‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 52 sur 204 · EN 1870 ET · texte numérisé non relu

EN 1870 ET

Par m. Eug. CHATEL,

Secrétaire de la Société.

Monsieur le Diabgteur, honoras GoNFRàajBS, Mbssiburs,

Nos fondateurs nous ont légué , comme une tradition à laquelle nous devons rester fidèles, l'usage de rendre chaque année au public un compte substantiel des travaux de la Société , de ses découvertes , de ses relations scientifiques , en un mot, de tous les faits de quelque im* portance dont se compose son histoire. Les douleurs de la patrie, les malheurs de l'invasion , les anxiétés du lendemain , nos devoirs civiques et Téloignement de plusieurs d'entre vous faisant face à Ten* nemi : toutes ces désolantes circonstances n'ont interrompu qu'une seule fois la régularité de nos réunions mensuelles. Mais elles nous ont privé de notre fête annuelle, à laquelle nous convions un public d'élite, témoin et soutien de nos constants efforts.

Mais le long espace qui sépare le 21 décembre 1869 du 21 décembre 1871 impose à votre secrétaire la double charge du compte-rendu de deux années : la hT et la A.S'' de notre Société. Notre année académique s'ouvre par l'élection du premier dignitaire. Jamais , Messieurs , de Turne du scrutin n'était sorti , pour cette émlnente fonction , un nom plus applaudi, ni plus désiré : celui de notre fondateur, appelé déjà à cette dignité en 18/i.9-&9. Ce double vote n'avait d'antécédent dans les

CL RÉSUMÉ DE L'HISTOIRB DE LA SOGl^Tlâ

aunales de lu Compagnie que la double électioo de M. Tabbé De La Rue, directeur eu 1825 et réélu en 183&. Ce choix nous honore à plus d*uD titre : se donner un tel directeur , c'était noblement s'engager.

Aussi , les six premiers mois de cette année 1870 ont-ils été comme une sorte de résurrection ; jamais peut-être la Société des Antiquaires de Normandie n'avait eu plus d'élan au travail , plus de vivacité et d'entrain ; chacune de nos séances était animée et bien remplie. Dès la deuxième séance , celle de février 1870 , notre bien-aimé directeur vint esquisser devant nous , à grands traits , avec ses vives saillies dont il sait illuminer ses tableaux , une sorte d'histoire de l'Archéologie en France avant et depjuis la fondation de la Société des Antiquaires, dont plusieurs autres Compagnies savantes ont tenu à suivre l'exemple et à emprunter les statuts. Il sema cette esquisse d'anecdotes et de détails piquants , peignant au vif le caractère distinctif des diverses sociétés savantes, signalant les travaux les plus dignes d'attention , et sa parole stimulait et doublait notre émulation.

Messieurs, comme chacune de vos lectures et de vos communications se trouve consignée ou reproduite dans le Bulletin, qui vous sera distribué ce soir même , je n'insisterai point sur les lectures faites par ou au nom de M. l'abbé Noël ; de M. Le Vaillant de La FiçflTe , l'auteur consciencieux des Verreries de Normandie ; de M. Eug. de Beaurepaire , nous communiquant un chapitre de son Histoire des Palii^ds de Dieppe ; de M. l'abbé Hébert-Duperron , nous racontant le siège de Paris par les Normands, en 886, d'après Abbon; de «M. Gaston Le Hardy, votre secrétaireadjoint , cherchant à venger la mémoire . très-compromise de Robert Courte-Heuse , de ce qu'il appelle les injustices de l'histoire à l'endroit de son héros, fort heureux assurément d'avoir pour le réhabiliter un avocat aussi convaincu et aussi armé de toutes pièces ; de M. le docteur Guéroult, qui connaft à fond son c de Gaignières > et ses abbayes de Fécamp et de Jumièges , dont il a relevé toutes les inscriptions et dessiné les pierres tumulaires et les sceaux des religieux ; de M. J. Tirard , qui est l'un de nos travailleurs les plus actifs et les plus persévérants , car il cherche dans les austères jouissances d'un travail incessant une diversion à une de ces douleurs de père qui ne se cicatrisent jamais. — Enfin, citons les commentaires de notre vénéré doyen, le conservateur

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de notre musée , M» Gervais , et de M. le conseiller Gustave Dupont , dans les fragments de son Mémoire sur les droits de mer en Basse^ Normandie; car, dans la séance administrative du 7 août 1849, le secrétaire de la Société appréciait déjà le talent de Tauteur de V Histoire du Yal-Richer et de V Histoire du Cotentin et de ses îles, œuvres de conscience et de long labeur.

La découverte la plus digne d'être signalée est celle de la splendide mosaique de Lillebonne , que votre secrétaire est allé par trois fois étudier sur place , et dont la description vous devrait être livrée depuis longtemps, si les événements de la guerre et de la Commune n'eussent entravé Texpédition des planches.

Les vacances de la Société s'écoulèrent , durant lesquelles vos conservateurs du musée et de la bibliothèque, ainsi que votre secrétaire, avaient mis en lieu sûr les objets les plus précieux de vos collections. Novembre revint. Cependant , votre Conseil d'administration , pensant que , dans la <;rise violente où la France se débattait, l'érudition semblait devoir être frappée de discrédit , ajourna l'envoi des lettres de convocation que votre secrétaire avait préparées à tout événement , car il savait que l'Institut de France , présidé par notre illustre compatriote , M. Léop. Delisle , n'interrompait point le cours régulier de ses séances hebdomadaires. Notre directeur lui-même avait convoqué les membres de la Société pour la Conservation des Monuments, le 28 octobre 1870.

Le 2 décembre , le jour même où nous arrivait l'heureuse nouvelle du succès de l'armée de Paris, qui -* nous le croyions ,. hélas 1 — continuant les succès de l'armée de la I^ire sous Orléans , nous leurrait du fatal espoir de changer nos défaites en victoires , ce jour-là , la Société reprit ses séances, sinon ses travaux. Et notre confrère, M. J. Travers, dont la verte vieillesse conserve depuis plus d'un quart de siècle les traditions de notre Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres, exprima le regret de l'ajournement du l\ novembre au 2 décembre , disant c qu'il est bon ff de réagir , chacun dans sa sphère , contre les douleurs publiques par « la régularité que chacun doit mettre à remplir son devoir, i C'est dans cette même séance que M. Bayeux proposa de voter des fonds de secours en faveur des blessés. Comme l'exiguité des ressources financières de la Société ne lui permettait pas de faire droit à cette patriotique pro-

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position , MM. le conseiller G. Dupont et Joly écrivirent sur une Teuille de papier :

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