S IV
Des chansons badines^ poésies erotiques, etc.
Quoique les troubadours soient nos maîtres en gaie poésie il n'en faut point conclure que ce
(1) Vojez Notice tur la Fk et te$ Écrits de Bobert TVaee. RoacD , i8a4,iii-8*.
(3) Elle a aussi été réimprimée dans le tome II des Poemaia de Moisaot-de-Brieux , et à la suite des Vauxdc-Vire de Sa$$elin , Caen, 1821 , ia-S^.
58o MÉMOIRE
genre n'ait pas été cuhiv<$ par les Trouvères normands. Nos ancêtres aimaient beaucoup les chansons badines,on en chantait jusques dans les processions ; . la c&sation des chants populaires ^tait une signe de calamité publique. Wace, voulant peindre TafAiction des habitants de Rouen lorsqu'ils apprirent que Louis d'Oul|«mer retenait prisonnier le jeune duc Richard ^ dit :
Mult a par la terre plors et dementoisons , N'a vieles ne rotes rotruenges ne sons , Tuit li enfez plorent par li mezons.
(R. lU Rou, vers 3688 et suit, )
Jean le Chapelain , dans son fablieau intitule : Le dit du Soucretain ^ nous apprend que celui qui recevait Thospitalitë devait conte , fable on chanson à son hôte.
Usaiges est en Normandie Que qui herbergiez est , qu'il die Fable ou chançon (i) lie à Thoste:
Geste coustume pas n'en oste Sire Jehan ii chapelain ;
(t) GhaïuoD /<e; chanson joyeuse.
Voara eonter dou Soucretain ( i ) Une avaotare sanz essoigae (a).
n existe encore dans le Bessin de^ traces de cet usage. Lorsqu'un père de famille a réuni dans un joyeux banquet ses enfants et ses amis , an dessert tout le monde doit une chanson y c'est une loi de rigueur ; le vieillard à la voix cassée , la jeune fille timide , n'en sont point exempts : le vieillard fredonne une vieille chanson bachique^el la jeune fille chante en rougissant les amours d'un beau chevalier.
On retrouverait peut-être dans nos rondes populairéiB (3) une partie des rotruenges des temps passés. G^était une espèce de ritournelle qui ise chantait en s'accompagnant de la vielle ^ et qui faisait les délices de nos pères : la vielle on rote y qui avait donné le nom à ce genre de chaA-
(i) Sacri«taîD.
(s) SaiM excuse* * (3) Je me rappelle avec plaisir ce refrain d'une ronde qne ks jeones fiUes chantaient à Bayenx il y a une trentaine d'annéesc
De bon het , Et sans plet , Beao cheralier rendez-^ons à merci Aux dames <{ae Teci,
sons j est encore aujourd^ui rinstniment favori des paysans normands ( i )•
Le Lai était un récit grave et souvent triste y qui se chantait ordinairement accompagné de la harpe. Le mot Lai vient des langues du Nord ^ ainsi Leoth en Anglo-Saxon ^ Leikr en ancien allemand , Leege en danois,signifient un jeu d'ins* truments , une pièce de vers chantée ; Leudus en latin barbare a la même signification. D^autres le dérivent de les^us ^ plainte , lamentation. L'au* teurdWe dissertation sur la chanson qui se trouve en tête des Vaux-de-Vire deBasselin, édition de 1821 , le dérive de Lea:^ loi ; mais cette opinion qui parait n'être qu'une plaisanterie ne mérite point de réfutation.
Le Lai j tel que nous le connaissons , a pris naissance dans la Bretagne Armoricaine. Toutes les meilleures pièces de ce genre sont traduites ou imitées des poètes Bretons , opinion parfaitement développée par M. l'abbé de La Rue^ dans sou excellent 7n677ioire sur les Bardes ormoriGoins.
Le Lai comme le Sirvente s'éloigna bientôt de sa destination primitive ^ et subit une infinité de
(1) En général y lorsque je parle de la conserratlon d'anciens usages 9 je n'entends guèics parler que des campagnes. Dans les villes la mode et le luxe inspirent du mépris pour les choses anciennes , et la simplicité des mœurs y est presque un ridicule.
