‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 58 sur 101 · DÉTAILS · texte numérisé non relu

DÉTAILS

Sur Péglise de Mortain et sur la cathédrale de CoutanceSj adressés à M. le baron de Vaussax % Préfet de ce département. Par M. de GERVILLE.

( Supplément aa mémoire sur les «Dcieones églises du département

d'e la Manche. )

JJans ma dernière lettre je vous ai donne sur Parchitecture de nos anciennes églises , des détails qui ont du vous paraître bien insuffisants. La nouveauté du sujet que je traitais pouvait me servir d'excuse ; mais comment justifier Tomissioa d'une de nos plus anciennes et très-certainement de la plus belle de nos églises , de cette cathédrale qui pour la beauté du travail ne le cède peut-être à aucune autre en France ?

Ce n^est pas sans dessein que j'ai fait cette omission. L'architecture de notre cathédrale dé<range les idées reçues sur la théorie de Tart ^ il me parait nécessaire de prouver qu'elle fait exception. Cette preuve est un supplément indispensable à ma lettre précédente.

SUR L4 CATBâPRALE DE C0t7TANC£S. l^

Je n'oserais hasarder des raisonnements sur cette inalière si les faits n'étaient pas incontestables et coneluanls. Je vais vous les citer : vous verrez slh sûiSsent pour établir que riniroductioi^ de Togive danf notre département est de beaucoup anlérieare à Troque indiquée par les savants antiquaires anglais j dont je vous ai parlé et que je suis heureux d^avoir pris pour guides.

De ce nombre M. Milner est le seul qui existe : j ai pensé qfie Tamour de la patrie Tavait mené trop loin ^ en lui faisant dire que l'architecture gothique avait eu SQP origine en Angleterre , et qu'elle ne remontait qu'à Tan iiSo. Je désire mettre ce savant Prélat à portée déjuger si je me trompe en donnant au diocèse de Cou tances, près d^un siècle de priorité sur les exemples qu'il cite.

Cette priorité me semble déiçontrée par les raiseigqemepts qup nous possédons sur la coqs* traction de l'église de Mortain et sur la cathédrale de Cqutauces. Pour contredire un écrivain aussi profond et aussi distingué que M. Milner , il faut des renseignements positifsetincontestables. Je sens combien je serais téméraire d'entrer pour ainsi dire en jice avec \\a pareil adversaire , si mes preuves étaient douteuses f je vais vous mettre à portée de les juger.

Les Antiquaires Anglais dont je vous ai parlé

l44 SUR l'êglisb db mortain,

( I ) s^accordent à dire que Togive sans mëlange d^architecture romane ne se trouve pas en Angleterre, avant le milieu du X1I«. siècle. Panaaî leurs ouvrages , je citerai de pre'férence celui de M, Milner , parce qu'il est pour moi d'un plus grand poids et parce que son auteur est encore

vivant. *

Je lis à la page 8 r du ti^aité qu'il publia en i8 1 i,suT Parchitecture ecclésiastique de la grande Bre'tagne: «Il est probable gue les premières ogives « ( pointed arches ) qu'on ait vues en Europe , « sont les vingt fenêtres construites par Henry 4t de Blois , évoque de Winchester , frère du « roi Etienne, entre it3*Â et ii56: elles fai- « saient partie d'une église t>ii rarchitecture « n^avail pas entièrement disparu. Les ogives « pointues ou obtuses de cette église sont enoMre « mêlées de beaucoup d'arches semi--circulaire8 « ( intermixed however with still gréa ter propor- « tîon of circular and other saxon works » ).

Voilà certainement une assertion très-positive^ relativement à ce que j'appelle architecture de transition. M. Milner convient que l'ogive sans mélange est postérieure ; je vais essayer de donner dans notre église de Mortain un exemple d'ar-

(i) Grore , Bcntbaiu , Whitlington , Miloer.

VT LA €1TH&J»RALE DK GOUTA9CBS. l4S

chilectnre de transition ant^eur d'un denû-^siècle à odui que donne ce savant ; maïs ce qui devra im sembler bien plus fort j c^est que notre caibëdrale ^ ok Togîve est sans mâange , devance %ncore T^^Iise de Mortain : je commence par cdle-d«

Le carlnlaâce de cette collégiale , la vie de St.-Gnillaume Finnat , les auteurs de l'onzième vdnme du Gallîa Ghristiana , s^accordent sur la Ibndatimi de cette église en io8a ; quelques années plus tard elle fut consacrée par l'archevêque deBoneDy assisté de presque tous ses sufiragants ( 1 ); or, comme Geofiro j-de-Montbray £it un des évéques consécrateurs , il est impossible que la dédicace ait en lieu après logS, puisque ce prâat mourut cette année même , à la suite de longues infimntés , qui , depuis un an an moins y Tempéchaient de quitter son diocèse (a).

