Le Régime de FA*tune en sept ballades
9^. La Ballade de Fougières , satyre fort vive contre les Anglais , qui se termine ainsi :
Si vous conseille de bonne heure De Normandie de partir ^
4o6 HBHOIRS
lEtsans plus y faire demeure^ De vos mefTaiz vous repentir* Car j^ose dire sans mentir , Que Dieu hait toute iniquité»
A la parfin vainc vente.
De Garthage en ayez mémoire
Et de Troys la punition ^
Que leur outrage et vaine gloire
Fit tourner à destruction.
De France en paix la nation
Laissez , sans plus vous y bouter ,
La fiua de guerre est a doubter.
loo, L'Hospital d^Amours.
B existe plusieurs éditions gothiques des oeuvres d'Alain Chartier ; j^en ai une sous les yeux imprimée à Paris-, chez Philippe Le Noir , en 1 5^5 y au frontispice de laquelle ou lit ce quatrain :
Tous charretiers tant parfaits que imparfaits Qui charier veuUent drou sans mesprendre De Maistre Alain charretier les beaulx faits £q ce livre mis au vray doyvent prendre.
Mais la plus complète est celte publiée par André Duchesne. Paris, Samuel Thiboust, ^^Kf
SUR LES TROITViRES NORMANDS. 4^7
în-4®, ; on y trouve des annotations de rëditeur, et plusieurs pièces faussement attribuées à Alain Chartier.
Danfol. Pierre Danfol, poêle de !a fin du XU^. siècle , est auteur d^un fabliau intitule : le Retenant {î). Je pense que ce Trouvère était Normand , et voici mes raisons :
i^'. La scène se passe en Normandie et Fauteur y fait le plus grand éloge des Normands :
Sans plus lungement deslaier M^estuet conter d'un chevalier Et d^une dame Tavanture Ki advint, ço dit Pescriture, N^a pas lonc tens en Normendie.
a^. Le style de Pierre Danfol a beaucoup de rapport avec celui de Wace. On en jugera par le passage suivant, oii il est question d'un tournoi :
Li dui ki pristrent li tornoi En la place furent premiers , Armé sor li coranz destriers , Tuit prest de lances despescier.
(i) rCooTcan recueil dt contes et de fabliaux , publié par M. , Méon, tome !•'• , p. 174.
4o8 MEMOIRE
Lor saillent sus sans deslaier Les escuz joinz , li lances baissent ^ Lâchent li règnes si s'eslaissent ( i ) r Noblement as estrieus s^afichent ^ Li lances brisent et escdichent.
DouRBAULT. Richard Dourbault, poète delà fin da Xin^. siècle , traduisit en vers de huit syllabes la coutume de Normandie. Froland, dans son recueil d'arrêts , lui donne à la page gS }e nom de d'Annebault ; mais c'est une faute d'impression , car à la page 98 il l'appelle Richard Dourbault^ et c'est en effet son nom.
A la fin du manuscrit de M. l'abbé Favier , se trouve le passage suivant :
Mil ans deux centz quatre fois vingt , Après ço que Jesu-Christ vint En terre pour humain lignage , Pour rendre nous nostre héritage | Et nous donner le paradis Que Adam nous toUit jadis y Qui de mauvais venin ère ivre , Mist Richard Dourbault cest livre
(i) Latchent li règnes 9 si s'esUii sent 9 Lièrent escuz , lances baissent.
(A. dt Rottf par R, ffaee^ vert 6780 «I 67S1.}
SUR LES TROUVàfifiS NORHAND&. 4o9
£a rimes au miealx qu'il put , Pour commun et propre salut»
Le manuscrit de M. Foucault contenait le même passage avec quelque variante. Dans le manuscrit du marquis de Paulmy j au lieu île ce passage se trouvait le suivant :
Qui mon nom veut appercevoir Par aiguille et pour me voir j Le saura et le surnom sache y S'UimectC. A. U. P.H.
L'erreur de Froland et la variante du manus^ crit de Paulm j , ont fait attribuer la coutume de Normandie en vers à d'Annebaultet àCauph^ personnages imaginaires : il est évident que cet ouvrage est de Richard Dourbault , qui à n'en pas douter ëtait né en Normandie , car il n'j a qu'un Normand qui ait pu songer à entreprendre un pareil travail.
DuFRESNB. Simon Dufresne , ne en basse Normandie, était chanoine de Hereford, dans le pays de Galles , à la fin du Xn«. siècle. Il a composé des poésies latines dont Leland (i),
(i) Colleetanea de nhuê «nglicU , etc.
