DE
^ARRONDISSEMENT DE CHERBOURG f
Par IL DE GERYILLE.
xjs pelit arrondissement , que j'ai signale à tm de vos prëdëcessears comme riche en mëdaïUes romaines , comme le plus riche du dëpartemenC en icosiuments druidiques , a peu d^anciens châteaux. Sa position à Textrëmitë de la presqulle et la grande proportion de bob ou de terres îocuites qu^il contient ne Tout pas rendu propre à être habité par un grand nombre de ces puissant» barons qui bâtirent les châteaux du moyen âge ; cf^lui du chef-lieu , le seul qui ait eu une grandeimportance j eut peut-être une origine romaine. Sons les ducs de Normandie^ il devint une résidence ducale; sous ceux qui furent rois d'Angle-
I>£ L^ARHONDISSEMEKT DE CHERBOUnC. IT)7
4erre, il acquit comme château royal son plus haut degré d'importance ; au retour de la Normandie ^ou8 la domination française, il redevint une place forte. La cession du Cotentin au roi de Navarre y "qui le mit entre les mains des Anglais , lui donna «ne importance historique jusqu'au milieu du Xy«. siècle; il la perdit insensiblement jusqu'à f^
la fin du XVn^. , époque de sa démolition. Je vais vous donner quelques détails sur ces différentes vicissitudes.
Cherbourg. Des conjectures qui ne sont pas dénuées de probabilité donnent au château de Cherbourg une ori^ne romaine. En le faisant dâDolir, vers 1 668 y M. de Vauban crut y reconnaître des restes de maçonnerie romaine (i). L'opinion d^un pareil homme est d'un grand poids; et,ce qui semble la confirmer ^ c'est que Cherbourg est bftti sur l'emplacement d'une station romaine. Je crois l'avoir démontré dans un mémoire particulier (9).
Qrderic Yital et Guillaume de Jumiège (3)
(1) Extrait d'ao mémoire du Maréchal de Vauban , aa dépôt aa génie militaire, à Gfaerboarg.
(s) Uém. de la société des Antiquaires de France, tom. 4 p. 974 et 375.
p) Ocderic Vil. afid. Normann. script, collect. , p. 619; WilL Ccmct. mooacK. ibid p. 2oj et ii.
fgS ilNCIBNS CHATEAUX
parlent da séjour d^Aigrold ^ roi de Danemarck ^ à Cherbourg, vers 945* Ce séjour donne encore un nouveau degré de probabilité à l'opinion qu^it y avait alors un château*
Un acte de Tan ioa6 parle clairement de ce château ; il y est nommément désigné dans la liste des donations que fit alors le duc Richard III à la princesse Adèle , fille du roi Roberl , en Tépousant. Dans cet acte ^ il nomme le château de Cherbourg , castellum Carushurc (i).
Le duc Guillaume (le Conquérant) fonda un hôpital à Cherbourg (a) ; il fit bâtir Téglise du château sous Pinvocation de la St^.-Vierge, et y établit des chanoines réguliers (5) , en conçér quence d'un vœu qu'il avait fait à Cheriioii]^ même , durant une très^gravèmaladie , plusieurs années avant de conquérir rAngleterre.»
Le château de Cherbourg est cité parmi ceux du Cotentm dont Henri^ avant d'être roi , fit réparer ou augmenter les fortifications (4)* '
En 1 1 la , le même prince y fit enfermer le comtedeBeUesme,unde ses plus grands ennemis,
(i) Âpnd Acherii spiclleg. tome 7, tii-4*.» ptge 3o3; tome 3 > édition in-folio, (a) Wace, Roman de Roo.
(3) Gall. Christ, tume \I , col. 940 et ibid , inter instrumeot. dioc. Constant , col. 339.
