DE L^ABROHDISSEMENT DE VALOGNE
d'Angleterre (i) , on trouve que Guillaume d^Anneville donne ^ k ce monastère , les ëglises d'Jsneville , du Vicel et de Prétot. Un autre Guillaume , qui vivait en 1 1 06 , confirma ces donations : il reçut y de l'abbaye de Lessaj , dix marcs d^argent , pour payer la rançon de son fils Michel , fait prisonnier à la croisade (à), jid redimendum Jilium meum ed cap^ • done quâ captus erat. Ces donations furent encore confirmées par Geoffroy d^Anneville^ un des descendants de Guillaume, en 11 5g. U y ajouta la chapelle quœ est juxtà Jlunum Sarœ. Le même Geoffroy donna , en 1 1 55 , à Tabbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Pe'glise de Saint-Pierre-d'Arlhéglise (5).
Je pourrais donner beaucoup d^autres détails très-posilifs sur cette famille , dont j'ai à ma disposition une excellente généalogie ; mais cet article est déjà trop long : je me contenterai de dire qu'après avoir servi fidellement le roi Jean-Sans-terre , Guillaume d'Anneville se soumit à Philippe- Auguste (4).
(t) Ex cartalar. Exaquii ; Neustria pia , page 6a i» (?) Cartalar. Exaqaii , p. i47* (5) Gartul. Sti. Salv. Abbatiae.
(4) Voici ce que je trouve sur AnneTille , daos le registre des fiels de Philippe- Auguste : « Jobaimes de Anneville teoet iode
554 ANCIENS CHATJUUX
Des mariages forcèreat la famille d'Anneville à quitter son berceaa ; des mariages loi donnèrent successivement la seigneurie de Montaiga et celle de Tameryille ;.nous allons nous occuper de cette dernière place,
. 34* Tamerville. Avant que les d^ÂnnevilIe aient possëdë la seigneurie de Chi£>evast ou de . Siffrevast y à Tamerville j cette seigneurie y sur laquelle il existait aussi un ancien château - fort, a eu plusieurs autres seigneurs. Celui qui la possédait sous le règne du Conquérant et de ses enfants y et même long-temps après le retour de la Normandie sous la . domination française, portait le nom de ce fief. Ce nom est connu &k France et en Angleterre.
. Je ne trouve le nom de Chiffirevast sur aucune des listes de la conquête y mais il existe sur celles de la croisade où se trouva le duc Robert ; H est écrit Siflfrevast sur cdleq.de la chronique de Normandie^ imprimée à Rouen^ chez le Mégissier, et sur celle de Masseville (i).
Si les Chilirevast notaient pas à la conquête , il est au moins certain qu'ils étaient établis en An-
c ( de Lithalre) ftodam i mUitit apad Broliam de Asne- • Yiile ( Le Breuil ). •
(i) MasievUle, Hist. de Normaadîe » tom. i , page 35s. Gbronique , p. i54*
D£ L^ARROUDISSBMBKT OS YALOGNBS. 355
gleterre , à une époqae rapprochée de cette expé* dition. Voici ce qu'en dit un registre très-ancien ^ intitulé Testa de Nevillei Ricardus de Cyfire^ € vast tenet terciam partem militis de feodo « qui fait Willi. Martel à tempore PFilli. Bas-- « tardr^per ser^icium, 5" • partis i militis (i). »
Le même tenait plusieurs autres fiefs à la même ëpoqué dans le comte de Dorset, oii il parait que sa {amille était venue d'Oxford (a).
Hutchins^dans son histoire du Dorsetshire, cite répitaphe d'un Cyferwast , seigneur de More* Crichel y qui mourut sous le règne de Henri YIII. Suivant <^te ëpitaphe , ses ancêtres résidaient dans cette paroisse depuis plus de 5oo ans (5).
La famille de Siffirevast s'éteignit en Normandie k)ng*temps auparavant , mais elle avait aussi tenu un rang distingué dans le Cotentin , depuis l'XI^. siècle jusqu'au XV^ Je trouve ce nom parmi ceux des bienfadteurs des monastères , et partie cttlièrement de l'abbaye de Saint-Saaveur-le- Yicomte. Mais, ce qui a un rapport plus particulier au château de Ghiffrevast y c'est l'histoire
(i) Apiid Hatchios, Donet, tom. i* (a) HatchîiWyi^Mf, p»g. agi* (5) /<i^., lom. s , page 46»
du désastre qu'il éprouva dans le XIV^* siècle, par la -violence de Geoffroy d'Harcourt.