Nous voilà 9 dira*t»on , bien assura du temps de la fondation et de la consécration d'une église de Ifortain , maisest-ce bien Vk ceUe qui subsiste ?

(i) Gall. Christ, tome XI , ioftrameiit.^lioo. Constant ,€ol. aaa.

(s) Aano «b mcarnatione loSa , régnante Willeimo Rege Aa|loraiii , Bobertns cornes Meritonii com more svft ecclesiam

«0 Castro Moritonii copstrazit. Gall. Christ. XI , col. 5ii

I^cdicaTemotWUleljnas Rothomagensis arcbiepiscopns, Michaël, Abrincensis episcopos, Ganfridns, Gonstantiensîs cpiscopus et Gilbcrtns, Lezovicnsis id, U>. coL 3ia«

lO

l46 , SVn L^ÊGttSK BS HORTATIC)

et , en supposant qae ce soit la même) n'est— elfe point dënatorée pai^ des constructions postërieore» ou par des restaurations ?

Pour dissiper ces doutes, il sufik de la voir : elle porte d'une mÀnière frappante le caractère^ d'un travail de la transition , où Vogive commence à dominer. Aucune addition ne s'y remarque y aucune réparation né la défigure ; c'est probablement le bâtiment le plus entier de ce temps que nous ayoâs dans le département.

' Cette église sans ci*oisées a des bas-côtés dans . toute sa longueur. La lotte entre Tarchitecture romane et l'ogive y est évidente. Des arcbes en ogive soutienneut l'intérieur dans toute sa longueur ;-tout le long de la nëf et au bas dn chœur ces ogives sont obtuses , au haut du chœur et autour dii saiidtuaire elles sont de moitié plus étroites } de grosses coloqpes courtes , simples j i!!jlindriques , censtamnll^nt uniformes , soatiennent toutes les arches , qui sont d'un boula Pautre surmontées par des fbnétres équivoques entre l'ogive et le roman , comme on en remarque aux clochers de la cathédrale de Bayeux.

A Textérieur^ dont je vous envoie un dessin, le mélange &e& deux architectures est frappant : la porte au bas de, la nef vers le midi ( v. la plancbe n^. I ) est un morceau curieux d'architecture

^ Vr LA CATBisHAXS BS C0UTAHCE8. ifyj

romane avec des omemenu analogues en zigzags, losanges , dents de scie , etc. Le clocher ( n^ • a ), offre des lancettes très^-longues et parfaitement ctractérîsées.

n est probable que Henrj-de-BIois ^ cet amaleor ëclaîrë ( that great patron of architecture ) , dont H. Milner ( page ai) parle avec de grands éloges , a examina aonvenl ce modèle avant de lâtir son église de Sainte-Crrâc. Etienne son frère y avant d'être roi d'Angleterre , avait été cûBitede Mortain; il y résidait souvent^ et Heniy y résida plus d'une fois avec lui. . ' Je ne m'âendrai pas davantage sur cette partie démon travail, elle ne me sera pas contestée. L'ëglise de Mortain subsiste à peu près entièrement dans son état primittf : il nVn est pas ainsi de la cathédrale de Cou tances 9 elle a subi de grands changements, et il faut une att€|;ition toute particulière poor ne pas confondre le premier travail avec les altérations subséquentes ; les connaisseurs anglais qui sont venus la voir , Pont examinée trèssaperfidellement, et ont jugé à la hâte qu'elle ëtait entièrement du temps des reconstructions de la fia du XIV^« siècle. Je vais essayer de les mettre à portée de distinguer Tancien travail des répa* rations et des reconstructions du XIV^. siècle ; je vais d'abord parler de la fondation et de la

#48 SUR l'église DB MORTAiNy

première cotistruction , diaprés le rapport d'un témoin oculaire, consigné dans un registre rédigé sous lé règne de Saint-Louis , sous les yeux et par les ordres de Jean d'Ëssej , évêque de Cootances.

