‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 40 sur 204 · ÉTUDES GÉNÉALOGIQUES SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. CXXT · texte numérisé non relu

ÉTUDES GÉNÉALOGIQUES SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. CXXT

regard des fiefs , c'est quMIs commoDiquaient leur franchise ou leur no- Messe aux rotoriers qui les possédaient , et tant que ces roturiers y faisaient leur demeure ; au lieu que les nobles perdaient les privilèges de leur franchise et étaient démenés comme roturiers, tant qu'ils demeuraient sur des héritages tenus en ceosives. »

Lorsque les rois voulurent établir Timpôt , longtemps inconnu aux hommes libres , ils n'osèrent y assujettir les propriétaires , astreints seulement au service militaire. Ce privilège de l'exemption d'impôt devint la marque de la noblesse. — Or, le roi, qui établissait l'impôt, pouvait en exempter , et c'est ainsi quMl put anoblir.

C'était s'emparer d'un droit social , et cet empiétement ne tarda pas à altérer singulièrement l'idée de la noblesse.

c Dieu seul peut faire un gentilhomme » , disait-on jadis , et voilà ce qu'un de ces légistes qui détruisirent la noblesse par les rois et les rois par leurs pernicieux conseils , voilà ce que le régicide Merlin , depuis , comte de l'Empire et grand-oflBcier de la Légion d'Honneur , posait en principe , avec une ignorance ou une mauvaise foi également dignes d'un conventionnel : c 11 n^ a aucune famille qui ne tienne sa noblesse de la volonté du prince... Il n'y a point de noble qui n'ait été anobli... La noblesse a pris son origine dans la volonté du roi. » Il va plus loin , et donne la date précise de l'invention de la noblesse en 615 I Et enfin , il ajoute : » Le roi seul peut anoblir • {Répertoire , V Noblesse, § 2).

L'histoire démontre, au contraire, que la société franque, comme la société gallo-romaine, avait une constitation essentiellement aristocratique» c'est-à-dire patriarcale, et qne les races royales n'étaient elles-mêmes que les plus puissantes et comme les aînées des ramilles au milieu desquelles la longueur et l'éclat de leurs Services leur avaient assuré peu à peu la prédominance.

Mais toutes ces familles étaient loin de constituer une caste séparée et distincte du reste de la nation. Comme tout corps vivant, la nohtesse a sans cesse absorbé les éléments qui se formaient autour d'elle, et s'est assimilée les familles nouvelles qtie leurs qualités et leurs eiforfs élevaient au-dessus du vulgaire ; ce travail de recriMement a toujours élé particulièrement sensible aux époques les plus brillantes de l'histoire.

Il est Taux que la nation française puisse être divisée en deux races

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distinctes et permanentes , Tune fille des Francs victorieax, l'autre descendue des populations conquises ; la première constituant une caste privilégiée et formant Tordre de la noblesse, la seconde comprenant toutes les classes populaires.

En vain , quelques historiens systématiques , égarés par un oi^ueil insensé ou par des jalousies haineuses et non moins impies , ont professé cette hérésie historique. Les faits protestent contre ce blasphème national.

Au temps même des invasions germaniques , et sous les Mérovingiens » les races envahies étaient largement représentées dans les plus hauts rangs de la société nouvelle.

Les Ferréols , les Mummol; , les Apollinaires » les Aviti , etc. conser-^ vèrent au milieu même des désastres de Tenvahissement leur légitime influence et leurs hautes positions.

^ Dès le temps de Gharlemagne , il est si difficile de distinguer Torigine des plus puissantes races du royaume , que la nouvelle race royale elle* même ne sait trop si elle descend des Francs ou des vieux Gallo- Romains. Aujourd'hui , une étude où est traité ex professa ce curieux, sujet {Les ancêtres de Charlemagne ^ par Thill-Lorrain ) démontre que le grand Empereur d'Occident, descendant direct et en ligne masculine de saint Arnoul, était de race gauloise , de race arverne, et se rattachait ainsi directement aux souvenirs autochthones de la patrie de Yercingétorix. Quelle preuve plus éclatante voudrait-on pour établir que la noblesse n'est pas en elle-même le résultat de l'antique conquête, et ne constitue pas la dernière marque de distinction entre des races distinctes et ennemies ?

D'autre part, combien ne pourrait-on pas compter de familles nouvelles qui se sont conquis dans la noblesse des places éclatantes et respectées?—Les ducs de Goigny et de Yilleroy, les princes de Chimay, les

marquis de Seignelay ou de Maillebois, etc , si grands seigneurs à

la fin de Louis XIY , avaient une noblesse qui n'était pas plus vieille que le commencement du siècle.

Le nombre des familles anciennes dans l'aristocratie est bien moins considérable qu'on ne se le figure. Celles qui remontent authentiquement aux croisades sont fort rares, même parmi les plus célèbres, et.

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dans les noms de la noblesse titrée de titres authentiques et historiques, bien peu sont connus depuis plus de trois ou quatre siècles. Et encore I moitié ne dépasse pas le XVII* siècle.,

< Dans la recherche de la noblesse , faite en France en 1666 , dit Ghérin, il a été trouvé environ 2,08/i familles nobles dans la province de Bretagne, environ 1,322 dans la généralité de Gaen, environ 1,686 dans la généralité d*Alençon, 5i/i dans celle de Champagne, 1,627 dans la province de Languedoc, 766 dans la généralité de Limoges, 695 dans la généralité de Touraine , d'Anjou et du Maine. — Une vérité de cette espèce que je puis encore avancer sans crainte de me tromper, c'est que, de cette multitude innombrable de personnes qui composent Tordre des privilégiés, à peine un vingtième peut-il prétendre véritablement à la noblesse immémoriale et d'ancienne race. »

Non , la noblesse n'est pas la caste des Francs, pas plus qu'elle n'est une invention du despotismç.

Les conquérants, à leur arrivée, onjt dû naturellement occuper des places éminentes, comme, plus tard, le souverain a pu souvent constater le fait de la noblesse dans une race nouvelle ; mais il n'y a jamais eu ni brahmines ni parias en France, et le roi qui prétendrait créer la noblesse en méconnaîtrait l'essence.

C'est la liberté humaine qui, sous l'œil de la Providence, forme et recrute les aristocraties , et leur caractère est d'être pénétrables à toutes les forces nouvelles qui se révèlent dans les nations pour restaurer leurs pertes et maintenir leur vigueur.

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