(4) Orderic Vital apd. Normann. Scrip. , p. 6S9. ^
D£ I.^ARBOIf1>I88EMENT DX CHERBOURG. IÇ)9
SYaal de k faire transférer au château de War«^ diam (i)«
Aprèa la joort de Henri I^f« , Geoffroy ^ comte d^Anjou et le comte Édenne-de-Blois se disputmnt avec arehaniement sa succession. Cher^
fi
bourg 9 long^tempa au pouvoir du comte de Hois ^ fut {uris en 1 1 4a par * son concurrent* On trouve ^ dans Phistorien de Geofiiwj , des détails curieux, snir le cbâteau de Cherbourg et sur sa force à cette époque (s).
Le parti du comte de Blois prévalut encore long-temps en Angleterre. Mâthilde , femme du comte d^Anjou et mère du roi Henri H y résida fréquemment an château de Cherbourg durant ce temps , quand elle ue fut pas occupée en An- ^erre à faôre la gneire à Étîenn&*de*Blois (3).
Le règne de Henri H fat pour le château de Cherbourg un temps de paix. et de splendeur. Ce prince j séjourna fréquemment ; il y passa souvent les grandes solemnités de Tannée avec la reine Élécmore , et une cour nombreuse et brillante : tons les historiens contemporains en font foi. Je
(i) HstchiM Dortet. Florent. Wigoni. Ordetlc Viral.
<i) Jmoo. Maj. Monast. Monacfa. Hkt. Gaufrid. Andeg. Comit. , p 1 iS et feqq. , éd. de Bochel. ^
(3) V. les Gesta Stephaoi. Reg. apd. Dachesne païkim^ et les lûstoriens contemp. dans les coUect. anglaises.
^OV ANCIEIfS CHATEAU?:
Yais citer quelques exemples de ce s^our. La fondation et surtout la constnictuMi Fabbaye de Cherbourg appartiennent autant I^enri II qa% ^impératrice Mathilde y sa mère, soin des travaux dé ce monastère y attira trèssouvent ce prince ; si j^ntreprenaîs de vous in-* diquer minutieusement toutes les époques de soa airivëeon de son séjour à Cherbourg; si je voubis surtout vous citer les historiens modernes > qui donnent rarement leurs garants, cet article sérail hors de proportion avec ceux des. antres châteaux ; forcé d'abréger Je me restreindrai anx soleranitâ qiie Henri passa dans céni de Cher* boui^. On sait quelle importanceles ducs de Nor^ mandie, roia d'Angleterre, attachaient à cesgrands jours de fête. On. sait qu'ils les pamient dans les principaux châteaux de leurs domaines avec toute la splendeur possible ( i y. Les auteurs con^ temporains nous ont laissé les noms de plusieurs de ces châteaux, soit en Normandie, soit en Angleterre* J'ai remarqué , parmi ceux de JVonnandie
CO CooTitia in pnecîpms fesUTÎtatibos tamptaost et magnl.
fica inibat omnes eô cujiucumqiia profenionls tnagnate»
rtgium «dictum accenebat nec ulb tempore comior ant
indnigentîor erat. Malmgbury de Will. I, apd. Savile , p. 6S. recto. Cet usage aboli par Guaiaumc-le-Roox et Heori !•» * ftil réUbll par Heori II. V. Rob. de Monte putûm.
D£ L'ikRRONDIftSElIBKT DE CHBRBOUBG. SOI
les noms de BayefDx , Gaen j Falaise , Bures et Cberboorg.
Robert, abbé da Mcmt-'Saiiil-Michel , contemperain de Henri II , qai le traitait avec beaucoup de distinction , nons apprend que ce prince passa les fêtes de Noël à Cherbonrg, en 1 1 58 , avec la reine Éléonore , qui venait d'arriver d'Angleterre enNonBandie,^ei^/»aii/à ante transfretaverat inNormamiiam( i ) .Lemémeauteur rapportequ'il y tint encore la sokmnitë de Noël, en 1 1 60, après avoir pendant quelque tempa attendu à Barfleur nn vent favorable pour passer en Angleterre (2).