SDR LES TROUVÈRES ITORMANDS. 385
variations^ : aussi en trouve-t-on de tragiques , de gais , de pieux y d^amoureux , etc. Alain Ghartier^ poëte Normand du XV^. siècle , a compose le ' Lai de Plaisance et le Lai de Paix ; mais ces pièces qui ne sont que de fades ëloges n'ont pas la moindre analogie avec les lais anciens.
La romance dans nos temps modernes semble avoir remplace le Lai. On ne peut disconvenir que plusieurs de nos romances historiques ow amoureuses ne ressemblent beaucoup aux anciens Lais.
H est à remarquer que les Trouvères Normands dans leurs lais, leurs contes, leurs fabliaux ^ leurs chansons , furent beaucoup moins obscènes que les Trouvères Français : on peut vérifier le mërite de cette assertion en consultant les recueils de Barbazan , de Legrand d'Aussy et de Méon.
Dans leXV«. siècle la chanson se perfectionna beaucoup en Normandie. L'occupation des Anglais , et surtout leur expulsion,fournirent le sujet de chansons qui furent long* temps populaires ( i ). Enfin Basselin vint et fut Finventeur du Vaude- Vire , genre éminemment français : ses chansons resteront comme des modèles de gaité , de malice , et de naïveté.
(i) Voyez Réeueii du Chansom Normande*, à ia suite des VauX' de-Virt de Batulin , édition de i8ai. ,
3B4 M&MOIRB
Après avoir rapidement passe ea revue les principaux genres de poësie dans lesquels se sont exerces les Trouvères Normands , il ne me reste plus qu'à donner une liste des noms et des ouvrages de tous ceux que j'ai pu ddcpuvrir : heureux si ce travail tout incomplet qu'il est peut contribuer à sauver leurs noms de l'oubli.
Alexandre , poëte français du XII®. siècle , naquit à Bemaj, diocèse de Lisieux y et fut depuis surnomme de Paris , à cause du long séjour qu'il fit dans cette ville. Soit à cause de son nom ou de son poëme dUAlexàndre , on lui a attribue rinvention des grands vers dits Alexandrins ; mais plusieurs Trouvères , et notamment Wace^ avaient employé ce mètre avant lui. Alexandre de Berdaj est auteur :
I o . Du Roman d'Aihis et de Prophilias ( i ) .
a<^. Dn Roman d'He'lène^mhe de SL'-yisiitiny composé à la requête de madame Lojse de Grequi.
3o. Axx Roman dAlexandre^ commencé par Lambert Li Cort^ et publié en 1 184* C'est un récit des exploits du Conquérant Macédonien j entremêlé de faits relatifs i l'histoire contempo* rame. On trouve une anal jse très-étendue de ce
(i) MtQmc. de la B&b. Roy. , fonds de Gange , n*. 73.
SUR LES TBOTJViaKS NORMANDS. 585
l<Mig poème dans le tome XV«. de lliistoire lit^ tëraire ^e la France.
Alexis. Guillaume Alexis ^ dit le bon moine de Lyre^ naquit aux environs de Lisieux^ au commencement du XV^. siècle j et fut éleyé par cbaritë dans l'abbajre de Lyre, diocèse d'Évreux^ où il se fit moine : il fut ensuite prieur du mo-nastère de Bussy dans le Perche , et y mourut en x4% (i). On a de lui plusieurs ouvrages en vers, qui sont d'une naïveté charmante ; aussi ce poè'te faisait-il les délices du bon La Fontaine :
E^. Le grant blason desfaulses amours.
Paris, Pierre Le vet , in-4^., gothique, de quinze feuillets.
ao. Quatre chants royaux composes pour le pallnod de Rouen.
30. Le débat de l'homme et de la femme. Paris, Jehan Trepperel , in-4^., gothique, de six feuillets.
4®. Le passe-temps des deux Alexis, Vun religieux noir et l'autre prieur de Bussj^ parlant chacun en quatre lignes en jyme. Rouen, Jacques le Forestier, in-8o. , gothique, sans date.
