TROUVÉES, EN MARS 1871, A SAINT-OCEN DE ROUEN
Teleyer de ses ruioes le moDastère des Saiots-Apôtres , fondé dans un faubourg de Rouen , elle y fit travailler de 526 à 530. Dans les opérations de la reconstruction , on rencontra les débris d'un autel chrétien , des ruines duquel une inscription se fit jour. Cette inscription disait que Tautel avait été consacré aux Saints-Apôtres par le bienheureux Denis de Paris (IIP siècle) (l).
Le monastère des Saints-Apôtres était si bien fondé avant ô&O , que saint Ouen en est déclaré le restaurateur plutôt que le fondateur. Ce fut lui qui introduisit les moines Bénédictins, fils de ce grand saint Golomban qui avait béni son enfance.
Les premières inhumations que nous ayons rencontrées remontent à cette époque, qui fut probablement aussi celle du nivellement des ruines romaines.
Ce cimetière de St-Ouen , qui remonte au VIP siècle , à Torigine même du monastère bénédictin, reçut de bonne heure les bienfaiteurs et les amis de institution. Ce lieu de repos parait avoir été recherché pendant huit ou neuf siècles par une foule de personnes pieuses qui ont voulu avoir part aux prières des moines et aux suffrages d'une sainte et illustre corporation (2).
Une inscription, échappée aux révolutions des âges, nous apprend que , pour solliciter la piété des fidèles dont le zèle allait sans doute se refroidissant , les moines avaient proclamé , par la voix de la pierre, que des indulgences et des pardons étaient attachés au privilège de rinhumation dans ce lieu vénéré. D'après cette inscription , tracée au
(i) Voici, en effet, œ qa*on lit dans la Tie de sainte Clotilde, écrite au VI* siècle, publiée par Mabîllon et reproduite par dom Bouquet (anno 526) : « RenoTavit ab ipsis fundamentis quoddam mine magnitudinls monasterinm quod in suburbio Rotomagensis civitatis, prope muros ejusdem urbis, temporebeati Diooysii edificatum fuit; et ab eodem apostolico yiro dedicatum in nomine duodedm Apofttolorum, die kalendarum septembris , sicut in quadam petra qu» erat in fundamentis altaris reposita , sculptuum erat. Ibi etiam adgrega?it non modicam congregationem dericorum Deo serrientium. » '-'Hêcueil des hisU de France^ t. III, p. AOl.
(2) n en était à peu près de même partout où il y ayait des monastères, des saints inhumés et des reliques célèbres. Dans des fouilles ftiites en 1841 , au côté méridicmal de Tabbaye de Fécamp ( dans Ut me des Forts ), on a constaté la présence de trois couches de cercueils en moellon , des XI* , XII* et XIII* siècles ( Ripert, arehéoL de la Seine-lnf,^ p. 171 )•— Nous savons aussi qu*il y a quelques années, en fouillant autour de Téglise de St-Genrais, à Vienne, en Dauphiné , église fondée, au IV* siècle, par aaint Martin, on a trouré trois couches de tombeaux ( Bulletin monymentatf U XXIV, p. iOA }•
6i0 NOTICE SUR DES Sl^PDLTCAfiS CfiAlÎTIENNBS ,
XV* siècle» ces grandes Taveurs rernootaient jusqu'au pontife» Voici îles premières lignes de ce monument épigrapbiiiue , rencontré, en 18/(6t au pied d'une des tours de Saint-Oueu , et aujourd'hui placé au Musée départemental d'antiquités (1).
Le pape Jehan Xll^ de ce nom a donne à tous cevlz qui p. (or. ) Ce cfaimetière pasaerot et dirôt pater n' ( noster) et ave ma ( ria). L'anthne et oréson ensvite aqvererôt autant d'âs (ans) depados (pardons) Qu'il a ev de corps inhumés depvis l'inceptio (n), etc.
Jean XII, en elTet, avait accordé une indulgence formulée à peu près dans les termes de Tinscription ; mais cette indulgence n^était pas locale , elle était générale. Voici le document sur lequel s'appuie Vétonna&t privilège que nous venons de citer :
Hoc scriptum fuit repertum Rome rétro altare beati Pétri : • Papa « Jobannes XII concessit omnibus dicentibus Pater noster j Ave Maria € cum oratione sequenti tantum eundo per cimiterium pro qualibet M yice qua dictum cimiterium intervenerint , tôt annos îndulgentie c quot et quanta corpora in dicto cimiterio fueriut inbumata a conc stitutione dicti cimiterii usque ad horam qua dictum cimiterium inx tervenerint. »
Ce document , dont nous ne garantissons pas Tauthenticité , nous a été communiqué par M^ Barbier de Montault , camérier de Sa Sainteté. « Cette pièce , dit-il , se lit dans un livre d'beures , manuscrit du XV* siècle, écrit pour le diocèse de Saint-Pol-de-Léon, et possédé par M. Mordret, d'Angers. »
Quelque sentiment que l'on adopte sur ces deux pièces attribuant à une époque troublée et à un pontife peu édifiant une indulgence aussi extraordinaire , il n'en faudra pas moins conclure de la simultanéité de ces deux documents épigraphiques que cette opinion prévalut et domina au XV* siècle.
Après avoir étudié soigneusement toutes les couches sépulcrales de ce
(i) Cattttoguê du mM$ée déparia tCaïUiq. et Boum, «onée iSAJ^ p. 7^- «onée 4A08.
TROUYliBS , BN HARS i87i » A SAINT -OUBN DB ROUEN. 51 1
efmetière, je suis porté à croire qu'il a pa durer jusqu'à la fin du XV siècle.
