‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 54 sur 101 · SUR LE MOWT-JOLY. IO · texte numérisé non relu

SUR LE MOWT-JOLY. IO

M. Dulomboj rapporte qu'avant la r<^voIution, il existait , non loin de Teglise , un if qui , par sa monstrueuse grosseur et sa dëcre'pitude , annonçait une grande ancienneté. Lorsqu'il fut abattu j on découvrit sous ses plus profondes racines une quantité prodigieuse de têtes humaines. Pour mettre en culture le plateau , il fallut arracher des arbres et enlever plusieurs roches ; on trouva des tombeaux d^une seule pièce, longs de plus de six pieds , et recouverts d'une autre pierre ; quelques-uns contenaient des squelettes. On trouva aussi beaucoup d'ossements humains profondement enfouis et qui paraissaient avoir passé par le feu ; Tun d'eux , enveloppé d'un linge à demi-brûlé , fut porté avec beaucoup d'autres objets chez M. Turgot , à son château de Bons y qui est dans le voisinage. Ces ossements pouvaient avoir appartenu aux Gaulois nos ancêtres , qui avaient assez généralement l'usage de brûler leurs morts j tandis que les peuples du Nord qui vinrent envahir nos contrées , avaient coutume d'enterrer les leurs.

Quant à cet amas si considérable de têtes humaines près de l'église , il ferait assez conjecturer que celle-ci a pu succéder à un établissement des Druides. On sait qu'ils choisissaient toujours les lieux les plus sauvages et les sites les plus

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propres à étonner rimagination du peuple : il n'est donc guère croyable qu'ils eussent nëgligé de se fixer à la roche Saint-^Quentin, dont ils pouvaient présenter l'ëpouvantable déchirure comn^e Tefiet d'une puissance surnaturelle* Ces prêtres despotes y qui réunissaient en eux le sacerdoce et Tautorité politique , jugeaient les différents j disposaient à leur gré de la vie des hommes , présidaient aux sacrifices et consultaient leurs dieux dans le sang des captifs (i). Leurs victimes n'étaient pas toujours prises parmi ces infortunés ; souvent, comme on l'a vu dans des temps jmodernes , chez des peuples policés et chrétiens , elles furent immolées à la soif de l'or ou de la vengeance. Tibère , qui mourut l'an 67 de Jésus- Christy avait fait vivement poursuivre les Druides, et on les exterminait partout où ils pouvaient être découverts ; mais il en existait encore beaucoup dans le pays , lorsque les Romains abandonnèrent les Gaules , pendant la première moitié du V^. , siècle.

Les fouilles qu'on a faites à différentes époques sur la montagne ont offert , outre les tombeaux et les ossements humains dont j'ai parlé , plusieurs

(1) Nam cniore captiyo adolere aras , et hominain fibrif consulere deos fas habebant.

Tac, Annal, lib. i4*cap. 11.

SUR LE MONT-JOLT* 1 1 f

instruments en cuivre , tels que haches d'armes , bouts de piques, de lances et de hallebardes, marteaux , etc. n en fut un jour porte à Falaise une partie assez considérable qu'un chaudronnier acheta et mit bientôt à la fonte. Ces objets , dont on doit regretter la perte , étaient incontestablement ante'rieurs au temps où le fer fut connu et employé dans les arts. Des instruments et des armes , bien plus anciens encore que ceux de cuivre y ont été trouvés en divers endroits de la montagne. Ce sont des haches de pierre , dont les peuples sauvages se sont constamment servis pour couper et fendre y jusqu'à ce que des peuples civilisés leur en aient fourni de cuivre et de fer. Ces haches , dont les guerriers faisaient usage dans le combat,et qu'on enterrait assez ordinairement avec eux , sont d'une extrême dureté, très-lisses , convexes dans leur longueur j qui est généralement de six à huit pouces , un peu pointues par un bout et tranchantes par le bout le plus large ( i )• Il y en avait d'enfouies sur le plateau, parmi des débris de vases de terre et des morceaux de charbon de bois , qu'on sait être une substance incorruptible et même indestructible , tant qu'elle n'est pas atteinte par le feu , destructeur de tout.

