‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 173 sur 204 · TROUVÉES , EN MARS 1871 , A SA1NT-013EN DE ROUEN · texte numérisé non relu

TROUVÉES , EN MARS 1871 , A SA1NT-013EN DE ROUEN

crtle coloration, que, dans, les sarcophages remplis de terre seulement' vers les pieds , les ossements avaient la teinte grise et étaient solides comme partout ailleurs, tandis que vers la tête, dans la partie vide du cercueil , les os , teints en violet et brillants de salpêtre , s'en allaient en poussière au moindre contact.

Ce n'est pas la première fois que , dans des fouilles archéologiques , cette particularité se présente. En 1866, dans un mémoire lu au Congrès des Sociétés savantes tenu à la Sorbonne de Paris, M. le comte de Pibrac a parlé d'ossements anciens récemment découverts dans une crypte d'Orléans. Ce savant archéologue , ayant reconnu sur quelquesuns de ces os des traces de couleur violette , a supposé qu'ils avaient passé au feu. Un ou deux de ces ossements se trouvant placés sur le bureau de la section d'archéologie , je les ai examinés et ai cru reconnaître sur eux une teinte violette bien prononcée. Ces ossements toutefois ne me parurent nullement avoir passé au feu. Je considère la teinte violette qui les recouvre comme un pur effet physique , et je rattache ce fait à la série de ceux que je vais citer.

• < En 1807 , lorsqu'on détruisit à Paris l'antique église de Ste-Geneviève, on découvrit plusieurs tombeaux de cette royale basilique. Deux tovants illustres , MM. Fourcroy et Vauquelin virent avec étonnement deux squelettes dont les os étaient teints , depuis les côtes jusqu'à la moitié du tibia , d'un beau violet foncé. Ils jugèrent, contre divers avis opposés , que la matière colorante qui s'était épanchée sur les ossements n'était qu'un simple résultat de la décomposition des corps eux-

m^mes » (1).

Ce même fait , que nous avons puisé dans un travail de M. Hyacinthe Langlois , est cité par M. Alexandre Lenoir lui-même, dans les Mémoires de r Académie celtique (2). M. A, Lenoir, à ce que nous pensons du moins, était chargé de surveiller les découvertes faites pendant les travaux de démolition.

- En 18/(5, M. Godard-Faultrier découvrit à Angers, dans l'église de

(i) Hyacinthe Lang;loi8, lYofice jvr des tombeaux gaUo^ramains découverts d Rouen en 1827 et 18S8, et Mim. de la Soe. des Antiq, de Norm,, U IV, p, 2&2« (t) T. !•' , p. 858.

A98 NOTIGB SOR DBS SÉPULTURES CHBÉTIBNNBS,

Toussaint , le cercueil de Tabbé Robert P' , qui vivait^ au XIP siècle.> « Les restes de son crâne offraient une légère coucbe brillante et vio* lacéCt qui vraisemblablement était du pbospbate de chaux, cristallisé » {l\

Vers 1860 , M. Tabbé Decagny , curé d'Ennemain ( Somme ) , a trouvé dans le cimetière de sa paroisse , située près Péronne, un ancien torn*^ beau en pierre taillée et scellée , qui , sans vases ni monnaies , avait sur ses os consumés une teinte violette.

Nous-mème enfin, dans le cimetière chrétien de Bouteilles, près DieppOi nous avons rencontré , en 1857 , un cercueil du XIV siècle , composé dq moellons réunis à Taide du mortier. Comme la terre n'avait point pénétré dans ce sarcophage, nous avons pu voir le corps dans son état primitif. Ce n*est pas sans étonnement que nous avons remarqué une teinte violette très-prononcée sur les parties proéminentes des ossements. Ayant remis quelques portions de ces os à M. le docteur Delattre pour les analyser , ce chimiste a reconnu qu'à Bouteilles , comme à Paris » la teinte violette était due à une matière animale (2).

La troisième couche, que j'appellerai carlovingienne , allait de 2 mètres à 3 mètres 60 centimètres du sol (Voir planche II). Cette couchç nous a donné de cet fige six cercueils entièrement semblables pour la matière et la forme. Ces sarcophages, lourds et massifs, sont en pierre do pays , d'un seul morceau ; ils viennent ou de la carrière de Bihorel f qui appartenait aux moines de St-Ouen , probablement depuis la fondation du monastère , ou bien des carrières de Caomont , exploitées pendant tout le moyen-^âge sous le nom de Yal-des-Leux. Us sont presque égauY aux pieds et à la tête ; les pieds sont généralement amoipdris compor rativement .au haut du corps. La forme pesante et rude de ces sarcophages a quelque chose des tombeaux romains des IV et Y" siècles^ Le type du couvercle, presque toujours d'une seule pièce, comme les auges elles-mêmes , a quelque chose de bombé et de semi-circplaire ; mais ce qui les distingue entièrement des cercueils antiques, c'est un emboitement circulaire pour la tête , pratiqué à même la roche. Ici Ufim-

(i) Godard^aultrier, Répertoire archiolo(fique de C Anjou, août 486i, p. 251. (2) L'abbé Cochet, Sépult. chriu de la période anglo^orm, trouvées à BçuteiUêSf près Dieppe ^ eu 857, p. 8 et 9. — ld«, Bulletin monumental, t XV , p. ii0-ii2.