^ Mais, ayant de cesser d^ètre consacré à sa destination primitiye , ce cimetière dut être témoin d*une des grandes tristesses de l'histoire.
' rfous lisons dans le procès de Jeanne d'Arc que, le jeudi 2/i mai l&âl, dans la matinée, la pieuse et innocente jeune fille Tut amenée dans le cimetière des moines de Pal)ba7e de St-Ouen. Elle s'y trouva en grande et nombreuse assemblée , présidée par Henri de Beanfort , cardinalévéque de Winchester, plus connu sous le nom de Cardinal d'Angle* ferre ; de Pierre Cauchon , évéque de Beauvais ; de Louis de Luxembourg, évéque de Thérouanne ; de Jean de Mailly , évéque de Noyon , et de William Alnwich, évéque de Norwich ; des abbés de St-Ouen, du Bec, de Fécamp, de Jumiéges et du Mont-St-Micbel, etc. Elle y Tut ser* monnée par un docteur et y fit abjuration publique d'erreurs qui lui étaient parfaitement étrangères (1). On ignorait jusqu'à présent quel était ce cimetière de St-Ouen où se passa cette scène (2) . Les morts eux-mêmes se sont chargés de nous rapprendre. Cet endroit est donc un des trois seuls points de Rouen où Jeanne ait séjourné quelque temps. Le premier^ c'est le vieux château , lieu de sa détention ; le second est le Yieus" Marché, où efle entendit sa sentence le 30 mai et où elle fut sQpplidée le 31 ; le troisième enfin est le cimetière, aujourd'hui jardin de St-Ouen,> qui reçut son* abjuration lé 2& mai, sept jours seulement avant sa morU Au Vieux-Marché, une statue conserve le souvenir du bûcher. Au chfl^ teau, la tour du donjon proclame pour des siècles la prison de l'héroïm. Au jardin de St-Ouen, ne conviendraît-il pas de garder dans un l)osqnet le souvenir du passage de la libératrice de la France ? II semble qu'au* jourd'hui nous devons être ingénieux et attentifs à rechercher jusqu'à la moindre trace de chacun de ses pas, afin d'y Faire entendre une panrie d'expiation. Déjà, du reste, cette réparation est commencée depuis plus de quatre sièdes, puisque ce fut dans ce même cimetière que, le 7 juillet 1Û56, l'innocence de Jeanne d'Arc fut proclamée. Une procession géné-
(1) O'Reilly, Les deux procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Are, t II, p. 351, 875. — Bouquet, Jeanne d'Are au chdtau de Rouen. — Id., Revue de la Normandie^ année 1865, p.631-8&.
(î) Potlier, Revue de Rouen, année 18A6, 1*' sem., p. 135-187. — Bouquet, Revue de la Normandie^ année 1865, p. 683.
512 NOTIGB SDR DES SÉPOLTORES CHRÉTIENNES «
raie accompagnait les juges qai venaient à leur tour se déjuger et pro« noncer une sentence de réhabilitation.
11 nous reste à faire une observation relative à l'élévation progressive du sol de la ville de Rouen et des cités antiques , depuis le commencement de Fère chrétienne. A Rouen, on peut dire qu'au centre de la ville le sol s'est élevé en moyenne de 28 à 33 centimètres par siècle. Depuis cinquante ans environ que Tarchéologie enregistre des observations bien faites , on a constaté , à partir de la civilisation romaine , une élévation de niveau de près de 7 mètres autour de la cathédrale , de 6 mètres à St-Herbland, lorsqu'en 1828 on construisit un hôtel sur remplacement de réglise ; de 4 mètres à St-Étienne-des-Tonneliers , en 1822 ; de & mètres dans la rue Impériale , près de TÂrchevèché , eo 18&6 ; de 5 mètres à St-Amand , en 18i!i8 ; de & mètres à la place des Carmes, en 1818 et 1819; de 6 mètres à THôtel-de-France , en 1789 et 1818 ; de 7 mètres à St-Lo, de 1818 à 182/i, et enfin de 5 mètres au Palais-de-Justice , en 18&&.
Pour nous , à St-Ouen , nous obtenons 5 mètres 30 centimètres , et nous sommes dans un faubourg où la sépulture de Thomme et les constructions monastiques forment toute Télévation.
Cette moyenne de 30 à 33 centimètres par siècle est celle que Ton trouve dans toutes les villes romaines de la Gaule. A Metz , Tantique Dwodurum, on a constaté une élévation de 5 à 6 mètres, en 1865 i à Trêves, le niveau s'est élevé de 1/i à 20 pieds; à Toulouse, l'exhaussement est de 5 à 6 mètres (1); à Troyes, V^ûqneAugustobom^ il n'est pas moindre de li mètres. Sous le chœur de la cathédrale , on a rencontré un hypocauste à 3 mètres 30 centimètres (2).
Les arènes de Paris, découvertes en 1870, étaient ensevelies sons un remblai de plus de 10 mètres; à Rome, c'est bien plus encore, témoin l'église de St-Clément , exhumée dans ces dernières années.
Règle générale, qui aidera à expliquer cette situation du niveau : après les guerres , l'incendie ou les tremblements de terre , nos pères nivelaient toujours le sol ; ils ne le déblayaient jamais.
(i) Chanoine Wilmuski, Annate$ de la Société TréviroUe des Rech, utiUSf année 1840, p. là* (S) Afém. de ta Soc. Acad. de CÂube» t XXX , p. A à iO.
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lilh. lemarcband, L&en.