‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 18 sur 101 · ANTIQUITÉS ROMAINES · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS ROMAINES

H. Rêver , correspondant de l'Institut , et membre titulaire de votre société , vous a fait hommage du modèle en plâtre exécuté par ses

jj happôi^t

soins y d^un autel taurobolique qui existait il y a.vingt^euxans, sur la pointe orientale du Mont- Dol , dana le département dlsle-et-^ViUaine ; cet autel, tout en granit , était composé de sept n^orceaux ; il présentait Taspect d'un coffre dans lequel oa pouvait se couler an moyen d'un trou carré pratiqué par derrière ; la tablf^ui formait ' le dessus était d*un seul morceau , et percée de vingt-sept trous disposés sur trois rangs , et par où le sang de la vicdme devait couler sur ceux qui se soumettaient à cette cérémonie purificatoire. Le passage suivant j tiré de Prudence^ qui vivait à la fin du IV®. siècle j . fera facilement concevoir l'usagé de ces aiUels tauroboliqnes. On creusait dans la terre une fosse profonde que Ton couvrait de planches percées ; le grand-prêtre revêtu de tout Tappareil de sa dignité , et plus souvent encore la personne qui avait besoin de cette expiation, descendait dans la fosse et \ recevait sur ses habits , sur la tête , sur les jeux , dans la bouche et dans les oreilles , le sang de la victime qu^on immolait sur cette espèce de pont à jour. La victime égorgée , les prêtres enlevaient le corps^ et le . purifié sortait de la fosse couvert de sang; dans cet état il se présentait an peuple qui se • prosternait devant lui ; et dès-lors il

SCR LftS TRi(VAU^ UB LA SOClkvk. LC

Aail r^â&ëré poor viugt ans* Les ftiéinisa^ ja** erifices^ faisaient sur des aaléls perottia^ats ^ do nonfk desquels ëtnit celui doat M. Rêver ¥ous a envoyé la modèle. L'âdolàlrie subsisUt encore long- temps dans les Gaules , apiè3 Véi^n bassement du christianisme. Les pierres et les eoloanes mîliiaîres étaient principalem^t des objets de superstition ; plusieurs conciles ordonh Aèrent de les enfouir ou de les mutiler (i). Un moyen plus adroit pour convertir un peuple ignorant j fut de planter des croix sur les obji^ts sacrés pour les payens , et de greffer ainsi U nouyelle religion sur Tancienné. G^est à cette pratique que nous devons la conservaiioa de pluâenrs monuments druidiques , entre autres .de celui du Mont-Dol ; il était dans une église

(i) H. Coifaebeil de lloatbret , l'an d« ooi coréetpondAdtj» • prowé q«« les croyanccft sapentitieuseï attachées aux pierre» dfoidiqoes oe toot pat encore détruites partout , cu^iue il le panit par le fait suivant. Cet anliquaii-e distiagué visita en i8m>, le dolmen appelé pterrt des fées, que l'un renconti-e à la porte de Guerande , lox«qu\>n arrive de >aDtes en cttte ville , et il trouva dans les- fentes de celte plc-rre des Ûocons de laine conlenr de rose , liés avec du clinquant. On lo^ a dît dans le pays que ces objets avaient été confirH k la pierre par de jennes fiUea , dans l'espoir d'obtenir la faveur d'être mariées dans Paooée , et que ces dépôts se finnaient toujonit eo cacbelte des curés ( Troisième rapport »»v !< s travaux d« U sociélé royale des antiquaires de Franco ).

LU BAPPORT

qui servait au culte catholique , probablement depuis les premiers temps du christiani|nie. Les trous de la table étaient bouches , et c^e pierre sacrëe placée dessus , attestait qu'on y avait célébré la messe. Le modèle que vous avez reçu est réduit au douzième.

La ville de Bayeux est une des plus anciennes cités des Gaules , et Ton ne pouvait douter qu'à l'exemple des autres villes de la. Basse-Nor-r mapdie,qui existaient sous la domination romaine^ elle n'eût des édifices publics remarquables : différents objets antiques , des fragments d'architecture , des médailles , avaient déjà prouvé son importance ; et une colonne milliaire , élevée sous l'empire de Claude , l'an ^i^ de J. C. , trouvée, au Manoir , en 1819 , avait appris que Bayeuz. était capitale du pays , et qu'elle servait de centre pour compter les distances (i).