D^autres détails indiquent les restaurations et les augmentations faites à la cathédrale ^ vers la fin du XIV®. siècle ; ces travaux subséquents sont faciles à reconnaître ; d^ailleurs j'en donnerai Tindicalion : je commence par ce qui regarde la pre* inière construodon . Les détails qui la font connaître sont précieux^ ils sont évidemment d'un témoin oculaire qui a survécu à Geoffroy-de^Montbraj, auquel on deVait à peu près toute l'ancienne cathédrale ; Je les ai tirés d'un cartulaire appelé liifre noir d^ Vévéchéy écrit peu de temps avant l'an ja6o , à peu près 160 ans après la mort de cet évoque^ e^ environ i5o ans avant les réparations que fit Silvestre-de-la-Cervelle. Cette pièce importante fut communiquée aux éditeurs de Tonzième volume du Gallia Christiana , je la citerai d'après cet ouvrage asse? répandu; tandis que le livre noir ne se trouve qu'à Coutances , et ne serait pas d un accès facile. •

D'après cette histoire ( 1 ) , on voit que les fon-

(i) Gallia Christiana, tom. XI , uîter instrum. dioc. Con»(aatin. col. 317. elseqq.

ET LA CATUâDftlLE DE COUTAîfCES. 1^9

déments furent jetés en io5o , sous Fepiscopat <Ie Robert ; que la duchesse Goonor , veuve de Richard II ^ en posa la première perre ; que les Barons du diocèse contribuèrent aux premières dépenses , et que leurs noms furent écrits à la voûte de Tédifice y « fundante et adjuvante Gon- « norâComitissà, auxiliantibus etiam canonicis^ « cooperantibus quoque Baronîbus et paro-

< chianis fidelibus quod usquè hodiècontestantur

< aliquot ipsorum nomina insculpta lapidibus in « ecdesise arcubus (i). )» Tous ces moyens étaient insuffisants |four Tédifice qu'on projetait , et les travaux avancèrent peu sous Pépiscopat de Robert. « In bis pro certo diebus eadem rudis

< erat etincnlta et imbecillis ecclesia. n La gloire de la construction était réservée à son successeur , qoi appartenait aux premières familles de la province , qui était allié à celle du souverain qui avait pour les grandes constructions ( ingentia edifieia) toute Tardeur dont parlent les historiens de son temps (2). Celui-ci vit tout- à- coup ,

(1) IbUl» Gomme les noms ont échappé à mes recbercbes , je présome que la voûte fut refaite par Silvcstre, et qu'ils ont «té remplacés par des briques armoriées , qui pavent une ckapelle au haut de la nef, vers le nord. Je compte donner des détaib sur ces armoiries , parmi lesquelles celles de Mallft et d'Harcourt sont les plus communes.

(a) GiiJU. de Jumiègc, de docibus Norm.cap. a a; OrdcricVital,

T5a SUR L^^GLrSE DE HORTAIN ,

dans les faibles commencements d^une cadiédrafe que son prédécesseur lui laissait k terminer, une belle occasion d^Uustrer son nom. Ses grands revenus , les secours qu'il tira des Barons de sa famille en Normandie et dans le royaume de Naples^ les immenses concessions qui lui furent faites en Angleterre, il consacra tout ce dont il put disposer , il se consacra lui-Qiéme tout entier k la construction de sa cathédrale. Je laisse parler lliistorien de cette constru ction : « anno Domimca^ « incamationisio43,veaerandu8Gaufridus conse- « craturnobiliumBaronumprosapiâ ortus, staturâ « procerus, vultu decorus , prudentiâ consilioque « providus« Quanquàm saepissimè curialibus ne- « gotiis regiisque obsecundationibus irreiitos^ « tamen ad œdiiicationem et incrementum ec-^ n desias su« omni nisu et voluntate erat per noc^

« tem et per diem Qui, ut eamdem ecclesîam

« celebrem gloriosamque restitueret , in Âpuliam « et Calabriam adiré Robertum Guiscardum pa« « rochialem suum aUosque Baroneç consangui--^ « neos suos et alumnos et notos multiim in auro H et argento acquisivit. . • . • . Qnibus prasfatam « ecclesiam inlùs et extùs , majoremque cruci-

L. 3 , apd. Ducbesne, coll. script.^ p. 4^0 WUI» Malmsbury > lib, 3 y apud Savile , p. 5;.

TT LA CATHkD^AUL DS COUTIVCËS. l5l

« fixim hrgift simipùbuft et tempore longo coo»-

« mail , GfiptiûiB navîs ead68ÎaB cum arcu

« €i hmc imik dtto ci^iitia DiOibiliora et ampUora « opereGoiialraiit«Dtta8tunie8po6terioresàfQD-

< damaitis, tertiamque suprà choram opère

< sfMT^M ««lUmavk. »

