‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 66 sur 101 · DE L^IRRONDISSEMBIVT I>£ CHERBOURG. ^IJ · texte numérisé non relu

DE L^IRRONDISSEMBIVT I>£ CHERBOURG. ^IJ

3. Yra5 VILLE. La petite paroisse de Yras villes peo doignëe de la prëcédeate , est situëe au bord de la mer entre Cherbourg et Barfleur , à une lieue environ au nord du bourg de Saint-Pierre ; f j ai remarqué tout près de Téglise remplacement d^une ancienne forteresse qui ne semble se rattacher à aucun nom , ni à aucun souvenir his** torique , ni à aucune tradition du pays ; j'y ai remarqué au nord de Péglise une motte ou tertre factice ayant à peu près la forme d'un c6ne évasé, dont le sommet applati a environ 1 5o pieds de diamètre. En examinant le fossé qui Fentoure , on voit facilement que la terre ôtée pour former son excavation a servi en grande partie à faire le tertre dont je viens de parler. Sur son sommet on voyait naguères remplacement d'un puits.

Ce tertre est connu dans le canton sous le nom de motte de f^rass^ille. C'est probablement remplacement d'un ancien castel. On en trouve du même genre , et dont Torigine est incontestable, \ Grenneville entre Yalognes et la Hougue , à Bohon près de Carentan , et au PlessiSy canton de Périers , à mi-chemin de Yalognes à Coutances.

Encore plus près de l'église de Yrasville , j'ai remarqué l'emplacement d'un autre retranchement. Celui- ci forme une ligne droite , et faisait

2l8 ANCIENS GHATEiUX

sans doute partie du castel aaquèl i) est contîgu. Il s^appelle également la motte de jf^raswlle.

Je n'ai trouvé que très-peu de traces de maçonnerie sur ces deux retranchements ; mais il y existait autrefois des bâtiments dont les pierres ont servi à construire les maisons voisines*

Par différents titres, je trouve que pendant long-temps les barons de JVéhbu possédèrent autrefois la seigneurie de Vrasville, Voici ce que j'en trouve dans le livre noir de IWêché de Goutances , rédigé au milieu du XIH®. siècle.

« Eutia de Evrasville patrohus Dominus de « Nigellihumo ( Néhou. C'était alors Guillaume- « de-Vemon). Rector percipit omnia. »

Deux siècles après la confection du livre noir, les barons de Néhou étaient encore seigneurs de Vrasville. Un de ces seigneurs ( Artur-de- Villequier) y mourut en i486 j il fut inhumé dans le haut du chœur de l'église, du côté de l'évangile. On y lisait son épitaphe avant la révolution. Elle a été effacée, et sa place couverte avec de la chaux. Une femme âgée de 97 ans me l'a répétée entièrement. ^

En 1666, le roi avait, comme propriétaii:e de la baronnie de Néhou , le patronage de l'église de Vrasville. En 1737, il appartenait au duc de

DE l'aRROKDISSKMERT 0£ CHERBOURG, a 1 9

Penthièvre (i)y comme conceasionnaire de la même baronnie.

4« Saint-Pierre«£gli9e. Je viens de vous indiquer remplacement d'un ancien château , sans pouvoir vous dire quand il fût habite. A Saint-Pierre , chef-lieu du canton dont VrasvSle îaàt partie , il y avait aussi jadis un châteaufort. J'ai trouve. par ^dea titres particuliers qu'il iiit détruit au temps de la Ligue, Tout près da lieu oii il existait , on a bâti , vers le milieu du siècle dernier^ le plus beau château moderne du d^>arlement. Celui qui le fit construire , Bon Hervé-Gastel 9 ëtait de la famille dufameuitabbé de Saint-Pierre.

Le cbef des ligueurs qui, en iSg?, brûlèrent et pillèrent le château de Saint-Pierre , s'ajppelaît Bafibville. Il fut décrété , et par arrôt du parlement de Normandie , séant à Gaen , il fut condamné le a avril 1697 , sur la poursuite de Nicolas Castel ^ fils de Richard.

Je ne puis donner une suite des seigneurs de Saint-Pierre, avant les Castel. Je vois, par le livre Boir de Tévêobé, qu'au milieu du'XIIP. siècle, le seigneur se nonmiait Robert de Clamorgan.

RaouUle-Sage y chevalier, seigneur de Saint*

(1) Registre des bénéfices du diocèse de Contaoces en i$66 et ijSj.ArchÎTet do châteaa de Saint-Sauveur-le -Vicomte.

UlàO ANCIENS CHATEAUX

Pierre-Église , fonda ea 14^4 1^ chapelle dile la rAnnonciation , dans Tëglise de Valognes. Il parait par cet acte qa'il tenait cette seignenrie de sa femme Jeanne d^Auvin , descendue d'un Guillaume Piquet, parent d'une demoiselle de (i) Clamorgan. Ainsi voilà une suite assez probable de seigneurs de Saint-Pierre , depuis i sSA jusqu'en 1 434 ; mais jlgnore si le château-fort existait alors (a).

Quoiqu^il en soit j cdui que les liguears pillèrent et brûlèrent ne fut entièrement démoli qu% IVpoque de la construction du château actuel I qui des - Castel a passe aux Belleisles , et a été acheté vers i8oo par M. de Blangj, propriétaire actuel»

5. Maupertuis. En revenant de Saint-Pierre à Cherbourg , on trouve sur une hauteur à peu près à mi-chemin et tout près de la mer , le grand castel de Maupertuis , ou plutôt le lieu oii il fut autrefois. Si des médailles prou-

(i) V. le livra noir, dé m. eccl. de Sto Petro ; le titre de fondation de la chapelle de l'Annoacialion dans l'é^ de Va* logoes ; mon Répert. in-fol. p. 1 13«

(a) Les armes de Clamorgan sont d'argent À l'aigle éployéede sable 9 languèe , becquée et membrée d'or ; les Castel de Saint- Pierre portaient de gueules au cheTnm d'argent accompagné de trois roses d'or.

DE L^ARROKDISSEMBIIT 0E CHERBOURG. 99 f

'Vaîent une origine romaine j on pourrait faire remonter celui-ci plus haut que les châteaux qui font Polget de ma recherche actuelle.

Au commencement des^ travaux de Cherbourg j 3 7 a environ quarante ans , on trouva au grand «astel un nombre considérable de médailles da Haiit«Empîre. Le nom de ca^ td dans notre pays signifie souvent un retranchemeni romain j sou« Tent aussi il désigne un château du moy<n âge. Celai de M aupertuis m'est trop peu connu pour ^poe je lui assigne une origine bien .positive. Autant que j'en puis présumer, d'après des données insuffisantes^ je pencherais pour iine origine romaine ; mais je suis encore indécis y et je pense (pie je dois air moins le recom-mander comme <^et de recherches ultérieures» Je ne doute pas qu'une Nouvelle étude du terrain , des traditions locales et - des renseignements qu'on peut obtenir , n'aient un ' résultat satisfaisant et fait pour récompenser les archéologues qui s^en occupei'ont.

Après avoir exploré la pointe de terre qui s'avance au nord-est de Cherbourg , nous allons examiner celle qui est au nord-ouest. Ce canton y connu particulièrement sous le nom delaHagne , portait cette dénominatioq dès le «om*;

1l^% . ANCl£!fS G9ATEAUX

c^.d^origiuQi sai^i^« Je , V0US t p^^rliSF^i .daii& la suite de miODum^nts. qutj: ont laisisés les Mor-« mand$9 pieuples qm parlaient ua dialecte de la langue. saxQBe.; mais.aujoard'hpi le$ chiu^aax nons^ QCcupieot datiàiieinént : la Hagoe ne nous en c^r^j pAs^ qiii apparûtooent : à i rhiâtoîré* h^ QQiw M> cmx qfii.aidèswtk QMquérir.l'AiiglIetjsrre :.p^uv<çut $.e rattacher à trois ou quatre i)<mipu^AÇ3 49 CQ quartier. Ge ! qne je puis .yjOus en dire, laissera eâcpjre bien >. des doUtâs. > IKm vetiille qu'il n'embrouiUe pas Geaz:<|fi cborf ch/çront après, moi ! ; i

. 6/ M^BTiiïVi^s'Pk £n s<»tai^t de.GherbdoirK d^ml^idireaidiXf.de: la Baguer, on tpcavei, dans \^ çf^niQH d'OqteYille^iàJjnfl.lîejuedw che£lisaf la, p^roiaiSË de MartoYia«^.<fc^irtle i^igneurvau milieu du XII^^ siècle, fois^it ayçp I^ comnittoaal^ de. Cherbourg, }^ Sjervic^ dû^; ^ . Henifi (a) , 4uc de Normandie et roi d'Angleterre. .Ce seigneur s'appelait Richard, et avait en même tçmp«

(i) Pagum qui dicitur Haga. Achfrti 'fepîcileg. tom. Vil*

(s)f Qv^m communia de Co^sarisbargo cam eqviis et a^i>; ^i^' mb. Scaccarii. lUc. de Martiovast tenet in Nottiogham de koàv Red, Manaclf Lib. nlger 8étcc«rit ; tome t , p. is3.. '

DE L^IRRONBISSEMENT DE CUERBOUBG. ai5

des possessions en Angleterre, dans le comte de ]Nottinghain«

Cest probablement près da château de Martiavast qu'il £iat rechercher remplacement ^ de celui dont parlent . les registres de rechîquijex d'Angleterre et de Normandie. On voit à Tenlrée de la cour de M. le comte du. Moncel j une. vieille tour qui semblci .avec quelques accessoires^ aToir fait partie d^un anc^eq. château- fort*. On remarqua dans les environs ^ et surtout dans la

direction de .IVglise) des restes de travaux, et surtout une chaussée trè^çonsidçrabie , et qui semble avoir, été destinée à retenir les eaux de maftière à couvrûr ibot'ou partie de cette forleresse.

L'élise, qui' n'est pas éloignée de remplacement, du. château, est trèsrantérieure . au règne de Henri II : elle remonta au moins au temps, de la grande ardeur: de^ seigneurs ^ normands pour les constructions eûclës^astiques« Quoique je n^e pas. trouvé 1^ nom de, Martinvast sur les. liftes de Ucofiquéte ,. je: nje;doute pas que ce nom ne 6oi( dons lelivre ceusier d'Angle^rre, entre cen^c.tdes possesseurs, de, £efs dans ce royfiufne, ^usje règne du Conquérant.

. (% famille qpi.jpovtaitJe nom de Martinvast Mcopsenra.lpngwtetnps en- France. Elle possé-

^9.^ ANCIBNS CHATEAUX

liait encore la seigneurie de celte paroisse dans le XV^. siècle. Des titres pardculiers parient d un Martinvast qui fut décapite sous le règne de Louis XI : je pre'sume que ce fut pour avoir pris le parti du frère de ce roi. On sait avec quelTè rigueur furent traités tous ceux qui le reconnurent comme duc de Normandie , quoiqae le roi lui eut lui-même donné ce titre.

Après les seigneurs qui portaient le nom de la paroisse , la seigneurie de Martinvast a passe dans la famille du Moncel ^ qui est encore aujourdliui en possession de la terre oîi était situé Fancien château. Celui qui Va remplacé fut hâti à la fin du XVI«. par Barthole-du- Moncel , un des ancêtres du possesseur actuel.

Je n'ai pu retrouver les armes des anciens seigneurs de Martinvast. La &mille du Moncel porte de gueules à trois losanges d'argent.

7. Vauville, a trois lieues de Cherbourg^ vers Touest , au bord de la mer^ on trouve la paroisse de Vauville , dont un seigneur était avec le duc Guillaume à la conquête d'Angleterre ; son nom est dans la liste de la chro« nique de Normandie, imprimée chez leMegissier.

Richard de Vauville , un de ses successeurs , fonda, dans le siècle suivant^ le prieuré de Samt- Michel ( aujourd'hui Saint-Ermel ) , sur le monl

BS L*ARR0lfDI8éBllBKT DE CHERBOURG. d!l5

de Van ville (i) ; Algare , alors ëvêque de Coatances , ratifia cette fondation.

Sons le règne de Philippe-Augoste , un autre Richard de YauviUe tenait ^ de la baronnie ( de honore) de Lîthaire, un fief de chevalier à Vauville ; Guillaume de Yauville tenait de la même baronnie un fief de haubert ( loricm ) à OmonYiUe-la-Roque (s).

Parmi les bienfaiteurs de l'abbaye de Saint- Sauveur-le- Vicomte , durant le XII^» siècle j je trouve que Richard et Guillaume de *\%uville donnèrent à ce monastère Veglise de SainUjean* de^Jersiy y et la moitié de celle de Fontenaysur-le-Vay (5).

La famille des anciens seigneurs de Vauville ëtait naguères établie dans le diocèse de Bajeux, et particulièrement à Septvents , canton de Gaumont. Dumoulin ^ dans son ancienne histoire de Normandie , cile un catalogue des noUes qui allèrent à la Terre-Sainte ^ copie sur un manuscrit de la cathédrale de Bayeuz. Les annes des Vauville^ d'après ce catalogue^ sont de gueules ^ à six merles d Vgent : Cfaevillard

(i) LiTus noir de l'^TÔcbé.

(s) Lib. fbodorum Dni RegtB Fhilippi , apd Ubnun ntgr. G006tnififiMifin,

(5) Cait, Haa, membianac, abbaU« S. Salvateris Yicecomit. p. 18 et p«0tiiii.

aiG AHCTEïrs châteaux

les donne un peu difTérentes ^ de gueules 9%é pal aiguisd d'argent , accompagne' de six 771er— lettes de môme , trois de chaque cbté.

Sous le règn^ de St.- Louis ^ il y avait nn château \ Vauville : le bienheureux Thomas Hëlie de Biville y mourut en laSo (i).

Dans le XIV«. siècle , la famille de la Haye possédait la seigneurie de Vauville (a). Elle passa aux Sauvage. Vers la fin du XVII®. siècle^ Jeanne^ fille et héritière de Julien le Sauvage, seigneur de Vauville , épousa Cësar de Costentin j firère aîné du maréchal de Tourville : ce fut lui qui bâtit le château appartenant aujourdliui au lieutenant'général Le Marrois. On voit qne ce château est bâti sur la place de Tancien. Une partie de ses tours et de ses défenses existait encore il y a cent ans. Le fils de César de Tourville, qu^on appelait le comte de Vauville^ vint s'y réfugier après avoir tué j dans un accès de ialousie , M. Hellouin , bailli de Périers. Après s'y être caché long-temps , il obtint sa grâce en levant la fierté de St.-Romain , suivant un privilège du chapitre métropolitain de Rouen. On montrait encore naguères | au château de

(1) Vie da B. Thomas de BayTille, aotor. incert. sedcovtaoeo. (a) Laroqae , Hist. de la maison d'Harcourt , tome II $ p. 1S0&.

DE L^ARBOVDISSBHEUT de GHfiBBOURO. 2^J

VanviUe , la chambre où mourut le bienheureux Thomag de Biville.

La seigneurie de Yauville ëtail un plein-fief de haubert ^ dépendant avant la révolution dQ la bsuDunie de Briquebec. Il y avait jadis un marché le mercredi, et une foire le jour St.** Bfanrice. En 1 5ao , lés Anglais y firent une descente , pillèrent le bourg et brûlèrent les halles (i).

Nous avons vu quelles étaient les armes des anciens Vauville. Cdles de Carbonnel sont coupées de gueules et d'azur , à trois bésantft dliemiine a et i • Les Le Sauvage-deoVauville portaient d'azur , au tronc d'arbre d'argent , accompagné en chef de deux glands d'or y et en pointe de deux feuilles de chénè du second émail. Gostentin-de-Tourville portait de gueules au deztrochère , tenant un épée d'argent 8uj>-* montée d'un heaume de même.

8. Grévillb. a la limite de Vauville et de Gréville , paroisses qui sont aux deux extrémitéB de l'isthme de la Hague , on trouve un letranchement très-considérable et très-éténdu qu'on appelle Haguedike ; il est marqué sur

(i) ÂivhÎTts dn châteaa de Briquebec, Renseignements pv-

les cartes de Mariette et de Casaiiii. H servît autrefois à isoler Textrême pointe da Cotentin. Ce retranchement , avec d'autres qui s'y râltaclient vers le port dX)monviUe , appartient à une époque tout-k-feit distincte. Avec les tumuU du cap de la Hague ^ ils feront Tobjet d'un mémoire particulier. Gréville est en-de^ du grand retranchement ; je voudrais bien le faire Ggurer dans mes recherches sur les anciens châteaux , mais j'ai bien peu de choses à vous en dire.

DanB les listes de ceux qui se trouvèrent à la conquête d'Angleterre j je vois un seigneur de GrëviUe. Brompton a un peu dénature ce nom j mais Duchesne en a rétabli l'orthographe (i).

Les généalogistes anglais sont embarrassés sur la manière d'écrire ce nom. Les uns croient que Grés^ille et GraviUe peuvent bien être la même chose (a) ; mais leur embarras eût probabl^nent cessé 9 s'ils eussent su qu'il y avait en Normandie une paroisse de Gréville , et s'ils eussent fait attention que celle de Graville avait pour seigneur un Mallct , qui ne prenait point de surnom.

(i) Brompton apd TwiMl«ii , col. ^$3. Dacheine , If onn. tcrip-

tores tatiq.

(s) V. CoUins's Peerage of Eogland , éà\U iSia , tome IV, y

dage 33o.

1» L^ARmOHBISaEMBlIT DE CHERBOURG. 21^9

Mais j 8*3 est facile de prouver que c^est dans l'arrondissement de Cherbourg qu'il faut cherdier le berceau des anciens Grëville , il ne Test pas autant de U^uTer remplacement de leur château. Toutes mes recherches n^ont eu aucun résultat positif. Il y a lâen dans cette paroisse y sor une hauteur , près de la mer ^ un lien nomme Castel^f^andon : il est même indique sur les cartes de Gassini et du diocèse de Coutanees; mais était-ce l^abitation ou la forteresse d'un baron du moyen âge ? Le nom de castel appartient quelquefois aux postes des romains , et les nékilles trouvées en assez grande quantité à Castel-Vandon il y a quarante ans , sont loin de dissiper mes incertitudes. Vous voyez que loate ma recherche sur Grëville aboutit à des doutes ; mais ces doutes mêmes ne seront pas sans utilité s'ils peuvent £ûre mieux étudier et les localiiés et les anciens titres. Avant la révolution , trois fiefs donnaient k leurs possesseurs le titre de seigneur de GréviUe. La motte du castel , s'fl y en a réellement eu une , doit se trouver, ae iut-ce que par le nom d^iin champ , sur un dt ces trois fiefs.