Mais l'on n'avait pas encore découvert les ruines dont on soupçonnait l'existence y lorsqu'etx reconstruisant les murs du cimetière de Saint- Laurent j on mit au jour quelques constructions qui avaient déjà été indiquées par Tabbé Beziers,

(1) G'ett k M. Lambert que l'on doit la connaitsance de ce monument bien important. Il communiquera sopa peu à la •ociété , Tinscription qui est gravée aur cette colonne.

SUR LES TRAVACI DE LA SOClixè. Lllt

dans son histoire de Bayet». M. le comte de Mondivaalt, dont radministration ëclairëe en-^ eoorage tont ce qni niërite de Vétre , Yonlut liien^ sur la demande de voire confrère , M. Genas-Dahomme , sons-^prëfet de Bayeux (i)^ accorder des fonds pour faire exëcnter les tranui a\ec pins de soin. Os travaox eurent un Iieoreux résultat , et M. Lambeit , membre de la Sociëtë à Bayeux y dont les recherches ont d^ plusieurs fois dclairë l'histoire de cette ville , reconnut que les constructions de Saint-* Laurent avaient . appartenu à des thermes antiques. A cette époque , il consacra son opinion dans un mémoire qu'il tous a présente cette aonëe et dont je dois vous rappeler sommairement le contenu ; ce travail est accompagné d'un plan fort exact , et d'autant plus précieux , que p<mr épargner des mouvements de terrain qui auraient entraîné plus de dépense , on a démoli les murs de l'édifice à mesure qu'on les a dé* couverts.

(i) Je De dok pas oablier de dire ici que notre sa?aiit confrère M. Laîr « §ecrétaire de la société d'agrictiltvre , tonjoan ^ poar ks sciences et les recherches , est le premier qtii ^ (ait des démarches en cette circonstance aaprèf de M. le Mute de MontliTanlt , et je profite de Poccasion qui se présents f^r loi en témoigner la reconnaissance de la société.

tlV RAPPORT

Des pierres de taîlie , cfe la même nalare que celles deSaiixte-Grois*Gtaotoiuie , fonDtaîent les parements dés -mursi construils par assisea égales, et de distance en distance^ on trouvait un double rang de briques ; les 'parties les rooia£& soignées étaient bâties en moellon semblable à» celui de Vieux-Pont , Subies et Longeam ; cea murs étaient revêtiis,.pour ta plupart, d-un ciraenf ou mastic rouge , d^uhe grande ténacité , qui paraissait composé de chaux , de ioileaux et de charbon 7 et servait à fixer diflTérents pla.cages dl9 marbre, et de pierre bleue polie.

On décoavrit , à k fin de février 1821 ^ une partie qrcubire qui , d'après la portion eoonue.^. défiait avoir trente-rneuf pied» de dia-r mèlre. Dans, le mois d^avril^ en déblaya ua appartement, de dix^sept pieds de long sur neuf de large; la partie. inférieure ne contenait que des murs nuds« Le peu qui restait de la partie supérieure laissait voir, une belle couclte de ci^ ment encore couverte, de quelques fragments de marbre blanc ; on y remarqua un plancher fort singulier , construit d^une couche de cailloux couverte de sept à huit pouces de ciment , re« couvert lui-même d'une légère couche de ciment plus délié , et enfin d'un pavé de pierre bleue polie. La pièce voisine était un apparbemenl

«tUB LftS TBAVAUl Dft LA SOCl&TB. LV

lieiBgQfie OU) cMttOgpae^doiit les mur4 elle pav^ éaient mi nabrb bla&e.

Plus k>îa'uiie coyr pavée de gnmdes'pi^rres de Caf de jSfiioie-Honorioe (i) ^tait entourée die dalles qûî.^^nvaidnt à> recevoir tes eaux et à en rejelâr le auperQuâ.

On trouva eewte > daiiB une espèce de grand conidor , faeeucoDp.de tuiles , des fragments d^ narbre de plusieurs ' espèces , des placages et des borduresd'eaçadreaient en .marlfre blanc.

