‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 90 sur 101 · GOTHIQUE · texte numérisé non relu

GOTHIQUE

Chez tous les peuples , l'architecture semble avoir été créée et perfectionnée par la religion ; c'est la religion qui a rassemblé les hommes

(i) Miloer.

598' âBCHlflBCTUBB R£LIGl£USS

disperses dans les forêts ; lenr premier fat de rendre bommage à Pêtre surnaturel qui a tout produit j et d^ëlever des monuments à son culte. Depuis la roche informe soulevée par le Celte ^ pour attester sa croyance à Texi^ tence d'un Etre suprême , jusqu^auz temples magnifiques de la Grèce et de Rome j et ces monuments gigantesques de TEgjpte | tout ce qu'il

y a de grand en architecture semble avoir été inspiré par un sentiment religieux. Dans le moyen âge ^^lorsque les habitants des villes mêmes occupaient encore des maisons qui méritaient k peine ce nom ^ des églises vastes et superbes s'élevaient de toutes parts , et l'architecture était dans tout son lustre. Les différentes religions influèrent donc nécessairement dans tous les temps sur cet art j qui leur dut pour ainsi dire son existence.

Il serait bien curieux de rechercher combien les idées religieuses et les idées abstraites peuvent exercer d'influence sur celles qui se rapportent à des objets matériels. Ce qull y a de bien sur 9 c'est que la marche de l'esprit humain passant des religions matérialistes aux religions spiritualistes > a influé puissamment sur les arts et principalement sur l'architecture.

La rellgîoa des anciens , toute matérielle , je pourrais dire toute naturelle y a produit et devait produire une architecture basée sur des proporlions qui ne dépassaient pas ce qu'on est convenu d^appeler le bon goût. Uensemble des parties devait montrer cette grâce , cette élégante simplicité , et en même temps cette richesse que nous admirons dans les édifices des anciens, parce que Pimagination était fixée sur des choses natu- 'relles^etquele tjpedu vrai beau,par rapporta eux^ ne sortait pas de la nature physique. La pensée , mue par une religion dont tous les dogmes étaient à la portée de Tintelligence humaine^ n^avait rien d^inspiré ; ainsi , dans Tarchitecture antique , tout était méthodique , simple et raisonné : il n^en est pas de même dans Tarchitecture gothique , que Ton pourrait justement appeler architecture chrétienne. Tout y est exaltation , tout y est hors des idées ordinaires ; la religion chrétienne, divine et surnaturelle , a tout spiritualisé , en élevant la pensée au-delà des limites de Tintelligence; Tesprit humain, trop borné pour concevoir les mystères et les grandes vérités religieuses^ a été nécessairement exalté ; il en est résulté uae influence remarquable sqic^out ce que l'homme a inventé ou perfectionné j principalement à

60O ARCHITKGTUR& RBLIOIEVBB

Tëpoque où Penthousiasme rdigienz a toat embrasé j à Tépoque des croisades (i).

L'architecture religieuse fiit donc de timsf^ arts le plus visiblement influencée : dans la nouvelle religion , ce notait plus une statue que Ton adt>rait comme chez les pajens , cVtait un Dieu incorporel y invisible j immense ; le génie <)e Thomme mit tout en œuvre pour que la maison du Seigneur fut en relation avec son objet. De ce moment tout fut hors de proportion avec les idées terrestres ; tout prit une directiQn vers le ciel. Uesprit de spiritualité parut dans Parchitectûre , an point que tous les édifices furent à jour ; et Ton éleva ces monuments dont l'étonnante légèreté est une des plus grandes merveilles dn moyen âge.

£t combien est visible Tinfluence diffâ'ente des deux religions : les temples antiques étaient en forme de carré long j du bien arrondis ; c'était une enceinte que l'œil embrassait dn pre-

(i) Quand l'ogive «unit été connue dans l'Orient avant le XII*. siècle, cela ne détruirait pas mon opinion; car, dans cette Bnpposition,il est probable que l'architecture à ogivea n'était pas encore entièrement formée en Orient , et qu'elle prit un nouveau développement en Europe ; et d'ailleurs la religion mahométane est une religion spifitualiste.

hV KOT£lf AGE. 6of

mier coup ; rien d'exaltë ni de mystérieux : rarchkecture gothique , au coatraif e , a quelque chose de mélancolique ; ce sont des voûtes (prodigieusement hautes , de longues allées , sous lesquelles l'œil se promène long-temps avant que d'en voir tous les détours ; ce sont ces broderies, ces ciselures, ces ornements de tout genre , si éloignés de la simplicité antique , et qui semblent rivaliser avec les subtilités de la pensée.

