‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 87 sur 101 · ARCHITECTURE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE RELIGIEUSE

miné Téglise , il fallut mander de$ ouvriers français pour faire des vitres , art qui ëtait encore inconnu en Angleterre (i).

Malgré ce retard, il y eut quelques grands édifices en Angleterre dans le.VII«. siècle ; la cathédrale dllexl^im , bâtie vers 673 , était fort belle pour le temps. Eddius dit qu'on y voyait des colonnes et des ornements en grand nombre , qu'elle était remplie d'arcades et de fenêtres , et qu^il f avait plusieurs cryptes (2).

(i) Ile ieat over to France for artîGcers skilled ïnihtmysterycf making gioÊS^ an art till that time uokDOwn to the iababitaotS' oT Brltaiô ( Bentham's Euay on the Saxon churcbcs).

(3) Gajus profunditatcm in terrA, cum domibas , mirificë politis lapidibus , fundatam , et super terrani , mallipliciia domnm , columnis variis et portictbiu mullia suflEîiItam , niirabiliqae longitudine et altitudine , muronim ornatam et Taril< , linearum anfractibus , viaram aliqaandô , deorsum , per cochleas , etrcomdactain , non est mes parvitatis 'hoc scrmone ezplicaxe , qucd sanctos ipse praesul animarum k spiritu Dei doctus, opère lacère excugitâvit; neqae ullam doznamaliaci citrà Alpes montes talem «dificatam audif imus. Eddii vita Wilfiridi , cap. XXII , pag. 69.

On peut Toir,parcelte ci(!kation,combteo*le8 auteurs du mejen 5gf étaient exagérés dans leurs descriptions. Richard, prieur d'Uexhtin, qui vivait vers 1 i8o,épuque à laquelle cette église subsi8tait,en fait une description encore plus pompeuse que Tauteur précédent : il dit positivement que Wilfrid avait amené des ouvriffs d» France et d'Italie pour faire ce bel ouvrage , « de Rumi « quoque et Italiâ et FranciA , et de aliis terris ubicnmque « invenirc poterat , caementarios et quoslibet alios industriox « artifices secum retiuuerat et ad opcra snia facieuda , scemii « in Angliam, adduxeral. Richard prior Uagulst., lib. 1, cap. j &

BU MOYB» AGE. ■ SSj

Quelques personnes pensent que,clans leIX«. siècle et les précédents , il y eut en Normandie beaucoup d'ëglises constrirites en bois , et que ce mode de construction subsista même dans le X«.siècle;elles ajoutent que le bas en était maçonné jusqu'à une certaine hauteur pour empêcher Thuiniditë. Cette opinion parait assez fondée pour les églises de campagne , surtout si Ton considère que, dans Tenfancé des arts, on a toujours com« mencé par bâtir en bois , et que d'ailleurs presque aucune des maisons de ce temps n'était construite en pierre. Cependant Une faut pas donner trop d'extension à ce système , car on pourrait se tromper grossièrement. Plusieurs antiquaires avaient petisé qu'aucune église d'Angleterre n'avait été bâtie en pierre avant la conquête des lyormands , et le contraire est démontré jusqu'à l'évidence.

En résumé, nous dirons que généralement lés églises romanes primitives étaient construites sûr une petite échelle , que souvent même elles furent très-exigues , que, s'il en existe encore , elles sont en bien petit' nombre ^ et que peut-être il n'en reste que quelques cryptes (j) pu* des

(i) La crypte de SaiDt-GerTai8,à Rouen, parait de constixictioa Yornaîne , et ne peut par conséquent être confondue avec les constructions romanes. M. LambiTt y a reconnu le même

pani de murs €iida?és dans des coastractioiii plus récentes ; qu^elles âaîent d'aiUears bâûet eomme les ëgUses romanes secondaires , qai voal iaire It sujet du diapkre suivant»

ROBIAN SEC(»«DÂIEŒ;.

Les Npnnandsi après avoir renverse tons tes ^ficas et pill^ le pays | ne tardèrent pas à se civiliser et à prendre les moeurs da peuple vaincu. Ils devinrent des chrétiens aussi fervents quils avaient été de fougueux dévastateurs : aucune àatioa ne prjésente autant de fondatiims d'églises €t d'aUbajes dans un intervalle aussi court. Les ducs donnèrent Tezemide à leurs vassaux | et ce fut entreeux une lutte extraordinaire , à qui ferait le plus et le mieux. Voici comment Guil» laume de Jumiège s'exprime , en parlant da zèle des Normands à b&tir des églises et à fonder des monastères y quelques années avant la conquête de TAngleterre: « la diebus iltis maximapacis m tranquillitas fovebat hahitaDtes in Normanniâ , a et servi Deî à cunctis habebantur in summâ « reverentiâ ; jtnusquisque oplimatum cerlabat

j;it^ii|« de iDtçDnoerie ^« dan» les Ihennci aotiqnet de Ba« yeux » à b dicouf erit dt^fo^ il m û paifMnmeiit coBtribsé m iSti«

« io praBdio suo ^cdesias sdificare et mçnachos « ifoi pco te Deam <Hrareot rébus suis locuple*- « tare (i). >