Pévêque Tanner ( i ) et Lejser (a) ont parlé dans leurs ouvrages ; mais aucun de ces bibliographes n'a fait mention de son poëme intitulé : le Roman de Dame Fortune ou de la Dame Fortunée. C'est à M. Pabbé de La Rue <}ae nous devons la connaissance de cet ouvrage , compose' dVnviron seize mille vers , dont le manuscrit n'existe pas à la Bibliothèque du Roi, mais seulement au Musée Britannique. Le sujet de ce poëme roule sur les vicissitudes de la fortune ; on j trouve quelques beautés poétiques et même de l'érudition. On remarque entre autres un passage fort curieux où le Trouvère Normand parle positivement d'une quatrième partie du monde. Les lettres initiales des vingt premiers vers forment la phrase suivante : Simon Dufreisne me fisU C'est peut-être le plus ancien acrostiche français qui existe.
Etienne de Langton , poëte anglo-normand, devint archevêque de Cantorber j , en 1 207 , et mourut en 1228. Il est auteur d'un sermon sur les perfections de la Vierge , où il a intercalé des passages en vers ; ce qui prouve combien Tusage de la rime était répandu de son tempS; et
(t) Bibliotheea BritannieO'Eibtmiea,
(a) Hiêioria poëiarum latinorum medii mvi*
SUR L£S TROUVÈRES HORMANDS. 4' <
plaisait au peuple. Voici une stance de ce singulier sermon :
Bele Aliz matin leva y Son cors vesti è para ; £nz un verger s'en entra , Gink flurettes i trnva, Un chapelet fet en a De rose flnrie.
Par Deu , trachez vus en là , Vus ki ne amez mie (i)«
Le bon archevêque explique ensuite tout cela d'une manière mystique et applicable à la sainte Viei^e. B dit à ses auditeurs :
Geste ( la Vierge ) est la belle Aliz ; Geste est la flur , ceste est le liz.
On attribue encore à Etienne de Langton deux autres pièces : la première est un dialogue entre la vérité y la justice y la miséricorde et la paix , qui discutent sur le sort que mérite Adam après sa chute. La deuxième est un cantique sur la passion en cent vingt-trois
(i) Par Diea 9 ailes veiis ea 14, voua qoi n'aimes pat.
4l9 MÊMOIHE
Strophes de cinq vers à rioie^ entremêlâmes. Le manuscrit qui contient ces trois pièces se trouve dans la bibliothèque du duc de Norfolk^ n<>. 292.
Erceldoune. Thomas d^£i;celdouae ^ ménestrel ou trouvère anglo-normand du XIU®. siècle, parait être auteur d^un roman de Tristan , en vers , beaucoup moins long que les versions en prose, n en existe deux fragments dans la bibliothèque de M. Douce. Après avoir exposé Histoire de Tristan comme on la racontait de son temps y îl ajoute :
Thomas iço granter ne volt :
E si volt y par raisua y mustrer y Qu'ico ne put pas esteer y Il ^unt de cunte fomeisé y £ de la verun esluingnë.
E se eo ne volent granter y Ne voil vers eus estriver , Gengent li lur , è jo li men :
La raison si provera ben.
EvEKiRD^ moine deEirkham en Angleterre, traduisit^ en ii4S >l6s distiques de Coton ^ en vers français y et fut nommé la même année abbé d^Holmecultram. C'est le plus ancien écri-
èUK LES TROUvilReâ NORMANDS. ^1$
Xain qiii^it môle les rimes et employé les stro-* phes dans la poésie française.
La traduction de ce trouvère anglo-normand se trouve parmi tes manuscrits de la bibliothèque du Roi ; fonds de Péglisede Paris, n^. 5. Elle occupe quinze feuillets à deux colonnes. La* strophe suivante est remarquable par sa naïveté et sa précision :
Li tuen purchas despent (i)
Si mesurablement y
K'il ne te faille (2) :
Kar ki li suen desgate (3) y
D^altrui rouit en haste
Cunquerra la vitaille (4}.
Perrierbs. Raoult de Ferrières naquit au commencement du XIU®. siècle , dans' la commune de ce nom , à trois lieues d'Alençon. 11 est anteur de quatre chansons , qui montrent , dit Fauchet y qui fut bon maistre. U cite ce couplet :
(1) DépeoM'toa bien.
(9) Qu'il ne te manque pas.
(3) Prodigue.
(4) Hecevra U nouzrilare » l'ânmône.
Son dulz regard me pramet garison ; Mais jo sui en doubtance Se mon pense 11 ozerai gehir ; Asez aim mielx esprover que faillir.