On pourrait élever quelques doutes sur les années précises de ces deux séjours au château de Cherbourg y qui sont un peu avancés on reculés par les diffâ^nts auteors qui les rapportent. Il serait facile d'éelaircir ces petits embarras <le chronologie ; mais les faits sont constants ^ et ce n'est pas ici le lieu de discuter des dates.
Paniii plusieurs autres séjours du même roi à Cherbourg , je ne citerai plus que celai de 1 1 8 • ; ce fut l'année de la dédicace de l'église. Henri avait eu trop de part à sa construction pour négliger une aussi grande fête. On consacrait rare-
(1} GhroDÎc. Normaim. apud Nornkaiin. Script. Aaliq. GolL »
C3}Idcm,i6H/,p. 999,
aOa AtlCIENS CHATEAUX
ment les ëglises des abbayes en Normandie sam que le duc se trouvât à la cërëmonie. Cette fois Henri avait un motif tout particulier ppur ne pas y manquer. Fond^ par sa mère , T^liae de i'abbaye avait été en grande partie construite et achevée aux frais de Henri. L%istoire aoas ap-prend en outre qu^il s^embarqna k Gberbomrg ^ la même année, pour passer en Angleterre (i}» Voilà un des premiers exemples que je trouve d'un pareil embarquement ; c'était presque ton* Jours à Bartleur que les rois d'Angtelérre Sf'embarquaient alors pour passer dans leiir royaume^ et même cette fois Henri y était vena comme à l'ordinaire , lorsqu'il fut rappelé k Gisors par des affaires pressantes (a).
Le cbâteau de Cherbourg ne parait pas avoir été habité par Richard-<]»il^e-lion ; iL vînt deux fois particulièrement dans le -Gotentîo , et ce fut à Barfleur qu'il descendit* Un historien seul lui fait passer la nuit dans un château du Gotenlin , en i ig4t et Burisnoctè quiewt (3).
Les omtemporains ne parlent pas non plus d'un
(i) Uoger de Houcdén «pd. SaTile» GoUcftt. Angl. Scrlptoram » p. 35o.
(s) V. ploé btt moii article de Baiteor. (3) Matth, Paris , ad ann. 1 194.
BK L^ARR0!fDI8SEMS!fT DR CBERBOURG. ao5
Séjour du roi JeaB*Saa&-terre à Cherbourg. Bepoo rapporte des acles^pi^il sigiiaà Carenlan ( i ) • Qd voil qaH signa aussiàBarfleur, le lo février I Î99 ( I aoo ) 9 une cliartre eu faveur de Tabbaje de GkerixMirgy pour lui confimer le patronage des ^^es de Gatteville et de Barfleur (a). Mais je n^al rien tttmYë qui me prouve que ce roi ait réside à Qierbotirg.
Le dbâfteau de Cherbourg fut une des places fortes de Normandie j qui repassèrent tranquil* leaent, sptmtesuâ ^ sous la domination de Phi-** Kppe^Augqste , au conmencement du XIH^, siède. Est-<é à cette soumission volontaire qu'il faut attribuer la prédilection de ce roi en £ivéur du port et du commerce de oetfte ville. Je ne rapporterai pas les privil^es et les avantages dont elle fut robjeti^ceci serait étranger au château^ dtmt Tarticle a plutôt besoin de réduction que d^étre alongé.
Pendant près d'un siècle, il n'en est plus parle. Walsingham rapporte que , vers i agS , lajlotte
d^Yarmouthf^) fit une descente à Cherbourg,
(1] Rymer, édit. de la Haye 9 tom. 1 , p, 36.
(1) Cette cbaitre ett citée par l'abbé de BUI7 y hif L idm. do Cotentia , article Barflenr.