Si je voulais faire une comparaison qui me semble frappante , je comparerais Parchitecture antique à la littérature classique , et Tarchitecture gothique à la littérature romantique. Ce rapport vient encore à Tappui de mon opinion : en effet I comme Pa dit un célèbre auteur , en parlant delà littérature classique et de la littérature romantique (i) , a les anciens avaient pour ainsi dire une âme corporelle , dont tous les mouvements étaient forts^ directs et conséquents ; il n'en est pas de même du ccenr humain développé par le christianisme : les modernes ont poisé , dans le repentir chrétien , Phabitude de se replier continuellement sur eux-mêmes , et , dans leurs pieuses méditations, une tendance à

(j) Mftdamede SUëL

(ma ' ARCHITECTURB 'kELIQIRVSM,

s'ëcarter tie la nature et à tout exalter. Ils ne peuveat se paaier d^une certaine profondeur d^idëes dont une religion spiritualiste leur a donne Thabitude. >•

DU GENRE GOXmQUE.

lik dénomination de gothique , donnée à Tarcbitecture à ogives , est toul-4i<-fait io^opre, en tant qu^elle fait entendre que les Golbs forent les inventeurs de ce genre. Les Goths^les Yandar leset les autres peuples barbares qui^au Y^é siècle, inondèrent Pempire romain^ n^avaient aucune idée des arts. Loin d'être créateurs^ ils ne furent que des imitateurs, maladroits (i) ; et , quand ils auraient pu créer , ne savons^nous pas que Tarcbitecture à ogives n'a été formée quç dans le XII^» siècle j bien long-temps après que le peuple dont on lui a donné le uom , fut disparu de la scène du monde ; ce nom est encore impropre sous un autre rapport , car ^ pendant la

(i) Les Goth* ne coonftÎMaifint pM pis* l'architecture que les SaxoDs , qui savaient à peine bâtir des cabanes, et auxquels on a pendant long-temps attribué, dads notre pays , la créatif de rachittctore romane.

DIT tfOTEJf AOB. 6o3

première moîiië du moyen âge , on a aussi donné le nom de gothique à l^architecture romane. Fridegode , historien , qui écrivait en qSo , dit^

-en parlant de Téglisè Saint-Ouen.de Rouen ^ qu^elle était bâtie en pierres carrées , avec une sorte de magnificence^ à la manière gothique^ u miro opère quadris lapidibus manu gothicâ..» « olim ndttliter constructa. » Si donc nous avons coniRué à employer le nom de gothique y c^est afin de nous conformer à Tusage , et pour ne point augmenteoies difficultés de la sience eh substituant une expression nouvelle , k un terme

''que tout le monde entend. Encore aujourd'hui^ idusieurs écrivains appellent indistinctement gothique 9 l'architecture romane et Tarchitecture à ogives ; cependant la majeure partie n^appliquent qu'au style pointu , cette dénomination qui, à la la renaissance surtout , fut donnée en'sig;nede mépris à toute l'architecture du moyen âge. Dernièrement quelques antiquaires ont appelé l 'architecture à ogives 9 genre oriental , genre sarrasin j etc.; moi-même j'avais balancé à lui donner le nom de romantique , par opposition à l'archichitecture romane qui offre encore quelque chose de classique , puisque ses principaux caractères sont tirés de Tantiquilé. Mais^quoique toutes ces dénominations puissent éUre beaucoup plus justes

fîo4 iRCHITECTUHB RBLIOnuSK

que celle qui est employée vulgairement , j'ai pense que le nom ne faisait rien à la chose , et qu^il valait mieux conserver une expression g^ nëralement reçue ^ que d^en proposer une no»velle , qui , peut-être , ne serait jamais adoptée* Quoiqu'il en soit j l'architecture à ogives, qui va faire le sujet des chapitres suivants , est d^aii haut intérêt à étudier : elle a été d^réciëe par beaucoup d'architectes qui n'en on^u qoe les nombreuses discordances avec le style.dassique ; pour être justes , ils aurai^t dû également en remarquer les grandes beautés. Il se sont trompés en jugeant d'après les règles de rarchitectnre'' antique , incompatibles avec celles de rarcliîtecture à ogives ; il n'y a qu'une chose à répondre à leurs critiques , exagérées par la prévention : qu^ils visitent nos beaux édifices gothiques , et ^ s'ils ne leur rendent pas la justice qu'ils méritent, ils seront incapables de juger , par cela même qu'ils n'auront pas senti.