(i) Une luche de cettt espèce, qui , depuis ma visite au Mont- Joly , m'avait été donnée comme provenant de cet endroit , est ujonrdliuj an cabinet d'histoire naturelle de Gaen.

lia NOTICE SUR LE M05T-J0LY,

Si de nouvelles fouilles avaient lieu sous la direction d^hommeà instruits , et en donnant une iii^demnitë raisonnable aux, propriétaires du terrain , on y ferait peut-être encore une assez riche moisson de ces objets antiques. Un examen soigneux de Feglise et de ses alentours , pourrait nous faire asseoir une opinion assez plausible sur ce que fut , dans un temps très-reculë , le MoiHr-Joly , l'un des endroits les plus remarquables de notre département. C'est ce point de vue s^ul qui m'a déterminé à présenter à la société cette légère esquisse.

NOTICE

Sur quelques objets (Tandquité trouas dans une f Guide près de la mer^ à Saucemare , commune de Saint^jiubinr'Sur^JUer , département de la Seine^Inférieure ; pa^ M. ÉSTANCELIN,

lia ëté trouvé à Sainte -Margaerite , près de Dieppe, on pave en mosaïque dont j'ai donne la tlescription. Plusieurs personnes ont éié le reconnaitre; et^si Ton n'a pas encore détermine son étendue , du moins peut-on assez raisonnablement conjecturer quHl a -dû appartenir à un édifice d'une certaine importance.

Des découvertes précédentes avaient démontré le séjour des Romains sur la rive droite de la iSaa7ice,qtti coule au pied de Sainte-Marguerite, et l'on a pu s'assurer que ce peuple avait eu des établissements fixes dans la partie du pays de Caux qui avoisine Dieppe.

Danville , dans sa notice sur la Gaule (i) , en

(i) Gnmutfi X p%ge 36o.

ll4 OBJETS d'aiîTIQUÏTÊ

expliquant le trace que donne la table Th^odo— sienne , cTune route qui partait deJulio-Bonaj a marque , après Gravinum , une statio anonyme qui, selon lui^ devait être placée entre Dieppe et Fécamp, sur le bord de la mer^ on pouvait croire , d'après la position topogrâphique de Sainte-Marguerite , que ce point de la cô(e était la ^tatio anonyme dont parle Danviile.

Une découverte ultérieure , tout en renouvelant les doutes sur remplacement véritable de cette statio ^ pourrait cependant nous donner de nouvelles preuves que^ non-seulement le pays de Caux avait reçu des établissements romains , mais que cette partie du littoral dé la Manche a été complètement habitée par les conquérants de la Gaule , sinon dès les premières époques de cette conquête , du moins sous le règne des successeurs de César.

On trouve à un kilomètre environ vers Touest de Sainte-Marguerite , en suivant le bord de la mer, après avoir passé le Dun , une ferme isolée assez importante , qui se nomme Épineville ( i ) ^ elle est placée à très-peu de distance de la falaise, et n^est séparée de la mer que par un vallon étroit qui descend jusqu^au rivage : cette gorge porte

(i) La carte de Cassiai en fait mention ; ellt y est mém« annotée comme yillage : c'est une erreur.

BicOUVEATS A 3AUCEMARE. Jl5

dans le pays le nom de Saucemare. Ce m'est fias ici , comme k Sainte-Marguerite , une vaHëe spodeose ^ arrosée par une rivière affluant k la mer; Saucemare n^SL pas i oo mètres d'ouverture; il est maintenant inhabité ; on croirait même y à son aspect , qu'il n'a jamais dû Fétr e.

Cependant la mer y charriait depuis qnelque temps des débris de constructions ; on en retronvail dans les éboulements causés par les gran^ des marées ; cela m'a déterminé k faire quelques foaiUes dont je vais donner le résultat.

A plusieurs pieds de profondeur, le terrain oflSre des débris de tuiles romaines et de tessons de poterie noire et de terre rouge vernissée ; on y trouva ça et là des ossements humains.

