‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 57 sur 101 · UTILITE · texte numérisé non relu

UTILITE

contrées aussi ravagées que la aôtre possèdent encore des temples et des cirques ruines dont les vastes débris ont résisté à la force destructive

m«ritimet ; d'ailleurs l'heureuz résultat de cette gaeire et la passion de l'emperevr Claude pour les moDUinents auraient dA laisser sur notre sol quelques yeatîges de son passsige. Cependant aucun grand établissement , aucun édifice de cet âge , assex considérable pour résister aux ravages du temps , n'est parrena jusqu'à nous. Ce qui nous reste des Romains à Bayenx , Uaeax, Gontances , est d'une date postérieure.

Ainsi l'absence de ces preuves matérielles doit nous faire croire que les premiers Césars ne considéraient notre littoral qae comme une position militaire , soit pour contenir le Breton « soit pour repousser les Barbares du Nord ; elle doit aussi nous faire croire que la population d'une contrée couverte de bois comme la nôtre , à cette époque , devait être pen nonabieiMe. Gela parait assez prouvé' par le peu de résistance qu'elle opposa aux armées de César : peu de jours et une seule légion suffirent à Grassus pour la soumettre. Si , peu de tempe après , elle prit une attitude hostile, ce ne fut qu'en appellant à son aecoois les peuples de la grande Brétagna et plusieurs nattons de la Gaule Belgique et Celtique. Cette entreprise malheureuse e«t une preuve nouvelle de la faiblesse de sa population et de son ignorance dans l'art militaire. Adirés dans un piège par Sabinus y les Armoricains et leurs alliés furent défaits et soumis. Notre patrie re^ut et porta paisiblement le joug imposé par le vainqueur ; eUe resta même étrangère aux révoltes réitérées des autres parties de la Gaule. Mais trop faible pour se défendre elle-même , elle fut bientôt exposée » par l'absence des légions romaines 9 aux incursions des peuples du Nord* Dès la moitié du premier siècle , ces Barbares la désolèrent et détruisirent de fond en comble les établissements romains. Les ravages furent si fréquents , ils épuisèrent tellement la population , qu'elle disparut presque en entier. Elle fut renouvelée par des colonies venues du Nord que l'empereur Constance Chlore y établit. Elles prospérèrent sous l'empire de leur fondateur >

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des peuples barbares. Cest-là que les arls par h solidité et IMaorme pesanteur des masses ont yaînca la Barbarie.

Des fouilles heurenses pourront peut-être nous dëconvrir dans la suite des monuments de cet âge, plus importants , plus vastes , plus digneé de votre attention. Mais quel que soit le résultat de nos recherches , toujours intéressantes pour Fhistoire , eHes nous offriront peu de chose par rapport à Part (i). H n'y a point d'apparence

ceftû de mb fib Goostankin , et plus parlîcntiëreaient mu le gMiTeracmeat de Julien. Dea établUsements utiles > des loii pratoctriccsyfaToriaèreot Tiodustrie et l'activité de ce peuple nouveau. Hos forêts te rétrécirent, l'agriculture étendit ses con« qoètea , notre littonl se ceurrit de villes » et la nation Armoricaine commença 4 être comptée au nombre des peuples civUiséa.

(i) L'Italie et le midi de la France possèdent un grand Dombre de monuments bien conservés qui bous ont fait conoiitre loot ce que nous pouvions désirer sous ce rapport, lis nous Appellent l'excellence de Part cbez les Romains , porté à son plas haut degré dans le siècle d'Auguste et sous les Antonins. Après cette courte période une éclipse totale obscurcit l'esprit lioinaia. Le génie des arts disparaît jusqu'à la renaissance. Ce que Bagdad, Grenade et Gurdoue ont produit sous les Aitbes , depuis le VI 11*. jusqu'au XII*. siècle , ne peut laire époque dans les arts. Cependant l'influence extraordinaire que l'architecture orientale a exercée pendant cinq siècles ur tonte l'Europe, mérite notre attention. L'architecture arabe, florissante à Bagdad sous les khaiyfs Abucydes , fut portée en Espagne par les Omiades. La mosquée de Gordoue,cuostruIte dans la dernière .moitié du YIll*. siècle , sous le Llialvfut