Christophe Wren , architecte de Saint-Paul de Londres , est convenu , dans ses mémoires , qu'il serait impossible de construire plus habilement et de produire autant d'effet dans un autre système avec aussi peu de matériaux | que les artistes du moyen âge ont sa le fiûre dans leurs constructions à ogives. Quantàmoi,je suis loin de corn-

Sl^ MOT £9 AGE. 56o

parer Patchitectare gothique à l'architecture antique, avec laquelle elle n'a aucun rapport , mais je pense qu'elle a un genre de beautés qui lui sont propres , qu'elle a même souvent quelque chose de sublime , et qu'elle convient parfaitement aux édifices religieux. L'architecture des anciens est plus pure comme art j celle des modernes est plus touchante : c'est l'opinion de beaucoup d^intiquaires. ¥oici comment c'est exprimé à ce sujet M. de Jolimont ^ membre de la société des antiquaires de Normandie (i) : « H suffit ( dit-il) « d'observer sans prévention l'aspect magnifique m des grandes églises élevées par les architectes € du moyen âge ^ pour se convaincre que le « style gothique convient plus particulièrement « a nos temples j auxquels il inspiré un caractère « solemnel et religieux , que n'ofirent point en « ce genre les imitations plus où moins heu- « reuses de l'architecture antique» Les basiliques « de Saint-pierre de Rome ^ de Saint^Paul de « Londres ) de Sainte-Genneviève de Paris, « chefs-d'œuvre de lecole moderne , sont loin ^ H malgré leur grandiose et leur somptuosité, « d'exciter en nous ce sentiment involontaire de « vénération et de grandeur , celte émotion

(i) Histoire des cathédrales dû France»

6oD mCHITBCTUEB RfiLlGlXMK

« indéfinissaUe qui s'empare de aotre âme quand « nous contemplons , même avec des dispositions

indifln^rentes , Tintérieur des édifices étonnants « bâtis dans lesXII^.^XIII^. etXIV«. siècles. »

Division du genre gothique.

Ponr peu que Ton observe Parchitectare gothique, on est frappé des différentes variétés qu'elle présente dans le XII^. , le XIII®. , le XlVe., le XV«. et le XVI«. siècle; les antiquaires anglais, observateurs judicieux (i) ^ ont s'enti qu'il fallait établir des divisions dans l'architecture à ogives , et tous ceux qui ont écrit sur cette matière en ont établi : j'en propose moi - même une nouvelle ; mais je préviens d'avance que l'on ne doit point attacher à ces classifications plus d'importance qu'elles ne méritent ; il faut se rappeler que l'art n'a point eu de repos marqués dans sa marcbe,qu'il n'y a point eu de transition subite , qu'enfin nos classes sont purement artificielles , et qu'elles ne sont établies

(a) Je cite les antiquaires anglais, parce que jle n'en connais pas d'autres qui se soient occupés de Tarchitecture du moyen âge. 11 y a cependant aussi M. Boisserée de Stuttgard» qui vient de faire un superbe ouvrage sur la même matière ; mais il est rare et d'un grand pr.'x ; fe n'ai pu me le procuier» •

BU MOTEH AGI* 6.07

que pour faciliter IVtade. Parmi les divisions du style gothique^ adoptëes par les Anglais ^ celle deM, Dallaway^et surtout celle de M. Milner , se rapprockeat davantage de ma classincation : ce dernier antiquaire a distingue trois ordres dans rarchitecture gothique, il a prétendu qu^elle s'ëtait formée en Angleterre avant d'avoir été connue ailleurs. Outre que cette prëtention est insoutenable^lemot orJremesemblepeu convenablepour exprimer trois modifications d'un même genre: en eOet^ le^ ordr^ dans Farchiteçture ont des caractère^ essentiels et très-diSerents qui les distinguent; niais, dans les trois époques principales de Parchilecture gothique, il n'y a que des modificatious dans les ornements et dans les formes* Le mot ordre ne pourrait, ce me semble , «^appliquer aux différents styles de Tarchitecture à ogives , qu'autant qu^elle aurait eu plusieurs genres usités en même-temps; mais des passages presque insensibles d^une forme à une autre , ne peuvent être marqués autrement que par des différences d'é^ poque , ce qui a déterminé ma division en gothique primordial , secondaire et tertiaire. M. Auguste le Prévost , que je me plais à citer , désigne les premières constructions gothiques sous le nom de gothique à lancettes , l^architecture du XlIIe. et du XIV% sous le nom de gothique

fto8 iRCHlTfiCTURS RELIQIEUSS

rayonnant , à cause de là forme rayonnante des roses y des cercles et des quatre *- feuilles qui ornent les fasétres et les autres parties de VédiSice dans ces deux siècles. Enfin, il dësigne les constnictîons du XV«. et du XVP.sous le nomde gothique flamboyant , dénomination prise encore des compartiments en forme de flammes on de lan* gués j des roses , des fenêtres et des balustrades. Cette nomenclature est d'autant meilleure qu'elle peint pour ainsi dire d'un seul mot , le caractère des trois époques principales de Tarchitecture gothique, et je l'ai jointe à la mienne en tête dp chaque chapitre.