L'af tev 9te fMtble pas s^étre «ttaehirf ii l'ordre des dates ; il mile sdiKveoL le travail bit après la conquête arec cdui qui la pnéoëda ; mais une dncoosianoe de soa rëdt tpk ne permet pas de douter qa^oae grande partie de la caâiëdrajie ne lit temûoiée avant ce mémorabLa ëvènement^ c'eK i^a'eUe fui dédiée en ia56 ; ce ifui £ât dire à notre historien que les iuens iaunenses donnés en Angleterre à Geoffroy - de- Montbiay ne furent pas nécessaires pour construire ce grand édifice. VeneraUlîs quidem Episcopus non ut sdiqui • puttint de copiosâ abundantià Angiicœ superflttitalis hoc operabatur... Qnia cum paoper easet et episcopatus reditns essent îipiminuti ita ut in dono ejns secundo pane yescerentur £uDuU I his ftamen diebus insistebat ecclesÎBstico operi I celelireMque dedicationem ecdeai» m»gnis fanbûsque sumptibus ceiebravîk p resenta GuillelmoINormannoruni duce et Archiepiscopo elEpiscopîsetabbatibus çtprincipibnsNc^ni^a-. nia; et aliis quibusdam Britanni» ^ anno inear-

b52 sua lJkOLl$B. DE MORTAtir^

m oatîonifl Domini io56 Ciim antem post

« Aaglicum bellam qaod acium est ndno seqoentt « anno.»»,». in Angtii pluries versaretar, anîmus « umen et amor ad edificatiouemecciesie dem^ « dabat. »

Il nomma alors pour administrer son diocèse et surveiller ses travaux un derc appelé Pierre^ qui méritait toute sa confiance ; « et quidquid « habuit ejus dominatui subjugavit : hic igitor « ubique aut in Normannià| aut in Ang^^ vel in

« Apuliâ invigilabat Eodie quo crucifixvm

« quem magistrante Lamberto j magno sumptR « fecerat festinè levavit^ dédit canonicis quoddam « mancriumnomine Winterbomum(i). »

Après la mort de Guillaume-le-Conquërant , Robert devint duc de Normandie , et Guillaninele-Roux roi d'Angleterre : ils eurent ensemble de grands démêlés. Robert céda à Henry le Cotentio. Geofiroj-de-Montbray refusa de reconnaître Henry pour souverain^et pour maître auspiritueK « Quapropter ipsius Domini potentiumque Ba- « ronum et parochianorum inimicitias , bonorum « suorum crebras depredationes ^ parcprum suo- « rum destructonas confractiones viriliter diîique

(i) Winterbourk stricnland DorMtihlre. V. Hutchini Donel tom. i| p. 1.

ET LA CATBiDElLE DE COUTANCES. 1 55

c sastkiuit. • • • » n y a encore, dans ce morceau, des détails curieiix et que f omets à regret , sur les différents onvriers qui furent employés à cons* traire ou à décorer la cathédrale ; sur la dépense du culte aux grandes fêtes , etc.

Je ne puis cepeiidiùit passer sous silence les derniers mimients de notre évéque ; ces détails sont tellement historiques, ils sont tellement em-* preintsdela physionomie de ce temps qu^au risque de mVcarter un peu de mon sujet , je ne puis m'empécher de vous en transcrire une grande partie.

« Appropinquante autem die glorificationis « sas ; luctus et desolatio Gonstantiensis ecclesiaî • evidentibus pronunciatafuitsignis, anno logi. ■ Quartononasnoviembris, cùmessetidemPrsBSul « Constantiis in aulâ episcopali quam ipse fecerat « etplantaverat, terrae motus factus est et fulgura « extiterunt nimia , ità ut gallum deauratum qui

« majoris ecclesiae turris minutât im conscin-

« derent majoremque ab orientali capitium

« conquassarent et singulatim quadratos lapides « eradicarent quidam vero canonicus senex

< et presbyter nomine Averedus sedebat tune in « ecdesiâ in stallo , qui supellicio infulatus et « cappà ibique tum percussus sed minime lœsus;

< nam neque in vestimentis ejus aliquid exus-*

f54 ^^^ L^ÉGLISE DE MORTAIIC,

41 lionis vd lœ$une apparoit : ipse verà > dcal: <« lestatus est nofais , eememt qoiddam qttod « frigidum poflt tergum in momenbo traiwisseft n moxque in eodem loco quadacm Tesica magnik « nigra apparuit quam noft vidîmas et alîi muld. « De arcubua vero fenestrarun tiirris majoris M lapides nsgoâ vi tempestatîfi.erati super aalami « pTsedictam comierunt. y*

Ce qui suit respire Tesprit èe ce temps ; tefc

prédiettons que cet évènemeat fiiit feire oot pour

moi une bonhomie &apf)^nte ; les uns y voient

Fannonce de la mort de PierreCamerarius; d^autres

vont plus loin ; c^st celle de l'^véque lui-même.

