‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 89 sur 101 · DU 180TB1I AGE · texte numérisé non relu

DU 180TB1I AGE

bien qae la phflosophie arabe; cVtait Topitiioa de Fënëloa.

Les troisièmes^ doQt le nombre s^accroit de jour en jour y et à la tête desquels parait M. Milner , savant antiquaire anglais , rejettent les deux systèmes prëcëdents , et pensent que Pogive est née chez nous de l'intersection des cintres ( pU 3 , fig. i4 ) ; ils invoquent d'abord le tëmoi* goage de plusieurs savants voyageurs qui ont explore l'Orient avec soin , et qui n'y ont trouve aucun monument à ogive d'une date reculée (i). Bien ne prouve , ajoutent-ils ensuite j que les Maures d'Espagne aient employé l'ogive avant

(\) M* Bobserée , antiqaaire tUemand , qui promet de pablicr prodiainemeot ub traité ior Tarchitectare du moyen Age , est aussi couTaincu qu'il faut chercher l'origine. de l'ogiTe dans le nord de la France ou dans l'ouest de l'Allemagne , et non en Orient ; il prétend que l'arc pointu ne se trouve pas dans les monuments d'Orient , avant le XIII*. siècle ; selon lui , les données historiques s'opposent formellement à ce qu'on puisse faire dériver notre architecture' à ogives , de l'architecture ma« hométane ; car les arabes ont pris dans les cloîtres bjsanttns , et dans la coupole de Ste« -Sophie , le type principal de leurs mosquées. Cet auteur ne pense pas que l'on puisse expliquer finventien de l'ogive au moyen des intersections ; il aime mieux croire que l'élévation que prirent les édifices dans l'XI*. siècle «mena un resserrement dans les arcades , et un changement sensible dans le rapport de la largeur à la hauteur , qui était 4'ao à deux dans le Xll*. siècle ; il pense que les cintres ainsi surhaussés prirent enfin la forme elliptique.

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les aatres peuples ; on ne peut trouver aucun édifice qui en donne line preuve certaine y et d'ailleurs on sait qu^ils se servaient d^architectes bysantins. La cathédrale de Gordoue , ou Ton voit des arches romanes en fer à cheval et des ogives , fut, dans Torigine , une mosquée , commencée par Abdonlrahman I^^ j et tenniiiée par son fils Iscan , vers Pan 800 ; mais il est certain que cet édifice a été agrandi par la suite^ et l'on ne peut rien affirmer positivement sur la date des différentes parties qui le constituent* Le palais de PAlhambra , à Gretiade y est Uen à o^ves, mais il fut bâti depuis layS y et, par conséquei^t y long-temps après que l'ogive eut été adoptée dans toute TEurope. En un mot y beaucoup d'édifices moresques y antérieurs au XII^. siècle , sont bâtis dans le genre roman y et pas un édifice gothique n'est prouvé appart^iir k une époque plus ancienne que les autres mo-' numents du même genre qui existent dans le reste de l'Europe.

Aucune de ces trois opinions sur l'origine des ogives , et de l'architecture élai^^ée y dont elles sont le principal caractère y ne me semble suffisamment prouvée pour être préférée ; toutefois, soit que cette architecture soit née chez nous , ou qu'elle ait étéapportée d'Orient, il esttoujour»

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certain qaVUe ne remplaça pas subitement l'architecture romane. Dans cet art comme dans tous les autres , il y eut une he'sitation inévitable entre l'ancienne mëtbôde et celle que Ton voulait introduire ^ un mélange curieux de l'ancien genre et du nouveau.

L'hypothèse de ceux qui pensent que l'architecture gothique est née chez nous , est basée sur Tétude approfondie des monuments , et sur la gradation bien observée des changements opérés dans l'architecture , pendant la période que nous appelons Transition. En rapportant tout aux intersections, elle rend bien mieux raison de la génération des formes , et si elle est fausse quant à la première origine qu'elle assigne à Tarchitecture gothique y il n'en est pas de même quant à la théorie de la formation et du perfectionnement de ce genre.

En exposant cette théorie, nous suivrons d'une manière plus facile et plus méthodique Thistoire de ^'architecture : je ; m'attacherai donc à la reproduire ici^ quoique je ne l'embrasse point exclusivement ; mais l'opinion ne fait rien, pourvu que les faits et les dates soient rapportés avec soin.

SqO ARCHITECTURK HKLIGULUSE

Formation de Vogive.

