PARTIE mSTORIËE DE LA MOSAÏQUE
Les quatre compartiments, de i'',20'' de largeur, encadrant comme d^une riche bordure le tableau central, sont consacrés à ta représentation des divers épisodes de la chasse au cerf :
A l'ouest , le départ pour la chasse ;
Au sud, la chasse à Taffût, au moyen d'un cerf privé servant d'appelant ;
A l'est, la chasse à courre;
Ces scènes sont précédées de celle d'un sacrifice à Diane chasseresse dans le compartiment du nord : — c'est aussi l'ordre que nous suivrons.
Au nord. SacrIAee à Diane ehasseresse..
La scène se passe dans un carrefour ; MM. Bouet et Duval l'ont reproduite avec bonheur. Tous les personnages sont parlants, et, malgré le nombre des acteurs et des objets qui y figurent , la statue, cinq hommes, deux enfants, un cheval, un cerf et un lévrier; tout est en parfaite harmonie et tout est ramené à l'unité ; la disposition des groupes est telle, que l'attention se concentre sur la statue de Diane, posée sur un piédestal.
La déesse a l'attitude expressive d'une chasseresse marchant à grands pas ; sa chevelure, séparée sur le front, s'enroule en deux bourrelets encadrant les joues et retombant sur les épaules ; sa main gauche tient par le milieu son arc détendu , tandis que son bras droit, replié derrière le cou, indique que, de la main droite , elle prend ou remet une flèche au carquois, que l'on ne peut voir. Le col , les bras et les jambes sont nus ; les pieds sont chaussés d'une sorte de brodequin ; une étroite tunique, très-serrée à la taille et descendant à peine aux genoux , couvre son corps, sans gêner sa marche ni ses mouvements.
Le personnage principal, prêtre ou sénateur, revêtu du laticlave à manches ornées de bandelettes, porte les cheveux courts, la barbe en
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collier ; ses yeux sont express! rs ; il parle , son bras droit teodu vers la déesse daDS Fattitude de TinyocatioD, et tous les six autres perso»nages ont le regard et Toreille attentifs à ce qu'il dit Entre lui et Tautel, un jeune servant alimente la flamme d'un brasier , placé sur un petit autel dressé à côté et au bas du piédestal de la déesse, en y jetant des grains d'eocens. Il tourne légèremeot la tète vers Torateur et semble Técouter avec attention. C'est avec le même soin qu'écoute un autre jeune servant, qui tient de la main droite une aiguière de forme élégante et de la gauche une de ces patères à poignée (1) servant aux libations et dont Antony Rich a gravé des spécimens d'après les originaux découverts à PompéL — Ces deux jeunes garçons sont de ceux que l'on désignait sous le nom de camilli ,qui assistaient les prêtres à l'auteL — Us sont, dans la mosaïque» identiquement pareils à celui reproduit par Rich d'après le Virgile du Vatican (2). Leurs cheveux longs et flottants, séparés sur le milieu de la tête , retombent , en s*enroulant le long des joues, sur le cou et les épaules ; ils étaient choisis pour les grâces de leur personne et l'élégance de leur tournure , tels aussi que ces écban- MUS qu'Asconius Pedianus décrit dans son Commentaire de Gicéron. Les fonctions que le mosaïste leur fait remplir indiquent que ce sont les vrais enfants de chœur de cette sorte de Messe de saint Hubert, puisque M. de Longpérier a trouvé le mot propre qui convient réellement à cette cérémonie religieuse, célébrée en l'honneur de Diane dans le carrefour de la forêt.
