LES DROITS DB UBA
En i28A , il était constaté, par ane charte de Philippe le Bel , datée de Paris, aa mois de juillet (i), que, depuis longtemps, il existait un litige entre les abbé et couvent du Mont-St-Michel et les gens du roi , à Toc^ casion des esturgeons arrivant à varec sous la roche de Genêts, subtus rocam de Genetio. Les moines soutenaient qu'en vertu d'une charte et d*un long usage ils n'avaient jamais cessé de jouir de ce droit. Une enquête fut ordonnée , la charte de donation fut produite et un arrêt de la cour du roi adjugea les esturgeons aux propriétaires de la pêcherie de Grossein (2).
Le 9 décembre de la même année 128&, le bailli du Gotentin, Chrétien de Chambellan , en exécution de cet arrêt , leur fit délivrance d'une baleine échouée sur les grèves (3).
Quelques années plus tard, en 1290, la même question fut soulevée pour une baleine et résolue par une lettre du bailli du Gotentin en faveur des mêmes religieux {h).
Le prieur de Tombelaine recevait chaque année , du prévôt de Genêts^ treize livres tournois et trois saumons (5}*
Enfin, sous l'administration de Jean de La Porte, qui fut abbé de 1314 à 1336 , le vicomte d'Avranches revendiqua un navire qui était venu à la côte et qui s'était brisé non loin du port ; le vicomte fut débouté de sa demande et l'épave adjugée à l'abbé (6).
Sur le même littoral, entre Genêts et Gran ville, à Bouillon et près de l'embouchure de la rivière le Thar , le Mont-St-Michel avait la dtme des pêcheries en pierre qui y étaient établies et de la mare ou étang de Bouillon , mara de Boullo. Toutefois , l'évêque de Goutances retenait la dtme des soles qui étaient pêchées depuis Cardel jusqu'au Thar (7).
Une autre pêcherie, située à Donville, avait primitivement été donnée au monastère par un chevalier du nom d'Alain de Saint-Pierre; mais
(i) Gart nomu, n* 1039.
(S) Ibid.
(3) Cart. du Mont•S^Michèl , dié par M. L. Delisle dans m ardcle sur les bailUi du Cote&dn (ap» Jfem. dês Anu^ U XIX, p. 81).
(A) VÀvr€mchin^ «te, u H, p. 6S8. — liSft. du M^nt^St'Mkhtl^ par Pabbé Desroclies, t II, p. SS»
(5) U>id.
(6) Id., p. S&5.
(7) Id., t. I, p. k»h.
AD MOTBN-AGB, A81
elle avait été cédée, en il78, à Tabbaye de I^ Luzerne par Martin, alors abbé (1).
La célèbre famille de La Haye , fondatrice de Lessay et de Blanchelande, avait aussi doté plusieurs prieurés de cette côte ; elle avait, entre autres, aumône à Tabbaye du Mont-St-Michel le prieuré de St-Germainsur-Ay, auquel était attaché une grande étendue de dunes ou miellés. Les moines y exploitaient des salines. En 1186, ils se plaignirent au seigneur de la baronnie de La Haye-du-Puits , Richard du Uommet, connétable de Normandie, de ce que les habitants du canton venaient chercher de la tangue dans ces grèves et empêchaient ainsi Textraction du sel. Une charte intervint, qui défendit aux hommes de la baronnie d'enlever de la tangue sur le territoire appartenant au prieuré, à moins d'obtenir Tautorisation de Tabbé et de se soumettre aux conditions qui leur seraient imposées (2).
Cette propriété des grèves fut, jusqu'à la Révolution de 1789, la source de nombreuses contestations. L'abbaye , en sa qualité de titulaire des baronnies de St-Pair et d'Ardevon, qui comprenaient un certain nombre de paroisses riveraines de la baie, prétendait exercer tous les droits de tangue, varec, gravage, etc. ; elle résista énergiquement à l'État, qui , vers la fin du XYIIP siècle , avait concédé les grèves à un sieur Quinette (S).
Sons Louis XI , vers 1&62 , les religieux échangèrent le marché de St-Pair et leurs biens de Granville pour la pêcherie et les moulins de Pontorson , dont ils' avaient la baronnie depuis Guillaume le Conquérant (&).
C'était là que finissait , au Couesnon , la Normandie marine^ qui commençait à la Dives. A l'orient et à l'occident , ces deux rivières payaient donc leur tribut aux deux plus opulents monastères bénédictins ; et, entre ces deux limites , nous l'avons montré , il y avait peu de points, sur ce long littoral , qui ne fussent aussi tributaires des autres établissements religieux de cette partie de la province.
(i) VAwranehin, etc., U II, p. 8i.
(2) Arcb. de la Manche.— Charte originale.
(8) Du dont, mariUt p* 64*
{h) VAvranchin, etc., p. 268 et A4d«