Franc. Martin Franc , poëte , historien , orateur et secrétaire du pape Nicolas V, naquit à Aumale au conmiencement du XV^. siècle ; on a de lui :
i^. Le Champion des Dames , contenant la défense des Dames contre Male-Bouche; Paris , Antoine Verard , 1490 , in-folio gothique. Il en existe une autre e'dition } Paris y Pierre Vidoue , i53o, in-8<*.
a<> L'estrif de Fortune et de Vertu , infolio, gothique, sans date. On n'en connaît qu'un exemplaire qui se trouve dans la bibliothèque de Sainte-Genneviève. M. Brunet regarde celte édition comme antérieure à i48o. On cite deux autres éditions , Paris , Michel Le Noir, i5o5 et iSig , in-4®.
Ce poëte avait du talent pour la satyre. Dans ce dernier ouvrage il attaque avec force les vices et les ridicules de son siècle.
Gaimard. Geoffroy Gaimar , trouvère Anglo^ Normand, qu'on suppose né en Basse-Normandie,
OÙ le nom de Gaimar , Guimard ou Vimard est fort commun j publia ^ de ii4si à ii45 ^ une histoire y en vers romans de huit syllabes ^ des rois anglo-saxons , qu'il dit avoir traduite de Tanglois et du gallois : le passage suivant , où il décrit les prouesses de Taillefer à la bataille d'Hastings , fera connaître son style :
Armes aveitè bnn cheval^
Si est hardiz è bun vassal.
Devant li altres cil se mist ,
Devant engleiz merveilles fist.
Sar lance prist par li tuet j
Gom se ço fust un bastunet y
Encuntre munt hait la geta ,
E par li fer recéne Ta.
Treize feis issi geta sa lance ,
La ({uarte feiz , mult près s'avance ;
Entre li engleiz la lança ;
Parmi li cors un en nafra ;
Puis traist s'espëe', arrère vint j
Geta s'espëe k'il t int
Encuntre munt , puis la receit.
L'un dist à Taltre ki ço veit y
Ke co esteit encantement ,
Ke cil fesput devant la gent.
Quant treis feis out gete' s'èspëe y etc.
4l6 ttÈMOlRK
Cet oavrage ne se troave qa'au Musée Brî^ tannique , et c'est encore à M. l'abbë de La Rue que nous en devons la connaissance (i).
GuERNES. Gamier , Varnier ou Vamiers est auteur d'une Fw de Saint^François de Can^ torhérjr ^ ëcrite en vers alexandrins , divises en stances de cinq vers sur la même rime. Cet ouvrage , publie en 1 177 , est recommandable par Fexactitude des faits et par un style assez élégant pour son temps , comme on en pourra juger par cette stance :
Tuit li phlsicien ne sont adès bons mire , Tuit ders nesaivent pas bien chanter ne bien lire ; Asquanz des troveors faillent tos à bien dire ; Tel choisit lî mielz ki li mielz kuide eslire , £t te| kuide estre mieldre, desaltresestli pire.
L'auteur se nomme à la fin de son poëme Varnier , clerc du Pont ; ce qui a fait dire à Dom Julien Biaise , dans son catalogue manuscrit de l'abbaye de Saint-Evroult : « que « Guemes ëtait Normand et ne soit dans la « ville de Pont-Audemer, ou du Pont-1'Evesque, <( ou dans celle du Pont^de-rArche , au diocèse « de Rouen. »
(r) ArthœotosUi , tome Jll t p. 3ia.
SUR LES TROUVàRES NORMANDS. 4 '7
Guillaume de . Normandie fleurissait au commencement du XIII^. siècle ; il est auteur d^un joli fabliau intitulé : Le Prestre etAUson; cette pièce se compose de 45^ vers de huit syllabes. A la fin il indique son nom et son pays:
Savoir poez par ceste fable
Que fist GuiUame li Normanz ^
Ki dist ke cil nVst pas sachanz ,
Ki de sa maison ist par nuit ^
Por fere chose ki ennuit.
Ne por tolir , ne por embler (i).
On a encore de lui une description en vers des animaux , intitulée : Le Bestiaire. C'est une espèce d'histoire moraliséé où l'auteur adopte toutes les fables qu'on débitait dé son temps sur les animaux. U en existe plusieurs manus-* crits à la bibliothèque du Roi. On lui attribue en outre le Roman de JFergus et Galienne , alias le roman du Chevalier au bel escu.