Avant de commencer Texposë des caractères de l'architecture gothique dans les diflërents siècles où elle a été en vigueur^ je croîs ne'cessaîre de dire par quels moyens on parvenait à Mtîr ces immenses basiliques répandues en si grand nombre dans toutes tes parties de TEurope. De nos jours^ il serait impossible d'en élever de pareilles : les ouvriers manqueraient , et des mil» lions ne suffiraient pas.

Le clergé possédait de grands biens^au mojea desquels il pouvait quelquefois entreprendre des travaux considérables^ sans réclamer de secours étrangers ^' d'ailleurs la main d œuvre ne coûtait

DV MOTBN 16B« 609

presque rien, et beaaconp d^onvriers étaient nourris pour tout salaire ; mais il fallait cependant recoarir souvent à la gënérositë des fidèles: voici le moyen le plus puissant et le plus ordinairement employé pour Pexciter. *

Le pape, an moyen d'une buHe , accordait le pouvoir de donner des indulgences à ceux qui contr3>tieraient de leur- bourse on même de leur indttstrK- à la construction d'une église ; la bulle obtenue , les moines, sr c'était une abbaye , les cfaanomes , si c'était une cathédrale , envoyaient plusieurs de leurs confrères prêcfier dans le^ villes , dans les villages y quelquefois dans plusieurs royaumes à la fois ; souvent ces frères prêcheurs emportaient avec eux les reliques les plus précieuses de leur maison-; ils s'arrêtaient dans les carrefours , racontaient tous les miracles et les guérisons opérées par Tintercession du saint auquel ces reliques avaient appartenu ; ils fini»saient par faire une peinture pathétique de l'état malheureux de leur communauté , et par promettre des indulgences à ceux qui fourniraient une certaine somme d'argent pour aider à restaurer leur église. Cette exhortation produisait beaucoup d'effet sur les spectateurs ; chacun se bâtait de déposer son offrande entre les maing^ de ces religieux , et de baiser la- châsse qui ren-

6|0 ABCHITKCTURB JUSL10IBU8E

fermait les reliques* Il j avait encore un antre tnojea de recueillir beaucoup d^argent: le jour de la fondation d'une église était celui d'une cérémonie annoncée long- temps auparavant; les seigneurs , les évéques et une multitude de per^ sonnes riches de tout le pajs y assistaient ; la cérémonie se terminait toujours par un discours pathétique y après quoi , chacun, des assistants plaçait une pierre dans les fondements et déposait en même temps de l'or , de l'argent j ou un acte de donation j • ou une offrande quelconque. Ce genre de collecte fournissait souvent des sommes énormes pour le temps; quelquefois aussi les princes accordaient des secours y ou autorisaient des coupes de bois extraordinaires , ou remettaient certaines redevances (i). Voilà par quels moyens on subvenait aux frais nécessaires à la construction de la plupart des églises cathédrales ) abbatiales ou paroissiales dans les XII«. J XIII«. et XIV«. siècles ; je pourrais dter pour exemple l'église Saint-Nicaise de Rheims^

(i) L'oiage de vendre les indul^ncei * rabtifté fuqn'ra XVI*. siècle inclosiyemcnt : tout le monde Mît que ce lot à co genre de resHources qne Léon X eut reconrs pour élcTer la baiiliqoe de St.-Pierre> et que les abns qui en résultèreal en Allemagne furent roccasion du gfand schisme qui eut lieu au XVK siècle.

DIT MOTKH AGB. 6ll

r;ikbaye de Croilaa ea Angleterre , e( on grand nombre d^autres églises de France et d'Anr gleterre ; la plus granda partie dé la cathédrale de Bajeux est gothique , ayant été presque entièrement dâruite au commencement du XII®. siècle: Philippe de Harcourt commença à la rétablir en 1 1 Sg ^ elle fut continuée « par son successeur Henri II ; mais celui*-ci y ne pouvant subvenir aux Repenses , accorda les. grâces spirituelles à tous ceux qui fourniraient environ dix francs de notre monnaie pendant cinq ans. U parait que les secours ne fureat.pas suffisants ^ car de isSo à ia54> le pape accorda des indulgences à ceux qui four- DÎnient des sommes pour terminer la cathédrale et les augmentations qu^on voulait y faire (i). A Rouen, Fabbaje de Saint-Chien fut obligée malgré ses immenses domaines d'avoir plusieurs fois recours à la vente des indulgences pour la continuation des travaux de sa magnifique église. On peut ajouter à ce qui précède que tous les édifices un peu importants n'ont été terminés qu'un demi-siècle , quelquefois même un siècle entier après avoir été commencés ^ ce qui donna

(t) Je dois cet^ renieignements à la box^é de M. l'abbé de h I Rue.