50. Le miroir des moines. Rouen , in-8o. , gothique , sans date.
(i) Je ne comprends dans liste que les poètes antérieurs à i5o#.
(}o. Le dialogue du crucifix et du pèlerin, composé en Hiérusalem , à la requeste d'dl^ cuns^ bons pèlerins de Rouen j estant ai^ec luj au dict vojrage. Paris , Jehan Trepperel , in- 4^. , gothique, saas date (vers i5o6),
1^* Le martyrologe des faulses langues et le chapitre général d'icelles , tenu au temple de Danger. Rouen,Jacques le Forestier, in-4®«, gothique^sans date. Chaque couplet de cette pièce singulière finit par un proverbe :
Selon les bestes , les estables.
De mauvais arbre, mauvais sjon (i).
De tel servise , tel loyer.
De proditeurs , traistres rapports.
De tel loyer , telle desserte , etc. , etc.
8«>. Déclamation faicte par frère GuU^ laume Alexis , sur V évangile missus est Ga^ briel (en vers). Paris, Pierre Levet, i485, petit in-4^« de douze feuillets.
90. Le passe-temps de tout homme et de toute frmme. Paris,JehanSt.-Denys,in-4^., gothique, sans date. Au frontispice on lit ces vers :
Ceulx qui vouldcont au long ce livre lire Le trouveront bien fonde en raison j
(1) Hc/'ton.
SUR LES TROUYERBS NORMANDS. SSj
Aussi le feist le bon moine de Ljre , Qui d'amours faulses composa le blason*
10^. L'A. B. C. des doubles^ pièce en vers fort singulière , qui se trouve imprimée à la suite de la précédente.
Andrru 013 André, né à Coutanees vers la fin duXn^. siècle , est auteur d'un poème intitula le Rouman de la résurrection de Nostre^ Signor^Jésus^Christ , par Mestre Andreu de Ck}utanceS , contenant environ deux mille vers de dix syllabes,
M. Simon de Troyes, ancien bibliothécaire, traducteur de Martial, possédait un manuscrit sur vélin de ee poëme , qui à sa mort a passé dans la Bibliothèque du Roi. L'écriture m'en a paru être de la fin du XII^. siècle ; quant au style , il est fort grossier même pour le temps ^. et a^uelque -rapport avec celui d'une vie du bienheureux Thomas Hélie , dont je parlerai plus bas«
Annëbault» Voyez Dourbault.
Barre. Luc de la Barre , gentilhomme attaché à la cour de Henri P'. , vivait à une époque où le goût des chansond^satyriques était général , et où on n'épargnait point les personnes les plus illustres: il eut la témérité de s'attaquer à son maître , et composa un serventois très-piquant
contre Henri I«^ , qui s'en vengea cruellement en lui faisant crever les yeux (i). Ce seigneur^qui avait beaucoup d'instruction à une ëpoque où elle ^tait fort rare parmi la noblesse , ëtait ne' à la Barre, proche Beaumont- le -Roger, diocèse d'Évreux. En i347 , un Rogier de la Barré possédait encore des terres dans cette paroisse (a). Basselin. Olivier Basselin ou Vasselin, niqiiil à Vire sur la fin du XIV*. siècle ; le passage suivant fait présumer qu'il fut tué par les Anglais lors de l'invasion de notre province en i4t8
ou i4i9-
Hélas Olivier Vasselîn
N'orron point de vos nouvelles^
Vous ont les Englojrs mis à fin.
Vous souUez gaiment chanter
Et démener joyeulse vie ,
Et les bons compaingnons hanter
Par le pays de Normandie.
Les englojs ont faict desraison
Aux compaingnons du Yau-de^Vire,
(i) Archceologia , tome XII.
(a) ChMtre du 17 noTcmbre i347-
SUR LES TROUVEHES NORMANDS. 38i)
Vous n^orrez plus dire chanson
A ceulxqui les souloyent bien dire (i)«
Il ëtait propriétaire d^un moulin à fouler lea draps j connu encore dans le val de Vire sous le nom de Moulin Basselin. Cest là que sans aoinS)Sans soucis^le père du vaudeville s^est fonde, probablement sans j penser , une réputation du-t rable.
n existe plusieurs notices plus ou moins dé-« taillées sur Basselin ; ainsi je me contenterai d^in« diquer les manuscrits et les diverses éditions de ses poèmes 9 ce qui, je pense, n^a pas encore été tait d^une manière exacte.