TROUVâBS, EN HABS t871 , A SAINT-OOEN DB RODBN. &99

iKitteinent est rond, tandis qu'il est carré dans les cércneîls Taits de plusieurs morceaux. Nous doonous ici trois de nos cercueils carlo-

..S.?S^./tar J^l/fv...

cncDEiL CiuOTiiwin.(iO«iH, 1871).

Tingiens de Rouen : l'un est fermé , tandis que les deux autres sont ouverts.

500 NOTIGB SUR DBS SlSPULTUEBS CHRÉTIENNB8 ,

. Nous connaissons un sarcophage du genre de ces derniers et pour lequel nous pouvons fournir une date certaine: c^est celui de Robert Ghampart, ancien abbé de Jumiéges, dont le cercueil date de la première moitié du XP siècle. Robert , après avoir été évêque de Londres et archevêque de Gantorbéry , était revenu mourir à Jumiéges, simple moine, en 1052. Son tombeau, exhumé dans ces derniers temps, se voit dans le chœur de Jumiéges, au lieu même où il fut inhumé. Il a une entaille pour la tête, prise à même la pierre, ce qui me fait penser que les six cercueils de St-Ouen sont des temps carlovingiens ; cette série manquait à nos études.

Malheureusement nous n'avons trouvé dans aucun d'eux un seul objet d'art qui pût nous affermir complètement dans nos inductions. Nous avons seulement reconnu que Ton avait pratiqué à leur égard un abus fréquent aux temps mérovingiens. En effet , quelques-uns ont été réoccupés , et , dans le plus grand de tous , où pas une parcelle de terre n'avait pénétré , il s'est rencontré deux corps et deux têtes. La tête du dernier venu remplissait l' emboîtement, tandis que celle du premier occupant était à la place des épaules. Les ossements du dernier étaient parfaitement alignés , pendant que ceux du premier avaient été reployés sur les jambes de son successeur. Le sol sur lequel ces grandes tombes reposaient était semé de tuiles à rebords , ce qui indiquait que la couche antique n'était pas loin. De plus , les mains n'étaient pas croisées sur la poitrine , comme cela se pratiquait généralement au XIP siècle ; mais elles étaient posées dans la région de Tabdomen , position naturelle commune au VU® siècle.

La quatrième couche, que j'appellerai mérovingienne , va de 2 mètres 80 centimètres à â mètres kO centimètres ; elle se compose de cercueils en pierre de Yergelé , de St-Gervais ou de St-Leu ; en un mot , c'est la pierre du bassin de Paris (Voir planche III). Il s'en est trouvé ici huit à dix dans leur place antique et naturelle. Tous sont d'un seul morceau. Les couvercles sont plats ou légèrement tectiformes. Le plus beau de tous montre, au fond , un trou ovale préparé pour l'évacuation des matières putrides. Gomme tous leurs pareils , ils sont plus étroits aux pieds qu'à la tête.

TRODTlâES , SN HABS 1871 , A SAINT-OtlBN DB RODEN. 50£

Comme spécimen de nos cercueils méroTiDg:ieos de Bonen , doos reproduisons ici le plus remarquable d'entre eux.

Pois, pour donner plus de force k nos démoastrations , nons reproduisons en mËme temps deux cercueils Trancs, celui d*OuTllle-la-RiTiëre, reocontréen 185&, et F un des cercueils de Dieppe exhumés en I8A6.

OEUDiiL nucB ( Dnm , lBi8 ).

Ce qui pour moi , sert autant que les cercueils à dater ces i|iha-<

è02 NOTICB SDR DES SÉPUtTORES CHR^EMMES,

mattoDS , ce soot les objets dTart <[ui les accompagoent. Aoprès da premier des cercueils Trancs que nous ayons découverls, nous avons recaeilli uft Tase mérovingien comme ceux d'Euvermeu et de la vallée de t'Eaolne. Nous reproduisons ici le vase mérovingien de Rouen et un autre de la vallée de l'Ëaulne.

Le plus profond de tons , que nous avons

Tisité le 27 mars, nous "" ■■"'■(■»"■■ '•"!• "" '■•"■ i -""»"• »")• a donné une agrare en bronze ciselé , quatre perles d'ambre et quelques débris de fer. Ce cercueil , rempli de terre et vide d'ossements, avait été visité et violé il y a bien des siècles, et ce que nous avons recueilli n'était que des épaves échappées aux spoliateurs. Le fond du cercueil était entièrement rougi par l'oxyde , ce qui prouverait l'importance du matériel dont fut accompagné ce mort des temps mérovingiens.