Mais, comme il n'est possible de bien interpréter les monuments de rantiquité qu'en les rapprochant des œuvres de ses poètes et de ses écrivains, et qu'il n'est pas de meilleurs commentaires des usages anciens que leurs écrits, nous ne croyons pouvoir rien faire de mieux, pour éclairer certaines obscurités et résoudre certaines diflBcultés d'interprétation des détails de notre mosaïque, que de rappeler les vers du Cynegeticon où Gratins Faliscus décrit le sacriûce annuel célébré dans les forêts en l'honneur de Diane Nemorensis, durant lequel les chiens et tous les appareils de la chasse sont purifiés; et nous y ajouterons, en le traduisant, V excursus
(i; Varro, De lingua /aftna, iS2. — &facrob., Sit V, tl.— Ofid., Met. IX, 460. (8] Diet, de» antiquités ronudnei et grecques.
sua LA mosaïque PE LILLBBONNB. 579
dont J.-Gb. Wernsdorff a accompagoé, pour Texpliquer, le texte du Chantre de la Chasse.
Pour conjurer tous les maux qui assaillent les chiens de chasse , le poète dit que tous nos remèdes sont impuissants et quUl faut recourir à Tappui tutélaire des dieux :
Mitt^, anime » ex alto ducendum numen Olympo» SuppUcibufique vocaada sacris tutela.deoruoL
« C'est pour cela que noas ouvrons des carrefours dans les bois aux cimes aériennes » que nous dressons , dans la profondeur des forêts , un autel à Diane ; que nous y plaçons des fanaux aux rayons en forme d*épis, — spicatasque faces, — et que les jeunes chiens sont couverts de leurs ornements accoutumés. Les armes elles-mêmes gisent à terre^ selon la coutume du sacrifice lustral , où la jeunesse tout entière se purifie en l'honneur de la déesse pour la remercier de l'heureux butin de l'année. Aussi, dans sa bienveillance , répond-elle en prodiguant ses faveurs pour les choses où l'on réclame son assistance , soit que l'on veuille poursuivre les hôtes des forêts , soit que l'on cherche surtout à éviter les fléaux menaçants des destins; ô Diane, Vierge suprême, sauvegarde et protectrice des chasseurs (1) I b
Traduisons maintenant le commentaire de Wernsdorff :
« Les gens de la campagne offraient , dans les carrefours , aux Lares tutélaires ( prcBiiitibus Laribus), des sacrifices. annuels pour l'heureuse récolte de l'année ;
(à) V, A80-497. IddrGo aeriis molimur compita lacis ,
Spicatasque face$ {i), sacrum, ad nemora alta, Dianae , SisUiniis, et sollto catuli yelantur honore ; IpsaqvQ per flores medio in discrinùBe liici* SU«?efe arasa ^ sacris et paoe (2) vacautia fesia,
Lnstralis de more sacri, quo tota jayentus (8)
Lostraturque deae , proque amio (A) reddit hoaorem.
fiilg;o impetrato respondet malta fliT<n«.
Ad partes, qua poscis opem seu vineere silvas (5) ,
Seo Ubi fetorum labes exire (6) minasqne
Gara prior ; tua magna fides latdaque, Virgo.
(i) Bscuniu, VII, SO, Chr. WemsdoHBi. ^ TtcmtèiM, Nicol, Htimim et Johiu, Burmmmuê,
(2J[ P» pro ferritione. SUtiuf Sili., IV| 4.40, « et paetm piger mnm kabtt, •
(S) Venatorw «que ac canes appeUat jw«m<ttl«R,ûcut Virgiliu apea. Georg., IV, 22.
(4) Pro felici hujua anni openm et pnada e Tenâto.
(5) Vineere «{/mm, id eat ftrtu^
(6) Exire = vUare, effugere, aicat Lucretiui, VI, i203.
ces sacrifices soDt décrits par Ovide (1). On célébrait aussi , en Thonneur de Baccbus, des jeux dont parle Galpumius (2) :
Ut quoque turba bono plaudat saginata Magistro Qui fecit egregioB ad perpia eompita ludoa.