A Vire il existe un manuscrit in- 80. des Vauxde-Vire de Basselin , écrit en caractères du XV«. siècle : on s^en est servi pour l'édition de 181 1 ; mais on s'est quelquefois trop écarté de son texte^ qui dans tous les cas devait faire autorité.
A Bayeux, M. Edouard Lambert possède un manuscrit petit in-folio sur vélin , d'une écriture de la fin du XV». siècle. Il contient un recueil de chansons normandes avec la musique ; on y
(1) Ce paMage curieux est extrait d'uQ recaéil d'anciennes chaïuoni normandea « manuBcnt du XV*. siècle, appartenant à |t, Edouard li^mbert.
590 UÊMOIRE
trouve quelques Yaux-de-Vire de Basselin , notamment celui qui commence par ces vers :
En la duchë de Nbrmendjre Il y a si grant piUerye.
dont M. de Bras n'avait cite que le début y et qu^on croyait perdu*
Il existe encore à Vire quelques manuscrits modernes des Yaux-de-Vire de Basselin, mais la plupart fourmillent de fautes , et offrent peu d'intérêt.
Jean le Houx 1 poète et avocat de la ville de Vire, publia en iSyô, une édition des Vaux- ^e-Vire de Basselin , qui £ut entièrement supprimée par les prêtres , qui. obligèrent Téditear d'altense faire absoudre à Rome. On ne connaît plus aujourd'hui d'exemplaires de cette première édition; cependant feu AL l'abbé Bisson, mort k Bayéux en i8âo, m'a assuré en avoir vu un exemplaire à Vire y et c'est d'après son témoignage que j'assigne à cette édition la date de 1 576.
La deuxième édition a pour titre : le lii^re des chants nous^eaux de F'audeyire , par ordre alphabétique , corrigé et augmenté outre la précédente impression. A Vire , chez Jean de Cesne imprimeur , petit in-ia, sans date. M.
SUR LES TROUVÈRES NORMANDS. 5()l
Asselin a commis une erreur grave , en donnant à cette seconde. édition une date antérieure à j6i6, et en supposant que Jean le Houx en fût rëditeur(j).
Jean de Cesne a imprimé à Vire , de 1 660 à 1 67 G j et en 1 660 il y avait cinquante ans que Jean le Houx était mort. Cette édition paraît comme la première avoir été soigneiusement sapprimée ; on n'en connaît que deux exemplaires , l'un 4ans la Bibliothèque du Roi, et l'autre dans celle de M. Flaust, maire de Saint- Sever.
M. Augustin Asselin, alors sous -préfet de Vire, publia, en 181? , une troisième é(}itioa de fiasselin sous ce titre : les Faudevires, poésies du XF^. siècle , par OUner Basselin , avec undiscours sur sa vie^et des notes pour rexplir cation de quelques cmciens mots. Vire, 18 1 1, iu-8o, de 36 et i3i pages. Cette édition , ira-primée à Avranches chez F. Le Court , aux frais de dix habitants de la ville de Vire , ne fut tirée qu'à i48 exemplaires qui n'ont pas été mis en vente. M. Asselin a suivi le texte de Jean de Cesne et le manuscrit Polinière : Tortographe adoptée €^t la seule convenable , et la plupart des noies sont j udicieuses*
La quatrième édition a été publiée par . M*
<0 Voyçs notice 001: BaMelia » en tête de l'édition de 18.1 1 .
Sqs ^ M&MÔIRE
Louis Du Bols de Lisieux , sous ce titre : Vaux'^ de-Fîre d'Olwier Basselin, poète Normand de la fin du XI V"^. siècle ( i ), suiifis d'un choùc d'anciens Vaux-de-F^ire , de bacchanales et de chansons ^poésies Normandes, soit inédites j soit devenues excessis^ement rares ; pubUees Ai^ec des dissertations , des notes et des va^ riantes. Gaen , Poisson , i8a r , in-8<». de 27 1 pages.