DE L*ARROIïDISSBMBNT DE VALOGNES.

Après un arrondissement paavrc en aneiens châteaux^ où nous avons pu à peine ea rencontrer ^ et là quelques traces incertaine», nous allons passer dans celui de Valognes , le plus abondamment pourvu de ces sortes de monuments. Plusieurs des châteaux de cet arrondissement remontent à l'ëtablissement des Nor^ mands dans notrfe province : quelques-uns furent la résidence des barons de la famille du duc Roi y et des principaux concessionnaires du X*siècle ; quelques-uns ont eu des archives dont il existe des extraite qui m'ont beaucoup aidé à indiquer la suite de leurs possesseurs*; d'autres offrent des ruines dignes d'être ëtudiëes, et qui ont excité l'attention d'artistes français et étrangers* En pariant de chacun d'eux , j'aurai soin de vous indiquer ces différentes circoostao^ç^s,

9. Château d'adam, à Brix. En suivanc, b route de Cherbourg à Paris y la grande paroisse de Brix est la première qu'on trouve dans l'arrondissement de Valognes* Deux anciens châteaux de barons ont existé dans cette paroisse. Je commence par le plus ancien : c'est

DK L^ABR09DI$SBM£lfT DE TjkLOGIfES. 23l

li qu^oQ appelle le ctuiteau d'Adam. On ignore dans le canton rorigme de ce Bom. Je crois pouvoir la inar(}uer d'une manière assez positive pour lever tous les doutes. C'est 91HI fut bâti sous les ducs de Normandie , rois d'ioigleterre , par un s^gneur de Brix , dont le nom de baptême était Adam. Nous verrons que plusieurs de ces seigneurs se nommaîent ainsi | et , ce qui est bien plus important , qa'ils ont ëté les ancêtres des rois d'Ecosse, etoolamment de ce fameux Robert Bruce y dont la mémoire est encore ei^ vënâration parmi les Ecossais qui conservent un reste de l'ancien eqirit national.

Pour prouver ce que j'avance , je vais tâcher

d'âaddir que la paroisse de Brix ou Bris s^est

d'abord appelée Bruce ; que ce nom a souvent

é\é écrit en France Bruis ^ qui se prononce

ahoolument de la même manière ; que les

An^ais ont conservé Pancienne orthographe ,

tandis que le nom de Bruis a sooiTert encore

une nouvelle altération chez nous , qui disons

maintenant Bris ou Brix ; mais qu« ces diffé<-

rentes 'altârations ne sont pas inconnues aux

anglais qui ont la prétention de descendre des

anciens seigneurs, de. Bruce ou de Bruis..

Long-temps avant la conquête d'Angleterre ,

^53 ANCIENS CHiTBAI»

long-lenps même avant le traite qui cédai province au duc Roi j le nom de Bruce ( Bkru— cius ) était donne à kt paroisse qui porte a«jourdliui celui de Brix.

Dès le VIII^. siècle, le chronographe de Tabbaye de Fontenelle ( r)parle d'an lieu nomme Bruines y de manière k ne pas Iakaer douter qu^ii signifie notre paroisse de Brix« C'est à Toccasion d'un reliquaire ëchouë à PortEàil , qui fùH apporté dans un chariot jusqu'au lieo nomme Brucius. Voici le passage de la du*oaique: Ad eum locum pervenerunt qui usque aune Brucius dicitur ; est autem idem iocus in ardui montis planitie situs , eui ab ausinaU ' parte Jluvius adjacetqui vocatur Undi^a y disions ab eo loco plus minus milUa « duo^ »

Toutes ces circonstances , le sommet sq^pbtî d'une montagne où se trouvent l'église et la place du cbâteau d'Adam , la distance , la position y le nom de la rivière d'Ouve j les tradilicMU locales y la dégradation du nom , tout se réunit pour ne laisser aucun doute.

(i) GhroDk. Abb. Fontenell. ,apd Acberu ipicUef. Edit, 4». 9 tome 5 , page aa3 , ad mq. 7*7.

BK L^ARR05DISSEVENT DB VALOGNES. Sl53

Toos les généalogistes anglais (i) convienH aent que' Robert de Brois , Bruce oa Brus , chef de cette illustre famiHe | viat de Normandie en Angleterre aveo Guillaumo-le*Gonqaérant > qui , après la bataille de Hasiings , l'envoya sou-* mettre le nord de ^Angleterre ^ et qui lui donna près de cent seigneuries dans les comtés d^ork et de Durham. Skelton , dans le nwd de TYorksUre y fut le chef-Ueu de sa baronnie. Son fils s'appelait comme lui Robert , et son petitr fils Adam : celoi^ci^ né d'un premier mariage avec Agnès , fille de Fouqptes Lajnd ^ bërita des biens d'Angleterre et de Normandie. Il combattit vaillamment contre les Ecossais à la bataille de North^^Allerton , en 1 153. Il mourut en ii6s ^ bissant pour successeur son fils Adam y qui mourut en if85. Après ce dernier Adam , je trouve trois Pierre -Brus successif vement. On parle en Normandie d'un troisième Adam , qui vivait au temps de h minorité de St,-Louis , et donifle nom figure , dit-on , parmi celui des barons Anglo-Normands , qui , réunia aux Bretons y vinrent faire une incursion dans

(i) DiigiUlt'i Baropage. Banài's Eztioct Peerage , ton. i » p« 44* et M^q- GoUiflf's Peerage. éd. BrydgcB, tora. 5 , pag. 107 et fe^ff. liunastic. Anglic. tom. 9, p. 148. Domesday book^ Yofiibire. Dooglai» Peerage of Seotland.

l54 AKCIENS CHATBiUX

le midi du département , et prirent le châtean de la Haya-Paisnel. Je n^ai pa acqoërir de preuves certaines qu^il y eîit rëeUement un Adam de Bruis à cette expédition , mais les deux dont l'existence est indubitable suffisent pour faire retrouver Texistence du château d'Adam.

Ce n'est pas dans les baronages d'Angleterre seulement qu'on doit chercher les noms dé ces Adam de Brus. On peut prouver également , par les carlulmres de quelques abbajës du Co« lentin ^ qu^s habitaient dans leur château de Bris , aussi bien que dans ceux d'Angleterre.

Pour ne pas alonger trop cet article , je me contenterai d'indiquer la donation de l'église même de Bruis , à Tabbaye de Saint-SauVeur, par Adam de Bruis , en 1 1 44 9 ^t confirmée en II 55 par Pierre de Bruis (i). Je pourrais citer vingt exemples aussi authentiques où l'on rencontreront le concours de la conformité des noms de baptême , de la famille et de la paroisse de Brix , qui , ainsi que les seigneurs Angto-* ^oraiands que j'ai cités /portaient communéfflent le nom de Bruis. Il me semble qu'on ne peut

(1) Ex cartnU membranaceo abh. SU, Salvator. Viceo»»- |)eaes nos » p. XXX , recto et veno.

DB LUBBO!lDlS5£Bl£irr t>K VALOGNKS. ^35

dÀirer un raj^rochemeiit plus complet de noma et de srnnoms entre les Broces d'Angleterre , dlScosae et de |<ïormandie , et la paroisse que je vous désigne ponr le bercean de cette farniHe; et 9 ce qui oompletterait etfcore Pe'vidence , s^il le fidfadt ^ c'est qne la paroisse de Brix est la seule de* son nom en Normandie ^ et qu'en consëqoe&ee des donations de l'onzième siècle laites à Pafabaje de Sunt^-Sauvear , IVglise de Brix a touftmrs appartenti k cette abbaye (r).

n me semble dénontré qne notre paroisse de Brix est le bercean de la famille qui a donne à l'Ecosse le plus grand de ses Rois. Vôilà> un point très-important fixe d'une manière satis* fusante potu"- les • Ecossais , et^rtictilièrement pour les familles qui portent encore le nom de Bmeè. PaAni ces lamilles , les principales sont celles des comtes Elgin et Ajlesburjr, et du dievaber Alexan^ Bmoe. Dstns le coursde mes redierches sur les châteaux du département,

(i) V. le lit. noir de l'Erêch. de Coutnces , et Us registres

éeâ cturea du dioc. , dre«éft en'iSSS^et eo 1737 Il vfytà

pat jniqaes .(^nt les généalagies anglaises des Bnice qu'oo oe paÎMe aussi trouver le nom de i^ris on de Brye ; je vois le premier de ces soms dans le Baronetage à l'arikle de sir Akzaiider Brucp , el le denier dans le Fairage Eteint de Stnàs y tome 2 » p. 65o.

^36 AVCJEM GHAtBAUZ

j^esp&re trouver le berceau de plusieurs familles anciennes de la Grande-BreUgne ; nais tiuUe part je n'en rencantrorai un qui ait fourni ime famille plus illustre et plus historique. Robert Bruce , qui mourut en i3sg , vit dans sa jea«> nesse PEcosse réduite à T^tat le plus triste et te plus abject ^ subjuguée par Edouard I : il vit përir par le glaive du vainqueur une partie de sa famille. Il sut «a peu dé temps tirer une vengeance éclatante des horreurs dont soa pays avait été le thâtre ; faire éprouver aux Anglais des défaites sanglantes; délivrer sa patrie, et la laisser y en mourant y au plus haut degré de gloire qu'elle eût jamais acquis ; il ^st glorieux pour la paroisse de Brix d'avoir donné soo nom à la famiUe de ce héros*

L'origine du château d'Adam est peut«étre moins incontestable. Il est pourtant assez difficile de croire qu'il n'ait pas été bâti par un des seigneurs dont il conserve le nom. ^oua avons Vu qu'il y ea eut au moins deux de ce nom de baptême ; que l'un mourut en 1 1 6a , et l'autre en ii65. .Je présume qu^il fiuit rap«* porter au premier la construction de château d'Adam | ainsi que presque toutes les fondations laites par les seigneurs de Brix aux abbajes de Saint--Sauveur et de Lessay,

t>E L^ARROl^Dl88EM&IfT DS VA10GNE5. o5y

Les dniiales da ebâieau d'Adam ne peuvent pas être longues : bâti yen le milieu du Xn^« siède , il était confisque au commencement du 2in^. ; voiUi pourquoi il n^en est pas fait men* tioD dans les registres des fiefs de Normandie ^i devaient le service militaire à Philippe^ Auguste. La raison de la confiscation fut san» doute la même que celte de la plupart des châteaux de la Normandie : les seigneurs qui les possédaient^ étant infiniment plus riches en Angleterre qu'en Normandie, ne purent longtemps balancer , quand ils furent réduits à Tat-^ temative d'opter entre les deux pays.

Durant le court espace de son existence , on ne peut guères s^attendre que cette forteresse ait soutenu des sièges. Pendant son long règne y Henri II fut paisible possesseur de notre pajs% Aucune guerre n'y amena Richard-Cœur-delion : nous voyons seulement qu'il y vint s'efid)arquer ou descendre à Barfleur. En i ic^/iy il y débarqua avec une flotte de cent vaisseau se chargés de troupes destinées à secourir Yerneuil. Un histc^ien contemporain rapporte qu'il vint toucher il Brix (i).

(0 lo fetto MDctonun Neiei et AchiUei ( le ta de mai)

a58 Aifci£trs châteaux

Jeafi-Sans-terre régaa si peu de temps sor la Normandie que Von ne peut s'attendre à des détails sur nos châteaux pendant le coart espace de sa* domination : il eut bien quelques guerres à soutenir contre Philippe-Augnste , avant d^être tout - à - fût dépouille ; mais ces guerres se passèrent dans la Haute-Normandie, et, sll n^eût pas souscrit quelques, actes publics dans le Gotentin , nous dontenoos qu'il y fût venu.

Outre les seigneurs de Brix qui , suivant les généalogistes Anglais , portèrent le nom d^Adam, j'en trouve un , dans Phistorien Siméon de Durham , qui mourut en 1 1 44 (0* J'îg^^^ pourquoi celui-ci a été omis dans les généalogies de cette £simille* Serait-ce parce qu'il n'aurait eu de propriétés qu'en Normandie: alors ce serait probablement à lui qa^ faudrait rapporter l'origine du château qui fait l'objet de cet article. Quoiqu'il en soit , quel' ques années de différence ne changent rien à la question : l'origine du château d'Adam sera toujours la même.

apnd Porteimuthe navem ascendens, in Normanniam tppvlit ^ et apud Bruis nocte îQâ quievit. Matth. PaiU , ad ann. 1 19^* page ia3.

(i) 1144. Hoc anno obijt Adam de Bruia, Simeon Danelm. UUt. Gontinuata apd. TwysdcD , col. 276.

t)fi l'aRBONBISSBMSVT BB VALOONEfll. ftSc)

Ueroplaeemait da château d'Adam est à Pextrëmitë orientale de la hauteur aur laqueUe est sitaëe Péglise de Briz : il est à trè8-*peu de distance de cette église , vers le levant , sar nn terrain escarpe an nord et à Test. Le côté de Péglise qui est à peu près nni ^ était dé&nda par heauconp de retranchements : on y remarque encore la place d*iui large fôàsé.

En suivant les traces de la maçonnerie de cette ftMTteresse , on voit qu^elle était une dei plus étendues du pays. Il ne reste plus que des fondements , des masses détachées de Tan* denne maçonnerie et quelques souterrains voût^ et comblés en majeure partie.

Quoique ce château eût été démoK au com-* raencement du XIII^. siècle , il en restait encore de grands débris dans le XYI<». ; ils furent employés à la construction de Téglise a&^ toelle.

Les barons de Bruis avaient droit de séance à Pëchiquier de Mormandie y parmi les premiers de la province.

Les anciennes armes de ce& seigneurs étaient d'argent au lion rampant de gueules. Les armes que portent ou écartellent aujourd'hui les Bruces, 3oat celles d^Annandale (i).

(t) T. GolUns's Peevage, by tir Egciten Brydges , vol. Y»

Richard de Brcds ^ qui appartenait à la méttie famille j fut évéque de Goutaoces , depuis 1 1«4 jusquVa iiSi.

Les souveoira historiqaes qui se rattachent à la paroisse de Briz et à la famille qui eu tire son nom sans le savoir | m'ênt £ait ua devoir de m'en occuper particulièrement* I^ berceau d'une famille alliée aux premiers ducs de Normandie y qui fournit au Gonquërant un de ses principaux capitaines ; à l'Angle^ terre j plusieurs de ses premiers barons ; \ TEcosse , le plus illustre de ses Rois ; des ancêtres aux Stuarts | qui occupèrent long-temps les trônes d'Ecosse et d^Angleterre , notait pas connu ; il méritait de l'être : mes assertions étaient nouvelles , j'ai du les accompagner de preuves et d'éclaircissements. Si la nature de cette lettre m'a forcé à me borner au précis de ces preuves , je n'en suis pas moins prèl a fournir de plus amples détails et des pièces justificatives à ceux qui m'en demanderaient. 10. La luthumière, à Brix. Parmi les donations que firent , à l'abbaje de Saint-Saaveui^Ie- Vicomte ^ les seigneurs de Brix | j'ai cité celle de

page 111. y. Banks's Extlnct Pecragv. toL i, p. 44^^^^

I DE L^^AHROKDlksBMKNT DE VALOGHIS. s4l

f rëglise de cette paraisse. Us loi donnèrent dans le

même lien j le priedré de la Luthomière ( i ) . Cette

seconde donation suffit poar prouver que la

. baronnte de la Luthumière faisait pailie de celle

du château d'Adam.

Les premiers possesseurs de cette nouvelle Inronnie appartenaient à une des plus anciennes et des plus illustres familles de Normandie: ainsi que les Bruoe , ils avaient des seigneuries ^ aussi bien en Â&gleterre qu'en Normandie. Us étaient allia à celle des ducs de Normandie; et depuis long-temps ils possédaient le titre de connétable héréditaire de Normandie. Vous voyez que je veux parler des seigneurs du Hoounet.

Ce ne fut pas entièrement par la faveur de St.- Lpuis que la baronnie de la Luthumière entra dans la famille du Hommet. Le roi Henri II lui avait depuis long-temps concédé la forêt de la Luthumière : cette concession fut faite en 1170, à Richard du Hommet , connétable de la province (a) ; elle fut confirmée , environ dix ans après à Guillaume du Hommet , qui était également connétable et fils de Richard : a Quam

(i) Gartolaîre de Saiot-SaoTenr-le- Vicomte , page XXXI. (9) On en trouve l'acte dam l'Histoire de h naîiDnd'Harcourt, par Laroqne « tome a , pag. i^ji et lijS,

a praBfecto patri suo dedi et concessi, Ibid. >#

Leurs descendants eurent comme eux la dignité de connétable et la possession de la foret de la Luthumière;de laie nom dejbrét au connétable (|ui est souvent donne dans les anciens actes , et encore aujourdMiui par les habitants , aux bois de la Luthumière.

Philippe-Âuguste,en donnant à un du Hommet une grande partie de la chftellenie d^Âdam de Bruis , qu^il avait confisquëe , n^avait fait que de confirmer des droits héréditaires. Par un acte de i!232, on voit que Guillaume du Hommet, concessionnaire de la Luthumière , avait épousé Luce j héritière des biens d'Adam de Brujs^ son aïeul; il donna plusieurs rentes aus religieux de Saint-Sauveur-le- Vicomte , qui résidaient au prieure de la Luthumière. Ses fils Richard du Ilommet etGaz7/rtume de »Sa/-, souscrivirent cette donation qui provenait du bien de leur père (i). Au commencement du siècle suivant, la baronnie de la Luthumière appartenait à Guillaume Crespin, connétable de Normandie. En i3i i, il accorda ou confirma à Tabbaye de Saint-Sauveurle- Vicomte des droits dans la forôt de Brix (a).

(i) V. moo répertoire ia-fol. , p. 17a. (a) Cartpl. Sti. Saivûtoria, p. XXXI.

