliers , du 17 juin 1521, enjoint aur curés la tenue d'un registre spécial pour les enCints baptisés : c Item precipitur vobis ut habealis regisira infiintium per vos bapliiatorum , inserendo Inibi nomina patrum et malrum necnos patrinorum et mairinarum. • Il ne fut question des registres de mariage que quelques années après* JLes registres d*iuIiumaUon vinrent en dernier lieu.

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les mariages, de 26,376 pour les morts. L'excédant des naissaoces sur les morts ne fat que de 1,109.

D'après un tableau publié par M. Tabbé Le Coq à la suite de son Dictionnaire topographique de la généralité de Rouen , Tannée commune de t78& à 1787 Tut : pour les naissances , de 28,35A ; pour les mariages, de 7,98&; pour les décès, de 27,038. De 1781 à 178A, Tannée commune arait été : pour les naissances, de 27,917; pour les mariages, de 7,500; ponr les morts, de 27, 521, L'excédant des morts sur les naissances , qu'on pouvait remarquer dans les élections de Pont*Aiidemer, de Neufchàtel, de Cbaumont et d'Évreux, était attribué an grand nombre de décès parmi les enrauts-trouvés envoyés dans quelques-unes des paroisses de ces élections par les hôpitaux de Rouen et de Paris. ^

En 1788, diaprés Tétat général transmis au ministère, on comptait dans la généralité de Rouen 29,6&5 naissances, 7,6&2 mariages , 27,385 décès.

Suivant les calculs de M. Tabbé Le Coq, on pouvait conjecturer que cette généralité, composée de 1,798 villes, bourgs ou villages, était peuplée de 737,20/i habitants de tont sexe et de tout flge. Ce résultat était obtenu en multipliant par 26 Tannée commune des naissances de 1784 à 1786.

Le même auteur estimait que la généralité de Rouen comprenait de 957 & 958 habitants par lieue carrée de 1,000 toises, f ce qui n'o&bait qn^nne diflërcnce apparente entre le nombre des habitants par lieue carrée rapporté dans le livre de V Administration des finances , oii 11 était flxé, pour les trois généralités de Rouen, de Caen et d'Alençon, à 1,170

par lieue carrée de 2,282 toises -j. •

Ce qui, à première vue du moins, pourra causer quelque surprise , c'est que, malgré la misère, Témfgration et la guerre, les tableaux du mouvement de la population pour Tannée 1792 donnent des résultats plus favorables que ceux dont Tabbé Le Coq indique Tannée moyenne dans son Dictionnaire topographiçue (1). Nous avons relevé, dans cet ouvrage

(f ) Le nombre des naissances, des natiages et ûés jKoèi de chaque munidpaîité est indiqué dans les êênonfliieinents de population par districts, dressés conAmnément aui décrets de la Confenf ioa natiomdn des 11 et 90 août 1793. Nods avons dit que ron oomerrait aux arcUves les états de é districtti 8 perdus ou, du moins, n^oot point encore élé retrouvés.

BT DD DIOCèSB DE ROUEN AYANT 1789. 375

et dans les tableaux de 1793, les chiffres de toutes les commuDautés , et iFOici ce que nous avons trouvé :

On comptait dans le district de Cany (calcul fait pour 132 communes ou paroisses) , en 1792, 2tl68 naissances» 558 mariages, 1,382 décès, au lieu de 1,969 naissances, 555 mariages, 1,821 décès, année commune de 1761 à 1787 ; — dans le district de Gournay (calcul Tait pour 9& paroisses), en 1792, 1,105 naissances, 310 mariages, 8/i/i décès, au lieu de 880 naissances , 297 mariages , 981 décès , année commune de 1781 à 1787 ; — dans le district de Montivilliers (calcul fait pour iZk communes ou paroisses) , en 1792, 3,322 naissances, 909 mariages, 2,096 décès, au lieu de2,59/i naissances, 701 mariages, 2,511 décès, année commune de 1781 à 1787; —dans le district de Rouen (calcul fait pour 122 communes ou paroisses), en 1792, 5,628 naissances, 1,77/t mariages, S,92& décès, au lieu de 6,871 naissances, 1,281 mariages, /i,736 décès, année commune de 1781 à 1787. La ville de Rouen se trouve comprise dans ce calcul.

Avant qu'on se fût avisé de déterminer le chiffre total de la population au moyen de celui des naissances, la base la plus communément adoptée pour arriver à la solution du problème était le nombre des feux des diverses localités» C'étaient par les feux que s'établissaient la taille et le fouage ou monnéage. C'était également par les feux, chefs de famille ou paroissiens, que se comptaient les habitants des paroisses dans les documents ecclésiastiques. C'était encore par les feux que s'était déterminée une autre imposition ecclésiastique, accordée aux églises cathédrales de certains diocèses , ordinairement appelée I Débite.

A la fin du XYIP siècle, on comptait, dans la généralité de Rouen : pour l'élection de Rouen , 15,386 feux ; pour celle de Pont-de-l'Arche, 7,398; pour celle d'Andely, 9,628; pour celle d'Évreux, 11,435; I pour celle deMagny, 6,723; pour celle de Gisors, 7,266; pour celle

de Lyons, &,7A0 ; pour celle de Caudebec, 16,A/t6 ; pour celle de Montivilliers, 16,687 ; pour celles d' Arques et de Dieppe, 19,393 ; pour celle d'Eu , 6,205 ; pour celle de Neufchâtel , 9,007 ; pour celle de Pont- Auderaer, 20,845 ; pour celle de Pont-l'Évêque, 13,086.' Total : 16A,2ft6 feux. L'inteudant de Rouen évaluait la population totale de la généralité.