On doit à P^diteur une meilleure disposition des Vaux-de-Vire et quelques notes curieuses; ma^is il a adopte une ortographe vicieuse, et pour ainsi dire refait. Basselin , tout cela d'après rau-> toritë deNicot,qui semblait pourtant n'avoir rien à démêler avec un chansonnier du XVe. siècle. Malgré les imperfections que je viens de signaler^ celte édition est précieuse en ce qu'elle contient plusieurs Vaux-de-Vire de Basselin qui ne se . trouvent pas dans les éditions antérieures , et beaucoup d'anciennes chansons normandes inédites.
M. Richard Seguin, de Vire, a donné au public quelques Vaux-de-Vire de Basselin , dans son histoire de l'industrie du Bocage publiée en 1810, et a successivement publié le reste dans VhistoiremiUtaire desbocains,et dans l'histoire archéologique deB mêmes, 1S16 et i8i22;de sorte
{i) Il eftt été plua exact de dire da commeneemekit du XV%
SUR LES TROUVÈRES NORMANDS. 3g5
qu\m pourrait le ranger parmi les éditeurs dé Basselin. Malheureusement des fautes graves et multipliées rendent ce travail peu utile.
Plusieurs recueils anciens contiennent desVauz-* de- Vire de Basselin : on y trouve des variantes curieuses; et un nouvel éditeur pourrait les consulter avec fruit.
^ensuivent plusieurs belles chanson» nour» pelles etfortjojreuses. Paris , à l'Escu Notre- Dame^ in-i6 j gotbiqne^sans dute (vers i53o ): ce recueil contient quatre Vaux -de -Vire de Basselin.
Le trésor des chansons amoureuses. Lyon j Huguetan j i584, in- 1 6, en contient sept.
Recueil des plus beaux airs accompagnés de chansons à dancer, ballets , chansons folâtres et bacchanales , autrement dites f^aux-de^f^ire^non encore imprimées yT. C.j auxquelles chansons Von a mis la musique ^ de leur chant ^ afin que chacun les puisse chanter ,et dancer « le tout à une seule voix. A Caen , chez Jacques Mangeant , 1 6 1 5 , petit in-ia. Ce rare volume^ inconnu à la plupart des bibliographes normands , est divisé en trois parties ; la première de quarante-sept feuillets y la seconde de cinquante-^neuf ^ et la troisième de quatre-vingts-quatorze: il contient plusieurs chan-«
sons en patois normand , et seize Vaax-de-Vire de Baaselin y avec la musique,
Benoît de Sainte-More naquit au commencement du XII^. siècle , dans la petite ville de Sainte-Maure en Touraioe : il fut attaché dès sa jeunesse à la cour des ducs de Normandie et rois d'Angleterre , et habita tour à tour ces deux pays; il était contemporain de Wace; et fut chargé par Heà^ri II ^ de. ipettre en vers Thisloire des âucs de Normandie ,. ce qu'il fit dans Mtt long poëme intitulé : Vestoire et la généalog^ des ducs ki uni esté par ordre en Normandie^ dont fl existe yn exemplaire . au musée Britannique , Bib. HarL , n<^« 1 7 > 7 ^ désigné de la manière suivante.^ dans le catalogue de cet établissement: A chronicte qfihaDukesofNormendj, Jrom aie begiiming to the death of Jffenri , the Jirst king o/England, i^ritten in very old French verses.
BenoH de Sainte*More a jant terminé son poëme avant celui de Wace , ce dernier n'acheva point le sien :
Die en avant ki dire eadeit^ Ja ai jdît por mestre Beneit , Ki cest ovre à dire a emprise Gom li reis Ta de sor li mise ;
SUR LES TROUVÈRES NORMANDS. ZqS
Quant li reis li a ronë faite Leissier la dei , si m'ea dei taire.
Qu^in velt avant faire , s'in face.
(Fin du Roman de Rou, par Robirt IV ace.)