(3) WakioghaiD in Edwardo 1 , apd. Gamdeii, Scrip. Anglo- Korm. , p. 64* Tooa les historieat de Cherbourg sont embarrassés
et que les Anglais pillèrent l'abbaye et la ville ç le château échappa aux ravages d'une troupe qui n^avait ni le temps ni les moyens de l'assiéger.
Cependant le gouvernement, convaincu que, si les fortifications du château de Cherbourg- avaient pu le garantir cette fois d'un coup de main, elles ne résisteraient pas à une attaque sérieuse , y fit faire des réparations et ajouter beaucoup d'oo^ vrages , qui , en i346, arrêtèrent une armée considérable (i). On voit , par le récit d'un conten^porain, que la ville ne put résister aux Anglais , mais que le château était trop fort pour qu'ils osassent l'attaquer; «et vindrent les Anglais en une « bonnegrosseetriche ville qnis'appellaitChier&- « bourg , mais dans le Chastel ne purent jr « entrer pour le grant nombre de gens d'armes; « sy passèrent outre. » (Froissàri)*
Par la cession définitive du Cotendn , faite j en i355 , à Charles-le-Mauvais, roi de Navarre (a),
de traduiie iVWifta gernnuibauu^ On volt par Spelman trchéoki^ qae Geamutha est Taocien nom latin de Yarmonth ; et, dans l'Histoire Ravale d'Aogletevre , par Ledyard , tom. i , p. 7»^ qa'ane partie de I*armée navale d'Angleterre prenait le nom de diriiion d'Yarmouth. Cette division vint avant la bataiUe de l'Eclnse renforcer la flotte d*Édoaard« et Walsiogfaan» , apud Gamden , p. i48, appelle encore Yarmonth Gernemutiuu
(1) Utst. de Madame Retau , pag. Sa.
(3} Traité de Yalognes » apd. Martcnnc, toiscellan. epfiftohr.» page i32.
I>£ L^ARBONDtSSEMEKT DE CHERBOURG. aoS
Cherbourg devint la principale forteresse de la domination de ce prince, qui fit tant de mal à la France. Son alliance avec TAngleterre lui apprit Uentôt à connaître toute Timportance de cette place;durantle reste duXIY*. siècle, ce fut Ik que débarquèrent presque toujours les troupes An* glaises etNavarroisesquiravageoient la Norman* die, quand elles étaient les plus fortes, et qui s^ retiraient en sûreté, dèsqu^elles ne pouvaient plu» tenir la campagne.
Pea après la cession du Gotentin , le roi de Navarre trouvant que lés fortifications Êikes au ebâteaa de Qierbourg, soixante ans auparavant j ne répondaient [dus à l'importance de la place , j en fit faire de nouvelles I»en plus^coosidérableis*. Elles ont subsisté avec peu de changements jusqu'à la fin du XYII^. siècle , que Louis XIV les fit démolir, parce qu'elles n'étaient plus tenables. Mais, avant cette époque, ce château soutint trois sièges mémorables , Tun en 1 37 8 , l'autre en f4i8, le troisième en i4So.
Ce fut le fameux du Guesclin qui assiégea cette place en 167 S. Il venait de réduire tontes les antres forteresses du Cotenlin. Elle fit à ses troupes victorieuses une résistance telle qu'après un siège long et meurtrier,il fut forcé de se retirer. Voiei comment Froissart raconte la levée du
siège de Cherbourg , a à grant mise démourèrent « les Français devantt Chierebourg , jusque bien « avant dans Fyver et à petit de conquert. S^y « adyi&reHt que ils gaslaient leqr temps et que « Chierebourg ^tait imprenable et que tout ra* «%&àiGhis8ement9 tant de gents d'armes comme « de vivres, leur pouvait venir par mer : parquoy « les Français se deslogèrent et misrent bonne « garnison à Pencontre de Chierebourg , chest % à savoir : à Montbourg , aux ponts d^Oue , à tf Càrantan , à Saint-L6 et à Saint-Sauveur-le* « Viconte. Pnysdbnna le ConnestaUe congié à « tous cealx de sa route, et se retrahit chacun en n son lieu , et fut en Taii MCCCLXXVIIL »
Froissart raconte peu après les promesses de la garnison de Cherbourg , sous les ordres de Jean Harleston, et la défaite de GuOiaume desBordes, qui commandait les troupes françaises du Cotentin ; ce récit très--intéressant alongerait trop ma lettre.. Je Tometsà regret , pour me borner à ce qui regarde plus, particulièrement la château de Cherbourg.