DE L^ARBONDISSEMElffT 1>£ VALOGIfES. ^45

Ce fat par des mariages que cette baronnie avait cfaangë depossessenra. Au milieu duXIII^. siède, Nicole, fille de Richard du Hommet, épousa Robert de Mortemer ; Jeanne , leur fille unique , fut mariée à Guillaume du Beccrespin , maréchal de France (i) , qui avait suivi St.-Louis à la croisade, en 1270. Son fils Guillaume eut des contestations avec Tabbaje de Saint-Sauveur. Il était mort en 1 53o , et o^avait laissé que deux fiUes ; Jeanne , Taînée , épousa en i534 Jean de Melun , comte de TancarvîHe , et lui apporta ea mariage la seigneurie de Varenguebec (a).

Durant le reste du XI V*^. siècle, et surtout pendant que le roi de Navarre fut maître du Gotentin, Thistoire des barons de la Luthumière n^ofire aucun intérêt : une lettre tirée des archives du château de Neliou m'a appris qn^àla finduXIV*^. siècle, le sire Bureau de la Rivière, capitaine de ce chàteau,avail lé titre de seigneur de la Luthumière. Cette lettre est du sire Guillaume des Bordes , capitaine des gendarmes , archers et arbalétriers du Cotenlin.

En I ^00 , Jean Piquet , génértd des finances

(i) Grands Officiera de la Couronne ; Ifaréchaax de France , tom. 5 , page 633.

(a) Répert. in-fuK, p, 174. V. inf. Tarticlc Varenguebec.

a44 ANCIENS CHATEAUX

de la Normandie , capitaine des cliâteaux de Valognes et de Cherbourg , acquit de Charles , sir de la Rivière , la baronnie de la Luthumîère : quand les Anglais s'emparèrent delà Normandie, il resta fidelleàla France^etses terres furent confisquëes ; la seigneurie de la Luthumîère fut donnëe^parle roi d'Angleterre, à Thomas Barg)

le I®^ avril 142a (i).

Après Pexpulsion des Anglais, en i45o , les seigneuries qu'ils avaient confisquées furent rendues aux anciens possesseurs ou à leurs héritiers.

Par mariage avec Colette Piquet , Jean le Tellier devint haron de la Luthumi^e. Ce fut en cette qualité qu'il donna, le 9 août 1 458 , im terrain oîi les Cordeliers 4^ Valognes formèrent leur premier établissement. J'ai une copie de cette dpnation^ainsique de celle de l'amiral deBourbon, qui lui est postérieure d'onze ans (i).

Ses descendants, qui possédèrent la terre de la Luthumière pendant plus de deux siècles, ont constamment figuré parmi les principaux bienfaiteurs de la ville de Valognes. François le Tellier, né en 1617 , mort en 1699 , inhumé dans le

(1) Je poMède l'acte de cette donatioo dam mon répeitoire in fui., p« SoQ.

(9) Ibid ^ p. Il 3.

DE L^ARRORDISSEMEHT DB VALOONES. 24

diœar de Tcfglise da sëminaire , le fit construire i ses frais et j joignit un enclos considérable ^enda pendant la révolution. Ce qui en reste forme aojourd^ui rétablissement du collège de la ville, el peut encore^ malgré son extrême dégradation^donner une grande idé^ de la magnificence du fondateur.

L^abbé de la Lnthumière possédait toute la baronnîe dont il portait le nom ; il avait fait bâtir l'habitation qu^on y voit encore , mais dans Tétat le plus affligeant d'abandon et de décadence.

Loog-*temps avant sa mort, il avait fait cession de ses grands biens à sa sœur , mariée en i o48 à Henri de Matignon , lieutenant-général pour le Roi en Normandie; il ne se réserva quWe rente de six mille francs.

Les descendants de M, de Matignon , possesseurs de laLuthumière^ont changé à presque toutes les générations , jusque M. le comte de Bourbon* Basset, propriétaire actuel» Leur énumération serait d'une longueur par trop grande pour éette lettre; et, comme elle ne présenterait qu'une nomenclature dénuée d'intérêt , j'ai cru devoir la passer sons silence.

Le manoir bâti par l'abbé de la Lutliumière et toute cette terre en général sont dans un état pitoyable. L'emplacement de la forteresse nV'st

plus connu que par les traces des travaux faits autrefois pour en inonder les approches ; riea ne rappelle le siège d'une grande baronnie ^ possédée successivement par les descendants de quatre des compagnons de Guillaume-le-Gon* quérant. Je ne voif pas que ce château ait été assiège, et, quoique sa possession ait donne la suzeraineté de bien des fiefs et en partie la charge de connétable de Normandie , je ne pense pas qu*il ait jamais eu nne importance historique.

Nous aurons dans la suite les armes des seigneurs du Hommet. Celles des autres seigneurs sont dans THistoire des grande officiers de la couronne. Les le Tellier , barons de la Luthumière , portaient d'argent à la croix de gueules y, cantonnée de quatre lionceaux de sable.

II. Briquebec. Le château de Briquebec fut jadis bien autrement important que celui dont je viens de vous parler : après ceux de nos plus grandes villes et quelques anciennes forteresses du domaine de la couronne , il en est peu qui méritent plus d'attention : son ancienneté , la suite de ses possesseurs , le nombre de ses vassaux le mettent au premier rang. Ses ruines attirent encore et ceux qui veulent étudier

DE l'arrondissement DE VALOGNES. 9(4"'

Iliistoire de rarchitecture militaire du moyeu âge, et les dessinateurs français et e'trangers. fai cru devoir lui consacrer un article plus étendu et plus détaille' qu'aux autres cliâteauxr

Le bourg de' Briquebec est à cinq lieues au sud de Cherbourg , à trois du couchant de Vaiognes , dans une position à peu près intermédiaire entre Brix et Saint-Sauveur-le- Vicomte ; ainsi que ces deux grands domaines , il fut , en 9 1 a ou giSyia portion (V\m parent du duc Rai ^ et d'un offider supérieur de l'araiée qui avait conquis la Normandie.

Avec Briqiiebec^un domaine très^nsid^rable, W plus considérable de tous ceux yda^Gotentiu ,après ceux de Mort{iia et de Saiat4Sauveur»Ie-

Vicomte, fut donnt^.àAnslech, assez proche^ parent de RqI , pour devenir un des tuteurs de

Richard, petit-lils de ce prince et troisième duc

de Normandie (1)* Anslech eut un fils nommé Turstin-de-Bas*

tenboorg. ( ou Bastçnbert ) , celui-ci laissa deux

tts ; GaiUaame , qui fut seigneur de Briquebec,.

et Hugaes-le-Barbu ( cum barba ),dont descen-

(t) WUlclm. Geroct. de Ducibus NortHann. , llb. 4 > >P^- DHckeéae, Norub. Script. , p. 2Ôtj,

dirent les comtes de Honlfort-sar-RilIe(i). La ligne des seigncfurs de Briquebec se tînaa dans la postërité de GuiUaiime : cetai^ci portait le nom de Bertrand on. Bertram, qai devint le nom de famille de tons ses descendants* Guillaume Bertrand , deuxième du nom^ acconapagna le Conquérant en Angleterre. Le poète Wace lui donne le nom de Robert.

Robert Bertram^ kl utsit tan « Mais à chetal esteH muK fort.

' Sept de ses descendants portèrent le nom de Robert Bertrandf. Le dernier mourut au milieu du XrV®. siècle ^ laissant la barennie de Bri* quebec et des domaines très-étendus k sa fille atnée, qui les porta en mariage ï Guillaume- Paisnel ^ baron de HamUe (a).

La iàmiUe Paisnel notait ni moins considé-' rable ni moins puissante en Angleterre et ea Normandie que celle des Bertrand. Un des ancêtres de celui qui épousa Jeanne Bertrand ^ avait

(i) Idem; Ib, Aichirefl dm. du châlemi de Briqoebee. Laro^ne» liift. de U maison d'HarcourU — Hist. des grandi oflBc. de la couronne » tom. 6, p. 689 et leq. Bank* , Eztinct Peerage , tom. A » P* ^>^4* — GoIUnf's Peerage, édit. 1711» tom. a, p. jS.

(s) ArchiTes dn châtean de Briquebec, Granda offic. de la •MiMine» tom, 69 pag. 691.

DE L^AflifiORDfSSElfENT BB TALOGHBS. a49

fonde Tabbaje de Hambie ; un autre avait aide à conquérir TAngleterre, où il avait obtenu de grandes concessions dans les comtés d^ork , deBockingham et de Sommerset. Ses descendants 7 devinrent comtes de Hunlley et de Dudley ^ et donnèrent leur nom à la ville de Newport dans ie Bnckingham shire (i).

Jeanne Bertrand et Guillaume Paisnel eurent im fils qui posséda après eux les châteaux de Briqnebec et de Hambie; il se nommait Guillaume, et eut pour successeur un fils du même nom (a).

Geluh-ci j par son mariage avec sa parente , fille d'Olivier Paisnel , seigneur de Moyon , ajouta une grande baronnie à celles qu^il possédait déjà ; il mourut sans enfants , et Foulques Paisnel son frère benta de ses grands biens. En mourant aussi sans postérité j celui-ci laissa sa succession à Nicolas son frère , seigneur de Chanteloup (3).

Nicolas épousa Jeanne de la Champagne , baromie de Gacé ; il n'en eut point de fils , et laissa ea mourant une fortune immense à Jeanne

(i) V. plu bas le chAteâu de Hambie. Banks, Eitinct Peerage, lonu 1 , pag. 1^ et seq. Dngdale , fiaronage et Monasticon.

(i) Aichires de Briquebec» hist. de la maison d'Harcourt. Gnads oflicien de la couronne.

(S) AnhkttB da cbàtean de Briqaebec. Grands officiers de la cooraue.

aSo ANCIENS CHATEAUX

Paisnel^ qui épousa Louis êive d^Estouleville\^ et lui porta en dot les baronnies de Gacë , Moy on^ Hambie et Briquebec.

Ce mariage donna encore une fois la posses^ sion du château de Briquebec aux descendants d^un de ces vaillants barons normands qui avaient aidé à conquérir TAngleterrie. Ainsi que les Ber-^ trand et les Paisnel , les barons d^Estouteville avaient figuré parmi les premiers à la bataille de Hastings. Robert d'Estouteville avait obtenu du Conquérant de grandes concessions dans le pays qu'il avait aidé à subjuguer. Après la mort de Guillaume-le-Roux , . il servit le parti du duc Robert contre Henri I*»*. ^ et fut fait prisonnier ' à la bataille de Tinchebray ; ses biens furent con-;fisqués. et donnés à Néel d'Aubigny (i).

Son fils Robert se trouva à la bataille de NorT

thallerton , parmi les vaillants chevaliers du comté d'York , qui défirent Tarmée écossaise (?.). La vingtième année dii règne de Henri H . il étal( encore à la bataille d'Ain wick ^ oii il fit prisoonie^ le roi d'Ecosse.

Ce n'est pas ici le lieu de suivre la généalogie

(i) GoIIîoa's Peeragc, édît. de 1711 , tome a, pari, a , verbo StuteWll. BaDb, Extioct Peeràge , t. 1, p. 174.

(a) Baaks, ibidem. Ailrcd abb. Hjcval. , apd. Twysdeo » col. 337.

DE l'jIRROKDISSEMEIIT DE VALOGNES. a5l

de cette famille ^ non moins illuslre en Normandie . qu'en Angleterre<r Je vous indique de& sources oii Ton peu! en pl^ser les détails (i).

Devenu par son mariage le plus riche seigneur du Coientin et peut-être de la Normandie , Lpuis d'ËstouteviUe ne devait pas jouir long-temps de c^ avantage. L'^oque approcliait oii les Fran-r çais fidelles allaient être d^ouilles de leurs biens; Pamiëe même de son mariage fut c^le de la sanglante défaite d^Azincourt. Bientôt Henri V victorieux revint débarquer sur nos côtes et soumii tonte la provipce , hormis le Mont-SaiuU IkKchei y ^ui fut défendu pai: Louis d^Estoutevillç ltti«^même à la tête -de ces braves gentilshommes,, qui comme lui avaient tout perdu^ors^ Vhonneur^ Le roi d^Angleterre donna les châteaux de Briquebec et de Hambie à Goiilaume de la Pôle ^ eomte de Sufiblk^ un de ses plus grands Capitaines. L^acte de cette donation est dans les archives du château de Briquebec ; il m'a paru curieux. En voici une copie que j'ai cru devoir vous donner.

tf Heniicus Dei gracia Rex Francie et Aiir I gUe et Dominus Hybernie omnibus ad quos

(i) Banks et Collins , ibid; Dugdale 's Baronage. Laroquc, ki^l*. 4'Han:. Gnods officiers de la couronne.

AUCUNS CHATBAUX

présentes Litière peryenerint salatem. Sciaris qd. de gracia nostra speciali et ob grata et lau— dabilia obsequia nobis per karissimum consan— gaineom taum Guilielmum comkemdeSofiblk j bùc usque mirabiliter impensa dedimiis et cooc cessimus eidem comiti castra et dominia de Hambie et de Briquehec , cum perUnenciis suis una cum onmibusfeodis aliis heredita^ tibus, terris et possessîonibus quibuscumque quas tenmlFouquesPajrnelchii^alier defonotas iafra ducatam meum Normannie habendis et tenendis praefato comiti et heredibus sais masculis decorporesuo nascerUibus ad va^ lorem HfMMD. scutorumper annwn cam omnibas dignitatibus, firancbisiis ^ joribus j donacioaibuS; quibuscumque ad castra et dominia predicta vel alteri eorum seu ad feoda hèreditates et possessiones predictas aliquftiiter pertinentîbus seu spectantibus infra ducalam nostrum Normannie adeo plene perfecte et intègre et eodem modo sicut predictus Fouques vel aliquis alius tenebat et possidebat per homagiam nobis et heredibus nostris faciendom reddendo unum scutum de armis sancti Georgi» ad festum suum ad castrum nostrum de Cherbourg singulis annis in perpetuam reservata ^ tamen nobis et heredibus nostris alta et

BS L^AERONDISSBItBlfT DE VALOGNES. aSS

saiDina justicia et omni alio jure quod ad nos pertiaet aut pertinere poterit proviso semper quod idem cornes et heredes sui sex ho-' mines ad arma et XH sagittarios ad eqwr' tandion nobiscum seu heredibus nostris aut locum tenente nostro durante presenti guerra qui ad sumptus suos servire tene^ huntur finitaque guerra hujusmodi servkia in parte £iciet et supportabit ( îe supprime ce qui regarde la concession de quelques maisons à Caen ) in cujus rei testimonium bas literas fieri fecimus patentes. Teste meipso apud civitatemnostramdeBayeux XIII^. die martii anno regni nostri quinto. Per ipsum regem Storgeon. »

En i4^7 y le comte de Sufiblk ëtait encore seigneur de Briquebec ; ce fut en cette qualité qu'il confirma à Pabbaye de Cherbourg une rente donnée en iSag, par Robert Bertrand^ baron de Briquebec. Dans cet acte , il prend les titres de comte de Sufiblk et de Dreux , seigneur de Graon, Hambie , Briquebec , et au bas de Pacte est écrit : donné en notre châtelet de Briquebec j le 19 mars i4s7 (i)*

(1) Cet acte et le précédent lont aux archives du chftteaa de Bri^ebec. *

a54 ANCtE?ÎS CHATRAUX

Environ deux, ans après , ce grand eapitâûm fut fait prisonnier à Gergeau , ayec ses deux frères , Jean et Alexandre de la Pôle. Pour payer leur rançon, ses terres du Cotentin furent vendues. Celle de Briquebec fut achetée par le sire Berty-Entwizle , chevalier du comté de Lancastre , qui avait fait les guerres de France avec Henri V , et s'était distingué à la bataiHe d'Azincourt. Des actes qu'on trouve aux archives du château lui donnent le titre d'amiral d^Ailgleterre , et à son frère Henri celui de lieutenant* général de la Normandie pour le roi d'Angleterre ; il conserva le château de Briquebec jusqu'au moment oii les Anglais furent forcés de quitter la Normandie , après la bataille de Formîgny en 14^0. Quelques années après, il fut tué à la bataille de Saint-Alban , où il combattait pour le roi Henri VI, contre le. duc d'York (1).

J'ai connu il y a quelques années à Valognes un de ses descendants , M. Entwysset-d'Arvis j je lui ai fait voir les ruines du château de Briquebec , dont il ne se doutait guères qu'un de ses ancêtres avait été le possesseur.

Après l'expulsion des Anglais, la famille d'Es-

(i) V. Beauties of England. •

DE L^ABRONDISSEBfERT D£ VALOGNES. ^53

touteviile fut remise en possession de ses biens , dont Briquebec faisait partie. En vous parlant du Mon t-Saint'^ Michel etâeTabbayede Hambie, j^ai eu une occasion dé rappeler le dévouement et la persévérance de Louis d'£stouteville. Je vais vous indiquer la suite des ^possesseurs du château de Briquebec.

Par le Mariage d^Adrienne d^Es touteviile , unique héritière de sa famille , ses ch<fteaux passèrent dans la famille de Bourbon-Saint-Paul et d'Orléans-Longueville. En 1707^ parla mort de Marie d'Orléans , duchesse de Nemours , Briquebec passa à Jacques de Matignon , troisième du nom , comte de Tôrignjr , fils de Charles de Matignon et d'Éléonore d'Orléans (i). Ses descendants ont conservé Briquebec jusqu'à la révolution. Quelques années auparavant^ mademoi-

selle de Matignon, héritière de cette châteltenie y épousa le fils aiué du duc de Montmorency. Bientôt après y ses Uens furent engloutis dans le gouffre révolutionnaire. Quelques débris de forets non vendus lui ont été rendus par le gouvernement royal ; mais le château-fort a été aHéné,sa partie habitable est convertie en un misérable

(1) Archives duchflteau^ et Hist. des grands officiers de la couronae, tom. 5 , p. 490 et scqq.

cabaret : le reste tombe en ruiaes , sa décadence est de plasiears aimëes antétieare à la rëvolution.

L'enceinte éuit défendue par huit tours y compris le donjon et la tour qui est sur la porte d'enrrée.

Il en existait un plan, levé près d'un siècle avant la révolution. Je vous en envoie une copie avec deux vues dessinées depuis peu de temps , Tune par M. €otman , Vautre par une de ses compatriotes miss Emilj Sbuldham , qui a r&idé longtemps à Valognes. M. Cotman en a fait grava* une autre vue dans son bel ouvrage intitulé : Af^ chitectural antiquities of Normandy.