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que PArmorique ait possédé de construclioa re» marquable, antérieure au IV^, siède. A cette époque nous voyons Pempereur ConstanceGhlore, etson fils Constantin, s^occuper de notre province presque déserte , y établir de nouvelles colonies^ et réparer les ravages des peuples du Nord , qui depuis deux siècles l'avaient sans cesse désolée. Bientôt après , Julien qui , avant son élévation à l'empire , avait gouverné et habké plusieurs années la partie septentrionale des Gaules ^ y r^* pandit le goût des lettres et de la philosophie qu'il aimait , qu'il cultivait ; et je ne sache pas que ses prédécesseurs aient pris ce soin avant lui, trop occupés d'ailleurs de soumettre et de coa« tenir des peuples inquiets et belliqueux. Ainsi donc nos monuments romains doivent appartenir à celte époque , et nous savons que depuis la

d'Abderame !•'., est le |>lu8 vaste et le plus ancieD monaineot arabe qui existe en Europe. Deux siècles après ce Doore^n goût d'arcbitecture devînt Doiveracl. Depuis la Mecque jasqu'aox extrémités de l'Italie , de la France et de l'Angleterre , on ne vit plus qu'ogives , que nervures , que colonnes maigres et allongées , et les ornements exigus et entrelacés domîAéreot dans tontes les constructions. Partout ce genre hardi , léger, quelquefois élégant , vint marier ses formes sveltes et pointues aux masses lourdes et pesantes de Tarchitecture gothique* Grand nombre d'édifices nous montrent ces deux genres réonii • le bas de l'église Notre-Dame de Paris est gothique ; le b*"' est dans le goût arabe.

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noilié da lU^. siècle les arts fléchirent de toutes parts. Ifs avaient tellement dégénéré dans le court espace de quatre- vignts ans , que Constantin voubnt élever un monument en mémoire de sa victoire 8or Maxence , ne trouva plus dans Rome de statuaire capable de Pexëcuter ; il fut obligé de dépouiller de leurs bas-reliefs plusieurs construc* tioDs des Antoiiins , pour en décorer son arc-*de* triomphe. D'après cela y quel devait élre le talent des artistes dans les provinces éloignées de cette îasle capitale. A la vérité , Parchitecture , plus soumise aux arts mécaniques , plus indispensable qae les arts d'imitation y se soutenait encore ; elle poQvait produire des ouvrages remarquables | tandis que Tart du peintre et du statuaire succombaitde toutes parts ; il n^existait presque plus, lorsque dans le VUI^. siècle un concile de Constoticople déclara la peinture et la sculpture des arts détestables. Ce fut le coup mortel que les iconoclastes, ou briseurs d'iknages , portèrent aux arts d^imitation.

Ainsi donc nos monuments romains ne pourraient prouver que Tétat de décadence et de d^dation où Part était tombé depuis la fin du UI^. siècle. Le travail du maçon est encore là , mais Tartiste a disparu.

Gîlte dégradation nous a été fidèlement trans-

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mise par nos ediÛces normands. Ces écUfices si: vastes y si nombreux dans notre départetnent ^ nous offrent le mélange bizarre, des bons principes de Tarchitecture antique et de toutes les extravagances qui appartiennent à l'ignorance et à la barbarie. En vain nous chercherions, des règles certaines pour établir d'une manière absolue Tage et le caractère de cette architecture dégradée ; en dernier résiumé nous trouverions qu'elle n'est qu'une variété locale du genre dit anciennement gothique ^ ne sous l'empire des. Golhs en Italiç (0- Elle a bien une phjsio-