Une foule de passages du poème de Benoît de Sainte-More attestent combien il recherchait le suffrage de Henri 11^ son Seigneur:
Advantage ai en cest labur , Ke al souverain et al meillur ^ Escrit , translat , truis è rimei , Ki el mund seit de nule lei Ki miex conuist ovre bien dite £ bien scante (i) è bien escrite.
Deus m^i dont faire son plaisir, Ear c'est la riens (a) ke plus désir.
( Fin de l'histoire dé Rollon. )
H termine ainsi Thistoire ou roman de Richard II :
A Fescam jut en l'abëie y Là fu richement enterrez ; ' Mais puis une fu relevez
(i) Scandée, mesarée (3) La chose.
Par li bon Rei^ cil ki (u fiz^ Maheut la bone empëreiz , Par li bon rei Henri secund , Flor des princes de tôt li mund.
Le Roman des ducs de Normandie j par Benoit de Sainte-More , se compose de près de vingt-trois mille vers. Il en existait un manuscrit dans la bibliothèque de M. Foucault , intendant de Caen à la fin du X'VH^. siècle ; on ignore ce qu^il est devenu. Le seul manuscrit ancien que Ton connaisse aujourd'hui se trouve au musée Britannique : c'est un in-folio sur vélin , de 49B pages à deux colonnes , dont l'écriture parait être de la fin du XII®. siècle.
M. l'abbé de La Rue, qui a consacré les loisirs de son honorable carrière à l'illustration de notre province^ a copié avec beaucoup d'exactitude le manuscrit de Londres ; c'est à lui qu'on en doit la connaissance^ et il rendrait un grand service aux amis de la littérature normande en publiant ce curieux ouvrage.
Benoit de Sainte-More est encore auteur d'un roman en vers , intitulé le roman des guerres de Troje. C'est une traduction de Darès de Phrigie ; il se nomme au commencement de c^
SUR LES TROUVÈRES NORMANDS. . SqJ
poëme j dont la bibliothèque du Roi possède trois niajinscrits(i).
Geste estoire n'est pas usée , N'en gaires livres n'est trove'e Jà retraite ne feust encore , Mais Benois de Sainte*-More L'a translatée et fet et dite Et o sa main Ta tote escrite.
€et ouvrage ^ postérieur à Vkistoire des ducs de Normandie , fut composé à Beauvais, oii l'auteur séjourna quelque temps en revenant d'Angleterre: c'est dans la bibliothèque de la cathédrale de cette ville qu'il trouva le manuscrit de Darès le Phrigien , qui lui servit pour sa traduction.
On attribue encore k ce Trouvère une espèce de chanson ou cantique pour engager les barons anglais et normands à prendre la croix et à partir pour la Terre Sainte.
Berdig. Le ménestrel ou jongleur Berdic accompagna le duc Guillaume lors delà conquête d'Angleterre ; il succéda à T^illefer , et fut ré-
(i) SooB les n^*. 7189 , 76^4 et 7696 : aa folio i58 dn n*. 71S9, il se trottTe une mîaiatore qui .représente le cérémonial de la création d'an cheYalier.
SgS MÉMOIRE
compensé de ses services par le don de trois pa« roisses dans le Glowcestershîre.
BiGNE. Gace ou Gasse de la Signe naquit dans le diocèse de Bayeux en i5a8 : le cardinal Pierre Desprez, son parent., prit soin de son éducation^etlui fit embrasser Tëtat ecclésiastique • n fut successivement chapelain des rois Philippe de Valois , Jean , et Charles. Y ; il accompagna en i356 le roi Jean en Angleterre , et partagea sa prison. Chargé de Péducation de Philippe duc de Bourgogne , son quatrième fils , il composa pour son instruction un long poème intitulé : le Roman des oiseai$x et des chiens. Un chevalier nommé Déduit de Chiens y plaide longuement en faveur de la chasse aux chiens ; et un avocat nommé Amour d'oiseaux^ non moins verbeux , y plaide en faveur de la chasse au vol. Il existe trois éditions de ce singulier ouvrage : la première petit in-folio , gothique , sans date ; la deuxième iq-4^. , gothique , 1 5ao , et là troisièmCiqui n'est qu'un abrégé , se trouve k la suite de Fouvrage de Gaston de Phœbus sur la chasse. Paris , Antoine Verard , petit in-folio , gothique^ sans date.
