‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 172 sur 204 · TROUVEES, EN MARS 1871, A SAIKT-OUBN DE ROUEN · texte numérisé non relu

TROUVEES, EN MARS 1871, A SAIKT-OUBN DE ROUEN

qui ne ressemblait pas mal à une fondation antique. Les bouts et les c6tés étaient faits avec de gros silex à peine taillés et soudés à Taide de mortier. A St-Onen, le silex était remplacé par le moellon, des fragments de pierre et des tuffeanx. A Bouteilles , le couvercle se composait de brèches posées sans art 'et simplement liées avec du mortier. Le squelette renfermé dans Tintérieur ofltait sur sa poitrine une croix de plomb avec formule d* absolution. A ce cercueil, daté parla paléographie, nous en ajouterons un daté par l*histoire (1).

Le 9 juillet 1672 , des ouvriers occupés à creuser les fondations de la tour occidentale de Féglise de St-Méiaine de Rennes, rencontrèrent un cercueil en maçonnerie se rétrécissant vers les pieds et recouvert de grandes dalles plates. Une croix de plomb placée sur Testomac du défunt indiquait la sépulture de Constance , duchesse de Bretagne , fille de Guillaume le Conquérant et femme d*Allain Fergent, décédée en 1091 (2).

Toutefois nous ne voudrions pas affirmer que la forme sépulcrale que nous venons de décrire, soit en maçonnerie, soit en moellons juxtaposés , n*ait jamais franchi le XIP siècle. Un document écrit nous apprend que Nicollas Gellant, mort évèque d'Angers en 1290, fut enterré » m sarcophago de tuffelîo de variis pedis composùo » (ô). Nous croyons aussi qu'il faut attribuer an XIII^ nècle une tombe du genre des nôtres, rencontrée à Arnndel, en Angleterre .(&) , et pr<y* babtement les trois cercueils de pierre trouvés en 1851 , par M. Charma , flans le cimetière de la léproserie du Câtillon , à Bénouville-^ur-Ome (5).

Chose surprenante: nous n'avons jamais trouvé un seul vase dans oes cercueils; rarement autour d'eux. Nous en concloons qu'aux XP et XIP siècles Tusage des vases funéraires pour Teau bénite et pour Fencens ne subsistait pas encore pour nos trépassés , on, du moins, qu'oo

(i) L'abbé Cochet, Sépult. ehrit, de la période angto^ormande trmtvéeê d BùUieilUs en I8i7« p. S1-&0.— Id., OiUtetin monvuunîatf t. XXV, p, t79*29&.

(t) L*abbé ClocheCt JSéjmlU ehrit» de La période anglo^norm» trouvéeê d Bouteilles en 4857^ p. 23.

(8J Dom Luc d^Achery, Spieilige^ L X, p. 351. — DeGer?iUe, Smoi sur les sarcophages ^ dans le» Mém. de la Soe. des Antiq. de f Ouest , ijjl, p. 21 B.

(i) Sutsess archwotogiial eoUealmu , loL III , p. 80.

19) Ghama, Rapport sur des fouilles exécutées au Cdtillon en 185i> et Mém. de la Soc^ des Antiq^ de la Norm.^ U XIX, p. &92, 496.

496 NOTICE SDR DES SéPULTCJRBS CHRÉTIENNES,

ne jetait pas encore dans la tombe les vases destinés à ce service. Aussi » jusqu^à présent, nous n'avons véritablement que les croix d'absolution pour dater ces sépultures.

Toutefois la position des mains est de nature à fournir une observation sur les inhumations de cet âge. Au moment où ces cercueils s'introduisent parmi nous , les bras sont pieusement joints sur la poitrine dans une attitude de prière et de repos ; les avant-^bras se croisent et les mains touchent les coudes. Cette attitude, qui est celle de cet âge , se retrouve ici généralement»

Toutefois il n'est pas sans exemple de voir les mains jointes sur la poitrine.

J'ai un détail à ajouter à propos des cercueils de ce temps, et sur Tempire de l'habitude on , si Ton veut, de la mode. Dans le milieu où nous sommes et parmi les sarcophages faits de pièces et de morceaux , il s'est trouvé quelques cercueils en pierre de Vergelé d'un seul morceau et ayant tous les caractères des tombeaux francs des YI®, YIP et Vlir siècles. Pour nous, ces cercueils étaient , comme nous l'avons déjà dit des mobilisés , d'anciens sarcophages , rencontrés par les fos* soyeurs du XIP siècle et utilisés par eux pour des personnages de leur temps. Gela est si vrai que , les couvercles primitifs manquant , on y a suppléé par une série de pierres plates, juxtaposées comme on savait le faire alors. De plus, comme la coutume s'était introduite de faire des réceptacles ronds ou carrés pour la tête, et que les auges franques n'en avaient point , on y suppléait en plaçant deux chantiers de pierre , ce qui équivalait à l'entaille prise à même la pierre du pays. Gomme on le voit , on ne peut mentir à son origine , et , parmi nos pères , nul n'a songé à nous tromper. La critique, d'ailleurs, et la connaissance du passé faisaient alors complètement défaut

Avant de passer à la troisième couche de nos cercueils , j'ai encore une observation importante à faire. Elle est relative à une couleur violette, qu'on remarque sur un grand nombre de squelettes de cette période. Gette teinte , qui s'attache principalement aux os des jambes , des bras et de la tète , était surtout visible dans lés cercueils en maçonnerie ou en pierres juxtaposées , dans lesquels la terre n'avait pas pénétré. L'interposition de la terre avait tellement pour effet d'anéantir

Page 1