Le roi de Navarire Tavait cédé aux Anglais pour, une somme d'argent et pour un temps qui finissait en iSgS (i). Au mois d'octobre de celte
(i) V. Rymer... ViUtrct, Hift. de France , tom* 9, p. i5i.
DE L^ABROMDISSEIIENT DB CIISRBOURG. aOJ
année, Jean Golafire, qoi en était gouyeitifeur pour le roi d^Angleterre , en fit la remise an fils de Charles-le^Maovais , qni rendit le prix de l'engagement a^ec celai de Parûlierie et des provH' skms. Les commissaires navarrois en prirent pos-session an nom de leor prinGe;.oclte remise excita en Angleterre de violentés réclamations.
En 1 4o49 le n>i de Navarre vendit à la France la viUe et le château de Cherbourg , pour une somme de soo^ooo livres ( Targent était à 5 fi*ancs le marc ) y dont une moitié fut payée comptant ; pour Tautre , on lui engagea les revenus du domaine de Provins (i).
La France , qui avait fait tant de frais pour recouvrer cette forteresse^nç la posséda pas-longtemps. Les troupes victorieuses de Henri V commandées par le duc de Glocester, vinrent quelques années après « assiéger la ville et le c cfaastel de Cherbourg. C'était la plus forte < place de la duché et mieux pourveue de « vivres et habiUements/de gu erre ^ et y fiit le « siège ertviron dix mois que oncqqes ne forent « secourus ^ et enfin M^ssire Jehan* d'Angen- € nés (9), qui en était gouverneur , capitula. » Les An^ais en furent paisibles possesseurs du-
(i) Trésor des chartre». Layette de ISaTarre.
(a) T. LefÔTre de St.-Rémy, apd. le Laboureur, hisl. de GliarL
Qo8 AlfClEHS CHATEAUX
rant trente deux ans , et en firent leur boulevard et la principale forteresse de Normandie ; ils la mirent dans un tel état de défense que les Frangeais n'osèrent Tattaquer, jusque Tentière rëduc* tion de la province. Ce fut encore là que vint descendre^au commencement de i45o (oncomplaits alors i449) y ^^ ^^ Thomas Kipel, qui commandait Tarmëe Anglaise à Fôrmigny , ou les Français remportèrent une victoire décisive.
Quelques mois après cette victoire,lie connétahle de Richement vint assiéger Cherbourg. Après une belle défense y Thomas Gouel^ qui en était gouverneur, se rendit le i a août 1 45o ; le roi Charles VU en donna le commandement au sire du Bneil , qui venait d^étre nommé amiral de France à la place de Prégent-de-Coctivy , tué à ce siège peu de temps auparavant (i). La garnison Anglaise était de deux mille hommes.
Depuis la réduction de Cherbourg , tous les ans , le i a du mois d'août ^ dans le diocèse de Coutances , on fait mémoire de la délivrance de la Normandie. L'antienne qui se trouve dans le bréviaire du diocèse pour cette commémoration faisait une allusion si frappante à la position de la France durant le temps de la république , qu^on
(i) Hist. da connét. de Richemont. Ghartier. Moostrelct. Uift. de» çrjodt afficicrt de la couronne, v. amiraux.