Toutefois, malgré les spoliations anciennes , il était resté dans ce sar^ cophage deux pièces à convictioD de l'origine mérovingienne de cette sépulture. La première , ce sont les perles d'ambre , s! prodiguées à cette époque et si rares à toutes les autres. Pour nous , ces perles , comme toutes leurs pareilles , faisaient partie d'nn bracelet et plus probablement d'un collier de femme. Nous savons qu'en 1868 des perles d'ambre ont été recueillies à St-Deois, en France, dans les anciens cercueils de pierre de l'abbaye (1). Four ce qni nous concerne, nous pouvons citer une foule de tombes et de cimetières francs , but^ondes ou saxons , où des perles d'ambre ont été recueillies. Depuis vingt-quatre ans, nous n'avons cessé d'en recueillir dans les nécropoles de Londinières ;(2), d'Euvermeu (3) et de toute la vallée de l'Ëaulne. Nous nous contenterons d'ajouter les cimetières de St-Aubin-sur-Scie (&), en 185/i, et de Nesle-

(1) Le Uoniteur taiiveriel de noTanbre I8S0 1 Journal^ dt Bouen, du 11 norembre IBSO.

(3} L'abbi Cochet, La Hormandii toultmùnt, V édition, p. 171,

(8) Id., ibid., p. SS9,— Id., Sépult, gant,, rovi,, franq, tt nom,, p, IBS.

ifi) L'abbé CodiM, La fforaundlt WKWr., p, A3&. '' - i

TBODViES , EN HÀBS 1871 , A SAIKT-OUEN DE BODBlf. 60$

Bodeag, CD 1869 (1). 11 ea a été de méioe en Bç^que (2) et en Aogleterre (3).

■ Je n'entasserai pas ici des exemples qa) rempliraient toute une dts^ sertalion ; mais je ne puis m' empêcher de faire une remarque qui , pour moi, a son c6té frappant. Nous lisons dans la Vie de saint Éloi de Noyon. écrite par saint Ouen de Rouen, que ce saint érëque, voulant prémunir les peuples de son temps contre les superstitions païennes , leur disait : « Qu'aucune femme ne porte de l'ambre à son cou > (Ji). Ces perles étaient donc considérées comme amulétiques. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans le cimetière même du monastère fondé par l'évêque de Rouen et presque consacré par sa propre sépulture , on rencontre des perles contemporaines de ses écrits et con> damnées par ses homélies.

La seconde preuve d'origine franque, c'est l'agrafe de bronze, si abondante dans les sépulture^ 'des races germaniques. Celle que nous avons trouvée ici , composée, comme toujours, d'une plaque et d'une boucle, a tous les caractères du VII' et du VIII* siècle. Pour le prouver, U nous suflBrait de la rapprocher de cet assortiment nombreux que possède le musée de Rouen et qui toutes proviennent dn sol mérovingien de la Normandie. On peut juger de la forme de cette agrafe, que nous reproduisons Ici.

Mais cette agrafe n'est pas la seule de son espèce qu'ait donnée ce cimetière; dès 1838, lorsqu'on creusa la cave du presbytère de St-Ouen ,

placé alors au milieu de nos sépui- „ .,,,,

tures, on recueillit une belle agrafe

en bronze ciselé, qui ne, fut alors comprise par personne. En 1838 * l'arcfaéologie mérovingienne n'était pas encore née. Fort heureuse-

(1) BMttttin dt la Corn, dei Aitliq. it la Stlnt-Inf., L 1", ^ AU.

(1) Del Marmol, Cinutiiri dt Cépogite framq., p. A, B, 8. — V. Simon , Mim, de CAead. dt iLu, ■niiâe 1830-1851, C q. 16.

(81 Wjlie, Fairford gravtt.—Jiet\ï\e, Saxon obttquiei.

{i) ru de Mût Éloi, pv )dol Ouen ; traductioade Cli. BaOï&emj, p. 167.

NOTICE SUR DBS SÉPOLTDRBS CHB^TIENMBS ,

meiit cependant , M. Lecteur , président de la fabrique de St-Oneo , offrit cette pièce à M. Deville , qui ta déposa au musée, où elle se trouve encore. Nous l'avons fait graver pour notre travail. Cette i^rafe

ABBin Minqai ( loiitK , «iint-ouim , 1S71 )■

a la ressemblance la plus frappante avec deux pièces de ce genre trouvées à Envermeu et reproduites dans nos ouvrages (1).

Nous donnons ici une de DOS agrafes franques d'Envermeu. Oopourraitaisément la confoDâre avec celle de Rouen.

Le 28 mars, un sarcophage ^ de Tei^elé, descendu à 3 mètres et parfaitement fermé par un couvercle eu dos d*âne, nous a donné uu corps bien en place et ayant aui pieds un vase de terre rougeâtre en forme d'ampoule et plus romain que franc. La forme et la teinte de ce curieux vase me sont inconnues pour la période barbare ou celle du moyen-^e. Nous reproduisons ici. ce vase curieux. SonS' la tète du défunt, on avait placé, en guise d'oreiller , quelques éclats de pierre.

(1) VtUbÉ Cocfael, La Stiiu-lnf. Mtl, et archiol., !• «dit, p. 301.

UHirs tRiNQira (

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