XXX HISTOIAE D£ LA COMPAGNIE
Je recueillais tous ies bénéfices de mon silence, qui était de la prudence ; car j'avais le vif plaisir d'écouter , en les savourant , ies fortes instructions de nos directeurs éminents , dont le choix vous honore chaque année , les spirituels et éloquents comptes-rendus de M. Charma et les saines et solides lectures de vos orateurs préférés et toujours applaudis 9 les Hippolyte Dansin, les Léon Puiseux, qui savent si bien remuer en nous la fibre patriotique. Je n'avais donc rien de mieux à faire pour notre public d'élite » pour vous comme pour moi, que
D'imiter de Conrart le silence prudent ,
Laissant aux plus hardis Thonneur de la carrière.
Mais aujourd'hui, il me faut faire violence âmes habitudes et agir, puisque le devoir le commande. Si je ne suis pas de ceux qui se sentent le talent de se mettre en avant , je ne suis certes pas non plus de ceux qui désertent le poste , quelque périlleux qu'il soit, oii les circonstances douloureuses m'ont placé momentanément, du moins je Tesptère; car bien pesant est le poids d'un tel honneur I En eflet, Messieurs et honorés Confrères, pour être le secrétaire d'une compagnie aussi appréciée du monde savant, aussi célèbre à l'étranger , — pourquoi ne le dirais-je point, quand les savants de tous les pays de l'Europe , de l'Afrique et de l'Amérique sollicitent l'honneur de nous appartenir soit comme titulaires , soit comme correspondants étrangers ?— pour être le digne secrétaire d'une compagnie telle que notre chère Société des Antiquaires de Normandie, il faut avoir tout ce que , par un privilège dont nous nous réjouissons, possède encore M. de Caumont, et tout ce que possédait M. Charma, qui l'un et l'autre occupèrent et remplirent ce poste élevé durant quinze années, l'un de 1827 à 18&1, au temps que l'on peut appeler en quelque sorte l'âge héroïque de notre Société, l'autre de 185S à 1869, au temps de sa pleine maturité'. Tous deux ont porté avec aisance cet honneur et cette dignité , car tous deux possédaient les qualités requises : une activité singulière de corps et d'intelligence, une grande ouverture d'esprit, une dextérité merveilleuse à manier la plume et la parole , une mémoire sans défaillance, une courtoisie de cœur et de manières qui séduit, attire les collègues, qui rapproche et concilie les natures les plus
AN^éc ACADÉMIQUE 1868-18&9. XXXI
opposées, une bienveillance éclairée pour les débutaDts, une autorité incpntestée de caractère, -de savoir et de talent, une position élevée dans le monde et dans la science , une notoriété qui impose à son insu , une sagacité , une maturité de jugement , une ardeur tempérée par la prudence, enfin qu'ajouterais-je? toutes les séductions d*une ititeUigence ^ympathiqae , prompte à trouver le mot propre , à deviner la pensée de diacuii^ et une patience que rien ne lasse pour tempérer le zèle des împalienis, pour exciter, enhardir et violenter au besoin les travailleurs trop modestes qui sMgnorent et se laissent volontiers ignorer par excessive timidité.
Si, Mesdeurs, savoir reconnaître et apprécier les qualités inhérentes à la. position, ce n'est pas les posséder, c'est du moins les vouloir suppléer autant: que possible , à force de zèle et de dévouement. Il fant vouloir énei^iquement tout ce qu'on peut, pour pouvoir un peu ce que l'on veut. Et puis , cbers et honorés Confrères, si périlleuse que soit notre lâche d'accepter, un temps, la lourde succession d'un esprit aussi éminent que notre dernier secrétaire, rappe]ons«-nous aussi que, bien avant lui, notre Société, fondée en novembre 1823, avait déjà un glorieux passé, dont les traditions vivantes encore parmi nous, grâce à nos très-honorés maîtres et collègues les de Caumont, les Gervais, les Lambert, sauront guider l'inexpérience du nouveau secrétaire, quel qu'il soit. Aujourd'hui votre bienveillance soutiendra celui qui, depuis cinq mois, n'a pas reculé devant la fatigue excesssive de la triple charge de secrétaire, secrétaire-adjoint et jDke bibliothécaire-archiviste de la Société, ce qui le force à écrire ce rapport entre des corrections d'épreuves.
. Messieurs et honorés Confrères , depuis quelques années une sorte d'allanguissement entravait la régularité périodique des livraisons de nos Mémoires ; chacun s'en plaignait , M. Charma lui-même le reconnaissait ; Tan dernier , il nous annonçait une belle revanche , et c'était à bon droit, car la léthargie momentanée de notre Société était plus apparente que réelle , les matériaux abondaient dans les cartons , ils abondent encore. JEt si rien ne se terminait , c'est que , pour satisfaire parfois atix cJé^rs de quelques auteurs pressés de se voir imprimés, sa complaisance avait aiitorisé l'imprimeur à commencer plusieurs livraisons, voire même pluffleùrs volumes parallèlement. Nous avons, grâce à notre président.