Effectivement^ « nonmalfcopost, venerafailis idem

« Prœsul gravi Cebre correptus sequenti angustô

« intemo >^scerum dolore constrictus in vigilià as-

K sumptionis B.M. ^in eâdem ecclesiâ vesperas fes-

« dnè cantavit quibus ad vesperas purîficaiionis

« B. M.^ supervixit, eâdem nocte assumptio-

« nis celeriter expetitus ut Nigellora viceco-

« mitem consanguineum suum defunctum sepeliret

« summo raane ipsias festivitatis proféctus est. »

Pendant ce voyage , maigre le mal qui Tacca- Uait ^ U consacra «icore une église j il revint par Saint^Lô^ et y restât au lit quelques jours ; à son retour a Goutances , il se fit porter dans la cathe'drale^ y fit la confession publique de ses pèches.

ET LA CATHiBKALS DE COCTllTCES. l55

et employa le reste du temps à se préparer à la mort, c Gemens aotem venerands& memoriœ prœsal mortem sihi immioere , et condolens casîbiis ecdesÛBy mîfit ioAngliam, etvocaVitadseBrisenetnm plumbarium^fecitque omnes dissesâones eecLesiae plombari turresque et capitiam reiotegrari j et deauratam gallum quem praBdîctum hdgar de.trax«rat st<idioBè i^Uorari nwjoremqoe saperimponi* Ut ergô eo^novk quia gallos fulgidus tutus esset et sup^rîmpositus loGO suo;Deo grâtias effX et ciun postmodùm repaasisset, tûnebam, inquit , quod simeus obitus preveuisset , nuoqnàm gallus isce vel iflî codsiimlîs hii^ ascendîsset. » Voilà bien le propos d'âne personne qni avait toujours éié , qui (ftaît encore tout entière à son affaire. Cest bien Ik un ck ces Normands dont parle GuîUaumeKle-Matms»- Lury ( I )• « Doffli ingentia edîficia woliri. , . • , • pe- • riisse diem existimans quem non aliquà magni- < ficentiâ ilkistret. »

On peut voir dans la suite de ce morceau les bénédictions que Geoffroy lègue aux coosenrao teors de son ^se , Panathéme auquel il voue ses destructeurs* L'acte qu^ en fit dresser eut

(0 De Willelmo i , lib. 3 , de Begibus Angliae, s^d. Savilc Angl. scripl.

l56 SUR l'église de MORTAlPr ,

pour tëmoins les ëvêqaes qui assistèrent à sa mort et à son inhumation : cVtaient Odon de Bajreux, Michel d*Avranches , Guillaume de Durham , Gilbert abbé de Caen j Roger abbé de Montebourg , un autre Roger abbé de Lessaj ; « res- « pondentibus clero et populo : Amen. »

Geoffroy gouverna son diocèse durant près de

45 ans «ObiitA. D. 10921, présente et psaU

« lente omni populo in die purificationis B. M. « Virginis : quâ die oronis clerus quem nutrîerat « indutus sericeis cappis qûas vir Dei vîvens coln legerat.... sequenti vero die episcopi etabbates « pncBcripti eu m clero et populo , celebratîs « divinis officiis omnibusque rite dispositis sepe- « lierunt eum in stillicidio ecclesift sicut ipse « vivens praeceperat. »

Vous trouvez sûrement que j'ai cité beaucoup plus de cette histoire qu'il n'en fallait pour mon sujet. J'ai cru que vous me pardonneriez den'avoir pu résister au désir de vous faire connaître le grand évêque auquel nous devons le plus bel édifice denotre département^et un nouvel exemple de cette grande ardeur pour les constructions ecclésiastiques qui distinguait les ^^rmands , à l'époque de la conquête de l'Angleterre, au-niessus de tous les autres peuples de l'Europe. Je reprends ce qui regarde notre cathédrale.

L'histoire qui m'a fourni les détails de sa fon-

ET LA GATHÉDBALE D£ C0UTA1ICE3. iSj

dadoD et de sa constniction est 'msérée , peu de temps après le milieu du XIII^. siède , dans le cartulaire del'évéch^ de GoutaDces , rëdigë par les ordres de Jean d'Essej , alors ëvéqae, et pour ainsi dire sous ses jeux. Mul doute sur 1 authenûcûé de celte pièce : nul doute que la cathédrale i|m existait alors ne fut celle qui avait été fondée soQs 1 episcopat de Robert et terminée sous celui <le GeoiTroy- de-Montbra j ; elle était donc alors tout «ilîère de VXI^. sicle. Si , entre le temps àe la mort de celui-ci et Pépiscopat de Jean iTEssey , on en eut bâti une nouvelle , aurait-on ottUié dVn faire mention ? Gela n'est pas présuloable : il j a d^ailleurs dans le récit contemponda des traits de la cathédrale de TX!®. siècle <pi sul^istaient dans le XIII«. , et qui subsistent encore aujourd'hui. Les deux tours occidentales ^t désignées ainsi que la superbe lanterne du L'hœor. a Duas turres posteriores à fundamentis et « tertîam suprit chorum ' opère spectabili subli- * wavit. B Voilà bien ce que nous voyons encore. Mais j dira-t-on ^ ne pourrait - on pas avoir construit une nouvelle église sur les fondements de I^QcienQe , comme cela se pratique souvent ; ne poarrait-on pas avoir suivi à peu près Tancien r^^ et avoir fait aussi à Tinstar de Geoffroy- *^e-MoDlLray deux tours occidentales et la belle