€i^ AEcmncrvBM rklioikusk

plas de facilita poar tubTenir aux dépenses , c^est ce qui ùit aussi qn^oo trouve rarement une ùniié parfaite dans tes grandes ^lises et les cathi$drales y parce qpe souvent elles étaient l'oovnrge de deax on trois architectes (i) ; presque toujours on finissait par les chapelles de la croîsëe et par la grande porte de Touest.

Il sera peut-être diflicile de concevoir* comment les /ouvriers du moyen âge étaient aussi habiles que les constructions de ce temps Pannonoent , comment^ sans connaître fes moyens qnenons employons aujourd^hm, ils parvenaient à une aussi grande perfection dans des ouvrages aussi longs j aussi vastes et aussi compliqua ; il est certain cependant que les architectes n^ëtaient pas rares, il y eut mteie des confréries de maçons ; voici ce qu^^n sait de leurs travaux et de leur organisation (a) : cette association de maçons et d'artistes était partagée en plusieurs , eompagniesy qui parcouraientles différentes parties

(i) On prtttqaait presque toa{oan nn autre genre d'économie; c'était de coasenrer les portion» de» églises piécédeatcs qai pouvaient cadrer arec les nourelles conftmctionf * quelles tfpe fussent les discordances de style ; il y a peu d'édifices aussi bisarrement mipartis sous ce rapport que la principale égiisn de Falaise.

(a) J'ai pubé nue grande partie des détails suivants d^ns l'ouvrage de Nonris-Brévrer , sur les antiquités d'AngIeten«v

MT «otbh aqi« 6i5

âe ta France , et des autres royannies cliredens^ édifiant des ëglises dans les ailles , dans les campagnes , et qui furent particuliè|pment protëgës da pape vers la fin du XII^. siècle , d^oii 4l8 prirent le nom de francs - maçons ; avant été organisés en corporation religieuse y ils furent soumis à une règle, et jouirent dé ^eiqnès privilèges. Lorsqu'ils voulaient construire un église, ils formaient un camp de cabanes aur le lieu même on elle devait être élevée ; un surveillant gouvernait en chef, mais sur dix hommes il y en avait un nommé le gardien qui veillait sur leë neuf antres; les différents travaux n*étaient point ùidiâinctement exécutés par tous, les membres : les uns étaient chargés de. sculpter des ehapîteanx de colonnes, les autres des statues, 'd'autre des feuillages ^ chacun avait une partie dont il s^ocupait exclusivement et dans laquelle il excellait. Les gentils-hommes du voisinage fournissaient les matériaux par esprit de piété j et les charriaient (i). Les riches abhayes eiitret^

(i) Il y eut aoBti en Praiie« diùhB le moyen âge une ceofrérie moins nombreuse , mais qui rendit de très-gcends services. Ces religteDE sous le nom de frères pontifes , coqs- ViiiimÎBQt des ponts dans Bnficoap d'endroit» et sor des rivières fort larges : le passage de ces rinèfes é^ait tonjottrii dificile,'les marchand» et les voyageurs étaient soqvent eiposé» A y être volés oi^ assassinés. Les travaui des rcligienjigpontifea

6l4 AUCHITEGTORK XSLIOI£USB

naient aussi des oaTiiers ; c'est ce 4pii fidt qne Ton remarque souvent une eoufomité frappmtie entre les égliys qui furent bâties à. la même époque aux frais des abbayes dont elles dépendaient.

Gàthigue primordial ou à lancettes^ de ii5o

à laSo.

Vers ta fin de la première moitié dn XII^. siècle , on abandonna g^éralemmt (t) la fimne semi'circulairo pour adopter la. forme aigiie ; tout ce qui appartenait au style roman disparut ,• el le genre gotfaiqoe futexclnsiTement adoptë.Deaog^ ves, des colonnes grèlesBtalongeéseaiaclénsàreat principalement Tarcbitecture : le goût des nouvelles fomses alla si loin , que l'on dëmolit dcè édifices romans, pour les rdaâtir dans le ;$tjie nouveau ; mais oette arcldtecture if avait pas eucore acquis la légèreté ni Félévalâon que ron y remarque dahs les denxf siècles suiywits* Ias

etarent pan rétnltat de ^Kimmitr le QOAhre 4ei volem 9 <o détruirai lean repafrei^ tt de hâter* les piogrèt de UcivUiiKtieD, en éubligsaat des cemmimîcatio«s fins fftcUet. <

(1) Je dis gèéén]emeiit,<palbe «{vil y m'^it du styk poiota dès le Xlvsiècle^ GonCinoes; liofie^D«8eejtcfttFécaisp » ce foi est ane eioeptîo|i à hi^s^; peir exenple» celui de^FèiDMiff*^ trés-pesint.

