‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 56 sur 101 · UTILITÉ · texte numérisé non relu

UTILITÉ

fort peu de chose. En effet quels documents instructifs pourrions- nous attendre d^un peuple étranger à tous les arts , chez lequel IMcriture était proscrite j qui ne connaissait d^autres éléments de civilisation que les dogmes théologiques des Druides , et leur monstrueuse autorité. L*origine de cette nation, non moins cruelle etbarbare que les peuplades de l'Amérique, se perd dans la nuit des temps* Jules César, Strabon, Diodore et quelques autres historiens de l'antiquité, nous ont appris sur Panciea habitant de l'Armorique tout ce que nous en pourrions découvrir ; nul espoir d'en savoir davantage* Nous connaissons ses mœurs , sa valeur , sa profonde ignorance , son culte et ses horribles mystères ; que pourrions*nous trouver de plus dans ses monuments grossiers , si ce n'est la preuve matérielle de la férocité commune à tous les peuples sauvages ? Tous se ressemblent par des habitudes sanguinaires , par des superstitions puériles et par le culte affreux qu'ils rendent à des dieux malfaisants et cruels, à des dieux £iits à leur image. L'époque romaine sera plus riche en grands souvenirs : notre jurisprudence , notre littérature , notre langue , tout nous rappelle le nom romain. La puissance organisatrice de ce grand peuple a porté la civilisation et les arts chea

BES RECHERCHES AHCHÊOLOGIQUES. 1^^

toutes les nations qu^il a soumises. Il l^ur a l^goe ses mœurs^ ses lois et ses dieux. L'Afrique et PAsie conservent encore des traces de sa domination , et le midi de l^urope est plein de ses monuments. Notre contrée , maigre les ravages frëqoents des peuples du Mord , a sauvé quelques ruines dès constructions romaines. Msûs il £aat avouer que ce que nous connaissons jusqu'à ce jour ne saurait nous en donner une haute idée. Ces ruines ne suffisent pas pour nous fiire apprécier Tétendue et le nombre des éta- Uissements romains dans notre patrie. Nous ne pourrions pas même assurer d'une manière positive qu'il ait jamais existé l:hez nous de grands monuments de ces maîtres du monde (i). Des

(i] Rien de plus obscar qae l'histoire de U Normandie avant l'expédition de César , et même après. S'il était yrai , comme ipi«lqaes-ans le prétendent , que notre contrée eût possédé à cette époque, des grandes villes et un peuple industrieux et commerçant , à quel degré de splendeur n'eût^elle pas dft s'élever sons la domination de ses nouveaux maîtres t Éloignée ^« théâtre de la guerre , des Triumvirs , notre province jouit long-temps d'une paix prafonde ; cette paix se prolongea sous ^ règnes d'Auguste , de Tibère et de Caligola ; du moins le »ilence des historiens le fiiit présumer. Quatre-vingt-dix ans après i> conquête ils ne parlent de notre patrie qu'au sujet de l'expédition préparée dans TArmorique , par Yespasien et Plaosiua , pour soumettre la grande Bretagne à l'empire de Claude. La présence de ce maître du monde dut jetter une gnade actirité sur nos côtes si favorables aux armements.

Page 1