Vers le milieu de ce siècle^ lés gens de Nicolas de Chiffrevast étant à la chasse , tuèrent par mégarde une biche apprivoisée , qui appartenait au sir Geoffroy d'Harcourt. Celui-ci pour s'en venger vint à Chiffrev^t , à main armëe,le premier dimanche de carême de Tan i353; prit,pilla, démolit en partie le château,et en brûla les titres ; Nicolas de Chifirevast eut recours à l'autorité' royale. La révolte de Geoffroy d'Harcourt , la perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean , ne permirent pas (i) de lui rendre justice aussi promptement qu'il le dé&irait ; il mourut sans ravoir obtenue.
Jean de Chiffrevast^^ son iils^ obtint, du roi Charles Vt, des lettres du 29 mars 1396, qui rétablirent et confirmèrent tous les droits de la seigneurie de Chiffrevast , qui par l'incendie des titres couraient le risque d'être bientôt entièrement perdus.
Ce Jean de Chiffrevast ne laissa point de postérité masculine. Huquette , l'aînée de ses deux filles I devint héritière du château ; elle épousa
(1) Laroque^ Hist. delà maûoD d'Haurcoort. Gcnéalcgie de ht famille d* An ne ville
DE L^ARRONDISSEMEIIT DE VALOGMES. iSj
Robert de Percy, Leur fille ^ Guillemelte de Percj, se maria, en i4i3 9 à Robin d'Anneville, seigneur de Moataigu , et lui apporta en mariage la seigneurie de Ghiffirevast , qui , jusqu^à la re'volution^est restée dans la famille d^Anneville ( i). Elle fut vendue il y a une vingtaine d'années à M. le Brun\y alors troisième consul^ devenu depuis ce temps arcbitrësorier et duc de Plai« sanèe (a),
Henri d'Anneville , encore mineur en 1 588 y marié en i594 9 mort en 1649 j aches^a la dé-molition de Pancien château^ et bâtit le château, actuel, avec une chapelle qu^l plaça dans le pavillon j au côté droit du jardin ; il la fit bénir en i6i8 (5).
La place de ce château était tout près de l'ha-^ bitation , et particulièrement sur le terrain d^ua petit enclos , fermé de murs , oii les d'Anneville nourrissaient des daims ^ et où le propriétaireactuel en conserve encore quelques-uns.
Les arme&des Siffrevast étaient, bande d^argent
(1) Géoéftlo^ie d^AnneviOe.
(1) Par actt paué devant le Cerf, Tabellion k Valognei , le s5 janvier i463, oo roit que Robert de Percy, encoro seifneiv de Ghiffirevast ,. céda à Gaillaume d'AnneviUe , son oeveu , le. fief , terre et seigneurie de GhiJIrevast.
(3) généalogie d'AnneviUe.
558 AlfCIKIfS CHATEAUX
et de sable de six pièces ; celles de Percj ^ de sable au chef denchë d'or ; et celles d'AnneyiUe, dliermines à la fasce de gaenles»
55. Valognks» En parlant d'un siège da château de Yalognes^ un des continuateurs de Pabbë Velly (i) dit qull avait été bâti par Glovis. Malheureusement pour moi.il n'a pas cité son garant , et puis il ne dit pas non plus auquel des Glovis il veut en rapporter l'origine. Cependant, comme il indique ordinairement avec exactitude , j'ai cru devoir rapporter ici son assertion sans chercher à la blâmer ou à lui donner du crédit.
Je ne conn^ rien de positif sur ce «château jusqu'au règne du duc Guillaume ; ce prince y résidait souvent : vingt ans avant la conquête y il y était lorgne les seigneurs du Goténtin et dn Bessin, conjurés contre lui avec le comte de Br»onne , voulurent le surprendre et l'asàassiner (q)t on sait par quel hasard il échappa , en fuyant à la hâte ; comment il regagna le château de Falaise j et comment il remporta sur ses ennemis une victoire décisive au val des Dunes.
(i) Villaret, Hist. de France y tome 9, édition in- ta.
(1) Chronique imprim. par le Mégiasier, p. 71. Roman de Roo* MasseTiile, 1 » p. 173. GnliL PutaT. ap, Diich6n., p. 179. Guill» Gemet » ibidy p. 375.