(i) C'«ftt dan« le» premî^ri»* aooéos du Vï*. f iécle , c'est à Ravene , sous l'empire de Rodi^ric , roi des Visiguths, que Ton place la naissance de ('architecture gothique. Ce temple de Ravene «st à la fois la plus hardie , la plus vaste Goostmction A\\ cet âge ; elle a servi de niodi'le à tous les édifices de ce genre , avec les variétés et les altérations que l'ignorance on le caprice de chaque peuple a pu y introduire; mais dans tous on retrouve le môiue systcine, les mêmes défauts : la nudité % rcxcc*«8ivè pesanteur, des rapports très-marqués entre 'les co^ lonne», l(!s chapiteaux, Ks cintres et les voussures. On a divisé et subdivisé les dénominations , en voulant nalionaliser i pour ainni dire , chacune des variétés de cette imitation gro«sîèi« de l'arcliitecture antique ; la chose n'en valait pas la peine ; et comme je l'ai déjà dit , la différence n'est point asses marqséti p(ii4r fiii fi^ire dui» genres particuliers. De tous ces genres , celui que nous n*Appelteruns normand que pour le distinguer des autres , est peut-être encore le ghis original , le pins caractérisé ; il est sans contredit crlui qui a le pins de droits »ot rrclurrchcs et à l'.iitrntion ilc^ aiUiquairrs de la NiuMianiii'-

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nomie particulière , quelques dëlails lui sont propres , mais ils n^oflrent rien d'assez précis , d*assez régulier , nul principe bien arrête qui puisse en faire up genre à part , un ordre dis-^ tinct ; elle se fond dans tous les genres d'architectures du moyen âge. De là , ces diverses opinions , ces dissidences perpétuelles de nos antiquaires sur Tâge et l'origine de nos monuments. Plus la chose est obscure , plus aussi le champ des conjectures s'agrandit ; il ne connais iml plus de bornes , si la critique ne mettait un frein à ces divagations interminables et san^ fruit*

Le temps et Texpérience nous apprendront sans doute à diviser , ^ régulariser notre travail ^ à établir sur des bases solides le résultat de nos recherches , à coordonner , à mettre en harmonie les divers systèmes des antiquaires. Une méthode certaine , qui dans les autres sciences est le iruit <Ie longues méditations j nous manque encore* Des observations réitérées , la réunion d'un grand nombre de documents , leur classificiation bieti distincte , bien motivée^ pourront seules nous y coaduire« Il est vrai que ces divisions méthodiques faciles à établir sur les monuments d'un art régulier oifriraient des grandes difficultés dans l'application , d'après l'état et l'incertitude des constructions du moyen âge. L'anarchie et H-

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gnorance de ces siècles grossiers semLleat respirer encore dans les productions de Fart ; tout y est désordre et confusion ; tant il est vrai qu'en tout genre Tordre y la régularité , Puniformilé sont dûs au perfectionnement des socie'tës*

Celte confusion devra souvent se reproduire dans les édificps antérieurs au XI^. siècle. En eflet , quelle règle certaine pourrait-on titDUver pofir reconnaître des temps où Tartiste ne cou— -naissait point de règles ? La simplicité y la grossièreté de l'ouvrage sont , peut-ôtre , les seules indications raisonnables que nous puissions admettre pour distinguer Tordre chronologique de ces monuments.

Dans rage suivant on y trouve dès formes pins fermes , plus arrêtées. Sons le règne vigoureux du duc Guillaume , notre architecture prends en quelque sorte, un caractère national, elle se reproduit dans toutes les constructions ; elle devient plus ornée, plus vaste, plus majestueuse (i). Cest ainsi que l'église de Saint-Étienne et Téglise

(i) Cette époque passagère n'a pu duré un siècle ; elle a fini à l'envahissement total du Gothico-Moresqnet qui dès la fin du XI*. siècle s'est introduit dans l'architecture normande. Notre département possède un grand nombre d'églises oh k plein-cintre et l'ogive , les EÎgiags et les nervures sont employés dans le même édifice , à la même époque et par les méinrs ouvriers.