Ce fut de io5o à ii5o^ que la transition s^opcra complètement. Dans l'XIe. siècle, des cintres croises formèrent des intersections ( pi. 3<^. , fig. 1 5 ) dont Faspect intéressa ; on y trouva la forme de Togive^qui devint le type du genre (i). D^abord ces demi -cercles entrelacés n'eurent pour but que d^omer les murs , intérieurement ou extérieurement ( Courcjr , Huppain , ÂJ1&magne: Calvados ; ( voyez les fig. i4| i5 et i6, pi. 3 )• Bientôt la nouvelle forpae fut appUqaëe aux portes et aux fenêtres ; mais le cintre prédominait toujours , et , après une fenêtre terminée en pointe, il s'en présentait une autre terminée en rond (plancbi^ 6<^. , fig. i et a). Vers, le temps de la conquête ^ on vit fréquemment les

(i) Il parait cependant qu'il y avait evdes ogires romanefr en France , bien avant cette époque ; mais on en cite k peine quelqaef-iiDea , qui ac trouTaient dans des absides on à d'autres places, où un rétrécissement avait déterminé la forme elliptique» On peut donc dire que ces ogives se trouvaient accidentelle* ment, et qu'elles étaient pour ainsi dire dues an basard. On ea voyait intérieurement à l'abside de Sàint-GermaÎB-des-Piéf , qui était de la première moitié -du XI*. siècle, et ou prétend qu'U y en avait aussi dana la crypte de Saint-Denis » bien plus ciena« «ncore.

DV HOTE» AOJft. S9I

intersections et fesogfves romanes Ci) (pianclie 5«. , %. i3 , T 4 et 1 5 ) ; l'église de Saint-Gabriel, b*lie avant 1 066, présente plusieurs de ces ogives: celle que j'ai donnée ( planche 3®. , fig. i5 ) est placée sons la tour de l'église deMeuvaines, qui est toute ^ pleîn-cÎQtre j et qui parait aussi ancienne que celle de Saint-Gabriel ; on voit des ogives semblables à l'hôpital de Caen , Étavaux, Vaux-sur-SeuUes , Nouant , etc. ( Calvados ).

jA près la conquête , les colonnes perdirent leur pesanteur ; on essaya de les rapprocher d'avantage j mais ces innovations paitielles ne produi* saient encore qu'un mélange peu agréable de formes différentes , qui dura jusqu'au commencement du XII^. siècle , époque à laquelle l'ogive se dégagea des ornements romans et devint tout4*fait légère. I^a plupart étaient très-étroites et allongées ( planche 6«. , fig. 4 ) 1 c^^s ressemblaient à un fer de lance , d'où on les nomme lancettes; mais leur forme résultant du point plus ou moins élevé ^ où s'opérait le croisement

(9) J ^appelle ogires romanes , celles qui furent employées les

premières, et qaf , ornées de zigzags, frètes crénelées , etc.

(planche 3«.,fig. i3), on soutenues par des colonnes romanes

(piancbe t'^ » fig. 3 ) , n'ont encore ri«n de la légèreté du genre

gothique.

Sg^ AROHITECTURX RKLIGIKUSK

des ligoes , il arriva que des antres. sor^Kaotiëi produisireiil des ogives plus aiguës que les cintres . sui^baissës^ et que des cintres en fer à cheval pro- . duisirent des ogives bombëes (i)« En on mot y ces arches ne se fermaient pas sous un angle déterminé y de manière que d^un pilier à Tautre, le système variait et présentait quelquefois des hauteurs inégales ; on vit aussi des ogives trè^ obtuses j car il fallait se conformer à la hauteur des monumenis et des arches «^ dont Touvertiire devait nécessairement être large ; comme cdles qui communiquent de la nef dans les ailes j auraient produit un mamvais effet , si elles eussent été étroites et élevées.

Ornements /ormes au moyen des interseo^ ' fions.

Le succès des innovations précédentes inspira le goût d^en faire encore ; les ornements de Far* chitecture romane ne convenaient guères au nouveau genre ; on en chercha d^autres plus en rapport avec lui , qui furent encore pour la plupart le résultat des intersections* Des cercles

(0 J'appelle ogîTet bombéei , celle« qui sont no peu creoiée* on arrondies prcs des impottei.

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entrdacés produisireat ce3 figures que le compas fournit I en décrivant ce qa^on appelle vulgairement des croix de Dieu , et qui y variées difieremment^ en amenèrent d'^autres à peu près semblables, qui furent employées avec profusion dans le XII^. siècle . et les temps postérieurs. Telles sont les quatre-feuilles ( i ), les trèfles et les rosaces ; les ogives se régularisèrent , quelques^ imes se terminèrent en tête de trèfle ( plandie 4^. ^ fig. 3 ); les colonne$,devenues minces etiongues, se groupèrent : voilà dans quel état se trouvait Parchitecture vers liSo; alors elle était toutà-fait formée. On peut encore ajouter que^depuis la fin de PXX^ siècle y oa abandonna Pusage de placer des têtes de monstres sous Pentablem^nt ; vers 1080 y les corbeaux étaient moins gros , quelquefois saps sculpture ( planche 6«« , fig. 6et 7)« Au commencement du XIK siècle^ on leur substitua les dents descie (pU 6.,fig. 5), et différentes espèces de modillons que Ton n'abandonna tout*à-fait que dans le XlII^.siècle; les corniches perdirent cet aspect pesant qu'elles avaient eu ; on les supprima même presque entièrement j en mettant à leur place d'élégantes

(1) Les quatre-feullleA étcient cminui avant la cenquête, car on en kfOUTe à Saint -Gabriel et ailleun.

s 94 ARGBITECTURK KELlGlEXISK

balustrades , que Toa nVait jpoint encore ptoyëe8(i).