DU MOYEN AOB. 6l5

proportions , 1^ formes , les ornements se mo^ «Jifièreot sensiblement ; c^est par *- là qoe nous pouvons distinguer des dpoques diffôrentés dans les constructions postérieures au XII®. siècle.

Les arts ^ comme Içs sciences, procèdent tou-^ jours du simple au composé ; aussi les premiers édifices gothiques sout-iis moins orbes que les autres: nous allons successivement examiner leurs diSerentes parties.

La forme générale des églises gothiques fut a peu près la même que celle des égli3es romanes ; mais une addition bien remarquable changea^dans les premières , la partie tournée vers Test. Avant le XII<^. siècle , jamais on ne construisait de chapelle de la vierge au bout du chœur j et jamais les bas-côtés ne faisaient le tour de Tabside: après s^étre prolongés le long de la nef , ils se terminaient ordinairement à la croisée, et, s'ils passaient outre , ils venaient aboutir au milieu du chœur (i). Depuis la fin de ce siècle, au contraire , on trouve constamment autour du chœur des chapelles auxquelles les collatéraux servent d'accès : ce changement , Tun des plus importants qui amt eu lieu dans la distribution

(i) Quelquefois Us se termia«ient circttiaireinent»et f(i|rm«ieDt deui petites absides.

(il6 ABCHITECTUES RELIGUOSE f

des ëgUseSy poisqu'^Il déplaça pour aÎQsi dire le chœur^ poar le reporter plus au centre de Tëdifice I deviat bien plus remarquable au Xm^. s^cle , époque à laquelle ou trouvera Pextrëmitë des bas-oôtësdu chœur^uoe grande chapelle dédiëe à la Ste.-Vierge ^ et formant une seconde abside^ appliquée contre Tabside principale ; par cette nouvelle disposition y la tête de la croix (i) fut prolongée , Pceil Ile s^arréta plus aux colonnes du rond -point, un majestueux lointain s^ofirit à la vue : avant les églises à chapelles de la Vierge ^ et même avant celles dont les bas-côtés font le tour de Pabside , on en trouve qui se terminent par trois fenêtres sur une muraille plate y et d'autres dont le chœur finit à l'orient par une abside anguleuse. Les premières ne se rencontrent guères que dans les campagnes^ mais les dernières pourraient peut-être servir à caractériser le XII^. siècle.

Une autre innovation eut lieu à la fin du XII^. siècle et au commencement du XIII^. : jusquelà on n'avait point élevé cette multitude de chapelles collatérales qui bordent les ailes ; on s'était contenté des chapelles de la|proisée, del'extré-

(i) J'appelle tète de k croix» la partie toomèe rers l'ait» aa^delà de la croûée.

mite (les collatéraux et d'un petit nombre d^autres^ disposées suivant les lieux : jamais onn^en avait place le loag des bas- côtes de la nef; mais, à la fin du XU^. siècle , %t surtout dans le XIII^. et le XIV®. , de petites chapelles ajoute'es latëralement accédèrent aux ailes , de telle sorte que les arches de la nef correspondaient à Touverture de chacune des chapelles. Il s'ensuivît que de tous côtés Tœil trouva cette suite d'arcades dont la perspective flatte si agréablement la vue; etjdès le XlIP. siècle, une grande fenêtre placée dans ces chapelles éclaira et décora convenablement tous ces lieux où Toeil devait s'arrêter (i), La plupart des églises qui primitivement n'eu* rent point de chapelles semblables , eu furent garnies par la suite : celles que Ton trouve dana beaucoup d'églises sont postérieures au reste de l'édilice ; on peut voir, par les églises de Sainte- Trinité et de Saint-Nicolas de Caen , de Cerisy, de Saint^Gabriel , en un mot , par les édifices

(1) Banf certaines églises qui Ibot exception, oa peat faire remonter très-baut l'iuage de chapelles autour du choeur* A Fécamp, par exemple, il en existe deux qui paraissent être de la construction de Richard 1*'. , au X*. siècle , et qui pourtant ne sont ni des absides de la croisée , ni des extrémités de collatéraux. Mais, quant aux chapelles des bas côtés de la nef, on ne^ laa rencontre jamais dans les églises romanes.

( Noté à% M. Jug, U Prè90H.) '

618 * 1RCHIT£CTUR£ RfiU^IECgB

romans qui ont conservé leur pureté et qui peuvent servir de points de comparaison^ combien les deux innovations que je viens de signaler f agrandirent les constructions religieuses et les éloignèrent de la forme des anciennes basiliqaes , qu^elles avaient conservée sans beaucoup d^altération ,' jusqu^an Xn®. siècle.