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Tnnitë de n€tre ville portent le caractère de trandearque le conquérant de ^Angleterre avait Kl imprimer à son siècle»

Ce que nous avons de mieux en ce genre paraît nV'tre qa^une répétition de ces deux modèles de rairhitecture normande (i). On y trouve de la finesse dans le travail j quelques détails heureux, une certaine élégance dans l'ensemble des proportions, et de nombreuses réminiscences du style antique (a). L'inspection de ces modèles doit noQS convaincre de la supériorité de Par-chitecture normande sur tous les autres genres

(i) Gctmme je l^iii déjà dit , je n'emploie ici le mot d'arcbltcctare normande que pour faire mieux sentir que je parle dm conitnictiont des Normands : car tout le monde sait que ces peuples barbares n'avaient point d*arcHitpctorc à lYpoque où ih s'établirent dans notre province ; les plus beaux monuments de leorpatrie étaient formés de pièces de bois mal taillées et de toichis de paille et d'argile. Dans l'ouest et le midi de l'Allemagne Icsconstmctions en pierre sont plus anciennes, et comme ce genre d'aicbitecture avait été introduit par les Romains , il est nommé chu les plos anciens auteurs allemands qui en parlent opug rwMJitfm « ce nom caractéristique a été conservé à ce genre pour le distinguer de l'arcbitectore à ogive, qui depuis quelques «Boèes a donné naissance à tant de systèmes plus on moins lingnliezs , et qui est anj^oord'hui le grand point de controverse «les antiquaires.

(s) Quand je dis que cette arcbitecturê est pleine de rémiaisceoces des anciens » je ne prétends pas y trouver la perfeclioQ SDtique , 4>as plus que je ne voudrais faire Téloge du rookao de la Rose , en soutenant que sea folles allégories sont une rémittikcence de l'épopée dts gratis maîtres de ranliquilé.

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de constructions du moyen 3ge , et de ses rapports plus étendus , plus intimes avec Tarchitecture des anciens. Toutefois , pour l'honneur de Fart ^ gardons-nous d'accorder à tous ces genres d'^arehitecture plus d'ëloges et d'estime qu^ls n'en méritent; une admiration peu mesurée annoncerait plus de zèle que de vraies connaissances de Part,

Je vois bien dans cette architecture normande quelques traces des bons principes de l'architecture grecque et romaine : les aplombs , la soli-* dilé^ la coupe simple des pierres; j'y vois le plein-cintre , la colonne cylindrique , la corbeille corinthienne , des bases , des chapiteaux , des moulures ^ des frises , des larmiers , des modil- Ions ou corbeaux ( t ) ; mais cela seul ne cons-

(i) Si je Toalais m'étendre sur }e nombre des ces rimilîtodcs » fy trouTenÛB une imitation grossière de' la plupart des ornements employés dans rarchitectiire grecque , excepté toutefois la feuille d'acanthe d'une exécution trop difficile pour des maçons grossiers. Nous pourrions y reconnaître les bandelettes disposées de diverses manières , les zigzags simples , croisés , nattés , des moufles , des trîglyphes et mille autres reliela et moulures qu'il est inutile de nommer. J'y trouverais encore ' des rapports marqués dans l'obscurité mystérieuse » dans la dis* trîbution interne , autant que la destination des temples anciens et celle d^ nôtres puisse le comporter. Ghea nous Ja pureté, la sublime simplicité du culte nous permet de nous réunir dios not églises au pontife qui célèbre les saints mystères ; cbea \e% ancien:» la pompe théâtrale d* cérémonies , le Icu , k

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titue pas anc bonne arclùtccture : le goût qui

choisit, qui dispose, qui coordonne toutes les

parties , qni en détermine les proportions , qui

en fait un tout liomogène , un ensemble élégant

et harmonieux ; ce goût ne se trouve nulle pairt

dans les édifices du moyen âge. Dans le genre

nonnand , arabe ou gothique , nous chercherions

en vain cette sobriété , cette Stage distribution

d*omemenls : Tunité, la noble simplicité qui

caractérisent Farchitecture grecque , excitent

notre admiration , et contrastent d^une manière

si supérieure avec le cabotage et le fracas de

Tarchitecture gothique ou moresque.