Guillaume de Saint-Pierre, né dans le Gotenlin , probablement à Saint-Pierre-Ëglise, vivait sur la fin du XIIP. .siècle : il est auteur du Roman du MoAt^Saint-Michel y en vers
(i) Fiblia«x d« Barbtsaiii tome IV , p. 44>*
4l8 MÊMOUtB
de huit syllabes» Son poëme se trouve à la suite de celui de maistre Andreu ou André de Coutancesv Voyez Andreu.
. GuiuAUME, Frère Guillaume dit PAmaad , prieur de Saint'-Aubia , a traduit du latia en vers français un poëme à la louange de la maison de Matignon. Il nous apprend, son nom et Tëpoque ou il vivait y dans ces vers :
Et est ce beau livre en latin ^ Que moi , prieur de Sainct Aubin ^ Jadis de la fundation Des aieulx de sire Goujon Frater Guillelmus , dict l'Amand Ai translata par le command De dame Jehane de Bretagne , De Bertrau Gotijon k compagne , Et fu mil deux cents quatre vingt y Que de translater ço m'avint, Le septième Juin et^ quand Pâme De celé bonne et gente dame lessera de son noble cors ^ Jésus li soit misericorf.
Amen.*
GuiLLSBBRT y Guilbcrt ou Ghilebert de Berneville , trouvère normand qui| suivant Fau-
SUR LES TBOVViRBS NORMANDS. 4<9
cbet j fleurissait en i a6o , a compose de fort Jolies chansons* Il est bien à regretter qu'elles ne soient pas imprimées y car elles sont remplies de délicatesse et même d'élégance. Voici le couplet d'envoi de sa onzième chanson :
Chanson tu t'en iras là
Ou j'ai tôt mon cuer dénué.
La da^ie du Mont t'aura ,
Qui plus ame en vérité
Fei et Ioyalté|
Et qui plus en a.
En sa merci m'a ^
Amors l'a jugié
Etl'aiotrié
Quanque li plaira ,
filais qu'il n'i ait jà
Parlé de congié.
Hébert ou Herbert ^ poète normand qui vivait sous St. -Louis , publia en ia6o une traduction en vers du Roman de Dolopathos, ouvrage composé de contes ou nouvelles , ori^ ginairement écrit en Indien et traduit depuis en Persan ^ en Sjriaque ^ en Grec , en Hébreu^ en Latin ^ et dans la plupart des langues vi-
4aO MÉMOIRE
vantes. Herbert le traduisit du latin d'après un moine de l'abbaye de Haute-Selve.
. Uns blancs moine de belle vie j De Halte-Selve Vahéie A ceste estoire nôvelée , Par bel latin Fa ordenëe , Herbert le velt en romans traire (i), Et de romans un livre faire.
n termine ainsi son ouvrage :
Herbers dëfine ici son livre ,
Au bon roi Loeis le livre
Gui Diex doint énor en sa vie.
Et s'aucun^s est qui par envie , Parolt de rien qu'il est escrite^ Ne de parole qu'il ait dite , Gart raison à ce qu'il diroit ; Vilains iert qui en mesdiroit.
Li livres est fait de savoir^
Tote l'estoire est de voir (a).
(0 Tnduirt. *
(a) De vrai, dç vérité*
Henri d'Anbeli , trouvère Normand du XIII«. siècle, ainsi nommé du lieu de sa naissance , est auteur d'un poëme intitulé : La Bataille des sept arts , dont Le Grand d'Aussi a donné Panai jse dans le tome V^.des manuscrits de la Bibliothèque du Roi où cet ouvrage *est conserve sous le \x9. 7a 18.
On a encore de lui le Lai d*Aristote et le curieux fabliau de la Bataille des vins ; pièces sur lesquelles je ne mVtendrai point parce qu'elles ont été publiées par MM. -Barbazan et Méon.
Isandri. Landri de Valognes fleurissait à la fin du XII«. siècle. Il passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Baudouin ^ comte de Guines , qui aimait beaucoup les lettres | et traduisit à sa recommandation le Cantique des Cantiques en vers romans (i)«
Luges du Gast , chevalier et seigneur du château du Gast , proche Salisbury en Angleterre, et non de Saint Denis-Ie-Gast dans le Cotentin , comme Pont répété plusieurs biographes, traduisit' en français , vers 1 1^0 , le fameux Roman de Œ^risian de Léonnois , et commença celui du Saint-Graalj qui fut achevé par Gautier Map. Il entreprit ces traductions à la recommandation
(1) Voyes Bliiolrt des maisom é^Ardrts , de §en4.$ c^ ^^ Couey , p«r André Duchcsne , FaurU , i65i, in-rul.