Eafin , on découvrit riijpQcaustruvi j. ou le poêle qui servait à ^chaoflTer Ui grande salle des ëtuves j rempli de petits piliers: de briques carrées de jbuit pouqesr : ^ur: ce^ piliers^ étaâent de grandes briques de.ving/t-deux pouces ^ couvertes d^une coupbe de ciment qui .fonnait le plancher j ce mode de construction est absolu-»

(i) J'ai Tait observer 4laiii liwa «uémoife >far la géologie de l'trrondisfteiiieiit de Bayeiit ( mémuirt-s de la suciélé lioDéenne du CaWados ] , combien l'emploi du tuf était copimun andenncmeiat ; }e fient eoco^e d'en truoTcr en gVande quantité dav lea rotnei /de l'ab|)#iye de Plcssis-Orimonlt , arrooditM- ■ent de Vire. Ce fait est d'autant plus étonnant qne ce lien est delà éloi^é de Sainte-Honorine, que la pierre de Caea , cnployée dans pltaiétirs parties- de l'église, 'e«t ÉieiNeure , fias facila à ^ procofer et que d-aiUeurs on trouve le tuf ODplojé avec d'autres pierre» , et mélangé avec elles ce qni prouve que ta grande légèreté n'en a pas toujours déterminé Pettploi*

XVI HAPPORT #

ment conforme ï la description qoe nous a laissée Vitrave, du plancher des ëtuves.

M. Lambert a ensuite décrit les différents objets trouvés dans ces fouilles ; je me bornerai k vous rappeler que les médailles sont aa nombre de quarante, toutes en petit bronze à Texception d'une seule très-fruste de Trajan: elles sont de Gallien , Posthume le père ^ Victoria > Claude II , Tetricus y Maximien-* Hercule y Licinius le fils , Constantin le grai^d^ Crispe y Constantin le jeune j Constance j Va-r lentinien I«' • , Valens et Gratîen , ce.qui comprend un espace de i f 5 ans.

Après vous avoir entretenus des différants objets mis an jour par les fooilles de Saint- Laurent , et avoir prouvé que ces rames avaient appartenu à des thermes antiques , votre confrère s'est efibrcé de fixer Tépoque de la construction , et celte de la destruction du monument; il a aussi exprimé le désir de voir faire de nouvelles recherches sur les lieuxroù était situé ce grand édifice , dont on n^a entreva jusqu'ici qu'une très-faible portion.

Les fouilles que Ton a faites au Vieil-Évreux^ à différentes époques , ont procuré la connaissance de diverses . antiquités romaines , sur les^

SUR LES TRAVAUX DE LÀ SOClkrk. LVÏX

pelles votre savant confrère , M. Rêver de Gonteville , -vons a envoyé- des notes d^un grand miérêt ; il a en même temps dëpos^^ an muséum des antiquités de la Normandie , le plâtre d^un chandelier a deux branches et une meule qui y probablement avait été frabriquée par les habitan ts dn Vîeil-^Évrenx , sons la domination romaine. Cette meule est circolaire , arrondie en dessus ; elle pèse environ 5o Kvres, elle a viûgl-sept pouces de diamètre, elle est percée au centre dans toute son épaisseur ; le trou est cjlindri()ue , il a de largeur deux pouces , Pépaisseur dé la meule au centre ^ sommet de la convexité , est de trois pouces , et de vingt*deux lignes près du bord , ta matière de cette meule est un quartz agalhe brèche ou pondingue ou brèche siliceuse.

Lesmouliusehusagedtttempsdesromainsétaient composés de deux meules dVme pelile dimenlion, celle que nous possédons était la meuleinférieûre d^un moulin ; il est facile db concevoir Tusage de cette machine fort simple , dont M. M6ngè2 a fait connaître le mécanisme : que Ton suppose un axe de fer fixé verticalement dans la meule gisante ou inférieare , traversant la liieulé tournante et dans celle-ci un cilindre creux , mobile autour de Taxe: ce cilindre étant placé sur Paxe, les meules étaient en état d'agir. Pour cela oa

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