Ici la perfection' n'est que relative. Si les constructions normandes du XI^* siècle, nous paraissent , sous divers rapports ^ préférables à celles des siècles précédents , si elles sont d'un goût moins extravagant que les constructions des siècles qui Pont suivi jusqu'à la restauration , cites n'en sont pas moins incorrectes et barbares. Elles seraient peu dignes de notre attention si nous ne les considérions que sous le rapport de Part, liais vous savez trop bien , Messieurs , que ce

Mog des victimes obligeaieot de se rassembler in aperfo. Le temple n'était , ea quelque sorte , que le saactuaire du Dieu; k peuple D'y pénétrait point.

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ne sont point des perfections ni des modèles que nous cherchons dans les édifices du moyea âge, ce sont des faits historiques, des pages e'crites sur la pierre qui puissent remplir d'immenses lacones ; ce sont , enfin , des monumeat& ^|ui nous apprennent sur les premiers essais de Fart , sur les mœurs et les habitudes de nos pères ce que de grossiers chroniqueurs ne nous ont point appris.

Considërf/es sous ce point de vue nos recher^ ches se rectifient et s'agrandissent ; elles prennent un degrë d'intërétet d'utilitë qui doit encourager les antiquaires les moins ardents.

En effet , quel tableau plus intëi^ssant pour Tobservatéur profond , que de voir dans tous le& temps et sur tous les points de la terre Thomme toujours actif , toujours industrieux , travaillant sans cesse à améliorer son e'tat , à perfectionner ses facultés. D'abord habitant sauvage des forêts,, il les abandonne bientôt pour se réunir en société ; les secours de tes semblables , les tentatives communes , l'émulation accélèrent ses premiers progrès, toujours lents et difficileSrNoua le voyons dans tous les âges , conduit par les mêmes besoins , suivre les mêmes traces et obtenir les mêmes résultats ^ et recuiellant enfin les doux fruits de ses longs et pénibles travaux, il s'empare

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detoQL ce que ta nature a produit de meilleur el de plus utile à ses jouissances et à sa conservarioQ,

Dans ce nouvel e'tat Phomme garde long-temps encore son amour pour Tindependance et sa primitive rudesse.

Cest ainsi que ce peuple barbare sorti des glaces du Nord apparut sur nos frontières. Igno* rant et grossier y mais plein de force et de courage , il s'ëtendit comme un torrent dévastateur sur nos plaines fertiles et s'y fixa pour toujours.

Ce sont les monaroents de cette nation belli* queuse qui doivent être aujourd'hui le premier bot de nos recherches. L'époque héroïque à laquelle ils remontent , leur nombre étonnant , leur parfaite conservation , tout nous offre un intérêt national , tout devient historique et digne de nos méditations.

En parcourant le grand nombre d'églises et de monastères fondés dans le XI^. et le XII''. «ède ) nous reconnaissons chez nos pères ce zèle ardent , cette pieuse munificence qui caractérisent un peuple nouvellement appelé k jouir des bienfaits de la religion. INous voyons que ses efforts pour élever des temples dignes de Tobjet de sou coite ont conduit ses premiers pas dans le sentier

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tics beaux arts. Nous voyons encore soii goAt pour les ressemblances clans celle muUilude d'î— I mitalions de la nature dont il a bigarë ses mo^ numents. Cet amour des images , qui appartient aux hommes de tous les siècles , se retrouve chez lui dans toute sa force ^ dans toute sa vigueur ; avide de ces sortes d^imitations , il en a couvert tous ses ëdifices ; on les retrouve partout , sur les cintres et les chapiteaux , sur les corbeaux et les murs , sur ses meubles et ses armoiries , avec cette difformité monstrueuse et bizarre inséparable de l'ignorance et de la barbarie.