deHenri II, roi d'Angleterre et duc de Normanfe. En tête du Saint^Graal u s^exprime ainsi :
« Jo Lnces , chevaliers et ^re du ohastet dn c Gast veisins prochaine de Salesbieres comme « chevaliers amoreus m'emprins k translater da « latin en françois une partie de ceste estoire ; « non mie por ço que jo sache granment de « françois ^ aina apardent mult ma langne et « parleure à la manière de Engleterre que à celle < de France 9 com cel qui fu en Engleterre nez , « mais telle est ma vonlentez et mon porpeo-* « sèment , que jo en langue françoise iço trans- « laterai. »
Map. Gautier Map , trouvère , conteur et romancier attaché à la cour de Henri II , roi d'Angleterre ^ composa plusieurs lais , et traduisit du latin le roman de Lancelot du Làc , et une partie de celui du Saint^Gi^oaL Plusieurs biographes ont dit quHl dtait prêtre et qu'il fat pourvu de bénéfices , mais Rustiden de Pise y son contemporain , dit positivement qu'il était chevalier. Gautier Map vivait encore en laio.
MAisoifS. Jean de Maisons , né probablement dans le village de ce nom près Bajreux , était bailli du Cotentin en ia38 (i) ; il a composé
(i) Histoire mtQiucrite des baillis du Cotentin y par M. de Chantereyne*
SÛR LB8 TROCViRBS KORMANDS. 4*3
des poèmes et des chansons amoureuses ; il excellait surtout dans les Jeux^partv:. II existait dans la précieuse collection de M. Foucault le père , intendant de Caen ^ un manuscrit des ouvrages de Jean de Maisons , qui probablement a ëtë perdu comme la plupart des autres choses précieuses qui composaient ce cabinet.
Marie de France : cette femme célèbre naquit en Normandie dans leXIII^. siècle. Le surnom qu'elle prenait semble d'abord contredire cette assertion ; mais à cette époque les Normands prenaient assez fréquemment le titre de Français ; et en plusieurs endroits de ses ouvrages , Marie se considère comme sujette ou vassale des ducs de Normandie. Cette femme fit Pomement de la cour des rois d'Angleterre et fut la Sapho de son siècle : elle a composé des lais et des fables qui sont d'une délicatesse et d'une naïveté charmantes. Denis Pyrame , son compatriote et son conteaaporain , dit que ses* lais ^plaisaient beaucoup aux dames :
Ses lais solèient as dames plaire ^ De joie les oient et de graé ^ Kar sunt solunc lor voleuté.
4a4 MÊMOIRB
Un peu plus loia il ajoute :
Kar mult Pâment^ si l'unt mult cha:
Gunte j baruQ et chevaler ,
Et si en ament mult l'escrit (i).
Marie de France composa ses fables à la recommandation d^un comte Guillaume qu^elle jrepre'sente comme une modèle de vaillance et
comme la fleur des chevaliers :
pur amur le cunte Willaume
Le plus vaillant de cest royaume ,
M'entreihis de cest livre faire
Et de Tengleis en roman treire | etc.
(Conclusion d$s fables dé Marie»)
Ce comte Guillaume auquel Marie dëdia son recueil de fables intitule : Le dict d'Ysopet y ne peut être j comme Fa dit M. de Roquefort y que Guillaume , fils naturel de Henri H , créé comte de Salisbury par Richard Qjeur^tJe-Uon y et mort en 1226.
M. de Roquefort a rendu un grand .service* aux lettres en donnant une ëdition des poésies
Xi) Vie de Saint-Edmond.
de cette femme célèbre ; elle est prëcëdëe d'aoe notice fort étendue sur sa vie et ses ouyrages (i).
OsMONT. Guillaume Osmont , né dans la Haute-Normandie , publia vers laao le f^olu^ craire ou histoire des oiseaux, Mss. delaBi-. bliotbèque du Roi , fonds de PEglise de Paris y n^. i8. Il termine ainsi cet ouvrage:
Dou latin a trait ceste rime Osmons li clers par sei meisme , Proiez por li , si ferez bien , Kar ne vos a menti de rien»
On a encore de lui le Lapidaire ou traita de la force et vertu des pierres. Ces deux poèmes eurent beaucoup de succès , et suivant Tusage du temps on en fit plusieurs versions en prose. Celle de Jean de Beauveau , évêque d'Angers^ mort eu i479 > ^ été imprimée. Plusieurs autres trouvères Normands se sont exercés sur le même sujet. Tous ces Lapidaires , Bestiaires et J^olucraires ^ les premiers livres écrits en français sur Phistoire naturelle ^ sont traduits du
(i) Paris f GbaMeriau , iSao , deux toI. in-S».