Ainsi que la plupart des anciens châteaax ^ celui-ci représente le travail de plusieurs époques. On y voit dans la cour des colonnes de PXI«. siècle; mais la majeure partie était depuis le •XlVe. jusqu'à la fin du XYI».

Le donjon^qui domine sur toute renceinte,est la partie la plus belle et la plus pittoresque , c'est un ondécagone. Cette figure n'est pas commune dans les anciennes constructions de ce genre. Les fossés sont en grande partie comblés : il n'en reste plus de traces que vers le midi»

L'emplacement de cette forteresse est sur un terrain à peu près uni. En le construisant , on n'avait cherché ni les avantages de l'escarpement' ni ceux du voisinage des eaux*

DE l^arboudissebibiit bb talognes. a 57

^ Je ne vois pas qu'elle ait soutenu de sièges dignes iTêtre cités : en 1 365, elle appartenait au roi de Navarre , qui venait d^en être remis en possession (i) ; elle fut prise en i4i8 par les Anglais 9 qui la perdirent en i45o. Le marëchaL de Matignon ne la cite pas parmi celles du Cotealin oît il fiillait mettre garnison en 1 562 (a). Les archives de ce château semblent être en contradiction avec THistoire des grands officiers de la -couronne , citëe plus haut. On y voit positivement que , sous le règne de Henri lY , le marëchal de Matignon fit l'acquisition du château de Briquebec , et qu'il en fit transporter les canons à la Hougue et à Torigny. Dans ce cas particulier, les archives du château méritent plus de confiance. Peut-être d'ailleurs serait-il possible de concilier cette espèce de contradiction ; mais ce n'est pas ici le lieu d'une dissertation.

Le détail des seigneuries ^ des cours de justice et des grandes dépendances de la châtelienie de Briquebec serait curieux ; mais ce n'est pas non plus ici le lieu d'en faire l'énumération ; cet article est déjà trop long , et nous avons encore à par-^ courir plus des trois quarts du département.

(1) Heottiekt. Ghartier.

(1} Hisfoifc de MatigQon, p. 54*

Voilà pourquoi je suis oblige d'omettre le détail des annoiri£i des diâè'rents seigneurs ; od pent d*ailleursles voirtoutes dans l'Histoire des grands officiers de la couronne , à laquelle pour cette partie je donne la préférence sur le , Fairage Éteint de Banks , qui, en parlant des Bertrand de Bothat et de Mitford , ne donne ceruinemeot pas les armes de ceux de Brîquebec , encore bien que ce fût la même famille ( i ) .

19. Les Pebqdes, En suivant nos recbaxbes dans t'arrondisseDaent de Valognes , au midi de Briquebec , oo trouve d'abord,dans ta commune des Perques , l'emplaoement d'un .ancien château, qui fut long-tonps l'apanage d'une Ix'ancbe cidette des Bertrand de Briquebec. Ce qu'il y i de plus curieux f c'est une crypte ou caveau funéraire sous l'emplacement de l'ancienne chapelle. Ce château d'ailleurs ne se rattache à aucun scm- , venir historique ; La branche aSnëe absorbe tout t'inte'rât.

A. l'extrémité de rarrondissemeQt , près de Ii mer, à quatre lieues environ au sud-ouest de Briquebec , on trouve deux paroisses cootigues dont les seigneurs étaient à la conquête d'Angleterre , ce sont celles de Barneyille et de CartereL.

(i) Btab, Eiliacl Baron>s<'i >ome i , ptge 3S et ii.

DE L^ARRONDISSEMENT DE VALOGNES. îiSg

J'ai peu de reosêgnements sur ces deux paroisses; mais Je ne dois pas omettre l'indication des châteaux qui y furent autrefois.

i3. BiRNETiLLB. Je comiuence par le château de Bameville , comme le plus rapproche de Briquebec. Par ce qui en reste aujonrd^ui , on ne croirait pas que ce lieu eût ëlë la résidence d'une Jes iamillesAnglo-Normandes les plus distinguées, depnfsl'XI*. jusqu'au XIIP. siècle,d'une famille qui fournît à la conquête d'Angleterre un de ses capîlaines , et à la croisade qu'a chantée le Tasse Qtt des héros de celte expédition*, d'une famille enfin qui tient un rang distingué parmi les bien- &teurs des monastères.

Le seigneur de Barneville qui était à la conquête <PAngleterre , est indiqué dans quelques listes de cette expédition (i).

Celai qui était à la croisade avec le duc de Normandie, en 1097 j s'appelait Roger. "Fous les lûsloriens de la collection intitulée G^staDeiper Prancos , en parlent avec les plus grands c'oges ; ils le citent toujours parmi les chefs , comme le plus adroit et le plus brave de l'armée ; u était chéri et admiré de tous et considéré même

(0 V. la liste de Brompton ,apd. T^sdcn , Angl. script, tu ^ ^•M. ; et celle de Docàesoe, Plorm. » scriptr p....

a6a ANCIENS châteaux

pirmiles Tares , dont il avait obtenu la ccmfianœ, quoiqa^il fût leur plus redoutable ennemi. Après s^être distingue au siège de Nicée y il fut un des braves qui prirent par escalade la ville d^Antioche. Mais rarmée chrétienne fut bientôt assiëgëe dans cette ville par une armée innombrable de Sarrasins. Roger de Barneville, emporté par son coorage à la poursuite d^une troupe de cavidiers ennemis^ tomba dans une embûche et fut tué. Tous les historiens de la croisade donnent des détails circonstanciés sur ses funérailles et sur les grands regrets que sa perte excita parmi les chré* tiens. Ces détails précieux seraient trop longsici; je ne puis que les indiquer (i).

Le Tasse , qui, dans son poème y le fait vivre long-temps après la prise d\4.ntioche , le cite parmi les plus fameux guerriers i;iormands.

Rug^r di Balnavilla infra gli egregj (Tasso^canto !<>. stanz. LIV);iX le fait périrdc la main de Tissapherne , à la bataille contre les Perses , qui suivit la prise de Jérusalem .

C^est probablement à ce Roger qu'il faut rap-

(i) Orderic Vital, apd. Duchesne , collect., p. 7218 j jSj, jio. Gaillaame de Tyr« apd. coilect. Geit. Dei» p. 663, Albcrtuf Acqacus., Hist. Hierosol. czped. li>. 3, p. a33 ; apd. Boogan. Raymund Agil ap. Bongan , p. 149 , Albert. Acq. , Ut. 4tP* '7 et aS ; <V. apd. Bongan , p. 337 , Baldric Doleonû , ib\d.

DE L^RRONDlSSfiMEltT DE VALOOHES. ft6l

porter la consiniction de IVglise de Barneville ; toai y est du travail de son temps. *

Daas le siècle suivant ^ se trouve an Jourdain de Barneville , dans le Livre rouge de l'échiquier de Normandie , qui devait au roi le service d'un chevalier, a Jordanus de Baraevilte , débet unum j « militem uno die cum curtamento suo et dein- € ceps cum curtamento communi.»

On voit , par le cartulaire de Saint-Sauveurle-Vicomte ( i ) , que ce Jourdain était fils de Gnillaome ; il fonda sous le règne de Henri II le prieuré de la Taille , à la Haje-d'Ectot (it).

Ce Jourdain de Barneville fut un des prind-paux bienfaiteurs des abbayes* de Cherbourg et de Saint-Sauveur-Ie-Vicomte. Dans les cartu-* laires de ces deux monastères, on voit de lui beaucoup de donations et dé confumations. Ces actes sont généralement sans date , comme cela se pratiquait à la fin du ]SII^. siècle.

Dans le suivant ^ je présume que les seigneurs de Barneville suivirent le parti du roi d'Angleterre contre Philippe - Auguste , et que leurs biens en France furent confisqués ; du moins je ne les retrouve ni dans les fiefs de ce roi , ni

(i) Garto]. 8ti. Salvatoris Vicecom , p. 4S.

(>) y« L'jide de fondation pcnëa nos, Rcpert. in-folio, p. 3o5.

a6d ANCIEKS CHATEAUX

dans aucun acte subsëqueot. Il se troave,daas lo XV«. siècle ) un Philippe de Barneville ^ abb^ de Cherbourg ; mais il ëtait de la famille du Saussay-(t) j qui possédait cette seigneurie daos le XV«. et XVI«. siècle. Julien du Saussay était seigneur au teihps de la recherche de M ont£aiult ; jnaisyà Tépoque de celle de Roissy , en 1 698 y la seigneurie avait passé par mariage dans la famille d^Orglandes. Antoine d'Orglandes épousa en 1 595 Marthe , fille et héritière de Léobin dû .Saussay , Seigneur de Barneville , Portbail , etc.^ et capitaine de Saint-Sauveur-le-Yicomte.

Je n^entreprendrai pas de vous donner la suite des seigneurs de Barneville. Le but de cette lettre est de vous indiqueriez châteaux du moyea âge , et ici comme en beaucoup d'autres lieux da département , je ne puis Vous parler que d'un emplacement : celui-ci me parait avoir été toot près de Téglise ^ au leVant, sûr un tertre oîi est placé le calvaire. Ce tertre, appelé autrefois buùte à Malletj a étéjadis entouré de fosâés } il est sur vin terrain uni et peu susceptible 'd'être défendu par les eaux ; il est probaUe que ce lieu n'aurait pu être défendu long-leifaps , et si Roger de Barneville n'en avait pas d'autres, on voit qu'il

I (1) Gall. Christ., toiùe XI« col.- 943. Gétiéélo|. dei do $aassa][»

Recherche de Montfault imprimée, p. 16.

DE L^ARROifDISSEMENT DE VALOGNES. a63

était bien plas grand par son courage et par ses qualités personnelles que par ^importance de sa forteresses >

Les recherekes que j^ai faites dans des ouitrages Anglais ,. sur les Bamevjrles d'Angleterre^ n^ont pas eu un résultat satisfaisant. Je ne perds cependant pas Tespoir d'en trouver dans le Domesday book où dans les l)aronage8 d'Ecosse. Ce qui me fait croire qu?il j en a eu dans ce pays | c'est que je vois qu^en 1175^ dans un traité entre Guillaune roi d'Ecosse et les Anglais , Robert de BamesnUe fut un des otages Écossais. V. Roger de Houcdeary apd. Savile, Angl. Script. , p.3o8. î ' • *

. Je ne connais pas les armes des anciens Barneville ; celles des du Saussay -. sont d'hermines au sautoir de gueules.

]4. Carteret* La paroisse de 'Carteret qui est contigiie à celle de Bameville , a aussi eu un seigneur qui partagea en 1 066 les dangers et la récempense delà conquête d'Angleterre. Le poète Wace expliqueponrqnoixe nom» se trouve deux fois» Bur la liste de MasseviUe^ il yen avait deux à la conquête , suivant le roman de Rou :

De Karlraii, Onfr$y et M aubier.

Depuis la.conquête jusqu'au règne de Henri 11^ roi d'Angleterre , je ne trouve rien sur Carteret.

Le livre rouge de Tëchiquier marque le service que devait ce fief servicium x mUitis^

Trente ans après ^ cette seigneurie fut conBsqu^ par Philippe- AugusVe , celui qui la possédait alors étant reste attache' au roi Jean-Sans-terre. Voici ce qu'en dit le « liber feodorum Philippi-Aug. <c KaiTtrait quod donUnus rex tenet perescha^ « etam débet servicium i militis. »

n est probable que tout ou partie de ce fief fut remis à quelqu'un de la famille des anciens possesseurs ; car on voit pardesr61esde Normandie y cites par la Roque , qu'en 127 1 et 1379 Renaud . et Roger de Garteret furent employés sur la liste des chevaliers et écuyers qui servirent en Post de Foix y et Tannée suivante y comme devant le service d'un tiers de chevalier.

Depuis ce temps,la seigneurie de Garteret n^est plus comptée que comme un fief-ferme^ dont le receveur des domaines de Yalognes touchait encore les revenus en lA^j. J'ai le détail de ses aliénations jusqu'au possesseur actuel ; mais yai cru devoir l'omettre comme à peu près étranger à lliistoire des anciens châteaux ; je vais seulement vous donner quelques renseignements sur l'emplacement du vieux château et sur la famille qui le possédait avant la confiscation.

La place du château est dans un champ de

OK l'aRROUDISSSKEKT de VAL0GNE5. a65

ferre j an milka duquel est Tëglise actuelle ; cet emplacement nWre aucune, trace de tertre ou de fosses ; il n'était pas susceptible d^inondations.

La famille la plus ancienne et la plus distinguée de Jersey porte le nom de Carteret , et fût remonter son origine jusque ceux qui j sous le règne de Philippe-Auguste y quittèrent notre province. Cette famille est entrée dans celle dn marquis actuel de Stafibrd (i).

Depuis 1784 > un autre descendant des anciens seigneurs de Carteret a été créé baron d^Angleterre , sous le titre de Lord Carteret. Le lord actuel est grand baillj de Jersey. Le* nom de sa famille a été transféré à sa résidence dans le comté de Gom^irall : il descend des vicomtes de Weymouth et des comtes de Stafford (i).

On voit sur la falaise de Carteret les restes d'une enceinte assez étendue : ils appartiennent a une autre époque ; nous en reparlerons.

Nous sommes arrivés de \;e côté jusquli Peitrémité de Parrondissement de Valognes ; nous quittons la côte à Tendroit le plus rap-

(1) V. le Peenge de ColUns, par S. E. Brydgesftom.8, p. i. (1} Peenge of Gollins , by sir F. Brydgcs , tome VIII*

a66 ANCIKIfS CHArEAUX

prochd de Jersey t nous allons revenir sur nos pas y et après avoir termine le canton de Barneville , nous achèverons la revue de celui de Briquebec.

A peu près sur la route de Valognes^ on trouve deux communes qui donnèrent autrefois leur nom à deux compagnons de Guillaume-le- Conquérant , et à leurs descendants en Angleterre et en Normandie. Ces deux communes sont Magne ville et Morville». MagneviUe y à deux fortes lieues au midi de Valognes, est le berceaa d'une puissante famille d^Angleterire et de Nor« 'mandie.

1 5. Magnjbvillb. . Geoffroy .de. MagneviUe > qui se trouva à Pexpédition d'Angleterre j est inscrit dans toutes les listes (i). Son nom est le premier de tous , dans celle de Bromptoa. H combattit valUamipent à la bataille de Haslings, et reçut en récon^pense des concessions considérables dans le pays conquis , avec les titres de comte d'Essex et de connétable de la tour de Londres. Il signa Pacte de fondation de Saint- Etienne de Çaen (2) j en qualité de comte

(1) Brompton apd Twysden, X scripf. 963. Duchesne^ Norm. script., p. 1,154. Masse ville, tom. I. , p. aua. Wacc, Aomande Rou. Gollins , Peera^y edit. 1711, tom. a part 1 p. 112. Dogdale, Baronage, tom 1, p. 306. Éanks, Eztinct Barona^.

(aj Essais historiques sur Gaen , tom. II , pag. 66.

DE L'ikBROlfDISSEMElIT DE VALOGNES. 267

(PEssex, et comme bienfaiteur de ce monastère.

Sous le règne de Guillaume-le-Roux , Roger de Magneville fut un des chefs du parti de Hemi I , dans le Gotentin (i); un autre GeoflTroy de Magneville e'tait gouverneur de la tour de Londres y sous le règne d'Etîenne-de-Blois. L'auteur des Gestà Stephani {%) le cite comme QQ des premiers seigneurs d'Angleterre , et en fait les plus grands ëloges. Il parle aussi d'Etienne de Magneville , un des plus fameux guerriers de cette ^oque.

Le dernier Magneville qui fut oomte d'Essex, $'appdait Guillaume (3) ; il mourut au commencement du règne de Richard-Gceur-de- Lion.

D'autres hranches de cette famille ont existé en Angleterre et en Normandie ; celle qui avait lé cbâteàu de Magneville , acquit la cliâtellenie de la Haie-du-Puits , et la conserva loDg-temps.

En i33r ^ Robert Bertrand , septième du nom , baron de Briquebec j était seigneur de

(i)Gain. Gemet, apd Normann. script, p. 394. (1) Â'pnd ' I^ûrmaiDn. scriptores ^ pag. 965 et scqq. (5) Banks, Extinct. Baron, tom. 3, p. ajo^ aji. Collins, cdit. 1711. Earls of Essex , fol. a. part. 1 pag. ii3'et ni.

^68 AHCIENS CHATEAUX

Magne ville : il obtint du roi Philippe- de- Valoi's , rétablissement d'une foire à Magneville (i).

Dès le temps de Philippe-Auguste , cette seigneurie dépendait de la baronnie de Briquebec (a).

En parlant du château de la Haie-du*Puits y j*aûrai occasion de vous donner encore quelques détails sur la famille des Magneville. Les principales traces de leur s^onr dans la paroisse dont ils portaient le nom sont Téglise , qui est de Tonzième siècle , et les fonts baptismaux dont j'ai donné , à un de vos prëdesseurs , le détail de rinscription curieuse , avec uii dessin qui doit se trouver dans les cartons de la préfecture^ et qui est gravé dans un ouvrage de M. Dawson- Turner ^ intitulé : Account of a tour in Nor-* mandjr^ i8ao (5).

L'emidacement de Tancien château de Magneville est probablement le même que celui du château actuel ; celui-ci , quoiqu'ancien y est loin de remonter aux seigneurs anglo-normands.

[i) Grandi offic. de k conronne, tome VI , p. 689.

(aj GiiilIeliiHis de Magneville tenet inde ( de Briqaebec ) dimidiam feodum loricai ; L. feodorum B. régis Philippi. H pourrait se faire que ce fief ne fût pas celai de MagoeviUc.

(5) Appendiz & la fin du 2*. volume.

D£ L^ARRONDISSEMERT DE VALOGNBS. StBc)

A pea de distance de lliabitation actneUe , au-delà des limites de la paroisse , formées en cet endroit par la rivière d'Ouve , on voit une trèsbelle motte entourée de fossés. Ce tertre j un des mieux conseryës du département , est sur la paroisse de Nébou , entre l'habitation de M. de la Grimonnière et le château actuel de Magne ville : je crois qu'il sqppartenait au château de la baronnie de TAngle j un des démembrements de celle deNéhou , dont je vous parlerai Inentôt. Les armes de Magneville étaient de gueules à Faigle éplojé d^argent j becqué et membre de gueules , d'après les armoriaux français et l'écosson qui se trouvait naguères dans Péglise de la Haie-du*Puits , sur le monument d'Arthus de Magneville, Les Magneville , d'après Banks, qui cite Heylin , portaient écartelé d'or et de gueules (i).

