‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 22 sur 101 · LXXIII RAPPORT · texte numérisé non relu

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il s^esi attache principalement à décrire les églises , qui en présentent dans leur construction ; il eu a trouve dans son département soixante-trois dont il a indiqué les parties remarquables ; vingt antres appartiennent au temps des lawœttes (i), c^est«à--dire au XII<^. ou au XIII^. siècles, et sont également décrites. Ce savant ne s'est pas occupé des églises moins anciennes : son mémoire était accompagné de plusieurs dessins que vous avez fait lithographier , et qui y ajoutent un grand prix en mettant sous les yeux du lecteur , des antiquités qu^il faut presque toujours chercher dans des paroisses écartées | et pour la découverte desquelles il a ùllu que votre confrère visitât près de six cents églises.

Le second mémoire de M. de GerviUe est relatif à deux - monuments d'une haute impor^ tance pour Thistoire de Tarchitecture , puisquMs déterminent le temps de la transition du pleincintre aux lancettes , et le font remonter ^ en Normandie à une époque plus reculée qu'on ne Tavsit pensé jusqu'ici. Les auteurs anglais , et notamment M. Biilner , dans son Essai sur l'arhitecture du mojren âge , ont établi que

(i) Voyez dam mon mémoire sur l'architectare du moyen iige , ce qoe Vou, entend par lancettes en architecture.

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les premières ogives remontaient environ à Tan 1 1 3o ; ce dernier même , emporte par ramoDr de la patrie, n^a pas craint d'avancer que Parchilectare à ogives a pris son CN-igioe en Angleterre. Le mémoire de M. de Gerville a proavé en même temps que cette prétention eit pea fondée , et que Tintroduction de Togive est bien antérieure^ Pan i iSo. En effet , l'église de Mortain , bâtie en io8a , consacrée quelques années plus tard , est un monument de transition dans lequel l'ogive domine ; mais ce qui est bien plus conduaut encore , c'est que la partie la plus ancienne de l'élise de GoutanceS| antérieure de près d'un siècle à l'époque assignée par les Anglais au changement de formes, présente des lancettes bien régulières et telles qu'on en £ûsait à la fin du XH^, siècle.

Dans son troisième et dans son quatrième mémoire 'j le même de vos confrères a écrit l'histoire des châteaux-»forts des arrondissements de Cherbourg et de Valognes. L'histoire des châ-*teanz forme une partie considérable de celle de notre pajrs ; elle se rattache à toutes les époques importantes et comprend pour ainsi dire toute notre histoire militaire. On conçoit facilement combien le travail de M. de Gerville a coûté de recherches , et on lui doit d'autant plus de re-

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connaissance , que la tâche qcfil a remplie avec tant de succès , ëtait plus difficile ; Paateur a trouve huit forteresses dans rarrondissemeni de Cherbourg et vingt-six dans Parrondissement de Valognes ; il a fait le même travail pour les autres arrondissements du département de la Manche , et il se propose de vous en faire part.

U est à désirer que l'exemple de M. de Gerville soit suivi dans les autres départements , et que ses mémoires servent de modèles à ceux qui s'occupent de recherches analogues. De superbes églises , des forteresses , de ^eiix manoirs , monuments poétiques de nos annales j s'élèvent encore de tons côtés sur cette terre d'églises y de châteaux , qui , occupée successivemeat par différents peuples , est devenue une des contrées les plus curieuses à étu(fier , pour connaître tous les genres de constructions et no<> tamment l'architecture militaire.

Lorsque nous pouvons , à Taspect d'un monument , déterminer à peu près l'époque de son érection , il nous rappelle en même temps une foule de souvenirs; il vient se lier dans notre esprit avec les idées que nous noas formons du peuple qui l'a élev^ y de ses mœurs j

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de. ses institutions , de ses arts ^ et nous aimons à j rechercher les traces de son goût et de son génie ; nous n'avons cependant encore anciin ouvrage ëlëmentaire dont lès documents puissent nous apprendre à distinguer Tâge des différentes . constructi^ms ; pour atteindre ce Jbot ^ H. de Caumont vous a lu un essai sur Parchitectnre religieuse du moyen âge , principalement en Normandie ; il a divisé cette architecture en deux genres principaux , architecture romane ou à plein-cintre , qui est une dégàiération de Tarchitecture romaine , et architecture gothique ou à ogives. Le premier genre qui a été pratiqué jusqu'au XII^. siècle^ est subdivisé en deux : primordial et secondaire; le second qui commença d'être usité à la fin du XI^. et au commencement du XII^. siècle y et fut abandonné au XVP. j est subdivisé en trois : primordial , secondaire et tertiaire. L'auteur a indiqué tous les caractères au mojen desquels on peut reconnaître Tâge d'un monument à la première vue ; il a cité de nomhreox exemples à l'appui de ses démônstralicms.