4si6 .X&MOIRB
htin d'an oorCain Tbeobakl , qui TiTait dk*OQ dans le Vin«. aède.
PiBBBE DE Vebhok , ainsi nommé da lien de sa naissance ^ florissait au mitîea du XU^« siècle. On a de lai on poème d'environ deux mille vers sans distinction de rimes féminines ni masculines; il a pour titre : Les Enseignements d^Arisiote on le Secret des secrets. C'est un recueil de préceptes moraux et physiques adressés par Aristote à Alexandre.
L'auteur commence ainsi :
Primes saciez ke icest tretiez
Est le secré des secrez numez
Ke Aristotle , le philosophe idoine,
Le fiz Nicomache de Macédoine.
A Sun deciple Alisandre en bonne fei.
Le grant^ li filz à Phelippe li rei,
Le fist en sa grant vielesce (i).
La plupart des préceptes que Pierre de Vemon met dans la bouche d'Aristote sont fort triviaux ; on en jugera par le suivant :
(i) Bib, roy. idm y fondi de Vé^jùat de Paris i n*» S , fol. 175.
SUR L£5 TROUVàRSS NORMANDS. 4^7
Se aucune grevance dune sentez Ou k'cn estomac ou ventre avez Fêtes une kemise eschaufer ^ Et fenne sur vostre ventre poser.
Il termine ainsi :
Mes ore pries: par deu anrar En ceste fin pur le translatur De cest livre ki Pierre ad nun , K'estreit est de cels de Abemun (1)9 Ke de bien fère li doint sa grâce , Et a nus tuz issi le face , Ke li règne pussum mérir (a) Ke done as suens à sun pleisir.
Amen.
PiRAMUS. Denis Piramus on Pirame , qui vivait dans le XU<^. siècle y passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Henri III. Il plaisait beaucoup aux seigneurs anglo-normands pour lesquels il composait des servantois et des chansons d^amours : admis à leurs jeux et à leurs festins , il usa ^ comme il le dit lui-même ^
(1) Qui tire ion extraction de ceux de Vcroon. {%) Mériter.
sa vie dans les plaisirs. Dans sa vieillesse il mena une vie plus régulière , devint dëvot et corapo3a deux ouvrages pieux : le premier composé de plus de 3oo vers contient la vie et le martyre du roiSaint'^Edmond\ le second beaucoup moins long contient les miracles du même saint : ces deux ouvrages inconnus en France , se trouvent au Musée Britannique. M. l'abbé de La Rue a inséré dans le tome XIII^. de VArchœologia , une excellente notice sur ce trouvère. Richard de Lison naquit dans la commune de ce nom arrondissement de Bayeux , au commencement du XIIP. siècle. Le Grand d^Aussi et M. de Roquefort ont omis de le placer au nombre des auteurs du Roman du Renard , poëme burlesque et original qui a été traduit en plusieurs langues. Cependant il se nomme au commencement de la partie ou branche qu'il a composée :
, Ço vos dict Richard- de Lison , Ki comencié a ces le fable ; Por donner à son connestable.
II est Nprmanz , s'il a mespriz Il n'en deibt jà estre repriz.
M. Méon vient de publier le prospectus d'une
ëdilion complette du Roman du Renard ^ qui ne contiendra guère moins de trente mille vers. RiCHiRD DE Sëmilly florissait dans le XIIP. siècle y il se distingua dans les jeux partis de son temps et composa de fort jolies chansons. Dans une il dit :
Mi chantz s'en vunt li grand chemin plenier^ Et mon cuer torne à un estreit sentier ^ Einsi deibt Pen li gestes desyoyer.
Les poésies de Richard se trouvent à la Bibliothèque du Roi j fonds de Cangé , manuscrit in-8o.
Robert Grosse-Tête , poëte Normand du XnjL^. siècle , est auteur d'un poëme peu connu intitule : le Roman des Romans. Il contient a 5o strophes de quatre vers :
Ici comence le Roman des Romanz j Mùlt deibt bon estre j kar li nun est granz Et profitable è forment delitanz Et as oreilles et as quers des oianz.
II finit par ces vers :
Kar ( Judas ) s'il éust à Deu merci crié Od bone fei et od simplecitë j
43o HÊMOIBS
Deus est si plaia de sa grant pietë ^ K'il li ëust tut son pechië pardunë»
Amea (i)«
Il est eocore auteur d^un poëme moins long intitule : le Chastel d'amor.
RoGSRiif d'Andelt ) trouvère du Xin«. siècle, a £iit des chansons d^amour que Fauchet parait avoir connues , nais dont il ne cite aucun passage (a).