Dans les églises romanes le chœur est toujours pins court que la nef; tandis que dans les églises gothiques il est quelquefois plus long qu'elle.

On cessa aossi de se servir de petites pierres taillées carrément , comme on Pavait fait à Timi-^ tation des constructions romaines. Des pierres plus grandes et de forme irrégulière furent généralement employées ; on abandonna tout-à-fait Tusage de bâtir en arête de poisson.

Dans le XII^. siècle,les fenêtres étroites ressemblent à un fer de lance y d'oii elles ont reçu le nom de lancettes ( plane. & 9 fig. 4 ; plane. 7 j fig. I et a ) ; c'est le principal caractère de Tarchitecture du XU*^. et du XIII^» : dans les siècles suivants 9 Tarchitecte plus hardi perça des ouvertures d'une largeur quelquefois démesurée. Les premières lancettea ne présentaient point d'omemeats , et plusieurs étaient sans co^ lonnes ; celles qui vinrent ensuite furent d'abord

^DU UOTBH AGE, €19

lemtonrëes d^uae seule catiaeinre oii surmcx^tées éL^tm cordon garni de dents de scie (pi/ 7 , fig* a ) ; ce cordon formant couronnement ne descendait pas toujours jusqu'aux impostés ( méùie plancbe ) : les cattnelures se m'iifltiplièrent àutonr de la tête dés ogives ( 1 ) , mais on ne vit jamais «lux fenêtres plus d'une colonne de chaque c^t^, supportant les impostes : il n'en ftit pas de même au Xin«. siècle ( pi. 6 , fig. 8 , 9 et 10 ).

On peut distinguer plusieurs {Proportions diffërentes dans les lancettes : les unies sont courtes^ les autres très-longues ^ d'autres d'aune hauteur moyenne. Je n'oserais affirmer lesquelles sont les plus anciennes, c'est le style gënëral de Tarehitecture qui doit en déterminer Tâge plutôt que la forme ; en général cependant^ les lancettes très -longues sont postérieures aux lancettes courtes , et antérieures adx lancettes moyennes.

A cause de la grande hauteur des fenêtres et de leur ouverture étroite, on les rapprocha beaucoup , et Ton conçut bientôt Theureusè idée d'en accoler plusieurs dans l'intérieur d^une ogive principale , ou portique ; le plus souvent ces lancettes furent réunies deux à deux ( Voyez pL 6 , fig. 8 et 9, deux fenêtres

(1) J'appelle têt^ la ptrtta aig a« qui kermin« «ne egîra*

ffaO AHCHITECXURE RELIGIEUSE

qai^soDt lirëes de la cathédrale de Bay eux ( i^) on trois à trois ( même pi. ^ fig. lo ). On en voit j^usqu^ quatre dans les galeries intérieures da chœur de la cathédrale de Bayeuz. Lorsqu'elles étaient réunies au nombre de trois ^ celle du milieu était ordinairement plus élevée que les d^x autres ; quel que fût leur nombre , dès qu^il y avâ^it réunion ^ Tespace vacant entre les têtes des lancettes était rempli de roses j de quatrefeuilles f ou de trèfles, comme on le voit (pL 6y fig. 8 , 9 et lo). Pai remarqué que^ dans les grands édifices^ oii Ton trouve plusieurs raogs de fenêtres supei:posés ^ Tordre et TarrangemenC de ces dernières varient en quelque sorte suivant la place qu'elles occupent. Dans Tétage le plus élevée il y A ordinairement trois lancettes réunies ( pi. 6 , fig. 10 ) ;; au second étage , les fenêtres sont géminées ou deux à deux ( même planche , fig. 8 et 9 ) ; les plus basses enfin sont isolées. Les laucettes réunies amenèrent Pidée de cons* truire de larges fenêtres avec qe^ divisions en compartiments, qui , dessinant de vraies découpures j ornèrent les édifices . postérieurs. Les fenêtres du XIU*. , du XI Ve. et du X V*. siècle

(i) Ces fenfitrei foot probablement da XIII*. siècle ; néamnoioii •B «o voit d« pareilles dès la C a du X)I*.

DU MOTSN iGB. 6a î

ne sont pour ainsi dire que la réunion de pht sieurs hnceUes, dont les sdparations sont encore tracées par 4es meneaux qui forment des compartiments. On voit fréquemment , au bout des églises de campagne du XII^. siècle^trois lanfettes rapprochées sans cependant être réunies. Ou avait placé de la même manière trois fenêtres cintrées au bout de quelques églises romanes ; je pense que le nombre trois qui se présente si souvent dans Parchitecture était Tembléme de la Trinité.