Voilà un système bien ëtabli^ et d^autant plus séduisant que tous ces faits , quant à la progression des changements , sont en général conformes à la vérité , mais cet examen scrtipuleux des faits prouve-t-il que Parchitecture gothique soit née chez nous y comme Pont pensé quelques Normands; c'est ce que Ton a examiné, et ce que Pon a cherché à détruire. Pour y parvenir, on a dit : la théorie étant basée sur la progression observée dans les innovations y il suffira dVtablir qu'il y a en Normandie des monuments d'un gothique très-pur , contemporains des premières ogives et des premières intersections. De ce moment , il n'y aura plus de gradation dans les innovations , il n^y aura plus de transitiou proprement dite , et il sera impossible d'appeler inventeurs y ceux qui ne faisaient que concevoir l'ogive y au moment ou l'architecture gothique tout entière éuit formée. Or, M. de Gerville jprétend qu'une partie de la cathédrale die Cou-

Ci) L'hôpital de Gaen y est on monwnent de tnp^tion ; c'est la •eal où j'aie encore m une balastrade ) tarmontant ane Ioard% Mrniohe rapportée par été cocbeaos*

BU MOTEN JiGE. (igS

tances , tjui esl a lancettes , a él^ bâtie avant t o56 j et qne l'e'glise de Mortaîn y également k lancettes , est antérieure à i og? ( Voyez Pëgnse- <Ie Mortain, planche ii^.).

La cathédrale de Seez y qui est d^un gothique* assez élëgant,est Cependant de la seconde moitié de rXI^.siècle et de la première moitié du XII^. jellefut bâtie sur les ruines de Pancienne cathédrale y incendiée au milieu des guerres féodales. Ives de Bellême qui Pavait d^àbord établie sur les murs calcinés de l'ancienne j eut la douleur de h voir crouler dans l'année même de la rééditicatxon ; il fallut songer k une reconstructioa nouvelle ; ce prélat se transporta en Fouillé et même jusqu'à Constantinople , pour y faire une quête f it en rapporta beaucoup de richessesqu^il obtint de la générosité' des fameux Tan* erède, ses alliés ; il jeta , en 1055, le| fondements de cette église , qui fut consacrée en 1126^ mais elle ne fut achevée qu'environ 80 ans après sa mort: il y fut inhumé en rojo*

Tons ces monuments, qui sont de la plus grande importance pour l'histoire de • l'archi^ tecture^ puisqu'ils fixent l'introduction de Vb^ give à une époque plus reculée qu^)ii ne le croit généralement y et qu^ls montreq^ dan»

SgG ARCHITECTURE RELIGIEUSE

rXI«. siècle des édifices semblables à ceux que l'on bâtissait un siècle plus tard ^ peuvent être regardes coibine des exceptions rares à la règle générale ; mais k la rigueur ils ne Êivorisent pas plus une opinion que Tautre , par rapport à l'origine de Tarcliitecture gothique^ qui est ensevelie dans des ténèbres profondes* L'opinion la plus raisonnable est peut-être celle qui établit que . l'architecture à ogives est née chez nous y mais que les grands rapports qui esistèrent avec Rome et Gonstantinople j au XII®. siècle j amenèrent un perfectionnement général dans les arts^ et surtout dans la sculpture et dans l'architecture,

et favorisèrent les nouvelles conceptions des artistes du Nord.

S'il y a eu précocité dans l'architecture gothique par rapport aux cathédrales de Goutances , de Seez et à l'église de Mortain , il y a eu retard par rapport à l'église de l'abbaye de la Luzerne ( Manche ) , qui est de 1 164 > et où l'on trouve encore des cintres , de l'hôpital de Gaen , qui est d'une grande pesanteur , et qui cependant est de la seconde moitié du XII«. siècle.

Ne voulant adopter exclusivement aucune opinion j me bornant à distinguer l'âge d'un monu-

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ment, par ses formes et ses ornements , je conclus seulement des £dts précédents y que la transition de Tarchitecture à plein-cintre à Parchitecture aiguë n*a pas suivi partout une marche uniforme^ comme on pourrait Timaginer^ d'abord , et que des faits bien avérés viennent contrarier nos idées sur la progression des changements ; mais qu'en général la transition est renfermée en Normandie daQsles limites d'un siècle, environ de io5o à ii5o. L'Angleterre était plus retardée; les premières ogives qn^on y ait vues s5at les vingt fenêtres contruites par Henri de Blois', ^véque de Winchester y frère du roi Etienne , entre ii3a et ii36 (i).

Outre les églises de la transition que je viens d'indiquer, on peut encore citer en Normandie celles de Cheux ^ Ouestreham , VilIiers-le-Sec , la tour de Trévières , etc. ( Calvados. )

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