‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 174 sur 204 · TROUYIÉBS , EN MARS 1871 , A SAINT-ODEN DE ROUEN · texte numérisé non relu

TROUYIÉBS , EN MARS 1871 , A SAINT-ODEN DE ROUEN

Le même jour , à près de 8 mètres de profondeur , nous avons re-* connu 9 placés côte à côte , deux cercueils de Yergelé avec couvercle tectiforme. Ces sarcophages , du VIP siècle , n'étaient plus occupés par des contemporains de saint Ouen. Ce qui nous Ta prouvé, c'est que, dans la terre qui séparait ces deux cercueils, nous avons recueilli des plaques de ceinturon en fer , de l'époque mérovingienne , provenant d'inhumations antérieures et évidemment déplacées.

Malgré cela , ces deux sépultures ne nous ont pas moins rendu leur mort avec chacun leur léger butin. Dans l'un , nous avons recueilli des fragments d'étoffe brune et mal serrée, semblable à celle que nous avions déjà rencontrée à St-Ouen , dans un cercueil visité le 20 mars , et dont nous parlerons tout-à-l'beure. Celle-ci paraissait couvrir le corps tout entier.

L'autre sarcophage nous a fourni des fragments d'un cuir ou d'une peau , dans lequel le corps avait été enveloppé. A côté du cuir , nous avons reconnu un reste de bâton de coudrier. Le cuir était une enveloppe commune à la période normande , et le coudrier entrait également dans les sépultures de cet âge et même des temps antérieurs.

Des enveloppes de cuir de bœuf, pour les personnages marquants de l'histoire , sont citées par des auteurs contemporains : pour Hugues de Grentemesnil , seigneur normand, que l'on rapporta d'Angleterre en 4108 (1) ; pour le roi Henri P% en 1185 (2) ; pour le roi Henri Court- Mantel, en 1183 (3), et pour Richard Cœur-de-Lion , en 1199 (4).

L'archéologie en a retrouvé les traces à Rennes, en 1672, sur Constance, duchesse de Bretagne, morte en 1091 (5); à l'abbaye du Bec, en 1682, sur l'impératrice Mathilde, morte en 1167 (6) ; à l'abbaye de St-Denis, en 1733 , sur Louis VIII , mort en 1226 (7) ; à l'abbaye de St-Georgesde-Boscherville , en 1826, sur des châtelains de Tancarville du XII P

(1) Ord. Vital, Hist. ecclisiasU, t III, p. 4«5.— Deiille, Essm sur Pahbant de St-Gtorges, p. 18.

(3) Id., Ibid., L I«% p. 190.

(8) Benoît de Peterborough, dans le Bec. des hUt. de France, t XVII, p. â55.

{à) Deville, Tamb, de la cathid, de Rouen , p. 156 et 16A.

(5) L'abbé Cochet, SépulU chrit. de la période anglo-norm. trouvées à BouteUUs en 1857, p. Î2.

(6) Duplessis , Descr. de la Haute-Nomu, t II , p. 5i,— DefiUe , Revue de Rouen, année 18Â6, p. SIL iUl , p. 42 et 608.

(7) Berthevin, Recherches sur les dem. Jours des rois de France^ p, 897,

$Ofl| NOTIGB SUR DES SéPULTGJtES CHRl^TIBNNËS ,

siècle (l); enfin à Rouen « en 1866, dans la tombe du roi HeftrlCourt- Mantel (2).

Quant à la verge de coudrier , nouis en connaissons des exemples povr les temps mérovingiens et capétiens. Nous ne pourrions dater les^ cer^ çueils de plâtre du Trem^blay » près du Neurboarg , que le sieur Poissoft trouva en l:8â8 ; fiiel<|iies«uD8 contenaient un bâton (3) ; ttiais mus pou«vons attribuer au XP ou au XIP siècle le cercueil de moellon renooDtné yar nous» le 11 nMbrs 1859, dans le parvis de Téglise d*Étran, près Pieppe. Celui-ci renfermait une baguette de coudrier» longue de AO à 50 centimètres (&). Des baguettes de coudrier ont été vues par Laurent Hunault, prieur de St-Wandrille » lorsqu'on 1671 il fit reconstruire sott abbaye. Elles étaient dans qvatre cercueils de religieux encore cbausBé» de leurs bottines de cuir (5).