RusTiciEN DB PiSE vivait à la cour de Henri II. Il fit paraître vers la fin du XII^. siècle une traduction en prose du Brut ^ qui eut le plus grand succès. On lui attribue encore le roman dé MeUadus et celui de Giron^le^Courtois ; il fut contemporain de Luces du Gast, de Gs^utier Map et de Robert de Borron , vieux romancierè qui unissaient leurs travaux et formaient une espèce de société de traduction.
Taillefer , ménestrel et jongleur ^ attaché à Guillaume-le-Gonquérant , entonna la chanson de Roland pour annoncer le moment où devait commencer la bataille d'Hastings.
(0 Bib. da Roi y msi.^fondf de l'âgllfe de Parii i b*. S » loi. (s) OBanef dt l^attchet. Ptrti 1 1610 , iii-4*«
SCR LB8 TROUTjàRBS tlORBUHDS. 4^1
Taillefer. ki malt bien cantoat Sus un cheval ki tost aloat , Devant ax s^en allout cantant De Karlemaigne è de Rolant Et d^Olivier è des Yassals (i) Ki morurent à Rainschevals.
( Roman 4e Roiu )
On ignore le genre de sa mort^ mais il est probable qu'il fut tuë pendant la bataille ou peu de temps après , puisqull fut remplace par Berdic qui fut magnifiquement récompensé après la conquête.
Thaic. Philippe .de Than naquit à la fin de rXI^. siècle , dans le bourg de ce nom , canton de CreuUj, département du Calvados. Il est auteur de deux ouvrages fort remarquables : le premier est le Lwre des Créatures , publié en 1 107 ; il le dédia à Humfroi de Than , son oncles chapelain de Hugue8-le-*Bîgot, sénéchal de Henri I«r. On y trouve d'excellentes maximes de morale. £n voici un exempte :
Al besuin est truved L'ami et epruved ,
(1) Det bnTet.
Unches ne fud ami , Ki al besoin failli.
Pur cel di ne targez , Mes ma raison oïez :
Prei vus del escuUer £ puis del amender.
M. rA.bbë de La Rue peAse qu^à Timitatioa de beaucoup de poètes latins du moyen âge j ce poète a voulu faire rimer la fia de chaque vers avec Thëmistiche , et qu^on doit lire ainsi :
Al besuin est truved Tarai et epruved , Unches ne fud ami ki al besuin failli. Par cel di ne targez mes ma reisun oïez : Prëi vus del esculter è puiz del amender.
Uopinion de notre savant compatriote a d^aa-* tant plus de poids qu^il a vu les manuscrits anciens (i) dont la disposition et Tëtat matëriel doivent décider la question. Comme ce livre des créatures contient une chronologie ^ quelques
(i) Les ouvrages de ce Troairère n'existent qu'an Musée Britan* nique et dans la Bibliothèque du Vatican,
SUR LES TROUVEREZ IfORMANDS. 435
bibliographes en ont fait à tort deux ouvrages sépares.
Le deuxième ouvrage de Philippe de Than est intitulé : le Bestiaire j c'est une traduction du Liber Theohaldi de naturâ animalium, ve/ auiumj seu bestiarum (i).
Le poète décrit ainsi les ruses du hérisson :
El tens de vendenger , Lores munte al palmer Là il la grappe veit La plus meure seit , S'en abat li raisin Mult li est mal veisin ; Puiz del palmer descent Sur li raisinz s'estent Puiz de sus se vulote Ruunt cume pelote.
Quant est très-ben charget , Li raisinz embrocet j • Eissi porte pulture A ses filz par nature.
(!) La bibUothèirie pubUque de Berne en powède nn m^^ «ant qu'on croit du VI Me gii^i^ v« l^'c»» no mentM
Bcnums. tome i". , p. i^ et i36. '^V.^w.
Ce poëme parut en i laS ^ et l'auteur moamt vers iia6«
Thtba6ld. Thibauld de Vernon , chanoine de la cathédrale de Rouen , composa en i o55 , une vie de Robert , abbé de Saint- Vandrille , ea vers romans. Il dit dans cet ouvrage qu'il s'appUquaitaux bonnes lettres ; qu'il avait traduit du latin en langue commune plusieurs vies des Saints, et que pour les rendre plus agréables au peuple il les avait écrites en rimes (i).