«r De même, les chasseurs instituèrent de semblables fêtes en l'honneur de Diane, dans les bois sacrés , les jours fériés où Ton ne chassait pas ; ils purifiaient par des sacrifices tout instrument de chasse , ils couronnaient les chiens et honoraient la déesse pour leur butin de Tannée. Ce sont ces sacrifices à Diane que décrit ici Gratins. Il ne se pouvait, en effet, qu'écrivant sur la chasse il passât sous silence ce sacrifice particulier aux chasseurs. Outre Gratius, Stace en fait mention dans ses Forêts (3), ainsi que Tumèbe dans ses Commentaires (4).
< Ces fêtes se célébraient ou commençaient aux ides d'août , que Stace , pour cette raison , appelait les ides d^ Hécate (Hecaieias idus)^ ce qui fait dire à Martial : « Diane revient aux ides d'août (5). »
« Rapprochons aussi ce passage de Festus : « On croit vulgairement que la « fête des esclaves a lieu aux ides d'août , parce que , ce même jour , Servius c Tullius , né d'une esclave , aurait consacré, sur l'Aventin, un temple à Diane , « protectrice des cerfs^dont la rapidité a fait appeler serfs les esclaves fugitifs (6). i>
« Les endroits où s'accomplissaient les sacrifices étaient les carrefours, dans les bois sacrés, surtout dans celui d'Aricie, consacré à Diane. « Donc nous établissons^ n dit Gratius, des carrefours dans les bois aux cimes aériennes ou élevées n , c'est-àdire : en coupant les arbres , nous ménageons divers intervalles et diverses voies, qui, convergeant vers un même point, forment un carrefour. C'est ce que Gratins appelle un peu plus loin : « une clairière au milieu du bois (7).
a C'est aux principales cérémonies de ce sacrifice , mentionnées ici , que se rapportent les fanaux (faces) portés dans le bois sacré de Diane. Ce mot spicatc^ indique qu'ils sont taillés en forme d'épis , comme l'explique Servius dans son Commentaire de ce vers des Georgiques : • armé d'un fer -aigu, il donne la forme d'épis à ses fanaux (8). »
(i) Fastes (▼. 150 et suivants )• V. le commentaire de Bayeux, notes du III* Ut. , p. A85-40S« t. II, et du V Ut., p. i63-Â7Â, t. III.
(S) Églogue IV, 135^ et TExcursus VI de Wemsdorff. (S) Slly», III, I, 55 et seq.
(i) AdTersaria , VII , 26.
(5) XII , 68. • Augustis redit idibus Diana. »
(6) P. SS9 de l'édition de If. Egger : • Serronim dies festus vulgo existimatur idus (idibus] Aug[uftti], quod eo die Serrius Tullius, natus servus, edem Dian» dedicaverit in ATentino , cujus lutels sint oerri, a quo celeritate fugitivos Tocent seiros. >
(7) V. 686. • Medii discrimen luci. •
(8) I, 293. Ferroque faces inspicat acuto.
Gratius Faliscus ajoute : « Nous plaçons les fanaux dans la profondeur des forêts (sistimus adnemoraalia)n; c'est-à-dire^ nous les portons en courant et les plaçons ; car on acquittait ainsi les vœux à Diane en illuminant les bois au moyen de fanaux brillants qu'on y portait. C'est ce que nous apprend Properce , blâmant la maîtresse, « quand il la voit courir dévotement avec des torches enflammées tr dans les bois et porter des lumières à la déesse des carrefours (i). »
Ovide le dit encore dans ses Fastes (2).
Aussi notre auteur appelle-t-il fanaux (faces) le sacrifice de Diane (sacrum LiancB), parce que le culte de Diane consistait dans le port de ces fanaux.
En 1154, on trouva dans la forêt d'Aricie une inscription où Diane est surnommée Nemorensis. Ovide désigne la forêt sous le nom de templum nemorale Diana , temple forestier de Diane , et Suétone appelle le prêtre de cette cérémonie sacerdos Nemorensis,
Éclairés par ces citations, nous pouvons comprendre l'attitude des divers personnages attentifs aux paroles du prêtre sacrificateur. Cette intention est surtout indiquée par le maintien de Fhomme placé derrière le servant, à gauche de l'autel, et auquel nous ne voyons d'autre occupation que celle d'écouter. Il a la tète tournée vers Diane et regarde le sacrificateur qui Tinvoque.