Dans sa Statistique monumentale de Paris , Mr Albert Lenolr bit figurer parmi les tombes monastiques de Ste^Geneviète, visitées en 1807» des bâtons, veines ou roseaur , que les religieux tenaient dai» lews mains (6). Ces sépultures semblaient remonter an XIP nècie.

Montfaucon et Mabillon afiirment tous deux qu'à St-Germain-des-Prés» en 1656 , on trouva un bâton de coudrier dans la tombe de la reine Bilicbilde, épouse de Ghildéric II (7)« Enfin, à Oberflacbt, enWùrtem^ berg, le capitaine von Durrich visita, en 18A6, une série de tombeau t souabiens de Tépoque carlovingienne, et il trouva dans deux d'entre eux des baguettes de noisetier (8).

Dès le 20 mars, dans celui de tous nos tombeaux qui était le plus profondément enseveli et qui était foré par le fond , nous avions rencontré

(i) Devine, Bssmi hist, et de$cripu Sur Cabbay de St-Gêùrgêê é€ ÈùêchefhMk , p. lS-49t

(2) L'abbé Cochet, Tombeaux du roi Henri Caurt-Mantel et du duc de Bedford^ p^ 9«— -Id., Re^ue de la itorm,, année 186Ô, p. 719-20.

(8) Thaurin, Journal de Rouen^ du 80 avril 1856. — L'abbé Cochet, Explorât, des anciens ehnet» de Rouxmesmi et d^Étran, p« 4^

(h) L'abbé Cochet, Explorât» des anciens cimet. de Rouxmesnil et d*Êtran,p, 12.

(5) Guilmeth, Descrip, géog,^ Ai^f., slat. et mon, de l'arrond, étTvetot ^ etc«, t II, p. i7S.

(0) A. LcDoir, Statist, monum. de Paris, 8* fivraisoil, p. ti, Ûg. d et f 0,

(7) MonUaucoD , Les manurr^ns de (a monttrchie françoiset U I, p. 178, 17$. -^ Mabillon, Méu^ de Msaàn des Inscrèp4, et Betles^Lettres, t II, p. 6i|ft-0i2.

(8) Von Durrich et Menzel , Die heidengraber am Lupfen bei Oberfiacht , p, 9, 12, 1^ et pU IX, fig. 6. — Archceologia , ToL XXXVI > p« 159.

TBOUV^ES, EN MARS 1671, A SAINT-ODEH DE RODEN. ËO?

va corps parlJaitement entier et à sa place naturelle. Ce sujet, que nous supposerions volontiers une femme, nous a donné un bracelet de Ter, «Bcore passé à l'un de ses bras. Sur les genoux et atrtour de la tlite, nous aroiBS recudUi une étoffe brune d'un tissa gros et mal serré. Noos donnons ici nn éCbanUlloD de cet intéressant tissu.

U. Bidard, chimiste de Rouen, qni a bien roulu examiner cette enriense étoffe, nous a déclaré que ce n'était pas de la laine, ' nais du crio. M. de Linas, d'Arras, si versé dans l'étude des tissus auclei» , avait déjà soupçonné qne', dans notre étoflb, le ena .

avait remplacé la laine , et il avait été jusqu'à prononcer le nom de eilice.

Ce que nous savons d'analogue à notre déconrerte, c'est que, le 9 juin 1672, oa trouva , devant l'église St^-Hélaine de Bernes, le tombeau de Constance, duchesse de Bretagne, épouse d'Alain Fei^ent et Ûlle de -Guillaume le Gonquéraot, morte en 1091. Sons une enveloppe de cuir, ;fiD découvrit une étoffe de labie d'un tiasu groa et mal serré , de couleur lirune, qui paraisisait naturelle et saos teintare (1).