ViNiERs. Gilles Le Viniers , poète Normand du XIII^. siècle , a composé plusieurs chansons en rimes doubles ou en écho , où Ton trouve des idées gracieuses et des expressions délicates. Oo en jugera par les deux passages suivants :
Icelle est la . très^mignote
note (a) E^amors fait savoir :
• • avoir Ke puet belle amie
mie
(0 AcU Ord. Sanot. Bencd. , tom. Ill , pag. 378. Histoire de Ifi cathédrale de Rouen , p«r le P. Pommeivye , p. s3a. LcBœof» Dissert, tome II , p. 67.
9 Gbaq^A.
SUB LES-TBOCVÈRES NORMANDS. 2j35
Ner deibt refuser.
user En deibt sans folie.
lie Est la paine à fins amans.
Beaux m^est printens al partir de février , Ke primerolle espanit el boscaige ; A dune me vient talent d*envoisier (i) , Plusk'eniver, al félon tens sauvaige.
Wacb. Robert Wace, Waice, Gace ou Gasse, naquit dans llle de Jersey , au commencement du XII®. siècle , et mourut en Angleterre vers 1 1 84. Il fit ses premières études à Gaen ^ et obtint un canonicat dans Pcglise de Bayeux en 1 160. Il ne se nomme que maître Wace dans ses. écrits , et Huet pourrait bien être le premier qui l'ait appelé Robert.
Wace a beaucoup écrit , et la plupart de ses ouvrages sont consacrés à célébrer les exploits des Normands ses compatriotes. Il asuiviDudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges; mais il se montre moins crédule^ ajoute de nouveaux détails^et a Pimmense avantage d'avoir écrit
(1^ EiiTi« de me réjouir.
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dans la langue que parlaient ses héros. Antérieur à Marie de France de près d'un siècle, il n^a ni son ëlëgance ni sa délicatesse , mais il excelle dans le genre descriptif, et on trouve dans ses poèmes de grandes images , de la philosophie et beaucoup de naïveté. Après avoir parlé des mo^ numents élevés par les conquérants , il dit :
« Tote rien se tome en déclin ,
Tout chiet , tout niuert , tout vait à fin j Homs muert , fer use , fust porrist , Tur font , mur chiet , rose flaistrit y Cheval tresbuche j drap viésist j Tout ovre fet od mains périst.
On connaît de Wace les ouvrages suivants r lo. Le Brut d'Angleterre^ poëme composé de près de 18000 vers , qui contient Fhisloire fabuleuse des premiers rois de la grande Bretagne. La date de k composition de ce roman est marquée par ces vers qui sojit à la fia:
Poiz ke Dex incarnation
Prist por noslre rédemption
M- CL. et cinq anz.
Fist maistre Wace (i) cest romanz*
(1) ÀllûM Gasic.
La Bibliothèque du Roi en possède cinq manuscrits.
ao. Le Roman deRou. Cestle plus important des ouvrages de Wace : il contient i654a vers , et comprend Phistoire des normands et de leurs ducs jusqu'à Henri I«'.
On n^a encore publie que des fragments de cette grande composition historique y qui contient tant de faits curieux sur Thistoire de Normandie et d^Angle terre. On n'en connaît maintenant que deux anciens manuscrits : Tun est conserve dans la Bibliothèque' du Roi , sous le n^. 6987 , et l'autre plus ancien et plus complet est conservé au Musée Britannique.
3^. La Chronique ascendante des ducs de Normandie. Cette pièce composée de 5i4 vers . alexandrins est postérieure à 1175 : lesmanuscrits en sont fort rares , et je ne crois pas qu'elle ait été imprimée.
4**. Rétablissement de la fête de la Conrception , poëme en vers de huit syllabes. Il en existe trois manuscrits à la Bibliothèque Royale. 5^. La vie de Sainte Nicolas ^ poëme ea vers du même mètre que le précédent. M. Hickes en a publié plusieurs extraits dans son Thésaurus Littératures Septentrionalis , et il en existe un manuscrit dans la Bibliothèque de M* Douce j
membre de la société royale des antiquaires ~ de Londres (i).
Wadington. Guillaume de Wadington , prêtre et poète , né en Angleterre au commencement du XIII®. siècle , est auteur d'un poème de plus de 6000 vers , intitulé Manuel de la religion , qui suivant M. Tabbé de La Rue est une traduction ou paraphrase du Floretus , poème latin , imprimé à Çaen en i5'iO. Le style de Guillaume de Wadington est dur et souvent barbare : il dit lui-même qu'étant Anglais de naissance on doit lui pardonner sa rudesse dans une langue qui n'est pas la sienne* Quoiqu'il en soit, ses ouvrages sont précieux en ce qu'ils contiennent une foule de détails sur les mœurs et les usages de son temps (a).