J'ai recueilli un tesson assez remarquable^provenant d'une coupe en terre rouge vemissée^dont k forme devait être celte de nos cuvettes rondes ordinaires; les figures en relief dont il est orné ne sont pas d'un dessin bien fini ; mais on distingue aisément nn homme exposé aux animaux ; autour delà coupe régnait un filet étrusque dont le dessin est absolument paoreï k celui que présente un tesson d'une coupe de mêoiie n^tière y trouvé en i8ao à Sainte-Marguerite.

Un antre tesson^ également enterre rouge , trouvé a Saucemare , et qui provient du fond

fl6 OBJETS d'antiquité

d'ua vase, porte une marque , mise sans douto par l'ouvrier ; ce sont trois ou quatre lettres parmi lesquelles je crois voir un O et un /? ; mais que je n'ai pu assez bien reconnaître. Cette marque de fabrique , au lieu d'être à l'extérieur du vase j comme cela se pratiqué de nos jours , était dans rintérieur.

On a trouvé^ presque au niveau du sol , un petit dauphin en cuivre ciselë,long d'un pouce et demi, qui a dû appartenir au couvercle d'un vase ^ ou faire partie des ornements d^un trépied uil tenait à ce travail par les nageoires , comme l'annonce une rainure qui se voit sur le cuivre j brisé dans cet endroit ; on peut s'en faire une idée assez juste d'après le dessin d'une médaille en argent de Yitellius , décrite par quelques antiquaires, et entre autres par Duchoul (i).

On sait que l'apparition du dauphin était regardée par les marins comme le présage d'une heureuse navigation (a). Celui-ci vient-il d'un vase consacré à quelque dieu de la mer dont le temple était voisin ?

Le troisième objet important trouvé dans la fouille est une médaille en petit bronze , malheu-

(i) De la religion et castra «éUtion dei anciens ftomaina (lyon i58i) page ai 6.

(a) Philôn ; hist. 65. ,

]>£COCT£RTS ▲ SAUCEMARE. II7

Feasement un pea firnste ^ mais où l^on peut encore reconnaître Constantin -le -jeune, fils de CoDslantin-le-Grand. Elle est signalée par Banduh j qui la regarde comme très-rare et n'a pu Texpfiqaer ; il la croit antérieure à Pan 3a5 (i). Le côte de la &ce est le moins bien conserve ; le revers, oii se voient les deux victoires , est plus dtttinct.

Ejifin , à douze pieds environ de profondeur , 3 a été trouvé un vase funéraire de forme et de madère fort ordinaires ( poterie noire ) : il reposait sur le roc vif, qui, sans doute, avait arrêté le fossoyeur , et il était rempli d'ossements humains desséchés , mais sans traces de feu. Cette urne , sans couvercle , était en morceaux qu'il a âé impossible de rejoindre ; mais j'ai trouvé un peu plus loin un autre vase vide , absolument semblable , qui était moins brisé et que j'ai pu cx)iiserver.

Sur les ossements contenus dans le premier ,

(1) opéra et stodia D. Anselmi Bandnrii tome a , page 34 1

Contaatinns Jun. nurnÛBiata III.

Victori«Caet., Augg. Q. N. N.

Victoriae du» tanicatae ac aucciocts gradientes ex adveno» cofpnam lauream tenent deztrft » palmae ramum siaûtrâ : in imâ parte S. L. G.

lao OBJETS d'aittiquitê

d'une ville ou d'un village qui aurait existe sar les hauteurs voisines ? La ferme d^pineville , à laquelle Popinion pubKque assigne une existence fort ancienne , sans que rien puisse la démontrer, tiendrait-elle la place d^une partie de ces constructions ? C'est ce que le temps seul pourra nous apprendre.

D nous suffit aujourd'hui d'avoir prouvé que cette partie de la Normandie , à laquelle on accordait à peine un séjour momentanë des romains, avait, comme d'autres endroits plus célèbres de la côte I fixé leur attention ; qu'ils y ont sëjoumé, et construit des monuments, dont les ruines souterraines seraient explorées avec avantage pour la science. Nous devons donc nous féliciter d'y avoir appelé nos maîtres, et nous les y appelons encore, dans l'espoir que leurs habiles recherches jetteront bientôt un grand jour sur quelques points obscurs de Fhistoire de cette province; notre part dans les découvertes sera belle encore, puisque nous aurons eu l'honneur d'en ouvrir la route.

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