DB L^ARROlfDISSEMfilfT DE CBERBOtJRG. Ùûg
jugea à propos de la supprimer dans VOrdo cons* titatioimel. Voici le texte ^de cette antienne : « Onmis populus certabat in cunctis tribubus « dicens; Rex iiberavit nos de manu inimicorum m nostroromi et ipse salvavit nos. Usquequb « siletis et non reducUis Regem. )» Uhëritier da trône ëtait alors dans une terre étrangère ; on conçoit que cette antienne ne devait pas être à l'ordre dujoar»
L'artillerie française, dirigée par Jean Bureau, avait accéléré la reddition du château (i); on s^pperçut que ses fortifications ne pouvaient plus tenir toutes les fois qu'on les attaquerait avec du canon« Cependant on fut long-temps sans songer \ leur insuffisance. Entre le règne de Charles VU et les guerres de religion , la Normandie jouit d*unepaiiprofonde,et les fortifications du château de Cherbourg conservèrent leur ancienne réputation. On continua de les regarder comme trèsimportantes ; mais le comte de Matignon , qui,en 1 563 , fit de celte forteresse sa place d'armes en Normandie , était loin de partager à cet égard h sécurité du public ; il est certain que^si le comte de Montgommery eût pu l'y attaquer avec des
(i) V. VîUtfet.
St 10 ANCIKNS CHATEAUX
focces supérieures et uae artillerie nombreiue |
la place notait pas tenable (i).
Dans un mëmoire présenté au ^uvememen^
par le comte de Matignon, ^eu après Is^ prise de
Montgommerj , chef des protestai^ts ^n Norman-
die, on Toitque Cherbourg était susceptible de
peu de défense (a).
Après les pertes que. les protestants avaient
essuyées dans le Cotentin, en 1674 7 leur parti n&*put jamais. s?y relever., La Ligne ne fut pas assez inquiétant^ (^nsi.ce pays pour .engager le gouvernement à s?ocçuper, des fortifications de Cherbourg: diir^t les* g^çfpçs delf^jFronde, cette place suivit le parti opposé, au. gouverfiement. Ce fut de là que le cpmte de Matignon^ fils de celui dont je .viei}^ de parler ^fi^veniçi^ canons en 1 64g 9 pour, attaquer le châtCiiu. de .Valognes,, çjui tenait pour le roi (5) .
Vers 1 687 ,. Louis. Xiy entreprit 4e faire faire à Cherbourg un po^ considérable , et de le fortifie^:, d'après.un projet tJ^ès«étendu, et approprié auxpfOgf:^s;qu'aya|t fajiu ^a défende des places. Le façveux^Yafi^^^n j Sue, enyojf^^ U, reste des
(1) Hist. du maréchal de Matignoa, p. 54» (i) Idem ; ibid, ,
(5) Masseville» Hût. de Normandie , tom. 4« P* i^- Betan* p. 114. Rpgist. de Tétat cItîI de Valognes, an 1649.
1>£ L^ARROVDlSSSlfZirT DE CHERBOURG, ftll
Ë0|^(» du pka: ({u'âl donaa ; on y remarque tous kg déuîia tc^ographiques d^ Tancieii château ( i.)« Quelques itoaTauz furent commence eo 1668) Itentôt ils £iceat suspendus^ eienfin totalemei^ abandonnes (â),en 1689, par ordne delà Goon on. dctmisk- et ces apuTeaux ,oiivragié$'et les anciepnes fortifications»
On ne tarda pas à sentir la faute qn^on avait bk/ti on voulut la rëparer. A^ eamiuencement ilsL Xynie. s^ède ^ quelques travaux furent '«n*« (npiift et .faits k la. hâte ; mais Tépuisement des finances les fit laisser dans un ëtat insuffisant pour garwtiij la. ville. d?ua coop;de main. . ^
JE41 17.56^ (pioiquélâ garnison de Cherbourg fût considérable , et la presqu'île pleine de trou« p^ ^ les .Anglais prirent la' ville sans opposi^ tilii3u lU en restèrent tranfoilles possesseurs du«« xaliL.hnit Jouœ ^ jdémolireni . les fértifications , emportèrent Partillerie et même les cloches j et Q^ /M ileburèlieiib « qn'après avoir • fait payer une forte rançon auÊ habitants.