l58 Stm L^KÛtlSE os MORTAm^

lanterne du chœur ? ce ne serait pas le premier exemple. d*uae pareille imitation.

Cette supposition est assez naturelle : ' mais j'observerai d'abord que , pour détruire un fait bien constatd , il faut autre chose que des doutes et des suppositions. Je vais d'ailleurs ajouter de nouveaux faits qui vous prouveront le peu de fondement des doutes qu'on voudrait élever , et qui expliqueront le mélange de Tarchitecture primitive avec celle du XI V«. et du XV«. siècle j mélange qui a été la pierre d'àchopement de plusieurs habiles observateurs et entre autres d\in Anglais distingué par ses recherches bibliographiques.

Justement un siècle après la confection de ce livre noir de l'évêché , qui fournit tous nos renseignements , pendant que la France était dans la consternation de la défaite de Poitiers et de la prison de son roi , Geoffroi d'Harcourt , maître de la campagne , vint avec une armée d'Anglais et de N avarrois occuper la ville de Coutances , dont l'enclos de la cathédrale était alors la seule partie qui put lui offrir quelque résistance , et oh l'on refusât de reconnaître son autorité j il avait commencé à en faire le siège , et tout portait à croire qu'il en serait bientôt le maître , lorsque

ET JLA CATHiraiLE DE COVTAHCES. iSg

les troupes envoyées par la r^ence et les états

da royaume le forcèrent à quitter précipitamBieot

son enireprûe et à reprendre le chemin de Saint*

Saavear-ie- Vicomte, la principale forteresse;

ramée française Tatteignil , la sienne fut déikite

et il perdit la vie dans le combat ; mais b'cath^

drale u*ea était pas moins endommagée au point

d'être en "voie de cheoir en ruine^ sans les répa^^

rations et amendements qn^on y fit particalière^

ment sous les règnes de Charles V. et Charles VL

(i) Je vais tâcher d^diquer une partie des prin-

dpaées additions on restaurations et des moyens

qui furent emjdoyés par Tévéqne et le chapitre y

pour Élire face à la grande dépense que les travaux

occasionnèrent. J'espère ensuite pouvoir désigner

les parties de la cathédrale qui furent particu*

lièrement réparées on refaites à neuf ^ à la fin du

X1V<^. siècle et au commencement du XV^. Il

ne nous en restera pas moins encore asses pour

(i) Ob troove rindîcatîoo <fe ce sîèg« et des vépBntknw fiiite» par les chanoines dans un arrêt du conseil , de l'an i4oa, «poquc à laqnette ces réparations se continuaient encore, tiliist. mss, de GoaUnees^ par H. Oeiuciiit, nippdtie teztoelleme&t cet arrêt. lAdile église , j est 41 dit • avoit été noult endommagée i*t « empirée pour le fait des guerres et doiant icelles , et notam- « ment par le siège que nos ennemis mirent devant notre dite

« égISse , qui lor» était forte et par les pierres d'engin

« qulb jelénrnt.

|60 SUR l'£GLISE pe hortain,

prouver qu'aucune des parties anciennes ne pr^ sente rien de Tarchitecture pointue , doat leè Anglais ne citent aucun exemple avant le XII<^. siècle.

Il ne paraît pas qu'on ait pu d'abord s'occaper des réparations de la cathëdtale ; la prison du roi j le paiement de sa rançon , l'occupation du Gotentin par les Navarrois ^ par les Anglais ou par leurs allies, empêchèrent de penser à des de* penses autres que celles de première nécessité. Le commencement du règne de Charles V donna quelques espérances d'un temps plus heureux. La victoire de Cocherel et la rentrée de presque tout le Cotentin sous la domination française, signalèrent les premiers instants de ce règne ; mais de nouveaux d^astres en Bretagne forcèrent encore le roi d'ajourner ses projets d'utilité publique ; cependant le mal empirait chaque jour , et la cathédrale était menacée d'une ruine prochaine, lorsque Silvestre- de -la -Cervelle fut nommé évêque de Coutances* Dès la première année de son épiscopat , le roi lui accorda une somme considérable (i) pour les réparations les plus urgentes de la cathédrale. La somme

(i) Silvestro aisignat» à Rege anno 1371 (7a). Die qnioU ianuarii 600 , librœ aureœ pro reficiendâ ccclesià Gonttantieo»! bellifl atlrUA et imminulâ , Gall. Cbrist. tome .XI , cul. 887.