Cette attitude attentive n'est pas moins marquée cliez Fbomme vêtu de la braie gauloise, qui, de la main droite, tient en laisse un beau lévrier et, de la main gauche, un long dard, dont le fer aigu est en Pair et dont la hampe , qui lui sert d'appui , touche le sol. Il en est de même de l'homme qui, de la main gauche, maintient de très-près, à l'aide d'une lanièi^, la mâchoire inférieure du cerf destiné à servir d'appelant, tandis que sa main droite tient mollement le bout de la lanière ; tout en fixant le cerf, il semble prêter l'oreille à la parole du prêtre. On en peut dire autant de l'homme qui, placé à l'autre extrémité de la scène, derrière l'homme au chien, tient solidement, de la main droite, la bride d'un beau cheval bai, qui piafle et semble hennir, et dont la main gauche est armée d'un bâton, mince à la poignée, allant en grossissant jusqu'à doubler d'épaisseur au bout opposé, pour se terminer brusquement en pointe d'un côté.
(i) II, 8S. 10. Qaum ^idet accensis devotam cairere Uedis
In nemus et TrÎTÎs lumîna ferre de«.
<î)ni,J7l.
Malgré l'ardeur impatiente de ranimai, cet homme, dont la tête est coiffée d'un capuchon laissant apercevoir ses cheveux retombant sur le cou , a l'attitude ferme et reposée d'un homme qui écoute, et cela tout en veillant son cheval fougueux ; ce cheval est vraiment magnifique de mouvement , d'ardeur et de force. Il en est tout autrement du cerf, qui est à l'extrémité opposée de la scène : il est roide, anguleux, d'un dessin très-primitif , comme si ce n'était que la simple esquisse d'un travail à refaire ou l'essai d'un élève. A part ce cerf manqué et les accessoires du fond trèsnégligés, les arbres n*étant, pçur ainsi dire, qu'indiqués; — à cela près , la scène est vivante , tout est en relief et à sa place dans ce beau tableau^
A l*oa«it« Départ pour la ehasse.
Le tableau de ce compartiment ne présente plus que quatre hommes, deux chevaux, deux chiens et un cerf dix-cors. — Nous sommes toujours en pleine forêt et nous sommes de plus en pleine nuit. Un homme, vêtu d'une ample tunique à double bande rouge sur la poitrine et aux manches, conduit, en le maintenant fermement de la main droite, un superbe cerf dix-cors apprivoisé , dont la forme est svelte et élégante et l'enjambée vive et large. Une mutilation, provenant des premiers coups de pioche, nous dérobe les jambes de devant du cerf et la partie inférieure du corps de l'homme , dont on n'aperçoit plus que 1^ moitié longitudinale de la jambe gauche, qui indique par sa pose une marche rapide; cet homme, dont le bras gauche est replié sur la hanche, a le visage tourné de côté et semble parler à un autre homme , qui l'écoute attentivement en marchant à grands pas, suivi de deux chiens croisés de lévrier, couplés au moyen d^une courroie rouge.
Cet homme, vêtu du sayon gaulois , s'appuie sur un bâton rustique , crochu au milieu, à cause d'un nœud ; il tient de la main gauche l'extrémité d'un bâton posé sur son épaule et au bout duquel se trouve emmanché un instrument que l'on à tour à tour pris pour une massue pour assommer le cerf; — un double marteau pour fixer le piquet du cerf appelant ; — un marteau hémisphérique d double pointe ; — puis pour un tambour recouvert de peau ou de parchemin tendu, destiné à eflOrayer et à débucher le cerf, et que nous croyons être un falot propre à éclairer
la scène de Taffût ; de ce falot, eu effet, s'échappent comme des rayons de lumière en forme d*épis , qui sont bien les spicatœ faces dont il est question dans le Cynegeticon de Gratins Faliscuset dans V Excursus de Wernsdorff.