En lisant le registre des fiefs de Normandie, sous Philippe - Auguste , j'ai été %urpris que Blagneville ne fût plus alors qu'un demi-fief de haubert^ tandis que trente ans auparavant il devait un service onze fois plus considérable (a) : faut-il avoir recours à la confiscation pour expliquer cette énorme différence?

(i) Banki, Eztinct BaroDage » tome III , p. a6S. (2) Rogcras de Magna villa a milites et dimid. et ad scr- TÎcittm tuum très milit. Ex lib. rab. Scaccarii.

ajo ANCIENS CHATBAUX

Geoflroi de Magne ville avait, à IVpoque de la confection du Domesdaj Book, 1 1 8 seignearies en Angleterre (i),

i6. MoRViLLE. En allant de Magneville à

Valognes , la première paroisse qu'on rencontre est celle de Morville , dont un seigneur se trouva aussi à la conquête d'Angleterre : ses descendants figurèrent long- temps parmi les barons d'Angleterre j d'Ecosse et de Normandie (a).

C'est principalement sous les règnes des descendants du Conquérant qu'on trouve les Morville en Angleterre , avec le titre de barons. Sous celui d'Etienne , CoUins , Banks et Dugdale citent Hugues et Simon de Morville. Ce dernier eut deux fils , Roger et Richard. Hugues , fils de Roger , fut un des meurtriers de St.- Thomas de Cantorbeiy : après lui , je ne vois en Angleterre aucun pair du nom de Moi>ville.

Dans un traite de paix conclu , eu 1 1 Sg , entre les Anglais et les Ecossais y ceux-ci donnèrent pour otages cinq seigneurs , parmi lesquels était le fils de Hugues de Morville (5).

(i) Briltoris^Topograpby of Estez, page 5S5.

(a) Banka, Extioct Baron., tom. i, p. i4a* GoUinf , edit. 171 1. ▼ol. 2 , part. 1 , p. 143. Dogdale, Baronage.

(5) Hiat. Ricardi. prior. Hagulat. apd Tiivytden , X scriptores, Col. 35o.

DE L'AllR05DIfi8EMfiNT DE TALOGNK9. 27 I

En 1175, Richard de Morville , connétable d'Ecosse j fut un des otages du traite conclu entre Guillaume y roi d-Ecosse j et Henri II ; nous avons dqli vu que Robert de Bameville fat un autre de ces otages ( i ) •

Six ans après ce traité , lé même connétable fut excommunié par Jean j évéque de St.- André (a).

Celui qui avait été , dix ans auparavant j un des assassins de Saint-Thomas j habitait dans le comté dTork; après ce forfait, il alla avec ses complices passer quelque temps à son château de Knaresborougli (3).

Hugues, qui vivait au commencement d a XHI^ • $iècle , prit le parti du roi Jean contre Philippe- Auguste : celui-K:i , devenu mattre de la Normandie , confisqua la seigneurie de Morville. Par le registre sourvent cité , il parait que Herbert tenait , de la baronnie de Néhou , la sixième «partie d'un fief à Morville ; le reste était au roi par confiscation ( per eschaetam ).

Peu de temps après cette confiscation , un autre Hugues de Morville fut élu évoque de

(0 Sqprè, p. 13. R. de Houcden , ap. Savile , p. 3oS^ 3io et 5i3.

(i) Idem ib. p. 35o , Tf>rso« f 3) Idem ib. page 399.

ft^a AlfClBlTS CHATEAUX

Goutances ; il gouverna ce diocèse darant trente aos. On Ta toujours regardtf comme un des meiU leurs pontifes qui aient occupé ce siège. Son père s'appelait Nicolas j et portait de sinople an lion dV (i).

Sous le règne de Philippe-le-Hardi ^ cette famille tomba en quenouille : Raoul d'Anneville, fils de Guillaume ^ seigneur de Montaign , épousa lliëritière de Morville , dont les descendants prirent le nom et les armes. Cette famille existait en j 5a I , et acheta de la couronne le fief-ferme de Morville (a). Dans le siècle suivant ^ cette seigneurie , ainsi que celle de Magneville , fut achetée par MM. Le Pigeon , et est passée par héritage aux possesseurs actuels.

L'emplacement deTancien château de Morville ne m'est pas connu. Cette terre y morcelée par la confiscation de Philippe<*Auguste , avait été encore appauvrie par les libéralités de ses possesseurs en faveur des monastères y et par% ticulièrement de Pabbaje de Saint-Sauveur et de l'IIôtel-Dieu de Coutances.

Banks indicpie , pour les Morville d'An|^eterre y des armes différentes de celles de Té-

(i) Gall. Christ, t. XI, Col. 878. Bessin, GoncU. Rotbom. proT. p. 53 1. BilIy^Hist. mss. des Et. de GouUnces. noault, id, p. ao5 à 309.

(a) Généalug. de la famille d'AoneTîUe. Pièces jaitificatiTes^

DE L^ikRBOIfDISSEliENT DE TALOCHES. ^yS

Téqae de Coutances, et il serait possible que cette ibis il eut raison ; les voici : barre dW et de gaeales à l'aigle éployé d'azur (i).

Voici la dernière commune historique dont f aie connaissance dans le canton de Briquebec : nous allons parcourir celui de Saint-Sauveur , qui n^est pas moins riche en châteaux du moyen

âge.

17. MÀHOU. En allant de Morville à Saint- Saoveur^on traverse la grande paroisse de Néhou, qui fut jadis le chef-lieu d^une baronnie assez étendue pour qu'on ait pu en former trois avec ses démembrements.

On sait qu^en gia notre province fut cédé^ a Roi , chef d^une armée de Mormands , qui la partagea à ses compagnons (a) ; Richard eut pour sa part le domaine de Saint->Sauveur-le- Vicomte ^ dont celui de Néhou faisait partie (3). L'ensemble de cette baronnie n'avait pas alors la valeur que celle de Néhou seule eut dans la suite : ravagée depuis un siècle ^ la Normandie était inculte et dépeuplée.

En gao , Richard, seigneur de Saint-Sauveur-

(1) Banks , tome 1 , p. i4i«

()) Dndo apd. Docbesne, Nom. Script., p. 85. — Guiil. Gemct, c6û/, pag. aos.

(^) ArchWcK du Ghât. de Saint-Sauveur.

le-Vicomte^ donna à son fils Néel le domaine de Ne'hou (i); cette paroisse était alors' inculte et couverte de bois : ce fut là que Néel bâtît près dePOuve et de Fendroit où est aujourd'hui Péglise un château dont nous voyons les ruines. Ce domaine prit alors le nom de Néhou , qui signifie habitation de Néel.

Pendant plus d'un siècle après sa fondation^ ce château continua à faire partie de la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte (a).

Vers io46 , Néel de Saint- iSauveur se révolu contre Guillaume, duc de Normandie. H fat vaincu et forcé de quitter la province. La baronnie de ilaint-Sauveur fut confisquée ; le duc en démembra la seigneurie de Néhou , et la donna avec titre de baronnie à Baudouin de Meules , maii de sa nièce Albereda (5).

Peu après , Néel obtint sa grâce , et revint en Normandie. Le duc lui rendit Sainte-Sauveur; mais Néhou qui en avait été distrait , resta à Baudouin et à sa postérité (4).

Le fils de Baudouin prit le nom de Reviers /

(i) Arch. du chat, de Saint-SauTeor.

(a) Ibidem,

(3) Généal. des Reviers» dans l'hiitoiie de V'ût de Wight, par Sir Richard Wonley.

(4) ArchiT. de Saint-Sauvear.

D£ L^ARR09DI5SEMENT DE TALOGNES. ^jB

et ses desccadants celai de Vernon. Peu de fa« milles forent plus richement dotées en Angieterre; lesReviers deTinrent comtes de Devon et seigneurs de 111e de Wight.Les historiens anglais donnent de grands détails sur ceux qui ont r^dë en An* gieterre;noos nous occuperons seulement de ceux qtd ont possédé U baronnie de Néhou.

Dans une lettre adressée à votre prédécesseur sur les abbayes du département, j'ai eu occasion d'indiquer ce que firent,dans le XU«. et le XlIIe. siècle , les Reviens et les Vernon , pour l'abba je de Montebourg. Leur principale résidence en Normandie était le château de Néhou. Pour îmi^ ter les barons de Saint-Sauveur ^ ils y établirent «me collégiale.

Au commencement du règne d'Étienne»de-Blois en Angleterre , Baudouin de Reviers ^ comte de Devon ^ refusa de reconnaître ce prince pour son souverain ; celui-ci lui fit la guerre , lui prit ses forteresses , et le contraignit à se réfugier en Normandie , oii il vint résider dans son château de Néhou.

A la révolution qui remit la Normandie sous la domination française, les Reviers Vernon , possesseurs de Néhou , restèrent en France. On voit, par le registre des fiefs de Normandie, rédigé par ordre de Philippe-Auguste, vers iao8 , que

Û.jCy ANCIENS CHATEAUX

le baron de Neliou s^appelait alors Richard de Vernon, et que, pour cette baroi^e, il devait au roi le service de cinq chevaliers (justement le même qui ëtait dû pour les seignenrîes de Samt-Sauveur et de Briquebec) (i).

Les Reviers- Vernon possédèrent Nëhou jos^ qu'en i285. Guillaume, le dernier de cette branche, ne laissa en mourant que des filles, qui partagèrent entre elles la baronnie ; mais comme chacune d'elle voulut conserver le même titre que leur père y elles firent de Nëhou trois baronnies, celle de l'Angle, celle d'Orglandes et celle du château.

J'ai les listes de ceux qui possédèrent chacone de ces nouvelles baronnies : à Tëpoque de la révolution,celle du château était réunie au domaine delà couronne; celle d'Orgfandes , appartenante madame de Montmorency, a été confisquée comme bien d'émigré; celle, de l'Angle , qui, en 1790, était au même propriétaire que les seigneuries de Magneville et de Morville , appartient à M. le Fêvre de la Grimonnière , un de ses héritiers.

Les ruines du château bâti par Néel de Saint- Sauveur , sont entre les église3 de Sainte-Go-

(1) Lib. feodorum Domini Régis PhUippi, apd. Lib. Nigrom Constant.

DE l'abrondisseheut de valognes. ^77

lombe et de Nëhou , au bor J de la rivière d'Ouve. Le terrain contigu est marécageux , et Pou pourrait fa<û]eiiient en inonder les approches , excepté vers Téglise de Méhôu , oîi Ton voit encore des retranchements avances et des fossés , qui servaient à en défendre Paccès. Le donjon s'écroula toat-à-coupi vers 1780, au milieu d'une tempête qni arriva durant le carnaval. On y voit encore des restes considérables , mais informes , de maçonnerie , que le propriétaire actuel fait démolir et convertir en de nouveaux bâtiments.

Robert de la Haye, possesseur de ce château, l'échangea avec le roi en 1S66 (i). Les Anglais s'en emparèrent vers 1370. Depuis ce temps jusqu'au siècle suivant , cette forteresse suivit à peu près la fortune de celle de Saint-Sauveur. Les Anglais la reprirent en i4i8, et la gardèrent jusqu'en 1 49o ; elle repassa alors , avec le reste de la province , sous la domination française. Je ne vois pas qu'elle ait soutenu de siège bien sérieux.

La baronnie de Néhou était une de celles qui doonaient jadis à leurs possesseurs le droit de séance à l'échiquier de Normandie ; mais l'exercice

(t) V. l'extrait du trésor des Chartres. Archives de Normandie» l»ge 174.

278 AlCCI£lfS CHATEAUX

de ce droit prouve qu'elle avait eu une origioe commune avec celle de Saint»Sauveur-le-Vi* comte (1).

Le chef-lieu de la baronnie de l'Angle était au nord de la paroisse , et tellement rapproché de Magneville , qu^il est douteux si le château dont j'ai parlé (a) appartenait au fief de Magneville ou à celui de l'Angle. Le nom de la HauUoy que ce tertre porte sur la carte de Mariette j est peut-être plus ancien que l'établissement de la baronnie de l'Angle.

A l'extrémité nord - ouest de Néhou , à une lieue au moins des deux autres seigneuries^ Jeanne, fille de Guillaume de Vernon , mariée vers la fin du Xni^. siècle à Guillaume de Brucourt, plaça le siège de la troisième baronnie j qui fut connue sous le nom dXDrglandes ou de la Beurrière. Cette partie , formée généralement de bois défirichés^est la moins fertile de la paroisse. Depuis aSo ans , les possesseurs du château de Briquebec en étaient propriétaires. Si cette baronnie a eu un château-fort, je n'en connais pas l'emplacement ; en supposant même qu'il n'y en ait jamais eu , je ne devais pas me dispenser de faire mention

(i) y. MaiieTille, Hist. de NormaDd. , ton. 3, p. 46. (a) V. 8up. , page i4.

BB l'arrondissement DE VALOGNSS. ^79

^ cette haroonîe. C'est dans le cartulaire de Tafabaje de Montebourg qu'il £aut principalement rechercher les anciens renseignements sur Néhou; iieureusement que c'est un de ceux qu'on a relrouYés.

i8. SAiNTrSAuvEUR-LBP-vicoB«TK. Aune Keue au-dessous du château de Nëhou , en suivant le cours de lX)uYe , on trouve les ruines du château de Saint-Sauveur | dont celui-ci avait été un démembrement.

De tons les anciens châteaux du département , aucun ne réunît pins des circonstances qui sont faites pour attirer Tattention de ceux qui font des recherches sur cette sorte de monuments. Une grande antiquité| une importance constante , des mines qu'on {>ettt encore étudier , les moyens de défense usités au mojen âge f un plan presque entier , des renseignements positifs sur ses possesseurs I les sièges qu'il a soutenus, ses temps de splendeur et de décadence : tout concourt à rendre intéressant cet article. Je dois y donner . nne attention particulière.

En parlant de. l'origine du château de Neliou , j'ai indiqué celle de Saint-Sauveur. Elle remonte à l'année même du traité de Saint«Glair-8ur- Epte , qui assura à RoUon la possession tranquille de la Normandie. On voit , dans les archives du

28o ANCIENS CHATEAUX

château, qu^ la division de la province, Richard^ un des principaux capitaines normands ^ eul pour sa part le territoire de Saint->Sauveur avec de grandes dépendances , dont Nëhou £adsait parlie (i).

Avant la révolution , on voyait , aux archives du château de Saint-Sauveur , une copie de la concession de ce domaine , couvert de bois et composé de marais et de terres sèches y situe en Cotentin^ prèsdelaris^ièred'Ous^e^ donne à titre d'honneur avec obligation d'hommage et de service militaire (%) ; cet acte , écrit en latia comme tous ceux de cette époque , était daté de Fan 91a 9 que fut conclu le traité de Saiot-Clair.

Immédiatementaprès cette concession, Richard jeta les fondements du château deSaint-Sauveur. En 9i5, il y fit construire une chapelle , qui fiK consacrée, en 914 9 p^ir Herbert,Évéque de Coqtances , sous l'invocation de la Sainte-Trinité et de Saint-Sauveur (3).

Quelques années après , Richard donna à aoa fils Néel le territoire qui prit le nom de Néhou (habitation de Néel) (4).

(1) V, Slip, y pa^ i5.

(%) Extrait dea archives du chAttau de Saiot^Santenr.

(3) ïbid.

(4} U, et Sup. , p. i5.

D£ L'AHnOlfOISSEMElfT DE VALOGNES. 28 1

Ce fat ce Neel qui | vers gSS , fut honoré par Guillauine-longue-ëpée y du titre de vicomte du Cotentin , dignité qui devint heVëditaire dans sa postérité , et qui a fait donner à Saint-Sauveur le surnom de le*f^icomte (i).

Il existait naguères(peut-êtreeziste-t il encore)^ aux archives du Mont-Saint-Michel j déposées provisoirement à bibliothèque de la ville d'Avranches , une chartre de Méel ^ qui aumône à cette abbaye ses bois situés dans rae de Serk (peut- . êtreGuemesej, Sarrdal )• Cette chartre est de Tan 94^.

Josqu^au milieu de l'XI^. siècle^ Saint-Sauveur avait été la résidence du chef héréditaire detout le pays qui comprend aujourdliui le département de la Manche. La révolte d^un de ses seigneurs ^

(1) li'aoteiir d'ane notice nir Saint-StQTeur , imprimée dtnt rdmantch do département pour iSaiy* commit de glandes CRteart : il prétend qu'on n'a point de notet mir aon or^^ioe ; qoe Saint- Sanvenr tire ion fumom de Geoffroy d'Haicoart , qni en était vicomte en i5a8 ; il y a dans ce pasMge autant d'enenn ijne de moti. On a beaocoap de renseignement! sur l'origûie de Saint-SauTenr:il était nommé quatre siècles avantGeoffroy d'Harcourt. Tous les anciens historiens de Normandie citent le titre de TÎcomte du Gotentin » et notamment CruiUaome de Jlomiége , en parlant de Néel , Tainquenr des Anglais y en loos , prêt de Barfleur. Geoffroy d'Harcourt ne se révolta pas en i5a8. —Il n'y a aucune analogie entre son titre et celui de vicomte de Saint'Sauveur ; il en était banm et non pas vtcemfs.

^82 AVCIETHS CHATEAUX

qui portait encore le nom de Néel ^ le fit descendre au second rang. En 1.047 , le duc Guillaume, v^ainqueur à la bataille du val des Dunes^ força Néel à s^expatrier , et donna la place qu^il occupait à Robert , cpmte de Mortain , qui commanda lestroupes du Cotentin , destinées à suivre le Conquérant en Angleterre» A son retour en Pf ormandie , Néel fut trop heureux d'jr retrouver une partie de ses anciens domaines ^ le château de Saint-Sauveur | qui subsista long-temps après la démolition du château de Mortain , et devint une des plus importantes forteresses de la Normandie.

La première époque de Pexistence du château est cdle des Néel : quatre ou cinq portèrent ce nom ; celui qui bâtit^en gao^un château k Néhou, celui qui défit les Anglais près de Barfleur , en loofi , celui qui se révolta contre le duc Guillaume, en 1045 9 celui enfin qui en mourant vers loga , ne laissa qu^une héritière. Je présume qu'on en trouverait aisément un cinquième.

Le Xn®. siècle vit cette grande baronnie passer dans la famille de Tesson, par le mariage de l^ëritière des Néel avec Jourdain Tesson.