ST I.A CATHiDlULE DE COITTINCES. 1*61

àak loin de pouvoir suffire aux besoins de cette ^^iise. Quelques années après , Silvestre fat oUigé de faire faire une quête dans toutes ks paroisses du diocèse pour les rëparalions (i)^ s^de la faire particulièrement recommander par les curés*

Les efforts de Silvestre furent couronnés du ^us heureux succès ; aux réparations dont la catliëilrale avait le plus grand besoin il ajouta de nouvelles constructions, et particulièrement celle de la cbapelle de la Vierge j qui a aussi porté le nom de la Cerclée, Cet évéque , auquel on peut donner le titre de second fondateur de notre cathédrale, mourut en i3B^ , et futinbumé dans cette cbapelle qu'il avait construite entièrement à la |dace du rondnpoint du chœur. Sur les vitiaax envoyait, il y a un siècle, et on voitpeut- ^ encore aujourd'hui sa représentation du côté deTévangile. « B y est peint à genoux , les mains < jointes ; St. - Jean est derrière lui et semble « le présenter à Dieu , avec cette inscription : « Sjrhes^, éoéquedece Heu , est inhumé en

(i) FnH tUtntnm qii6d omnes cnrati ecclesiaram in eccleiiis ^ ifdpiant bcnigoiter procuratores et breTÎcolos pro reparu' 'ÎMt ecelifÛB dmâtantiensis indacentes eos , ex synodo a a tu m- Mfitfini iSjS; apnd Besun samma concilia Rothomag. provin. ; ^ S64. Rimanlt , hiit. dea évêcpies de GoataDcas , p. a 53.

l6% SVll L^écLUE DS MORTAIN ^

« cette chapelle l'an i5By. Priez Disu pom < /ui* On ne peut lire autre chose , la vibi c ëtaat cas$ëe à plusieurs endroits (i). »

Par Tarrét du conseil de i4o2^ , dont fz parlé , on voit que les réparations ne se teménèrent pas sous Tépiscopat de Silvestre,etqa'elkf se continuaient encore au commeneement du XV^. siècle. Je présume qu'elles ne se terminèrent qu^à Pépoque de la prise de Coutances par les Anglais , qui occupèrent cette ville et la pro« vince pendant plus de trente ans ; mais elles ont été finies de manière à laisser peu à désirer.

Pour empêcher de confondre les réparations de cette époque avec les ancienDes parties de la cathédrale ^ je vais indiquer les plus saillantes des unes et des autres ; cette indication pourra servir à démêler des détails plus particuliers , qu'une inspection minutieuse fera rencontrer.

Toutes les grandes fenêtres des deux oôtës de la nef et la plupart des cbapeltes appartiennent à la restauration» Parmi ceUes-*ci plusieurs omirent même un travail postétîear*

On en peut dire autant de la chapelle de la Vierge et de celles qui sont au midi du dioeur, entre les clochers il est également facile de re^ connaître beaucoup de traces de la restauration*

(\) Hiflt. rass. du Gotentin , par l'abbé de Billy.

£T LA CàTHSDRALB DE COUTANCBS. l63

Mak ces dei^x clochers^ mais cette admirable lanteme qoi est sur le chceor ^ mais la plus graiide portiopà i)u cèté septentrional de ce ch<^ur, et presse toute la partie centrale de T^difice intëneureneat , sauf les r^aratiqns fakes aqx colonnes et k teurs chapiteaux , sauf aussi celles de k voûte j me semblent du U'avail primitif (i).