Derrière Tesclave au falot et derrière les deux chiens, dont l'un est noir et Tautre de couleur fauve, s'avance un joli cheval bai élégamment équipé, qu'un personnage vêtu du laticlave aux bandes rouges, placé à sa droite, accompagne à pied, d'un pas large et pressé, la main gauche passée sur la selle du cheval , dont il tient la bride.
Enfin, derrière ce groupe, vient, monté sur son cheval, le personnage au laticlave que nous avons vu, dans le premier tableau, implorer la déesse de la chasse. Sa main droite fermée , dans laquelle passe la bride, porte son fouet levé tout droit ; sa main gauche retient la bride de son beau cheval, plus fort, plus gros et plus calme que le cheval non monté, qui tourne sa tète en hennissant.
Les deux derniers personnages , dont l'un est à cheval et l'autre à pied près du sien , semblent regarder et écouter , non moins attentivement que l'homme au falot , le conducteur du cerf privé, de sorte que là encore il y a unité d'action.
Les trois premiers hommes ont une coiffe qui laisse passer des mèches de leurs cheveux ; l'homme à cheval est nu-tète.
An «ad. GhaMe à l'atfàt et à l^appelant.
La forêt s'épaissit. 11 n'y a plus, dans cette scène, que deux personnages , deux cerfs dix-cors , une biche et un faon.
Le conducteur du cerf privé l'a conduit derrière une cépée , dans les broussailles de laquelle l'homme se blottit et se cache, en s'appuyant sur le gros arbre , dans les feuillages duquel brille le falot , marqué par un cube très-rouge. Le conducteur du cerf maintient ferme, des deux mains et avec grand effort, la lanière passée à la mâchoire inférieure du cerf, dont les chasseurs se servent comme d'appelant. En effet, au bramement du cerf privé, un autre beau dix-^coi^ est accouru ; mais 11 s'arrête et brame. 11 hésite ; car , à la lueur du falot qui teinte légèrement la tête et le bois de l'appelant , il aperçoit son congénère
et Tattend comme étonné de ne pas le voir arriver. Derrière le beau dix-cors, et plus loin, dans le fourré, se détachent la tête , le cou et le poitrail d'une biche qui se dispose à brouter une plante , tandis que Tavant-corps d'un faon on d'une autre biche se dessine hors du fourré, dans rattitude d'un animal qui écoute et regarde inquiet. Derrière le cerf privé, qui voit son congénère et veut avancer, sans le pouvoir , vigoureusement retenu qu'il est par son guide , un chasseur , dont une bandoulière maintient le carquois sur le côté gauche et que n'aperçoivent pas les autres bêtes , bande son arc et vise , avant de lancer son javelot , le dix-cors toujours hésitant.
L'attitude des personnages et des bêtes est des plus significatives: l'homme à l'arc vise avec réflexion , le conducteur de l'appelant se dissimule le mieux qu'il peut et maintient l'appelant dans la direction de la lueur du fanal, lueur indiquée par de petits cubes plus ou moins foncés, pour marquer les effets de la lumière qui se projette sur la tète et l'avant-corps. L'appelant , impatient d'avancer , replie sa jambe droite de devant dans la position d'un animal au trot , et , de son côté , le cerf dix-cors se présente poitrail en avant, s'arrête roide sur ses jambes de devant , comme pour reculer. Son regard fixe la tête de l'appelant et semble l'attendre.