Un autre mariage la porta dans la famille dUarcourt. La révolte de Geoffroy d'Harcourt y amena les Anglais, au milieu du XI V^. siècle:

DE L^ARRONDTSSEHENT DE VALOGNES. a85

ils sy maintinrent avec quelques alternatives jasqa'en i45o. Après quelques concessions , ce domaine fut rëuni à celui de la couronne : il fut de nouveau concédé par Louis XIV ; à Pépoque de la révolution , il Tétait encore ': nous allons examiner . ces différentes périodes de son histoire.

La descente des Anglais à Barfleur et ^gur défaite par Méel de Saint-Sauveur , vicomte du Gotentin , sont rapportées par Guillaume de Jomîège (i). Cet historien sVtend avec beaucoup de cooîplaisance sur la grandeur des préparatifs du roi flthelred , sur Pextrême confiance que lui inspiraient ses forces, et sur leur destruction à peu près entière par les Cotentinois j sous le commandement de Néel de Saint-Sauveur. Je ne puis que vous indiquer ces détails , qui alongeraient trop ma lettre; j^aurai d^ailleurs occasion de rapporter encore ce fait , à l'article de Barfleur.

^U n'y avait pas long-temps que ce Néel était seigneur de Saint-Sauveur ; car je trouve, dans les archives du château , que Richard, deuxième du nom , baron de ce lieu , y établit dans son château une collégiale en 998 , que cette collégiale avait quatre prébendes , et que Hugues ,

(1) WiU. Gemet, apd, Duche^ne, p. 260.

evêque de CoutanceSyConfirma cet e'tablissement. C^étaît alors une espèce de mode, d'avoir des coiiëgiales dans les grands châteaux : nous ea verrons une a M ortain , et nous avons déjà vu que les seigneurs de Nc^hou , ancien dédoublement de Saint-Sauveur , ne voulurent pas à cet égard rester en arrière de ceux qui avaient été leurs suzerains (i).

Dans une lettre sur nos abbayes , dont vous avez une copie à la préfecture j j*ai parlé de Néel, qui prit les armes contre le duc Guillaume ; de sa défaite et de celle des barons du Bessin et du Cotentin , au val des Dunes ; de sa fuite j de son retour, de ta fondation de' l'abbaye de Saint- Sauveur. Je ne répéterai pas ce que j'en ai dit : je passe à l'époque de la conquête.

Dans quelques listes de cette expédition, je trouve le nom de Saint-Sauveur; Brompton écrit même Sauzaver (a). J'aurais balancé à faire l'application de ce nom a un seigneur de Saint-Sauveur-le- Vicomte , si Massevilte n'avait dit positivement le seigneur de Saint-Sauveur^ vicomte (5) de Cotentin. Masseville même ne ferait pas une autorité suffisante; mais le poète Wace dit encore :

(i) Sap.^ p. 16.

(a) Brompton apd. Twysdea, ool. 96^.

(3) MaiwcTille, Uist. de ^^orinandie, tom. i.

DE L^ARIl05DISS£M£IfT DE VAL0G5ES. 28S

Et Néel de Seyrit^Sauveur , Assault Angles a grant Yigour.

Si je suis un peu embarrasse de dire quel rôle le baron de Saint-Sauveur joua à la conquête , je le suis encore plus de dire ce qu'il devint en Angleterre. Un seigneur qui^en Normandie, tenait un des premiers rangs , qui avait combattu a grant vigour , à Hastings ^ a dû être recompensé largement j dans un pays où le roi donnait à ses compagnons d'armes des seigneuries par centaines ( i ) • El cependant j^ai eu beau chercher Héel dans bien des comtes j je n'ai pu encore le trouver. Cela vient-Il de ce que je n'ai pas le Domesday book , ou de ce que Neel aurait change de nom en Angleterre? Il y a là pour moi un embarras qui n'est peut-être pas grand , mais je n'en aurais pas moins d'obligation à ceux qui voudraient m'aider à le surmonter. J'ai bien trouvé, dans un historien judi* cieux qui cite généralement ses autorités (2) , que Néel, vicomte du Cotentin, fut tué en 10747 dans un combat près de GardifF, dans le pays de

(1) Alain, dac de Bretagne, en reçut 44o; Odon de Bajeux 439; le comte de Mortain,plufde3oo;révêque de Coutanccs a8«.

(2) M. Odoiant Desnm , Hist. d'Alençon , tonte i , p. i49i <^^"*' UDe DoLe au bas de la page.

Galles , contre Canut. Je me suis procure tout exprès une histoire dëtailMe du comte où est Cardiff, et je n'y ai rien trouvé de semblable ; cependant , je le répète , il n'est pas possible que Néel ait été relégué parmi d'obscurs concessionnaires. C'est une énigme dont je demande bien instamment le mot.

Le livre noir de Tévéché de Coutances nous apprend qu'un autre Néel de Saint-Sauveur mourut, en 1092, au mois d'août, et que Geoffroy de Montbray son parent , vint l'inhumer le jour de l'Assomption (i). Entre l'époque de la conquête et le dernier des Néel , je ne trouve rieu de particulier au château, sinon que le monastère, qui était dans son enceinte, fut transféré au lieu oii l'on en voit encore les restes.

L'héritière des Néel , nommée Laetitia , porta en mariage à Jourdain Tesson les grands biens de son père. La famille de ce dernier n'était ni moins riche ni moins puissante que celle des anciens seigneurs de Saint-Sauveur. Une ancienne chronique dit que les Tesson possédaient jadis le tiers pied de la Normandie] mais ce n'est pai

(1) V. GaU. Ghrîit., tomeXI , instram. Dîoc. CootUnt, coL 9aa, E. Les armes de ce dernier des Néel ékaiont » saÎTant Là' roqae , Hist. de la maison d'Harcourt » p. 3ao : fascé d'argent eC de gueules , semé de fleurs de lis de..,, de l'un en l'autre.

DE L^ARnONDlSSEMERT DE VALOGNES. 287

ici \t lieu d'entrer dans des détails sur Torigine ' etsurles grands biens de cette famille. La branche qui possédait Saint-SauTeur-le- Vicomte avait aassi dans le département une autre forteresse appelée /a rac^ Tesson. En parlant de ce château, je donnerai quelques détails sui^ ceux dont il |)orte le nom; aujourd'hui je m^occuperai exclusivement du château de Sâint-Sauveur, qu^ils acquirent à la fin de l'XI^. siècle^ et que la dernière hàitière de leur nom porta en mariage , à la fin daXn«. , dans la famille d^Harcourt.

Le siècle des Tesson ( si je puis parler ainsi) fut pour Saint-Sauveur un siècle de paix et de bonheur. Leurs noms figurent bien plus dans les anoales de Tabbaje que dans celles du château ; ils se retrouvent k chaque page du cartulaire. La construction et la dédicace du monastère semblent avoir attiré toute leur attention ; quelle différence entre leur temps et celui qui^Mcoula depuis 1 54o josqa^en i45o ! Mais n^anticipons pas sur ce siècle de calamités et de désastres.

On voit^par le livre rouge de Téchiquier^ qu^un Jourdain Tesson , alors possesseur de Saint-Sau* veor j avait dans le Bessin des seigneuries bien pins considérables ; il devait pour la baronnie de Saint-Sauveur le service de trois chevaliers ,

!i88 ANCIENS CHATEAUX

tandis qu'il était taxé à dix pour celle de Trevières.

Ce Jourdain Tesson mourut en 1 178 ; son fils Raoul lui succéda ( 1 ) ; Mathilde (ou Jeanne), fiUe de celui-ci , épousa Richard d'Harcourt , ea 1 1 98 , et lui apporta en mariage le grand domaine de Saint*Sauveur-le' Vicomte (a).

C'est probablement ce Richard qui possédait la baronnie , quand le roi Philippe-Auguste fit dresser Tétat de ses fiefs de Normandie (3) ; le fief d'Anvers était alors séparé de celui de Saint- Sauveur , dont il formait la cinquième partie.

Si, au temps des Tesson et des premiers Har^ court y la baronnie de Saint-Sauveur perdit une partie de son importance^ si la révolte de Geoffroy fit confisquer le domaine de cette châtelleuie , il n'en fut pas ainsi du château. C'est aux suites de cette révolte qu'il fut en grande partie redevable de rimportance qu'il acquit pendant an siècle entier.

(1) Robert de Monte Gontio. Sigebert. , ad anD. ii;S.

(s) Laroque , Hiit. d'Uarcourt.

(3) Ricardot de Harcourt tenet baron iam Ski. Salfataris per servicinm 4 militam , led debebat 5 , quando baronia sua intégra.... item Dn. Ricardui tenet residuuni illiiu feodi indooiinio SQO de AnTers coin pertinencus.... facitq. servichun i militis. Lib. feod. Dn. Reg. Pbilippi, apd. Lib. nigr. cpitcop. Constant.

D£ L^ARR05D1SS£MENT DE TAL06NE5. %Bq

Ce fat particulièrement dans le XIV^« siècle qae ce château devint une des plus redoutables fixteresses de la iVormandie. Les premiers Hareoort qui Pavaient possède gâtaient plus occupes da soin paisible d'achever et d^embellir Tabbaye que d^augmenter les fortifications de leur château^ s une époque oii le pays n^avait aucune guerre À soutenir ; mais Geoffroy d'Harcourt, avec des iodinations guerrières , et des talents militaires qa^ avait développes dans la guerre de Flandre^ en iSaS^ s'occupa du soin de fortifier Saint-Sauveur, et en fit une des meilleures places de ce pay8(i).

Malheureusement tous ses travaux et ses talents ftffent bientôt tournés contre sa patrie. Geoffroy, mécontent du Roi^dont il ^rut avoir à se plaindre, entra dans une conspiration contre l^tat : elle fut découverte , et, pour éviter le sort d'une partie de ses complices , qui furent décapités , il passa en Angleterre , excita les mécontentements du roi Edouard UI , contre Philippe de Valois , et vint,en i546,descendre à la Hougue,avec Farmée anglaise (a), avec laquelle il ravagea le Gotentin, et pilla ou brûla tout y hormis ses domaines.

Dans cet expédition cependant , les Anglais ne

(i) Laroqae, Hist. de la maûoD d'Harcoart. (a) Frulssart.

agO ANCIENS CHATEAUX

formèrent aucun ëtabli$sement dans le Cotentin , et n^y laissèrent aucune garnison ; mais^en i3S6, la défaite de Poitiers et la prison du roi Jean donnèrent à Geoffroy la liberté de revenir impanëment à Saint-Sauveur. La, à la tête d^une garnison nombreuse et bien aguerrie , il devint bientôt le fléau de toute la basse Normandie j qu'il parcourait et ravageait sans opposition. Cependant les plaintes réitérées de la province engagèrent les états du royaume à lui opposer des forces supérieures ; elles le forcèreut à lever le siège de Goutances , l'atteignirent dans sa retraite et le défirent entièrement (i). Geoffroy fut tué en combattant avec une valeur digne d^une meilleure cause ; les débris de sa troupe se retirèrent au château de Saînt-Sauv^r , trop fort pour que les vainqueurs pussent les y attaquer.

Après la mort de Geoffroy, les Anglais conservèrent la possession de cette forteresse (s) ; ils en renforcèrent la garnison. Par le traité de Bretigny , il fut stipulé que le roi d'Angleterre pourrait ( une fois seulement ) donner à qui il lui plairait la jouissance des biens qui avaientappar-» tenu à Geoffroy d'Harcourt,

(i) Froisxart. Laroque, Hiit. de la nuiison d'Harcoart. ^^*'^' ville ytome 3 , p. aSg.

(») Traité de Bretigny , article a4>—B7ner.

DE L^ARRONDISSEMSNT DE 7AL0GICES. agi

Onformëment à ce traité y Edouard ÎH donna le château de Saint-Sauveur au sir Jeaa Ghandos, le plus fameux de ses guerriers ; avant cette donation y la garnison de Saint - Sauveur avait ëtë renforcée de 4oo Anglais , sous le commandement de Jehan de Ldsle , qui fut remplace par Etienne Lashington (i).

Peu de temps après la concession que lui en avait faite le roi d^Angleterre ^ Jean Ghandos vint prendre possession du château de Saint-- Sauveur , dont il fit refaire les fortifications (a). «Tadoucis Texpression anglaise bâtit le château , car je ne crois pas qu^il Tait entièrement bâti. Les parties les plus remarquables de son travail sont la grosse tour quarrëe , appelée le Donjon^ et la grande porte de Tenceinte intérieure ; Tune et Tautre subsistent encore aujourd'hui, et sont ' marquées sur le plan que je joins à cette lettre ^ avec une vue du château.

(i)Rymer, tome 6.

(a) Tbe famoua sir John Chandos.... was at tht batde of Poitien , and for bit eminent lenrices in tbe frencb wart bad ^ amoBgsC naany granti ih» Barony of Satni^auvear-lû-Fteomie , aod Ukewbe ail tbe posseationa of sir Godfroy d'Harcourt» after i^hicb h€ buitt ike catiie ofSaini-Sauveur'le'Fieomte, Gollins,Peenge^ édU. 1711 , tom. s , part, a, page aïo. Jean Gbandos est nommé TÎcomte de Saint- Sauveur , dans Tbistoire des grands Officier» de la Couronne, tome 6, p. 179, ad ann. i364. V. Bank:), Extinct Pcer. tom. 1 , page 261,

âC)^ ANCIENS CHATEAUX

Depuis ces nouveaux travaux , Saiat-Sauveur devint , après Cherbourg^ la place la plus importante que les Anglais eussent en Normandie ; on voit, par les actes de Rymer, qu'ils y entretenaient avec soin une garnison nombreuse.

En 15747 sur les plaintes portées par les trois états de la province , le roi Charles V envoya Tamiral Jean de Vienne j avec une armée , pour bloquer d'abord, et puis pour assiéger le château de SaintrSauveur4e* Vicomte.

Après un siège long et meurtrier , il se fit avec la garnison anglaise un compromis y portant qu'au moyen d'une somme d'argent , payable au mois de juillet iSyS , la place serait remise au roi de France» L'amii*al de Vienne réunit à Bayeux les trois états de la province (i).

U existe, aux archives du département^ un trèslong rôle en parchemin , contenant une enquête oîi se trouvent des détails curieux et inconnus sur ce siège de Saint-Sauveur. En parlant des monastères du département , sur lesquels vous avez une copie de mon travail , j^ai indiqué cette pièce intéressante ; je ne puis trop en reconunander la conservation. J'en ai fait des extraits aussi copieux ^ue le temps a pu me le permettre.

(1) V. un oavragc intitulé: Normandie, pays d*ÉCtta, publié pir Coni-le-Noir, p. 62.

DE L^ARRONDISSBMEIIT DE VAL0GNE8. «qS

On voit^par un traite conclu à Bruges^en i375, qae les légats du pape furent choisis pour dépositaires de Targent et de la forleresse ( i ) ; ils la rendirent à la France^ et remirent aux Anglais la somme convenue.

Quelques annës après , Charles V donna à' son chambellan , le sir Bureau*de-la-Ri%îère , la châtellenic de Saint^Sauveur y Nëhou , Anvers et autres dépendances (a).

Du sir Bureau-de-la-Rivière , la cbâtcllenie de Saint-Sanveur passa^en 1 392,à Jean^sir dlvry (3) , qui, en i4i5^fut tué à la la bataille d'Azincourt.

On trouve, dans les preuves de l'histoire de la maison d'Harcourt , une donation de Saint->Sauveur, faite par le roi Charles YI, au comte d'Harcourt , pour en jouir sa vie durant , ainsi que Pavait Jait le seigneur d'Ivrj ^ dernier trespasséy à qui pareillement nous Valons donnée sa vie durant (4).

Cette donation , datée du 7 septembre 141S9 fut sans effet. Les Anglais commandés par Jean (le Robessart et Guillaume de Beauchamp , s'em*

(i)/««f,page53.

(a) Rymer « tome 7.

(3) Chambre des Comptes de Pirîs, mémorial, fol. 161. VU< l«ret, Hjst. de France.

(4) iiehives da cbâteao.

294 ANaENS CHATEAUX

parèrent du château. Bobert deTresville en ëtait alors commandant (i).

Les Anglais le gardèrent jusqu'en i45o. Voici comment un historien contemporain rapporte ce dernier siège de Saint--Sauveur.

«t Après la victoire de Formign j ^ ie Gonné- « table se retira à Bayeux , et envoya Jacqaea « de Luxembourg, son lieutenant, et Odet d' Aidye <( en sa compagnie , avec trente lances , mettre «c le siège devant Saint-Sauveur-le- Vicomte , € qui est une moult belle place et une des « plus fortes de Normandie j devant laquelle n demeurèrent trois jours. De laquelle place était « capitaine le sire de Robessart , baron du Hay- « nault, avec deux cents combattants aDglais.... n et firent de grandes approches et . tranchées ; « en faisant lesquelles fut tué d^un canon on (( vaillant écuyer du Berry , nommé Jean de a Blanchefort , qui fut moult plaint...» et tantost <( après les Anglais voyant eux si oppressés. ... « rendirent la place , et eurent leurs biens saufs « et huit jours de vuidange (j%). »

Ghartier ajoute que les assiégeants ne tirèrent pas un coup de canon , car leur artillerie était restée à Bayeux.

(1) Bymer , tome 7. Archives do chAteau.

(3) MonstreJet. Hist. de la nais. d'Harcourt , p. i$8o.

DE L^ARBOlfDISSEMSNT DE VALOGNES. agS

Depuis ce siège , le château de Saint-Sauveur perdit toute son importance ; Tintroduction de Tartillerie dans Tattaque des places eût rendu inutiles toutes ses fortifications j élevées à une q>oqne où elle était à peine connue^et commandées de tous les edtés à une petite distance.

Aussi voit^on qu^en i562 le comte de Matigi^on le range parmi les places oii il recommande de mettre seulement une garnison de trente hommes (i). En 1574, le comte de Montgommery s'en saisît avec la plus grande facilité ; il fat repris de nïâm^ par les troupes royales , après la réduction dé Saint-Lô et la prise de Montgonuuery •

Depuisjce temps , je né trouve pas qu^on ait regardé Saint-Sauveur comme une forteresse. En i685 , un hôpital fut établi dans Penceinte même de ce château (9) , par les soins du père Chaudran, jésuite : cet établissement subsiste encore; mais, extrêmement appauvri par la révolution, il est réduit à un triste état de dénuement.