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en cbiiïrcs ronds , à 700,000 âmes. Boulainvilliers rapporte ces chiffres dans son ouvrage intilulë : État de la France, qui n'est autre chose qu'un résumé des mémoires rédigés par les intendants pour servir à l'instruction du duc de Bourgogne, d'après des ordres du Louis XIY qui portent la date de 1G97.

Dans la Description de la France par généralités, Dumoulin évalue le nombre des feux de celle de Rouen, vers 1755, à 155,506 (non €ompris la ville capitale] , dont 15,285 étaient privilégiés et ne payaient que la capitation.

D'antre part, Neckcr n'évaluant la population de la généralité qu*à 6&0,700 habitants en 178/i, l'abbé Le Coq l'évaluant à moins encore en 1788, on serait tenté de conclure que, dans le cours du XVilP siècle la population , loin de s'accroître , aurait diminué.

Ce résultat paratt improbable à première vue et ne saurait être admis de confiance. Les mémoires des intendants , remarquons*le , ont été rédit^és à une époque de grande misère , à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes , au milieu des calamités causées par la guerre et par des épidémies meurtrières. C'est en 1695 que Fénelon avait le courage d'écrire à Louis XIV : « Vos peuples , que vous devriez aimer comme vos enfants et qui ont été jusqu'ici passionnés pour vous , meurent de faim. 1^ culture des terres est presque abandonnée et les campagnes se dépeuplent. Tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti , la France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. > Le maréchal Yauban , quelques années plus tard, dans son Projet de dîme royale^ traçait de la misère du pays un tableau lugubre , qui n'explique que trop bien les plaintes patriotiques de Fénelon et qui donne de la vraisemblance au portrait en paysan français , esquissé en quelques mots par La Bruyère (1).

Tout attestait, vers la Gn du règne de Louis XIV, une décadence très-sensible, et il parait impossible qu'il n'y ait pas eu, au XVIIP siècle, malgré les erreurs de la politique , un progrès dans la population , de

(i) • Bien avant le eommeneement de la fin, que généralement on fiilt dater de la gnerre de Succèssloa, les silcodeurs do rè^ne déjà ne couyroieut qu'angoisses, que misère et désolation; elles aboutissent» dès avant 1700 , ù h disparition d*uu tiers de la populalioo , au dénCùnent le plus enUer. • J. E. Hom» rÉcOHomiê politique tarant les phytiocraieSt p. 20.

même qu'il y eut certainement une amélioration très-marquée dans la condition dç la classe agricole. Et pourtant Boulainvilliers , qui écrivait en 1720, affirmait que le nombre de 700,000 âmes , non compris Rouen, donné comme. le chiffre de la population de toute la généralité de Rouen, allait en diminuant de jour en jour. Suivant lui, c les années de cherté avoient emporté beaucoup de monde; la guerre, les milices et enfin la misère en fesoient sortir incessamment de la généralité , de sorte qu'on s'apercevoit que les hommes manquoient pour le travail ordinaire et que plusieurs terres demeuroient incultes pour cette raison. » Ailleurs il ajoute : c De 700,000 âmes, dont la généralité étoit composée, s'il en reste ce nombre , on peut assurer qu'il n*y en a pas 50,000 qui mangent du pain à leur aise et qui couchent autrement que sur la paille, t

En 1772, M. de Crosne, consulté par M. l'abbé Terray, contrôleur général, proposait quelques objections contre l'augmentation projetée de la quantité de sel d'impôt et affirmait que la population n'était pas plus considérable alors qu*en 1697 (l).

Quelle que soit la valeur de ces deux autorités , nous nous croyons fondé à affirmer que le chiffre de la population, loin de s'abaisser, s'éleva dans une proportion notable sous les règnes de Louis XV et de Louis XYL Le sentiment contraire a eu pour cause le terme de comparaison fourni par M. de La Bourdonnaye, dans son mémoire sur la généralité de* Rouen eu 1698, et les plaintes de quelques économistes du XYIIP siècle. Ce mémoire , composé à la hâte , fourmille d'erreurs , ainsi que Boulaiuvilliers lui-même l'a reconnu. Cela eût Aà mettre cet auteur en garde contre l'évaluation qui y est faite de la population (2).

L'augmentation de la population devient évidente quand- on consulte les documents où est indiqué le nombre des feux des paroisses avant la Révolution* Mais il faut avoir soin de ne s'appuyer que sur des documents officiels et authentiques, tels que les rôles de tailles, les projets du département des tailles , les dénombrements des paroisses , des feux et des personnes composant les greniers d'impôt des diverses généralités,

(1) Arch. de la S.-Inf. C. 607.

(2) Molieau fait observer avec raison que les étals donnés par les intendants, vers la fin du XVII* siècle, n'avaient point de caractère de certitude, pobqu'ils n*ont point indiqué les observations qui fondent leur opinion* Ouvrage précité^ p, 6S«

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