DS I.'AaR01ffBISSBBIEKT DB VALOGNES. Z5q
A cette ëpoque et durant les trois siècles sui- Tants j rien ne prouve Timportance ou la force da château de Valognes. Les fils du roi Guil-» laame se disputèrent long-temps la Normandie ; à la mort de Henry P'. , le plus jeune de ses Sis y la province devint le thâtre d'une guerre longue et achamëe, entk'e Etienne de Blois et Geoffroy Plantagenêt ; soixante ans après , elle repassa sous la domination de Philippe-Auguste , et jamais il n^est fait mention du château de Valognes , comme d'une place forte. En j54o , il ne fit aucune résistance à Parmée d^douard IIIi ce prince y vint tranquillement coucher ; le lendemain,il en partit pour continuer sa route vers Gaen ; la ville fut pillée et brûlée (r).
Dix ans après cet événement , Yalognes et le Gotentin furent cédés au roi de Navarre , par un traité conclu dans cette ville même (a). L'alliance de ce prince avec les Anglais et avec Geoffroy d'Harcourt, garantit quelque temps Valognes des suites de la guerre ; mais après sa
(i) Et le mardy ( i8 juillet ) le roy alla k Vallongnet , et genst illecqoes tout la nayct... et ItndenaÎD remua un graunt journey. Y, Michel de Nortfabory, ap. Froistart de BnchoD, tom. t « p. 3oo et 3oi.
(a) Martenne Mîscellanea eplitol. , où l'on trouve tout au long le traité de Valorgnêêy du 3 septembre i355^ -p. i5» et seqq.
56o AlfCIENS CHATEAUX
victoire à Cocherel , du Guesclin , maître de la campagne , vint en faire le siège ; il e$t probable que le roi de Navarre Pavait mis en état de défense , car la garnison brava d'abord tous les elTorts des assiégeants. Enfin pourtant , elle capitula quand elle eût pu tenir encore long-temps^ car une poignée d'Anglais, rentrés dans la forte* resse, s'y défendit encore plusieurs jours ^ et n'y fut forcée que par surprise. Un historien de du Guesclin y qui peut avoir été témoin oculaire de ce siège , nous en donne beaucoup de détails^ > qu'on ne peut lire sans être convaincu que ce château de Valognes était alors très-fort (i).
Il ne resta pas long-temps au pouvoir de la France : Bertrand du Guesclin , appelé en Bretagne , y emmena ses meilleurs troupes. L'armée française fut défaite à Auraj , du Guesclin y fut pris ; par le traité de Guerrande ^ Valognes et le Cotentin furent rendus au roi de Navarre (a).
Ce prince en perdit de nouveau la majeure partie, en iSgS ; son complot contre le roi de France fut découvert, et ses complices condamnés
(i) V. L'histoire de du GaescUa , écrite en 1387 , mue ea lamiëre par Claude Ménard , i toI. 10-4". ; Paris cramoisy, lâiS- Mémoires de Secousse , tome i , page 63. ; VilJaret, ubiiop.^ p. 43; Massevillc , tome 3, p. 327..
(5} Masseville , tom« 3 , page 333 et acqq.
DE l'aBRONDISSBMBNT DE TikLOGNES. 36 C
à mort : toutes ses forteresses du Cotentia furent reprises à Pexceptioa de Cherbourg;yalogne5,à ce qu'il paraît , ne soutint pas de siège ; la France n'en conserva pas long--teiïips la possession ; après des attaques longues et inutiles , du Guesclin fot oblige de se retirer de devant Cherbourg (i). Appelë ailleurs , il laissa quelques troupes dans le Cotentin ; celles-ci ne purent tenir long-temps la compagne contre la garnison de Cherbourg ; ellesfurent battues le 4 juillet (12) i379,entre Valognes et Cherbourg , par Jean Ilarleston. Guillaume Bordes, qui les commandait , fut fait prisonnier ; d'autres troupes furent envoyées par le roi de France , pour' reparer cet tfchec , maïs Yalognes n'est pas compté parmi les places fortes qu^elles occupèrent : Montebourg ëtait le poste le plus avance du sir de Bremailles y leur chef; bientôt même il fut force d'évacuer le Cotentin (5). En i386 ^ k la mo<t du roi de Navarre , toutes les villes de la presqu'île, excepte' Cherbourg , repassèrent sous la domination française ; elles y restèrent jusqu'en j4'8 , que les Anglais s'emparèrent de toute la province , et s'y maintinrent durant plus de trente ans (4)*
(i) V. sap. k l'article de Cherbourg.
(2) A la St.-Martin d'été , Froissart.