Les anciennes fortifications y qui depuis deux siècles ont cessé d'être entretenues , se sont suc-

Ci ) Hùt. do Maréchal de Matignon, pag. S4.

(3) MasseTÎlle > Hût. de Iformand. , tome 6 , p. 582.

iiÇfi ANCIENS CHATEAUX

cessivement dégradées ; une grande partie est tombée en raines» Cependant l'établissement de Thospice a encore fait faire quelques travaux d'entretien et de clôture , qu'on ne trouve plus aux autres anciens châtçaux. On peut encore suivre la trace de ses enceintes et en indiquer les pimcipaux traits. Le planque je vous envoie a été levé dernièrement avec beaucoup de soin par M- Langlois de Longuevilie , capitaine d'în£antene ; le même en a dessiné et lithographie une vue ^ il y a peu d'années ; une autre vue avait été dessinée^ quelques années avant la révolution, par M. de Montressel^ officier d'infanterie ; plusieurs parties de son dessin ont le mérite de représenter des objets qui n'existent plus ; j'en ai fait dessiner une autre vue par M. le Maître , de Valognes, Enfm^j'en possède une belle gravure dans le grand ouvrage de M. Cotman , intitulé Archi^ tectural Antiquities qf Normandj.

Ajprès la reprise de Saint-Sauveur sur les Anglais, en ]43o, la baronnie fut concédée à Adrien de Viilequier , chambellan du roi Charles VU y et à ses descendants , jusqu'à défaut d'hoirs mâles (i). Artur, Antoine et Baptiste de Viilequier y la possédèrent successivement jusqu'en

( 1 ) Toas ces détails sont extraits des aichives du chAteau de Saint-Saoreur-le-Vicomte.

DE l'aRRONDISSKMERT DE VALU GN ES. 297

1 5q8 , OÙ , faute dliëritiers aptes à ' succéder , eUe fut rëunie à la eouronne.

En iSja j elle fut engagée de nouveau par Charles IX , à Christophe de Bassompierre y et €n 1 596 à François de Bassompierre , maréchal de France. Celui-ci en fut dépossédé en 1607 ^ par Jean Frédéric , duc de Wurtemberg. Elle revint en 161 a à la reine mère , qui Paliéna en 1620 à Jean Phelipeaux de Villesavey ; onze ans après, elle vint à la famille des La Guiche*Sainl«- Géran *, qui la conservèrent jusqu'en 1 669 ; elle fttt alors réunie à la couronne,et engagée^en 1 698^ par Louis XIV , à Louis-Alexandre de Bourbon , comte de Toulouse , son fils naturel , de qui elle passa au duc de Penthièvre , et enfin par mariage à Louis-Philippe- Joseph, duc d^Orléans (Égalité)^ qui la possédait au moment de la révolution (1).

En vous parlant du château de Saint-Sauveur, j'ai était forcé d'abréger les renseignements copieux qne je me suis procurés ; si cet article vous semble encore trop long , il faut s'en prendre à l'embarras des richesses. Pour mon compte , je suis loin de me plaindre d'un pareil embarras ; plût à Dieu que je l'eusse plus souvent! je ne serais pas réduit à vous offrir des probabilités ou à hasarder des conjectures ; je ne serais pas quelquefois

(1) Archiyes do chACcao.

oblige à garder le silence le plus absolu ou à vous dire simplement : (c un compagnon de Guillaume— le-Conquérant ^lait seigneur de telle ou telle paroisse; on doit donc y retrouver au moins remplacement d^un ancien château j et cependant j^ai eu beau Vy chercher , je n'en suis pas plus avance » ; mais comme mes conjectures même les plus hasardées peuvent conduire k des recherches plus heureuses Je continuerai à en hasarder quelquefois afin de mettre sur la voie*

XQ. Garnetot. Le château qui suit celui de Saint-Sauveur est justement un de ceux sur lesquels je ne puis vous donner que des rensei** gnements vagues et incohérents. Tels qu'ils sont^ ils pourraient encore avoir quelque utilité ^ s'ils engageaient ceux qui possèdent son chartrier ou ceux qui en connaîtraient des détails importants à les communiquer ; voilà ce que j'ai dit plus d'une fois et ce que je ne me lasse pas de répéter.

A la fin de l'XI^. siècle , un seigneur de Garnetot suivit le duc Robert à la croisade qui se termina par la prise de Jérusalem (i).

En iSjjo y il y avait à Garnetot un château occupé par les ennemis du roi CharlesTle-Mauvais^ sur ses plaintes , le roi d'Angleterre donna ordre

(i) MassevUlc, liist. de Normandie, tom. i , pag. a5o«

DE L^ARRONDISSEMENT DE VilLOGNES. 299

d^en chasser les Français et d^abattre la forteteresse (i). Pai lu, dans un mss. de M* le Franc, qae Jean Chandos le prit la même année: il y avait erreur de date , car ce fameux capitaine était mort en iSfk). Les Anglais , ajoute M. le Franc^ avaient eux-mêmes fait faire les fortification^ qu'ils démolirent alors; cela se peut, mais c'est dommage que M. le Franc ne cite pas ses garants.

Les Tilly sont les plus anciens seigneurs de Gametot que j'aie trouvés (a) , à l'époque de la recherche de Montfaouc : le propriétaire s'appelait Castel , et portait d'or au château de sable. Dans celle de Roissy , en 1 598 , la seigneurie

était possédée par un Duchâtel^ qui portait de gueules au château d'or. Les Dufaoucqqui leur succédèrent , portaient d'azur à trois faux d'argent , emmanchées d'or. Le dernier de cette famille , qui mourut eu ly^A ^ ne laissa qu'une héritière ; elle, porta Cette grande terre dans la ûmille du due de Grammont , 011 elle est restée depuis ce temps.

Gametot ne présente rien de remarquable ; c'est une grande maison fort irrégulière et sans

(1) V. les actef publics de Rymer.

(a) Dumoulin , Uîst. de Normandie. Tillj de Garnetot portait d'or à fleor de lis de gueules au lambel d'azur disante d'argent.

ornements , quoique d^une époque où Ton pro^ diguait les accessoires. La majeure partie semble être du XVI«. siècle ; quelques parties sont cependant plus anciennes , il y a à la chapelle quelques fenêtres étroites en ogive. Le reste présente plutôt l'apparence d'une grande maison fortifiée durant les guerres de religion , que celle d'ua château fort.

La grande terre de Gamelot ^ située dans la' paroisse de Banville^la-Place , est sur la route de Saint -Sauveur à Orglandes^ paroisse située entre Yalognes et le Pont-rAbbé. Elle a été le berceau d'une ancienne famille distinguée en Angleterre et en Normandie.

ao. Orglandes. Un seigneur dY)rgIandes ( on écrivait jadis Oglandres ) était à la conquête d'Angleterre, en 1066 ; il reçut dans ce royaume des concessions considérables dans différents comtés, et surtout dans Pile de Wight^ où, depuis 760 ans , sa postérité a conservé sans interruption le manoir de Nunwell (i).

Cette famille a l'avantage rare de s'être con—

(i) Vi^ortley'i Hûtory of the isie of Wiglit. Baronetage of England, Terb. OgUnder. Katchini, History of Donetshire , toI. i» page 37a. Dictionn. de la nobleue , par L. G. Desbois , tome lo» in-4*- ^'Jl^ t verb. Orglandes. Gartulaire de SaîntSaaTeur^ p. 19.

DE L'ARHO^fDISSEMBNT DE VALOGNES. Sof

servëe en France et en Angleterre y depuis l'ë* poqae mémorable et reculée de la conquête , et d'avoir joui dans ces deux pays d^une considération qui n'a jamais cessé. Sir William Ogiander de Nunwell , dans Pile de Wight , et de Parnham , dans le comté de Dorset , appartient à une des plus anciennes familles d^ Angleterre , et la branche française n'a pas été moins considérable. Du berceau de ses ancêtres , après y avoir résidé long-temps, après avoir possédé beaucoup de seigneuries dans le Gotentin, elle a, passé au château de Putot , d'oii elle est allée s'établir dans le département de TOme. Le marquis d'Orglandes , chef de la branche française, est membre de la chambre des députés.

Les détails généalogiques de cette famille sont très-satisfaisants en France et en Angleterre; ces détails seraient trop longs ici. Je vous ai indiqué, dans une note au bas de cette page , les lieux oit ils se trouvent. Je reviens à l'indication du lieu oii fut autrefois le château d'Orglandes.

L'emplacement de ce château est à peine soupçonné par les habitants de la paroisse ^ encore qu'il soit tout près de l'église , et que tout le monde le connaisse , mais sans se douter quel en fut l'usage ; il se nomme la Hougue: ce mot d'origine saxonne , a la signification de notre mot

3o2 ^NCIKNS CHATEAUX

tertre , oa hauteur; il est situe sur une terre qui forme le dernier dëbris d'une grande seigneurie.

Dumoulin , dans son histoire de Normandie (i) , cite le château d'Orglandes parmi ceax que Henri , comte de Gotentin , Ifils cadet de Guiilaume-le-Gonquérant, fit fortifier , en 1 090, et dont ses frères ne tardèrent pas à le dépouiller.

Le château d'Orglandes fut habité jusques dans le XYI®. siècle , par la famille qui en portait le nom. Depuis ce temps , des alliances Tout fait passer dans différentes familles, et surtout dans celle des seigneurs d^Anfreville , qui ^ peu d'années avant la révolution , vendirent la terre de la Hougue d'Orglandes , faible reste d'un domaine jadis très-étendu. Les propriétaires actuels se doutent à peine qu'ils possèdent l'emplacement , le tertre et les fossés d'un château dont il est parlé dans Thistoire de l'XI^ siècle.

Je n'ai trouvé le nom d^Orglandes sur aucune des listes de la conquête d'Angleterre : il est cependant incontestable que Richard d'Orglandes était à cette expédition , et qu'il aida Guillaume

(1) Dumoulio , p. a55 , d'après. .«#

DE L^ARHONDISSËMENT DE VALOGNES. 3o3

FiUosbem à réduire 111e de W ight , où il obtint des concessions (i).

Dans le cartolaire du monastère de Saint- SauTCur-le-Vicomte ( p- Sg ) , se trouve le nom de Jourdain d'Orglandes y signé à une dopation du XII^. siècle y faite à cette abbaye j et confirmée par Guillaume de Vernon , seigneur d'Orglandes. Les possesseurs de la seigneurie dX)rglandes figurent souvent dans le cartulaire de Montebourg. La duchesse de Némours , baronne de Briquebec , en 1694 , prenait le titre de baronne d^rglandes : cMtait ^ à cause de ses possessions de Méhou, dont j^ai parlé plus haut.

Les armes des anciens d^Orglandes étaient d'hermines y avec trois losanges de gueules y avec la devise candore et ardore.

Nicolas d'Orglandes y fils de Jacques , qui vivait vers i54o y est le dernier de ce nom qui ait possédé la seigneurie de cette paroisse.

ai. Beuzevii^lItLa-bastillb. A deux lieues au midi d'Orglandes <, à Teitrémité méridionale de Tarrondissement de Valognes , on trouve , dans la petite paroisse de Beuzeville-la-Bastille y

(1) HutcbiDs Dorset , è l'article de Farnham. Worsiey, HUt. of the is^e of Wight.

5o4 ANCIENS CHATEAUX

l^emplacement d'un château-fort , et la ruine de la tour quarrée dont la paroisse tire son nom. Le guë qu'on trouve en cet endroit de la rivière , y a fait placer la tour de la Bastille : le castel , autre forteresse y est un peu plus bas , dans la même paroisse.

J'ignore Pépoque de la construction du châ*teau : celle de la Bastille remonte seulement au XI Y^. siècle. Elle fit alors changer le surnom de la paroisse qui s'appelait auparavant Beuzevillela-Chaussée (i).

Dans un acte de Tannëe 1676 , cite par Dom Le Noir dans le livre intitule La Nor^ mandie , pays d'États ({») , on voit que , pour resserrer la garnison anglaise de Saint*- Sauveur-le^Vicomte , l'amiral Jean de Vienne prit cette année plusieurs forteresses , et entre autres la Bastille de Beu%eviUe j qu'il avait enforchiée ( fortifiée ).

Quelques années après , le seigneur de la Ferté , chargé de répartir soizante--diz hommes d'armes dans les places-fortes du Cotentin qui en avaient le plus de besoin , en mit dix à Beuzeville.

(i) Archifes de Varenpiebec , au cbAtçaa de Goigoy. fi) Page 5>.

DB l'arrondissemeitt db valognes. 3o5

L^histoire du connétable de Richemont ioëiqae le cbàteau et la Bastille de Beuzeville ^ pariai . les forteresses du Cotentin qui furent . reprises aux Anglais, en i449 (0*

hes ruines de la Bastille consistent en un reste de tour quarrée , penchée au bord de POuve ^ d'une manière assez pittoresque ; on y voit des fondations d'ouvrages accessoires.

Le castel est un peu plus bas , au midi de la rivière j à Tentrée du marais de Beuzeville ; nne partie de son enceinte existe encore. Les fossés y qu'on pouvait à volonté remplir d^eau , et rinondation du marais y en faisaient toute ia force. On n'y retrouve aucune trace de maçcMmerie.

La tour de la Bastille n^est pas tellement minée qu'on ne puisse encore bien reconnaître une partie de ses détails. Au commencement de la révolution ^ elle était presque entière : on y a monté la garde en 179a , et Ton a fait du feu dans la cheminée , dont "on voit encore la place : le tott n'a été enlevé que depuis ce temps. Dans râFppartement oii est la place de la cheminée , on remarque^ vers le midi, les

(1) Hût. du connétable de Richemont , par O. Gruel , p. iSq.

5o6 ANCIENS CHATBAUX

rainures qui servaient à passer les chaînes du pont-levis ; à Teztërieur , du même côté , on voit les restes de la maçonnerie d*uiie pîle de pont : une partie de la rivière passait de ce côte , de manière que la Bastille ëtail réellement dans une tle.

La tour avait environ trente-cinq pieds de hauteur ; une platte-forme avec son parapet régnait autour du toit : je n^ai point trouvé de traces de crénauz ou de mâchicoulis.

Toutes les ouvertures étaient carrées ; les pierres de taUle en ont été enlevées durant la révolution.

Il y avait y dit-on , deux autres tours à la Bastille ; ce qui est assez probable ^ car on voit les restes d'une enceinte dans une pièce contigûe y nommée les Terrasses y au levant de la tour actuelle.

Cette ruine a été dessinée par M. Dennjs Herbert, fils du colonel anglais Herbert , qui réside depuis quelques années à Valognes , et par un dessinateur qui ne m'est pas connu. Je possède une copie du dessin, de M. B. Herbert.

La Bastille était située sur le fief de Pleinmarais y dépendant de la baronnie de Varenguebec. Ce fief y possédé ^en ]4oo par un

DE L^ilRBOlVDISSEMENT DE VALOGffTES. Zoj

seigoeur du nom de Carbonnel , passa par mariage à un d'Orglandes , fut long*"temps possède par les Simon , vint aux Gourmont , et enfin aux Thieuville. Madame la marquise de Thiboutot , née Thieuville , qui en est aujourd'hui propriétaire , y fait sa résidence»

Paurai occasion de citer les armes des Carbonnel et des Thieuville , en parlant de Canisjr et du Mesnil-*Gamier. Les Simon-de-Pleinmaresg portaient de sinopl^ à trois lionceaux il'argent , et les Gourmont , d'argent au croissant au chef de gueules , chargé de trois roses d'or.

Le castel de Beuze^lle relevait directement de la Châtellenie de Varenguebec , réunie ^ long*tempB avant la révolution^ au duché de Goigny. Cette châtellenie a été Follet de mes recherches : je vous en parlerai quand nous serons arrivés à l'arrondissement de Coutances ; mais nous avons encore auparavant une longue tournée à faire dans celui de Valognes.

32. Amfbeville. Quoique le titre de mar« quisat ait été long-temps attaché à la seigneurie d'Amfreville , quoique le château soit ancien et considérable , je n'en parle ici qu'en passant, et parce que son histoire peut jeter quelques

3o8 ANCIENS GHAÏEÀtX

lumières sur 'celle des barons des Biars, dont je vous parlerai dans la suite , et sur ceux de PAngle-d&-Nëhou ^ dont j^ai déjà parlé.

En 1029 j Guillaume Avenel , sire des Biars , était seigneur d^Amfreville , du chef de sa femme , fille de Guillaume de CaiUetot et de Marie de Yemon j baron de TAngle à Néhou.

Jean de Tardes était , en 1 5o3 , baron de TAngle-de-Néhou et seigneur d'Amfreville , en conséquence de son mariage avec Françoise des Biars , descendue de Gu jon ^ baron des Biars ) en i454«

Nicolas, baron de Mouy^ épousa, en i553y Françoise de Tardes , dame d'Amfreville^de- Néhou et des Biars : il en eut uii fils qui fut après lui seigneur d^Amf reville , ainsi que son petit-fils (i).

Cette seigneurie passa ensuite dans la famille du Paérier ; deux de ceux--ci furent présidents au parlement de Normandie.

Les Davy j qui leur succédèrent , firent ériger cette seigneurie en marquisat ; je trouve dans

(1) Laroqne , Hist. de la maison d'Harcomt. (a) V. l'Hiit. nus. dei grandi bailUs du Gotentin , par M^ de Ghantereyne.

DE L^RRONDISSEMENT DE VALOGNES. Sog

cette famille deux cardinaux et deux grands baillis du Cotentin.

Charles-François Davy^ marquis d^Amfreville, lieutenant- gdnëral des armëes du Roi j mort à Vincennes, en 169a , avait été un des compagnons d^armes et des meilleurs officiers du maréchal de Tourville (i)«

Dans' le siècle dernier , le marquisat d^Amfreville passa par héritage dans la famille du Mesnildot.

Uancien château est considérable ; il a été abandonné pour une petite habitation moderne plus commode ^ bâtie tout auprès.