Si on en juge par son poè'me , Gace devait être un déterminé chasseur ; parlant du son des cors dans une partie de chasse ^ le bon chapelain dit ;
SUR LES TROUVèRES NORMANDS. 699
Que il n^est borne sfi les ot (i) Qui voulsist autre paradis.
Plus loin il donne quelques détails sur sa famille et son pays :
Le prestre est nai de Normend jé^ De quatre costez de lignje^ Qui moult ont amë les oiseaux.
De ceulx de la Bigne et d'Aigneaux Et de Glinchamps et de Buron Yssit le prestre dont parlon ; Depuis il a faict grant vaillance ^ Car a servi trois roys en France En leur chapelle souverain , De tous trois maiistre chapelain y - Lesquels lui ont faict tant de bien , Qu'il m'a dict qu'il ne lui fault (â) rien.
n termine ainsi son livre :
Casses a fait ceste besoigne
Pour Philippe ^ duc de Bourgoigne |
(i) Les entend.
(a) Manque.
Son très-cher redouble seigneur , A qui Jhesu-Crist croisse honneur ; Si lui supplie à son povoir , Qu'en gré la vieuUe recepvoir , En suppliaat, quant le verra , Les defiaulx qu'il j trouvera :
Et prie a ceulx qui Torront lire , Que de leur grâce ilz vieullent dire Que Dieu lui pardoint ses deffaux ^ Car moult ama chiens et oiseaux.
La biographie universelle le fait naître en 14^8 et mourir en 1474) ^^^^t une erreur de cent ans.
BiKEz. Robert Bikez, trouvère anglo-normand du XU^. siècle , traduisit en vers français un très-ancien lai breton ^ attribue à Garaduc ou Garadeuc , dont on a fait par la suite le fabliau du Court^mantel et celui de Cradeck ou Vheitr retix chevalier^ La traduction de Robert Bikez est conservée dans la Bibliothèque Bodléienne , n®, 1687 •
Blond. Gasse Le Blond passa une partie de sa vie à la cour de Henri II , roi d'Angleterre et duc de Normandie, dont il était le parent. Con-* temporain et ami de Luces du Gast , il eut part à ses travaux : on le regarde comme un des tra-
SITE LES TR0€V£R£5 IfOKMANDS. 4^1
dacteurs ea prose de Tristan y de Léonnois , de MeUadus , du Saint-'Graal y de Merlin et de Lancelot du Lac.
Il existe peu de renseignements sur ce vieux romancier , et Rusticien de Pise est le seul qui indique d^une manièreprécise les travaux auxquels il a eu part (i). Il fleurissait vers ii8o.
BoRRON| alias y Boiron, Bouron, Burons ( Robert de ) fut contemporain de Gasse Le Blond, et traduisit aussi du latin quelques romans de la table ronde en prose française , notamment les prophéties de Merlin , qui furent imprimées à Paris, chez Antoine Yerard, en 1494? in-folio, avec figures.
. BoBHOir. Helis de Borron, frère ou proche parent du précédent , traduisit seul le roman de Palawèdes.
On présume qu^ils étaient nés dans le Cotentin, ou au moins d^une famille originaire de ce pays. On j trouve encore plusieurs familles du nom de Borron ou Bourron.
Cauph. Voyez Dourbault.
Chapelain .Le sire JeanLeChapelain, Trouvère Normand du XIU^. siècle , est auteur d'un conte ou fabliau intitulé : Li diz dou Soucretain.
(0 Catalogae de la Vallière , tome II p. 606 «t 607.
4oa MÊMOIRB
Cette pièce., composée de 6og vers de hait syllabes^ est écrite avec beaucoup de naïvetë et de délicatesse. Elle a été publiée pour la première fois par M. Méon , dans un recueil intitulé : Fabliaux et Contes inédits. Paris , i8a3 , a vol. in-8<>.