Le détail des^travauz entrepflfis^à Cherbourg
(1) Vo^éE le plan ci-|ôiiit , eittait' dei atclûteft da sénîa snSM* Uire à Chedboaiig»
(3) Trigan , TÎe.de M. Pâté » p, i4 et i5. Lei tr&Tai» farent txiatrailéft YkM^tTwXL mois d'octobi« i6S6; le teste de cette. aDvée elle fliMTwtffîktasnt démolii. M iM*
ftia ANGIEHS CHATEAUX
depuis 1780 est étranger à mon sujet: quand ils furent commencés , le château n'eiistait plus depuis près d^un siècle ; le terrain en avak été appladi; des habitations en couvraient remplacement ; rien n^indiquait plus la place d\iBe forteresse jadis importante y sinon peut-être le nom de Rue du château , dont on soupçonne à peine l'origine.
; Sur le plan ci-^joint^ on reconnaîtra facilement le nombre et la position des tours qui flanquaient Tehceinte de ce château. On y a ajouté des coupes de deux de ces tours.
La rivière passait sous les remparts de cette forteresse ^ et pouvait facilement en remplir les fossés.
Un mémoire de M. de Vaaban se trouve aa dépôt du génie militaire. On j voit des détaik curieux sur Tétat dd château avant aa démoli tion.
Les tours étaient de hauteur inégale et de stroc* ture difiërente ; toutes avaient des mâchicoulis et un petit parapet au-dessus. Les courtines du donjon avaient des mâchicoulis , des parapets et un chemin de ronde tout autour.
La plus haute tour du donjon avait seize toises (96 pieds) de hauteur , depuis le fond dufossé^ sur cinq toises de diamètre. La hauteur dea autres
DB L^AaRONDlSSBMFlIT DE CHERBOURG. ftl5
toon était depuis quatorze toises josqalfc dix.
Les couitmes^eaireles tours du donjon^ataient chacune dix toises d^dëvation ; il y ayait un puits dans le donjon.
La chapelle âait très-grande, mais très^basse» £Ue avait autrefois servi d'ëglise paroisùale : on y vojait encore les fonts baptismaux.
Le château portait encore les marques des sièges qu'ils avait essuyés, et notamment du dernier. Dans son mémoire , M. de Yauban recommande de bouchar les trous des boulets qui sont dans les courtines. Il était d*avis qu'on fit réparer le donjon et les murs de la ville.
Je suis entré dans beaucoup de détails sur ce château I parce quUl n'existe plus, parce qu'il était le plus considérable du pays , et parce que ces détails peuvent jeter quelques lumières sur la construction des forteresses du moyen âge. Beaucoup des grands châteaux de ce temps furent construits sur un plan analogue à celui de Cherbourg, que je vous ai envoyé.
L'abondance des raiseignements qne j'ai trouva sur ce château est telle qu'en supprimant une grande partie des détails , cet article sera hors de proportion avec la plupart des aub*es; c'est la seule fois dans cet arrondissement que j'aurai éprouvé
9l4 ARCIBNS CHATEAUX
ilne sorte (Tembarras de richesses. Vous ailes apercevoir un embarras contraire pour le reste de rarrondissemènt. Je serai forcé de vous rappeler que jene vous ai annonce que des recberche».. Dans quelques lieux^ comme à Greville, je serai rëduit à vous dire:// a dû exister ici un châteuu dans le moyen âge. Quoiqu^l en soit , j^ai preva cet embarras , et mes doutes ^ même dans ce cas j ne seront pas sans utilité , s^ils peuvent mettre d'autres personnes, et particulièrement celles qui sont sur les lieux ^ dans le cas de cbercher avec plus d'apparence de succès ce que j'ai d&ignë d'une manière incertaine»
L'arrondissement de Cherbourg est composé de deux promontoires entre lesquels le cbef4iea est enfoncé au centre desa baie. Je vais parcourir successivement ces deux divisions ; je commence par celle qui est au nord-^^t,et qui se termine près du cap de Barfleur.