Après la conquête de TAngleteiTe y les sei^ gaetirs noiriiiands possëdèpent des biens immenses dans cette île ; ils redoublèrent de zèle à fonder ei à. doter des monastères, il^ en couvrirent à la fois l'ibgleiBfTe et la Normandie : souvent ïe même aeîgnear faisait JbAtic en mêmé^temps des deux càuSs de la JMancfae. Gu^laame de Mal-> mesbury peint ëloquemment cette ardeur des Normands à décorer le pajs qu^ls venaient de soumettre ; t Videas > dit-il ^ ubiqne in villis « ecclesiasjinviciseturbifausmonasteriai novo « aedificandi génère consurgere y recenti ritu « patriam florere , ità ut periisse diem quisque « opulentus existimet j quem non aUquâ pne- « clarâ magnificenliâ iUustret (a). »

Probablement il existe encore en Normandie plusieurs églises du X*^. ^ècle , mais il est difficile de les reconnaître ; je ne sache pas de titre qui prouve incontestablement qu'aucun

(1) L'auteur fait ensuite une longue énumération des abbayes qui furent bâties à cette époque : ce détail comprend tout le chapitre a a*, du sixième lÎTre de Gu. de Jumiége » de dueibuê Jformannim , dans les collections de Dachène et de Gambden.

(a) De regibus AngUie, pê^, loa.

56o ABCHITSCTURK lUBXIGlKlTSB

édifice appartienne à cette êpwpLe , et lAot pa^ éié reconstruit postërieurement: on peat seulement tirer des présomptions d^andenneté^ de 1» rudesse de l'arcfaitectore. M, de GerviUe j dans son mémoire sur les anciennes églises du d^aiw tement de la Manche (i), eipese les motifs qui }é portent à en regarder quatre eu cinq comme antérieures à rXI«. siècle ; on pourrait alléguer les mêmes raisons pour prouver ranciennelé d'an petit nombre d'églises du Calvados et des^ dépac^ tements voisins.

Si nous sommes pauvres en monuments du X^. siècle y en revanche notre pays est peut-être le plus riche du monde en architecture de TX!^. Sans les arrondissements de Gaen | Bajeux et Yalognes y on ne peut parcourir une demi^ieue sans en rencontrer. La pierre qui se trouve dans le voisinage de ces trois villes est commode à tailler , se prête facilement à la sculptwe, et cette circonstance favorable ezpliquesuffisammentpoupquoi ces lieux sont plus riches en monuments anciens que d^autres contrées où Ton trouve seulement des roches rebelles au ciseau , ou dans

(i) Premier volame des Ilémoirei de la Société des antiquité» de U Normtndie.

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lesquelles le manque absolu de pierres force encore aujourd'hui à bâtir en bois (i).

Les constructions de PXI^. siècle furent grandes et vastes ; une nouvelle ère commença pour l'architecture et pour les arts accessoires , c^est ce qui rend nécessaire de distinguer deux époques, dans Tarchitecture romane normande (2).

Les cloches avaient fait nattre sans doute h nécessite de construire des tours ^ mais bientôe ces dernières devinrent un ornement. Leur lë-^ gèrelë et leur forme élancée ayant quelque chose de noble et de surprenant inspira ce sentim^tde respect qui accompagne ordinairement Tadmira*-» tion et la surprise ; par leur direction vers le ciel, elles avaient quelque chose de conforme au culte de Dieu , qui fut généralement approuvé ; de là on bâtit sans nécessité des tours sur plusieurs parties des^ fabriques. Pour mettre ces tours en

(1) Toutes choies égales d'ailleurs « le nombre dès église» somaoes élevées en basse Normandie , semble en général être en raison inverse de l'éloignement de la mer : tandis ^e les édifices fourmillent dans le nord du Calvados , on en trouve bien moins dans les environs de Falaise ; ils sont rares d«na le département de l'Orne.

(a) La division que j'ai établie dans rarcbitecture romane ne pent convenir qu'à la Normandie , où tont avait péri an JX«. siècle y et où tout renaît à la fin du X*. et au commencemrnt de l'XI*. Dans les autres provinces de Franco, on sie doit reconnaître qu'une époque dans l'architecture romane*.

569 IRCHITKCTVAK X£tiaiEaSft

hjinnouie avec les autres parties ^ il faHi|t dooaer plus d'ëlëyation à tout rédifioe,et,d'u|i aoire cAîé^ pour établir uqe juste proportion entre la hauteur et la longueur , on fut forcé de bâtir les ^Itses sur une échelle plus vaste qu'on ne Favait fait jusqu'alors : ces causes principales produisirent le changement qui s'opéra à la fin du X^. siècle etaucomoiencenientdel'XI*. , époque à laquelle les Normands devinrent habiles architectes et mirent beaucoup de pompe dans leurs édifices publics. N'étant pas encore atteints de l^égoisme des nations civilisées , les Normands commençaient des édifices vastes et superbes , sans s^em» barrasser de l'époque à laquelle ils seraient terminés y et il était rare que le même homme vtt finir une église dont il avait vu jeter les fondements. On commençait ordinairenient par construire le choeur y on le consacrait ensuite | et l'on y célébrait l'office divin ; le reste n'était quelquefois achevé qu'au bout d'un siècle ; c'est ainsi que la plupart des cathédrales et des églises paroissiales ont été bâties dans le moyen âge , non seulement en Normandie , mais dans toute la France et dans les autres contrées de l'Europe. Dans l'XI<^. siècle , les églises furait disposées comme auparavant ; la forme ordinaire était celle d'une croix, dont les branches s'étendaient

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