CHAPPEROic.MaitreLouisChapperon,bourgeois et marchand de Rouen , remporta en 1 486 le premier prix au palinod de Rouen , pour un chant royal en Thonneur de la Vierge. Farin,qui nous a conservé cette pièce , dit que dans le manuscrit d'oiiil Ta extraite elle était précédée de ce singulier avis :
tt Ce présent a esté parfait obstant les négoces
< familières etempeschemens domestiques urgens « et interpellans nostre poétique estude quoti- « diane , qui requérant un esprit libre et tran- <i quile a esté de la turbine du vent du fascher je , tt tempeste de mesnage et ravine de mariage
< destourné diverti et empesché. »
Voici un échantillon du style de ce bon Marchand de Rouen , qui remporû la première palnye palinodique :
Si des Normands es tour et forteresse ^ En leur besoin secours médicinal Partant doibvent en triomphe et liesçe
SUR LBS TROUVèRES NORMANDS. 4o5
Solenmiser partout en gâicral Ton sainct concept, car qui de cœur loyal Feste en fera, luy seras secourable Et à toujours champion defœsable Pour Tennemy combattre et prelier j Si dy de toy ce mot tant agréable Vierge et mère , etc.
Ghardry. Ce poète anglo-normand, qui vivait au milieu du X1U«. siècle , est un de ceux qui exerçaiœt leur talent sur des sujets de dévotion ; on a de lui:
I ^. La vie de St.'^osaphat , poëme compose d^environ trois mille vers ; l'auteur après avoir dit à ses auditeurs qu'ils préféreraient le récit de la vie de Roland , et des hauts faits de Gharlemagne .et des douze pairs , termine ainsi :
Ici finist la bone vie De Josaphat li duz enfant ; A cels ki furent escutant (i) , Mande Chardri saluz sans fin , * Et alseir et al matin. .
(i) Plaiienn passages des oarrages de Ghardry îadiquent ^'il était an de ces menestriers qui parcouraient les châteaux. Set récits sont presque toujours adressés aux barons anglais.
9^. La vie des sept Dormants ou des sept Martyrs. Dans cette pièce , composée d'environ dix-neuf cents vers ^ le poète prévient d'abord ses auditeurs qu'il ne va point les entretenir de sujets fabuleux , tels que Tristan , Galeran , Renard , Hersant , Isangrin , etc. Il termine cette pièce en se nommant, et à peu près de la môme manière que la précédente.
3^. Le petit-Plet ( i ) est une pièce de dix-neuf cents vers , que d'après de très-bonnes raisons M. Tabbé de La Rue attribue à Ghardry. C'est un dialogue entre un jeune-homme et un vieillard^ sur les vicissitudes de la vie humaine , que l'on dit fort supérieur aux deux autres productions du même poëte. Ces trois ouvrages ne se trouvent qu'au Musée Britannique | oîi ils sont réunis dans le làéme manuscrit.
Chartier. Alain Chartier , frère puiné de Guillaume Chartier , évéque de Paris, et de Jean Chartier , chantre de Saint-Denis et chroniqueur de France , naquit à Bayeux , dans la maison qui formé l'angle des rues Saint-André et du Goulet, en 1,588 , et mourut à Avignon 4e 17 mars i44^-
Doué d'un beau génie , parlant bien et écrivant élégamment en vers et en prose , il fit les délices
(1) Petit plaidoyer.
SUR LES TROUVERES NORMANDS. 4o&
tle son siècle et fut comblé d^honaeurs. Ses priiiclpauz ouvrages en vers sont :
lo. Le débat du Rés^eille-Matin ,a*>. La belle sans Mercy; 30. Plusieurs Lais qui, comme je l'ai dëjà dit, n^ont aucun rapport avec ceux de nos anciens Trouvères.
4^. Le deT?at des deux Fortunes d'Amour. Cette pièce de plus de douze cents vers se termine ainsi :
C'est livret voult dicter et faire escripre ,. Pour passer temps sans courage villain , Ung simple clerc que l'en appelle Alain , Qui parle ainsy d'amours pour ojr dire.
5^. Le Bréviaire des Nobles;.
6<>. Le Livre des quatre Dames , ouvrage d'environ deux mille cinq cents vers , où l'on trouve une foule de descriptions gracieuses ;