Je n^indiquerai pas les armes des. seigneurs dont il est parlé dans les histoires de la maison d'Harcourt , ou des grands officiers de la couronne. Celles de la £aifaille du Mesnildot y sont d^azur au chevron d^argent j bordé de gueules, accompagné de trois croisettes d^or, deux en chef, une en pointe.

a5. La Fière. Voici dans la presqu^ilé du Gotentin et dans le canton de Sainte-Mère- Église , une seconde forteresse pour empêcher le passage du gué : celle-ci est au bord de la

(i) Hût. des grands oiBciera de la coaronne , édition dn i;ia , tome i , page 8o5. MaMe^iUe , tome 6 , p. 49^*

5 10. llfCIENS CHATEAUX

rivière qui partage Aknfréville de Sainte-Mère- Église , sur le territoire de cette dernière paroisse ; son nom la fait remonter aux Saxons ou aux Normands, dont les langues avaient entre elles beaucoup de rapports. Il signifie encore en allemand un bac y ou le lieu où Ton passe dans un bac (i); nom particulièrement applicable k ce passage très-frëquentë.

Si mes recherches sur Tëtymologie de ce mot sont satisCaisantes , il n'en est pas ainsi de mm recherches historiques : je ne puis dans ce genre vous ofirir aucun renseignement positif. La seule mention que j'en aie trouvée est dans le registre des fiefs de Normandie j fait par Tordre de Philippe-Auguste ; on y voit qde tes fiefs de Sainte-Mère-Église et de la Fière, dépendaient alors *de la baronnie de Littehaire (a).

Le retranchement de la Fière n'a d'autre rapport avec la Bastille de BeuzeviUe que celui de la position ; c'est un ënorme rempart en terre saqi apparence de maçonnerie.

(i) V. le Glofnire de Dncftnge , an mot firia^ et le mot fàhrê y dans les dictionnaires allemands.

(s) Gallenis de 8ta. Maria Ecclesia et Thomas de la Flère tenent inde feodnm i milîtis ^ Lib. feod. Bni. Eegis.

SB l'abrondissbmbnt ob valognbs. dii

24 • BouTTBViLLB. Pour 06 pas quitter le

canton de Sainte-Mère-Église , nous allons nous

écarter un peu au levant de la ligne que nous

avons suivie depuis la Bastille de Beuzeville ;

les deux paroisses qui nous restent à examiner

sont tellement rapprochées , qu^on a depuis la

révolution réuni Boutteville à Sainte-Marie-du-

Mont ; la première de ces paroisses y qui n^a

pas plus de deux cents habitants , était jadis bien

plus importante qu^elle ne l'est aujourd'hui ;

elle avait deux curés. Un de ses seigneurs était à

la conquête d'Angleterre avec le duc Guillaume,

qui lui fit des concessions dans les comtés

de Sommerset (i) et de Bedford.

En Normandie , c'est principalement parmi les bienfaitenrs de l'abbaye de Saint-Sauveur* le-Vicomte , que j'ai trouvé le nom des anciens seigneurs de Boutteville : ils avaient donné à ce monastère une des portions de la cure et une partie des droits de la foire, qui existe encore.

Je vois , dans le livre rouge de l'échiquier , que, vers 1070, le fief de Boutteville était con-

(1) Lib. liig. ConiUiit. Liftes de Brompton et de Vaiteville. GollinsoD , Somenetshire , tome 3 , p. 19. Rob. de Butevill. débet serriciam hoDori Walterii de Wabull. Lib. Nig. scacarii , p. aoo. Bedfordsbire.

sid^rable. Gautier , qui en était seigneur , d^ pendait de Vhonneur de Sainte-Mère->Église ^ et devait au Roi le service de de«x Cavaliers (i).

En ia64> la foire de Boutte ville se tenait sur le fief de Guillaume de Vemony chevalier; dans le XII^. siècle ^ cette foire fut donnée à Tabbaye de Saint--Saaveur , avec une partie de Téglise par Ranulf te Bouteillier.

J'ai reconnu les traces de remplacement du cMtean entre Tëglise et le manoir, appelé la Gour-de-Boutteville ; ses retranchements étaient ^ers le levant contigus au cimetière.

Kéglise est du siècle de la conquête. Avec ma lettre sur Tarchitecture de nos églises j j'ai envoyé un dessin du portail de celle-ci.

a 5. Saints-Mariep-du-Mont. La grande et riche paroisse de Sainte-Marie-du-Mont ^ qui n'est séparée du Calvados que par le bras de mer appelé le Grand- Vay-, fut jadis le siège d'une cour de justice dépendant du bailliage de Saint-Sauveur-le- Vicomte* Elle a eu , depuis le temps des ducs de Normandie jusqu'au commencement du XVn^. siècle ^ des seigneurs dont le nom était ^uX'^Épaules (ad humeros).

(i] Lib« Bub. scaccariL

DE L^ARROIIOI8SEM£1IT DE VALOGNES. Sl5

Oa dit qu'un d'eux suivit le duc Guillaume à la conquête. Je n'ai trouve son nom sur aucun catalogue de cette expédition. H est possible qu'il y ait porte un nom différent ; mais cette supposition, qui peut tout au plus servir à faire faire de nouvelles recherches , n^est probablement guère fondée ; car , à une époque trèsrapprochée de la conquête , un Aux-Épaules se trouvait à la croisade avec le duc Robert Courteheuze.

Guillaume Aux-Épaules fot nommé abbé de Troam en iSdO (i). £n 1^65 y le seigneur de Sainte^Marie s'appelait Richard Aux-Épaules. Montfaoucq lui donne les titres de Messîre et de Ches^aJUer ^ titres q«'il n'a pas prodigua dans sa recherche (a).

Dans le siècle suivant , les Aux-Épaules furent des premiers qui se firent protestants. Us devinrent les chefs du parti des Huguenots dans le Cotentin. Henri Robert , qui vivait en 1600 , assista à la conférence tenue à Fontainebleau, entre Duplessis-Mornay et du Perron : ce dernier eut tout l'avantage , au rapport même d'un grand homme de son parti (^).Samte-Marie

(1) GaU. Gbrût. , tome XI , col. 4i8.

(1) Recherche imprimée par M. L'Abbé de Laroque , p. yi»

(3) Le duc de SoUy. V. sea Mémoires par L. D* L. €•

l4 ANCIEirs CHATEAUX

se fit catholique ; ce fut lui qui bâtit le château deSainte^Marie-du-Mont^ qui vient d^élre démoli , et qui , sous le régime de la terreur ^ fiit la maison de détention du district de Carentan : ce château avait deux ailes ou pavillons fort alongés. On a conservé, à Sainte^Mariodu-Mont y la mémoire d'un mot de Henri lY^ qui avait demandé à voir le plan de ce château* En ' voyant ces deux corps along& j il dît an seigneur de Sainte-Marie : Fentrer-saint-^gris , mon ùoièsin , cela ressemble à une paire de haut'^^de'-chausses.

Vous êtes peui'-âtre surprisse voir ici figurer Robert'^aux-Épaules ^ commecdusin dp Henri IV. Je sais que les Aiac-Ép^ides avaient des alliances dans la famille royale , mais il me semble plus probable que son titre de capitaine de cinquante liommes d'armes de la garde du roi y lui donnait quelques droits à cet honneur; mais ceci est étranger à mon sujet.

Henri Robert-auz-Épaules avait , dans l'église de Sainte-Marie-du-M ont y un très-beau monument, surmonté de sa statue à genoux j en marbre blanc. M. Frigoult de LiesviUe possède cette belle statue , qu'il a arrachée à la fureur révolutionnaire. En conservant , non sans danger, ce

PB l'arrondissement DB riLOGNES. 5l&

monument précieux , il a acquis des droits à la reconnaissance des amis de leur pays et des beaux arts. La statue est un morceau de main de maître et d^ne époque où il existait en France des sculpteurs distingués. L'épitaphe, qui est égale* ment conservée , nous apprend que Henri-Robertanz * Épaules , outre sa place de capitaine de cinquante hommes d^armes , avait le titre de lieu-* tenant gouverneur de Normandie et de gouverneur dfe Rouen. Henri IV Taimait particulièrement^ etl^ppelait toujours Sainte-Marie.

Je n'ai pas besoin de vous donner le détail de sa postérité. Après sa mort^ la terre de Sainte- Marie-du-Mont passa dans différentes familles ^ dont Pénumération serait trop longue pour cette lettre.

Le château fut démoli il y a quelques années par le sieur le Cauf , qui en avait fait l'acquisition ; il ne reste plus qu'une partie des bassescours.

Les armes des Aux^Epaules étaient d'or à la fleur de lis de gueules remplissant tout l'écu.

16. Frêvillb. En quittant Sainte-Mère-Église pour aller à Valognes , on voit , à une lieue de là ^ sur la gauche de la grande route , l'église de Fréville , dont la nef fut bâtie dans le siècle de la conquête d'Angleterre, Un seigneur de Fré-

5l6 ANCIBNS CHATEAUX

ville ^tait à cette expëditioa (i) ; les Barooages etIesPeerages Eteints d'Angleterre nous apprennent que la famille de Frëville ëtait très-ancienne dans le comte de Cambridge, et citent entre autres deux Baudouin , un Richard et un Alexandre de Frëville j dont les armes étaient d'or à la croix potencëe de gueules (d). Sous les règnes de Henri III, d'Edouard l^^. et d'Edouard III , plusieurs de ses seigneurs ont eu en Angleterre le titre de barons.

Cette famille nVtait pas moins considérable en Normandie. Plusieurs des Frëville doivent être comptés parmi les bienfaiteurs des abbayes de Saint-Sauveur et de Montebourg (3);mais,malgré toutes mes recherches, je n'ai jamais pu retrouver l'emplacement de leur château.

27. Montebourg. Je n'ai pas été plus heureux pour le chef-'lieu de ce canton. Dans les listes de la conquête, et surtout dans celle de Brompton , je vois bien le nom de Montabours , qui est évi* demment le même que Montebourg ; mais je doute que ce fût le nom d'une seigneurie. Le duc

(i) liifte de MuieTlUe , dam le premier Tolame de ion Hisft. de Normandie , page aoo.

(a) Banks, Extinct Baronage , t. 1 , p. 3 10. GelUns , Peerage» édition de 1711 , tome a, part, a, page 37a. Dagdale^Baion.

(5) Gartular. Sti. Salrat. et Montiaborg , pasaim.

DE L^AfiRONDfSSEMENf DE VltOGNES. Sty

Ouillaume en ëtait seigneur à T^poque de là conquête^ mais il n'est pas probable qu'il eut alors dans cette paroisse un château ; quoi qu'il en soit^ il n'est pas moins constant que , dans le XIV®. siècle^ le bourg ëtait fortifie ; il fut pris et brûlé par les Anglais, en i346. « Puys vindrent « devers Montebourg , sj la prindrent et robbè-^ « rent^ puys Tardirent* » (Froissart).

Trente deux ans après , le sir Guillaume des Bordes ëtait capitaine de Montebourg ; il y avait son quartier gënëral ( i ).

L'année suivante, Guillaume des Bordes ayant été défait et pris par J. Harieston , le sir de Brémailles, qui fut envoyé pour le remplacer, y établit son quartier général ; mais il se retira bientôt tout«à-fait hors de la presqu'île (a).

L'an i4o5, une flotte anglaise, commandée par les comtes de Lancastre et de Kent, vinrent faire une descente à la Hougue. Montebourg,avec plusieurs antres villages et bourgs, fut pillé et brûlé (3).

28. TouRViLLB, Vous avez pu remarquer plus d^une fois que je citais des noms sur les listes de

(1) Hîst, des Gnndfofflc. de h conrooae , tome II , p. iii4<

(a) V. FroÎMart et mon répertoire in-S«.) pages 81 et 82.

(3) Uolliogshed. Ledyard, Hist. nafale d'Angleterre, p. iô6.

5i8 ANCIENS CHATEAUX

la conquête, sans pouvoir indiquer remplacement de leur château. A Tourville en TEstre^ ao con— traire , je trouve remplacement d'un château ancien^sans pouvoir dire positivement qui en a ëtë le possesseur. Si, comme aujourd^ui^ Tourville eût autrefois fait partie de l'Estre , je dirais : voilà justement laplace du château des seigneurs de TElstre, qui furent jadis puissants en Angleterre et en Normandie ; mais il est certain que la paroisse de Tourville a toujours été distincte de celle de

PEtre , et qu'en 1 295 , Raoul de Tilly en était patron (i). Est-ce remplacement de son château qu'on voit près de l'église , dans la Gouiarderie, et dont un des fossés touche au cimetière ? Je n'en sais rien , mais c'est certainement une des mottes les plus entières que nous ayons dans le Gotentin.

Je trouve bien le nom d'un Tourville dans la liste des seigneurs de la conquête , suivant Hollingshed , d'après celle de Guillaume Taylor ; mais il y a une autre paroisse de Tourville dans le département.

Ge tertre ou cône évasé^ était autrefois couvert d'arbres ; il s'appelle la butte , et est près de la rivière de Sinope.

(4) Registr. confcctum Snp, FatronaUb, ecclcsiu-am Dioc. Gonstaot.

DE L^ARBOllDISSBMElfT DE VALOGNES, Sig

^Q. Uestre. La commune de l'Estre, contigue à la prëcëdente , est à trois lieaes au levant de Valognes. C'est probablement d'elle qu'il est parle dans la chronique de Fontenelle, sous le nom de Zaxtra inpago Constantiensi , k Tëpoque des MeVovingiens (i).

Sur mes listes de la conquête d'Angleterre , je ne trouve pas de seigneur qui porte le nom de cette paroisse : il est cependant probable qu^il y en avait un ; mais je présume qu'il portait un autre nom ; il est constaut, au rooins^que le nom de lustre figure en Angleterre et en Normandie, et que la seigneurie de cette paroisse fut cou"fisquëe par Philippe - Auguste j avec beaucoup d'autres , dont les possesseurs préférèrent la domination du roi Jean à la sienne.

Je vois , dans l'histoire du comté de Dorset , par Hutchins, que, sous Richard-Cœur- de-lion, Richard de l'Estre fut Uxë à 54 shelings et deux deniers pour sa part de la rançon de ce prince (2).

Vers celui de Henri I*'". , le manoir de Stoke- Esbe vint de H. Brétel à Richard de VEstre ( a Baron of great account ) , qui tenait du comle

(1) Ghronie. Fontanell. , in Acheiii Spicilcg. » in-folio , tom. a. page 373. Gai. Christ. XI , col. 170?

(a) Hutcbins » Dorlet , vol. 1.

3aO . ANGIEHS CHATEAUX

de Mortaia plusieurs fiefs dans le comté de Som« merset^ quelques-uns dans la baronnie de Mon^ taigu (i).

Colffordr-Estre y dans le * Dorsetshire , tire son nom de celte famille. Hutchins en doutait un peu , parce qu'il ignorait qu'il j eût en Normandie une pai*oisse de ce nom ; mais ce qai confirme cette origine , c'est ce que dit au même lieu cet historien , que le nom du recteur de cette paroisse , sur la liste qu'il a transcrite^est Laurent d'Englesqueville. On sait qu'Englesqueville est l'ancien nom de lap^rroisse (i). V. le livre noir du diocèse de Coutances.

La cinquante sixième année du règne de Henri III ( 1 979 ), Robert de l'Estre était sheriff du comte de Dorset (3).

Je ne suivrai pas plus loin cette famille en Angleterre. La seigneurie de l'Estre fut confisquée par Philippe - Auguste , au commencement du XIII*. siècle.

On voit, par une chartre de Charles VII, donnée à Tailleboug, le 1 5 septembre 1 45 1 , que le Roi avait, dans cette paroisse, hi^iefferme de l'Estre,

(t) V. GoUiiMon , Hist. of Somenet , tome 3 » pag. 5o. (a) Hatchioa, Donet, tome i , page 4>9« (3) Jd§m I tom. i , page 43.

DB L^RROKDISSUMENT DE VALOGNES. 5a I

que les rois ses prëdëcesseurs avaient infëodie pour une rente de i53 boisseaux de froment (i). Les anciens seigneurs ( ceux qui vivaient avant la confiscation) semblent avoir ëtë dépendants des Reviers , fondateurs de l'abbaye de Montebourg. Sous le règne de Henri P'. , au commencement du XI[®. siècle , Bichard de TEstre signa un acte de diffërentes donations faites à l'abba je de Montebourg , par Richard de Reviers (a).

Les seigneurs de PEstre figurent parmi les principaux bienfaiteurs de Pabbaye de Blanche^ lande. Outre Pëglise d'Anglesqueville en PEstre, ils lui donnèrent celte de Doville ^ qui s^appelait alors EscalecUff'i^). *

Thomas Avenel,seigneur d'Octeville,confirma, en ]d4o9 les donations faites à Blanchelande , par Odon le Bouteiller , Raoul son fils et Robert son petit-fils , seigneurs de TEstre , dont il était suzerain (4)*

Le château de l'Estre ëtait à Pextrëmitë d'un village , connu sous le nom de bourg de TEslre , «ur une ^l^vation nommëe la Roque , au midi de

(i) Factum des habitants de l'Estre , contre M. d'Harcourt. (s) Gartttlar. Montisbuigi. Gallia Ghri8tiana,tomeXI, col. a33.

(3) Ex Cartulario Blanchelands et cartis qaibasdam penès ooi , Recneil de Chartres in^"*

(4) lbid4m.

ai

3a2 ANCIENS CHATEAUX

Piiabitation de M. d'Harcourt. Dans plusieurs •pièces de la cour de PEstre^ et aotammeat dans les jardins , le clos de VHerce el les Tots , on retrouve beaucoup de traces d'haibitation. Les habitants du bourg se doutent à peine qu'il ait jamais existé un chateau*-fort dans leur coçimune, 29. Grennbville. Les paroisses de Piastre et de Grenneville qui se touchent , sont littorales ; il en est peu qui mentent de notre part une attention plus particulière que celle-ci. C'est le berceau d'une famille qui a fourni de braves guer** riers et de grands hommes d'état en Angleterre ; mais y celui qui doit être bien plus cher aux Français , forcés durant la révolution de chercher un asile en Angleterre , c'est le marquis de Bue- Idngham | l'ami le plus constant , le plus généreux qu'aient eu nos compatriotes réfugiés dans son pays , le propriétaire du château de Harswell ^ celui qui fit tant pour adoucir les nuilheucs de Louis-le-Désiré , pour préparer son retour j pour le rendre aux vœux de la France.

Le berceau de celte famiile est la petite com-^ mune dont je vais vous parler. La conformité de nom a fait penser qu'on pourrait le chercher dans une des paroisses de Normandie , qui ont le nom de Grainviile : quelques généalogistes an-

Page 1