Je m'attends bieu que mes assertions ne passeront pas sanscontradiction^surtout de la part des anUfiairesAngl^isi dont elles dérangent les tbëo« lîes; aa|s je les {urie, ayant de contester les faits que j'avaAoei ^e vouloir bien coosidërer que les OMilleares théories sur Tarchitecture sont fondées sur des observations; que Texemple de la cathédr^e de Goutances n'est pas unique ou isolé 4pe y^eiffgke de Téglise de Mortain est incon-

(t) UtieoiiciMittuioe puticolière k'U voûte me porte à croire ^'dle»6|t neHûte eo griuide partie ; )'y ai cherché inutilement le» nomi de» barons qui contriboèrent aux premiers travani. « Qnoram nomina in eccleaic arcubu ioscolpta sqnt : > dit AittoiMn ««nteiiipûram ; niais les btiqnes armoriées qui serrent 9e paTé à la dernière chapelle , au nord de la nef, prés de la croisée et qui sont probablement du XIV*. siècle ^ me semblent laites pour remplacer les noms qni dispararent alors ; ces aniMi appaitiimeqt «az anciens barons, qui n'en avaient peutêtre pas encore quand la cg^bédrale fut construite. Je me propaie de les dessiner et d^adiquer, autant que |e le pourrai , à qvUes fa"wl^« g faut les rapporter, et pourquoi je pense qu'elles sont du XiV*. ou du XV*. siéclç.

l64 *UR l'église de MORTATir,

testable , et qu'il est impossible de changer celfe que des documents authentiques et contempo^ ralns donnent à la cathédrale de Coutances: cette origine est attestée par un témoin oculaire ; son histoire est insérée 1 5o ans après lui , dans le registre le plus public du diocèse \ il est impossible que dans cet intervalle on ait bâti une nouvelle église sans qu'on en eut parié dans ce document ; mais il Test encore davantage qu'on en ait bâti une nouvelle durant le siècle qui s'écoula entre la rédaction du registre de l'évêque et le siège mis devant l'enclos de la cathédrale par Geoffroy d'Harcourt. Vingt ans après ce siège^ Silvestre-de-la-Cervelle commence des réparalions que le malheur des temps avait forcé d'ajourner. Des actes authentiques attestent et ces réparations et leur continuation dans le commen*' cernent du XV«, siècle. Elles étaient terminées quand les Anglais conquirent la Normandie ; durant plus de trente ans qu'ils en furent maitreSy J il ne fut pas possible de penser à de nouveaux travaux. Depuis leur expulsion on n'en fît plus ; il seraient attestés et par de nouveaux ornements et plus encore par l'abondance des renseignements dont tous les recueils publics, les historiens et les titres sont remplis. Jusqu'à ce qu'on parvienne à détruire les faits que j'ai rapportés ou à me

ET LA CATHÊDIULE DE COCTANCES. l6^

proaverque j^en ai omis d'essenticls^il faudra cou* * veDÎr qa'une église sans aucune partie d^archi* îecttire romane , mais entièrement avec des pro-* portions telles qu'on les rapporte à la seconde moitié dalLU^. siècle ^ existait plus de cinquante ans avant le temps marqué par les archéologues anglais les plus distingués.

En avançant contreleurs théoriesdes objections quime paraissentfondées sur des faits bien prouvés, je suis loin de le faire par esprit de système ou par Fenvie de lutter avec des personnes dont je tiens à peu près toutes mes connaissances sur l'architecture du moyen âge. Je me plais à reconnaître que j'ai trouvé généraleipent leurs obser- Talions extrêmement justes ) mais il me semble qu'ils n'ont pas assez fait d ^attention à des circonstances qui ont dû donner au Continent et surtout à la Normandie une assez grande antériorité, surtout dans ce qui a rapport à l'architecture ^clésiastique. Ne conviennent-ils pas qu'avant •a conquête l'Angleterre était sous ce rapport bien infërieure à la Normandie (i) ? Que tous les grands et beaux bâtiments faits dans leur pays , depuis la conquête jusqu'au dernier des fils du Conquérant^ sont dus aux Normands ? M. Miiner

(0 V. Guill. nionacb. Malmibur , L. S^de regib. Aogl. apd. Sivile , p. 57.

l(l6 SUR L^ÉGLrSE De MORTAIir. ^

n'avoue-t-il pas que Henri-de-Blois a bâti vers la fin du isègne de Henri I^>*. les plus anciennes ogives qull connaisse dans sa patrie ? Mais n^^t-it pas naturel de supposer qu^l imitait ce qu^ avait vu à Mortain chez Étienne-de-Blois j soa frère, et que tons nos grands bâtisseurs Normands, transportes en Angleterre, n^j construisirent qu^en imitant ce qu^ils avaient vu chez eux , et qu^au lieu de donner à Pogive une origine anglaise , il eût éié plus juste de convenir qu^elle venait de Normandie. Les faits que j'ai cites viennent à Tappuide ces observations ; si je parviens à provoquer de nouvelles recherches en Normandie , je ne doute pas qu^elles ne fournissent bien de nouveaux moyens dé confirmer ce que j'ai avancé.

NOTICE

5iecr 2a statue équestre , £f//6 J^ Guillaume^ le^Coftquérant^ à Caen; par C.ir. -Éd.

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