Votre confrère , M. Déshayes , vous a fait ui^e description des ruines de l'église du prieuré de Samt-Gabriel , près de Creuly , «^t vous a

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donne des dc^uils sur Torigine de cette maison religieuse ; etle est antérieure à la conquête de TAngl^terre , car Guitiaume ne prend pas encore le titre de roi dans la charte de fondation, que possède maintenant M/ Tabbé de La Rue. L^architecture de réglise dont it ne reste plus que le chœur, annonce bien Tépoque où elle fut bâtie; on y trouve la mémeelëgance qu'a Tâbbaye de Sainte-Trinité de Caen et aux autres églises remarquables du même temps. M. Déshayes a décrit avec attention toutes les parties de ce curieux monument , et en a dessine les princi» paux ornements , ainsi qu'une vue de Pensemble de Tëdifice (i).

Un mémoire historique sur la bataille de Formigny,'^ publié il y a un an , par M. Lam* bert , a fourni à M. Delaunay , votre confrère^ le sujet d'une dissertation sur le tableau regarde à Bayeux comme représentant ta bataille' de Formigny , et décrit comme tel par M. Lambert. M. Delaunay a prétendu que le tableau ne peut s'appliquer à cette action mémorable , parce

(i) L'église de Saiot-Gabrict est nir fort joli modèle d'architecture romane ; je suis lu premier qui Taie obserrée il y a dé|i loog-temps > et je m'applaudis de l'avoir enseignée h M. Deshayes , dont le crayun habile en a itîtiacé fidèlement les détails.

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qu^on u^ reconnaît aucunement la disposition des lieux ; on n'y remarque ni le pont de FormigDV , ni le moulin d^Agnerville , ni tes deux cooleuvrines dont parlent les historiens. Au contraire on y voit une espèce de marais salant coupé par quelques tranchées que Ton a prises à tort pour des retranchements , et dans le lointain la mer avec quelques vaisseaux ; tout cela est incompatible avec la position de Formigny et du vallon dans lequel se . livra la bataille. Votre confrère a prétendu ensuite que

le tableaa dont il s'agit, ne pouvait se rapporter

qu a une action postérieure d'un siècle au moiuf à la bataille de Formignj , donnée le 1 5 avril i45o I parce que plusieurs combattants sont représentés armés de mousquets , doqt Tusage ne s'introduisit véritablement dans les armées qu'a la fin du XVI^. siècle. ^ M. D^iannay a conclu que cette peinture avait probablement été consacrée d'abord k perpétuer le souvenir de quelquWe de ces querelles affligeantes dont la Ligue et les haines religieuses désolèrent si long-temps la France , et que postérieurement le sujet en fut attribué à la bataille de Forluigny.

La dissertation de M. Delaunay, ayant été communiquée à M. Lambert^ celui-ci vous a adressé

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une réponse dans laquelle il combat les sonnements de son adversaire , en établissant ^ !<>• que Fauteur de la critique s^est trompe relativement à la position qu^il donne à un moulin à vent , dont parlent les anciens historiens , et qui peut servir à déterminer remplacement occupé par les troupes françaises ; a^. que le tableau n^est . point du XV^. siècle^ qu^il appartient au con-^ traire à Tépoque de Louis XEEI , sons Pépiscopat de M* d'Angennes y nommé par Henri IV à révéché de Bayeux ; 3^. que les anciens artiste» n'apportaient point dans leurs compositions la même exactitude que ceux de nos jours , et que la rigoureuse observance du costume ne date que d^une époque très-rapprochée , ce qu^il a prouvé par de^ exemples tirés de la peinture et du théâtre; 4^. que le site choisi par Fauteur du tableau dé Bàyeux y est Remplacement oii se tient la foire St. - Martin , à Formignj ^ puisqu'on y reconnaît la ferme du Carré et la vue de la mer ; S^. que les redoutes de Surrain et de Saint-Laurent y appelées Lahaulle y appartien- . nent à Tépoque de Toccupation anglaisCipuisqu'on retrouve dans la langue de cette nation la racine du nom caractéristique qui leur est donné ^ quoiqu'on ne puisse en assigner la construction à la datte précise du i5 avril i45o ; 6^.^ que

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M. Dalaunay s^est trompe quant à la distance qu^il donne ^ la perspective du tableau , en disant qu^eHe se trouve dëplojëe sous un plein ciel à sept ou huit lieiies , tandis que la grandeur des objets

qui sont figures sur les derniers plans prouve qu% sont beaucoup plus près ; 7^. qu^il y à bien rë^ ellement de Farùllerie figurée sur le tableau , puisqu'on y voit des roues , des afiïits ^ du feu , des hoinmes renverses , etc. ; 8^. que Ton doit ' fixera Tannée i358 , Tintroduclion de Tartillerie en France^ que sous Charles VI^ en 1 4^4 ^ on se servait déjà d'une espèce d'arme appelée canon et couleuvrine à main , qn^elle ne pesair . que vingt-trois livres , mais que c'est à la fin du règne de Louis XII que l'on commença à donner le nom d'arquebuse à cette espèce d^arme , qui est le type originaire de notre fusil actuel ; c^^. que l'inexactitude de l'artiste , relativement au feuillage et au verd rembruni des arbres, ne peut tirer à conséquence , puisque nous voyons encore fort souvent de nos jours de pareilles erreurs.

• Telles sont les raisons que M. Lambert a cru devoir présenter pour justifier la tradition du pays, qu'il avait adoptée dans la troisième partie de son mémoire sur la bataille de Formigny.

n existe dans la ville de Caen , contre l'église de Saint-Étienne -le-vieux , une statue éqnestrô

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