(5) Froi«Mrt, ad aan. 1 179. Yillaret. Maaae ville, ub. su^.
(4) V, mon rcpert. in-S». , p. 85,
56a ANCIENS CHATEAUX
Yalognes leur avait été repris avant les autres forteresses du Cotentin. Sir Thomas Kirîel , gë— néral anglais , vint Pattaquer^et ne le prit qu'après trois semaines de siège (i), H fut défendu par Abel Rouault y un des plus braves capitaines de son temp^ y et frèr^ de Joachim. Rouault , connu sous le nom de marëchal de Gamaches.
Peu de jours après , Parmée anglaise fut com— plettement battue à Formigny. Yalognes et le reste de la province rentrèrent en peu de temps sous la domination française. Cent vingt hommes composaient la garnison anglaise , qui rendit le château de Yalognes.
Durant plus d'un sièole après la victoire de Formigny , toute la province jouit d'une paix profonde ; elle ne fut troublëe qu'en 1 562 , par les protestants (2). Us vinrent assiéger le château de Yalognes. Par une enquête faite, en 1578 , pour constater les pertes qu'ils firent éprouver a M. d'Ursus , alors seigneur de l'Estre y je vois que leur chef était M. de Sainte-Marie-d^Aigneaux ; que, pour battre le château de YalogneS|
(1) vie da connétable de Richemont, p. i3a, iSg.— Grands Offic. de la couroo. , t. 7 , p. 99. Monstrelet. Gbartier... Répertoire ja-8*. , p. 96 à 9a ; idem , in-folio, p. m et 11 a,
(a) Enqa6te mss. communiquée par M. Hamelin » procureur du roi , à Valognef .
OB l'arrondissement DB riLOGNES. 365
ils envoyèrent chercher du canon à la tour de rue de Tatihou ; qu'ils vinrent avec cette artillerie devant Yalognes , mais que M. de Matignon arriva, et leur en fit lever le siège. '^
Par d'autres mémoires , je vois que les pro-testants finirent par prendre le château de Valognes, en i56a , et qu'ils le rendirent^ en i565, en conséquence d'un traite de pacification , qui rendit à la basse Normandie quelques années d'une tranquillité très-précaire.
Dans l'histoire du maréchal de Matignon , je trouve l'extrait d'un mémoire qu'il envoya à la Gour^ sur l'état du Gotentin et les moyens de le défendre : il y dit que le château de Yalognes est un de ceux où il convenait mettre une gar^ nison de trente hommes (i).
Le château de Yalognes fut assiégé , en i SyZy par le comte de Montgommery , chef du parti protestant en basse Normandie ; maifc il fut obligé d'en lever le siège le a mars 1 57? ( 1 574 ) ? après vingt-quatre jours d'attaques inutiles. La place fut défendue par Guillaume d'Anneviile , seigneur de Ghif&evast , son frère Henri , seigneur de THommée , M. Le Fêvre , seigneur de Sortosvitle, et ses deux frères avec quinze autres gentils-
(1) Vie du Mv^htl de Matignon , page 54*
564 AVCIZVS CtlATBAUZ
hommes (i) , les arquebusiers et quelques soldats. L'ennemi y perdit beaucoup de monde et son canon ^ dont Guillaume d'Anneville munit la place , avant d'iiUer joindre Parmée du comte de Matignon.
Environ vihgt ans après ce siège , le maréchal de Matignon reçut du Roi Tordre de démolir les fortifications de Carentan , les ponts d'Ouve ^ Earfieur et Yalognes (a) : cetordre ne fut exécuté que pourBarfleur et les ponts d^Ouve. Des raisons particulières firent conserver le château de Va— lognesy qui^ durant les guerres de la Fronde ^ en 1 649 9 ^<>utint encore un siège pour le parti du Roi.
La place fut attaquée par le comte de Matignon, descendant de celui qui Tavait autrefois conservée dans les guerres des protestants : le marquis de Bellefoht , qui en était gouverneur pour le Roi y la défendit depuis le ao mars jusqu'au 5 avril , avec une garnison de cent hommes , et obtint une capitulation honorable (5). Par les registres de l'état civil de Yalognes , il parait que les habitants
(i) Certificat du duc d'Aojon , dea Officiera du Roi , nobles et principaux habitant! du pays , dans la généal. d'Anneville.
(a) Hist. du maréchal de Matignon , pag. 359.
(5) Masse ville, tom. 6, pag. 166 à 170. V, Les registres de ^état civil de Valognes , pour rannée 1649.