2. GoKNfiviLiiE. A deux lieues au levant de Cherbourg , on trotive, près de l'église de Gonnevilleyles ruines d'un château-fort, dont l'enceinte, flanquée de tourS|était entourée de fossés laides et profonds.
Palki l'examiner il j a envircin un an. Bien ne me porta à croire que ce château :eût jamais été capable d'une longue déiense : il est à mi * côte y
DE I.^ARB05f)TSSEMEIf1r DB €HERD0T;RG. SlS
et commandé de trè»-prèè ; cej^endàiit on y trouve encore ton^ les accessoires d^iiile ancienhe forteresse baronîale : une avant-cour fermée de portes llanquëes et crénelées , une enceinte extérieure , jadis garnie de tour$ dont deux subsistent encore , des fossés pleins d'eau et des ponrs- Icvis empêchaient l'accès de la cour intérieure.
Ad levarit de ce château, on trouve lé donjon qui en fait la partie la plus remarquable.
Cette forteresse ne parait pas avoir été achevée ayant le XVI«, siècle. Klle fut dans son plus bel état de défense durant les guerres des protestants et de la Ligue.
Dans une petite salle près de la cuisine , on voitencore, autour du plafond, des moutures aux armes des familles Jallot et Mcsnileurry avec leurs alliances. Les premiers forent propriétaires du château dans les XVP. et XTll*. siècles. Au Xvill«. j il passa par mariage aux Mesnileurrj, dont le dernier mourut sans enfants quelques années avant la révolution. La seigneurie de Gonneville échut en héritage à M. Berruyer, qui en fut déppuillé pour cause dMmigratiôn.
La famille bretoone de Mautaubauj; possédait le château, de Gonneville dans leXV«. siècle. Elle resta attachée à la France en i4t8. Le' roi d'Angleterre confisqua la châtellerie, et la donna
«|6 ANCIEITS €HAT£1UX
à Thomas Burg, le i^. avril de la septième année de son règne» Je possède une copie de cette donation (i).
Dans le cartulaire de Tabbaye de Moateboorg y yai trouve que, dans le XII®. siècle, la seigneurie de Gonneville appartenait auic Reviers-Vemon. Guillaume de Reviers, descendant des fondateurs de ce monastère , lui donna les dîmes de Gonneville (a).
Cette seigneurie ^ qui portait le titre de mar^ qnisat^ avait des dépendances très-ëtendues dans les paroisses voisines ; ses vassaux devaient gz^4 et garde au château ; il était encore habité au commencement de la révolution. Aujourd'hui même , il n'est pas tellement en ruines qu'on ne put en faire une habitation , qumqu'il soit dans le plus triste état d'abandon et de dénuement.
Du haut du donjon , la vue est étendue et variée , surtout vers Brix ^ Montaigu et Saussemesnil , au travers d'un pays coupé , parsemé de bois et de terres cultivées.
(i) V. mon repert. in-foI.« p. 309. — Les armes de Hontmaban sont de gueules à six losanges d'or vidées an lambel d'asnr; celles da Jallot d'aznr au ckeTroA d'argent , chargé de trois merlettes d'asnr et accompagné de trois tréfiles d'or. Les Mcsnîlcnny portaient d'argent fret té de sable.
- (a) Voir aussi le livre noir de l'érêché de Gontances , page 6C* Pcirmitf mbbat UimtUburgi pêrtipit omnêt f[9rbû$*