Il est une remarque qu'il n'est pas inutile de faire à propos du laticlave à bandes de pourpre que nous voyons porté par le piqueur du cerf privé : c'est que , au IP siècle, à l'époque où nous plaçons notre mosaïque , cet ornement avait cessé d'être porté comme une marque distinctive de Tordre équestre ; car il était devenu comme une livrée portée par les gens de service, comme, chez nous, les anciens costumes des XYIP et XYIIP siècles ont passé aux laquais.
A VeBt* ChaMe à eoarre.
L'artiste mosaïste nous fait assister à la poursuite ardente des chasseurs et des chiens et au lancer de la bête, que l'on ne voit pas.
Trois cavaliers s'élancent à travers les arbres de la forêt, les deux premiers à fond de train , le troisième un peu moins ardent. Le premier fouette au haut du poitrail son cheval brun, qui, l'œil ardent, semble
franchir an obstacle ; le corps est vivement porté en avant , les jambes de devant battent Tespace; — son cavalier, coiffe d*un bonnet dont la pointe retombe en arrière, est assis le corps penché en avant ; de ses genoux , haut placés à la manière des cavaliers arabes, il presse vigoureusement les flancs du coursier. Il n'a pas d'étriers , non plus que ses compagnons.
Le deuxième cheval , bai de couleur , est lancé au grand galop , sans avoir besoin d'être stimulé autrement que par Tardeur d'atteindre celui qui le devance et de distancer celui qui le suit; aussi son cavalier ne le presse-t-il pas et ramène-t-il son Touet sur son épaule droite; il tourne la tête vers le troisième cavalier , dont le cheval , brun comme le premier, allonge et relève la tête, la bouche et les naseaux ouverts. Le cavalier , moins habile que ses deux compagnons , tient la bride audessus du cou de l'animal , qu'il semble entourer de ses deux mains ; plus lourdement vêtu , ce cavalier a le capuchon de son vêtement rejeté en arrière (1) ; on aperçoit derrière sa tête le bout de son bâton. — Ce tableau est plein de vie et de vigueur* Les deux chiens que nous avons vus, au deuxième tableau de l'ouest, suivre l'homme au falot, ont été découplés et luttent de vitesse avec les premiers cavaliers ; ils suivent de toute leur ardeur , en donnant de la voix , un animal qui les devance d'un bond précipité. — Cet animal , dont la tête est effacée , est-il le lévrier tenu en laisse dans le tableau de la consécration 7 Est-ce un animal sauvage apprivoisé, qui poursuit des bêtes chassées 7 Si , pour la chasse à l'affût, un cerf privé sert d'appelant, pourquoi, pour la chasse à courre, ne se servirait-on pas d'une bête fauve apprivoisée (2) 7 Il est difficile de le savoir nettement. Sa queue, plus longue que celle d'un lévrier, se termine par une houppe de poils fauves; et ce n'est pas l'animal poursuivi , biche ou daim , puisqu'il porte un collier. — Quelque
(1) Le vêtement qa*il porte est la pctnula, munie de son capuchon et ayant un trou rond par où Ton passait la tête. On le portait par dessus la tunique, par les temps froids et humides ( Quintilien, VI, 8-66. — Lampride, Alexandre Sévère ^ S7. — Cicéron , Pro MHone^ 30. — V. le Recueil des pdi»tureê antiques t diaprés Bartoli.
(2) V. La Chasse d l'once , de Constantin Pantechnès, dont M. Miller a publié le texte , la traduction et un savant commentaire, dans V Annuaire de C Association pour l^ encouragement des Études grecques ^ 1873, p. 38-53, et la notice de M. de Longpérier sur Une Coupe arabe {Revue archéologique, iSàà » p. 580 ).
plaisir qoMl y aarail à recoinaltre an aDimal 8a«?a^e apprivoisé poursaifant ses coDgénères^ comme c'était Thabitode ao moyen- Sge^ noos croyons prudent de nous en tenir an lévrier , faute d'eienqiles de ce genre de chassé , à cette date dn IP siècle de notre ère, époque à hn miellé nous rapportons fat confection de cette mosaïque.