De renseable de toutes ces données, il résulte, fwur nous, que les cercueils de la dernière coudie sont coolemporalns des roudateurs da monastère. Us datent des Yll* et VIII* siècles , époque après laquelle, nous le croyons du mrâos, on n'a ptas Tait venir ces auges parf^ .sieunes, tandis qu'elles inondent nos contrées aux VI°, VU* et Vllf* nècles.

La cinquième coucbe , que j'appellerai romaine , commençait à partir de 3 mètres 30 centimètres jusqu'à 5 mètres 30 centimètres. Celle-là est enlièreioent remplie de débris antiques, A un montent donné , elle forme une couche céramique rouge et noire, composée de fragments de terre cuite, de charbons et de cendres. Les tuiles à rebords y sont sans nombre, ainsi que les tuiles rattière& Je n'f ai pas rencoatré un seal fntg-

(1) L'dibé Cochet, Sépall. thrit, de U pérhdt OKgh-norm, troav, à BouteitUt, frit lf(tpp»,tt ieS7, p. IS.

SOS NOTICE SUR DBS SIÊPCLTURES GHRIÊTIENNBS ,

ment de coDdait de chaleur , ce qui prouverait qu'il n'y avait pas d'hypou causte et que cet édifice n'a rien de domestique.

Dans la couche céramique , j'ai recueilli des fragments de poterie antique de toutes couleurs, noire « grise et rouge. Il y avait des terres fines , des terres grossières et des terres sigillées.

De gros charbons indiquaient les restes de poutres carbonisées ; des crépis coloriés accusaient les anciennes peintures des murs. Le terrain cendré est semé de défenses de sangliers, d'écaillés d'huitres et de coquilles de moules. C'est dans ces cendres que j'ai recueilli quatre monnaies de bronze , dont un Trajan , un Ântonin le Pieux et un Glodius Albinus. Les deux premières étaient de grand module ; les deux dernières étaient des moyens bronzes. Ge qui s'est vu de plus remarquable , ce sont deux tronçons de colonnes restées debout dans le sol de la fouille. L'an est une base et l'autre le tronçon d'un fût. Quel pouvait être cet édifice, qui certainement remonte aux temps romains de la cité? On est tenté de penser à un temple qui, du culte des idoles, aura passé à celui du vrai Dieu.

Quoi qu'il en soit , cet édifice s'est trouvé renfermé dans l'enceinte da monastère des Saints-Apôtres , dès sa fondation , qui remonte aux premiers temps du christianisme à Rouen. Tout fait présumer qu'il y eut là , dès l'épiscopat de saint Yictrice , un de ces monastères de femmes dont le grand évêque avait rempli sa ville métropolitaine (1).

L'histoire nous apprend que saint Filleul , successeur de saint Godard , et qui occupait le siège de Rouen au temps des fils de Glovis , établit une maison de clercs réguliers dans un faubourg de la ville épiscopale , et qu'il la plaça sous la protection du collège apostolique (2). Il fut aidé dans cette œuvre par sainte Glotilde, qui, pendant son veuvage, se livra à des fondations religieuses.

Nous lisons , dans la vie de cette pieuse reine , qu'ayant entrepris de

(i) Voici ce que, Ters Pan AOO , écrivait saint Paulin de Noie à saint Victrioe de Rouen : c Nune Rolomagnm et yicinis antea regionibus tenui nomine pervulgatum in longinqnis etiam provînciis nominari

Teoerabiliter audimns,et inter urbes sacralis locis nobiles cum divina lande numerari ubi quotidiano

concentu sapienter psallentium per fréquentes ecdesias et monasteria* » — Pommeraye , Concilia Rotth magensiat p. 13.

(S) Pommeraye, Concilia Rotomagensia y p. 15.

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