Dans cette multitude de fondations pieuses y d'hôpitaux , d'églîseâ et de monastères j nous reconnaissons que la passion généreuse de créer, de bâtir , de fonder pour la postérité , passion qui n^appartient qu^aux grands peuples , fut aussi la passion du Normand. La paix et la guerre attestent son infatigable activité. Si tout est plein du souvenir de ses ravages , le sol est couvert en tous lieux de ses vastes et nombreux monuments.

Gondment se fait-il donc qu'une nation barbare se soit élevée dans nne période si courte à des entreprisés aussi considérables ? qu'elle ait surmonté des obstacles souvent insurmontables pour des peuples moins ignorants ? quelle soit sortie

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Tktorieose des entreprises les plus périlleuses , iespliis hetoîques ? GTest que la force, la vigueur, Téiergie étaient ses qualités dominantes ; c^est que s^s eesse agresseur on menacée dans son existence, elle était obligée de déployer sans relâdie toutes ses fèrces , toutes ses facultés pour soumettre ou repousser ses ennemis. Celte vie acti?e , ces dangers imminents entretenaient son courvgé et retrempaient son caractère. Ils la ga- . nmtissaient de la stupide indolence qui ne conduit les hommes qu'a la servitude et à l'abrutissement: état d^ptorable qôi souvent , après de longs succès et des siècles de prospérités , devient le dernier salaire des peuples usés par Tabus des richesses et des volaptés.

C'est encore à cette énergique activité que le Normand aura dû son entraînement vers les arts. H j sera conduit par ses besoins les plus impérieux, par rinstinct de sa conservation et par des inspirations rdigieuses. Des retranchements, des tours , des châteaux seront ses premiers édifices ; ils lai apprendront à tailler la pierre et à Télever avec solidité. Il y trouvera un asile contre les incursions renaissantes des peuples d'outremer, et contre les fréquentes agressions de ses voisins les plus intimes. Le besoin d^un culte lui apprendra à élever des temples où des mystères incompré-

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hensibles ëtonneront , $oumeUront son^ esprit in* quiet et turbulent y en même temps que ses misères: y trouveront de douces consc^atîons.

Nous verrons ce courageux Nonnand^iyviga^ teur et guerrier , renverser et détruire de fond en comble les monuments, du grand peuple^^ et bientôt après rassembler leurs dëbrisimposants^ y chercher des. modèles , les imiter d We mai» inhabile et grossière , et jeter enfin les foade-^ mentfi de l'architecture normande et les premières . bases d'une longue civilisatiocu

Tel est le tableau intéressant que nous pré-^ sentent ces temps mémorables que nous poarrions: appeler le siècle héroïque de nos aïeux. Nous* verrons leurs faits éclatants et leurs honteux excès; leur désir ardentde gloire et de célébrité et Toubli total des sciences et des vertus qui peuvent seules: donner à Thomme une illustration durable et sans altération^ Nous y trouverons la preuve decette grande vérité j vainement contestée , que les peuples n'acquièrent de repos , de stabilité , de vrai bonheur y qu'autant qu'ils sont civilisés» Dans leur marche progressive nous verrons les arts se perfectionner , s'embellir en même temps, que la raisoa s'épure , que les lois s'améliorent et partout le bien»être de l'homme s'accroître en raison de ses lumières. Nous le verrons ^ sous la

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doace ioflaence des arts , se dépouiller de cet esprit d^agression et d'iatolcrance qui caractérise les peuples ignorans. A ces sentiments acerbes saccèderont des sentiments plus sociables et plus doux ; et bientôt les lettres , Industrie et le commerce rivaliseront d^eflbrts et de succès pour illustrer et enrichir ces riantes contrées y jadis couvertes de sombres forêts et d^habitaus sauvages. Toutes les sciences , tous les arts ^ mieux connus y mieux dirigés , consacreront leurs immenses ressources à des entreprises glorieuses , à des travaux utiles. Nous les verrons , enfin ^ répandre des fleurs sur toutes les illusions de la vie, les entretenir, les multiplier, et par mille prestiges enchanteurs offrir des jouissances nouvelles à fous les âges , à toutes les conditions y a toutes les classes de la société.

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