• Les portes,au nombre de trois dans les grandes églises , sont en ogive , le haut en est garni de cannelures soutenues par plusieurs colonnes. La tête de l'ogive au haut de la porte est quelquefois trilobée (pi. 4> fig* 4 (i); on trouve encore ^ quoique très-rarement, des portes cintrées, comme on peut le voir par la figure que je viens de dter.

On a vu plus haut que , dans Parchitecture romane, on ornait Tentourage des cintres de têtes plates grimaçantes : on en voit encore quelquefois autour des o^ves dans le XIP. siècle et la première moitié du XIII®. ; mais elles sont très*-

(i) Plusieari antiquaircf appeUeot les ogives aioss teimiDées» €giTe« trilobées , poar les distinguer dei ogives à tète de trèfl* Y^- 7 » fig* lOv «^ pi* 4» fig* 3 t {'adopte leur noaaeDclatitre.

6aa ARCHITBCTURB RBUOIBV»

petites^et elles ont une physionomie paiticoBère; on j remarque toujours deux grandes oreilles qui donnent à quelques-^unes Taspe^t d'une tète dechauve-souris. Du reste, elles sont en minîa* . ture ^ussi bizarres et aussi variées que les têtes entable'es de Tarchitecture romane , dont elles sont une imitation ; on en voit de pareilles à Bret* teville - L'Orgueilleuse , à Christot ^ à Norey j à Nouant ( Calvados ) , etc. , etc.

Les arcades^quclquefois larges et obtuses^sont le plus souvent étroites et aiguës , sans cependant Tétre autant que les fenêtres ^ il y en a plusieurs rangs superposés ; quelques-»unes sont aceoUëes et réunies sous une autre plus grande ; souvent elles figurent de fausses fenêtres ou des galeries bouchées , intérieurement et extérieurement (pi. 7 , fig. 5 et 10 ), et sont terminées en tête de trèfle.

Les colonnes sont minces et alongées , trèsrarement isolées , presque toujours groupées de manière à garnir et entourer complètement les piliers dont elles sont le principal ornement ( pU 7 , fig. 7 ) } de là cette forêt de colonnes qui caractérisent Tarcbitecture gothique. Les piliers sont de forme irrégulière, et les colonnes réunies sont dé diJQTérentes grosseurs , quoique d^une hauteur égale. Leurs chapiteaux se dislinguent par une élégante simplicité, et a pprochent j

X>0 MOTEIC AOB. 6d5

beaucoup de Tordre corinthien. Ils sont garnis de feuilles alongëes ^ recourbées ou roulées à leur extrëmîté^ de manière à figurer des volutes ^pl. 7 , fig. 3 et 4)* Lorsqu^il y a plusieurs otages de colonnes 9 au--dessus.de Tentablement, qui recouvre les chapiteaux^ existent d'autres colonnes pareilles aux premières, et du sommet desquelles plusieurs nervures s^élèvent en ogive pour aller assujétir la voûte ( voyez pi. j , fig. 10, des colonnes et des arches de Fintérieur du chœur de la cathédrale de Bajeux ) ; mais au milieu de ces divers étages de colonnes , il y en a presque toujours qui s^élancent d'un seul jet jusqu'au haut de l'édifice , pour aller soutenir les nervures principales : on peut ajouter que , dans le XII®. et le XIII®. siècle , on trouve des colonnes annelées ( pi* 7 i fig* 6 ) ; ce sont des colonnes qui semblent attachées par le milieu avec plusieurs anneaux; j'en ai trouvé dans un bâtiment attenant à la cathédrale de Bayeux ( Le Vestiaire ) , dans l'église de l'abbaye de Saint - Etienne de Caen et dans beaucoup d'autres lieux. On en voit un grand nombre dans la nef de l'abbaye de Westminster , qui est du Xni«. siècle. Dans le XIP. et le Xin«. siècle, les colonnes,quoique faisant ordinairement corps avec les piliers , étaient cependant bien arrondies et presque entières , quelquefois même, quoique

624 iBCHlTECTURE RELIGIEUSE

rarement^ elles étaient t6ul-à*fait dëtachées,el ai* sujettes aa moyen de crampons , tandis que poslërieurement , leur fût devint d\ine maigreur ridicule ^ et se réduisit à un demi-relief.

Les balustrades placées intérieurement el exté» rieurement fournissent aussi des caractères utiles pour découvrir Tàge .d^un monument ^ par les modifications constantes et successives de leur forme. Dans le gothique primordial, trois espèces furent employées presque seules ; elles consis* tèrent en une suite de petites arcades ^ dont les unes furent simplement terminées en ogive , les autres en tête de trèfle ( pU 4 9 fig* 3 ) ou iri'^ lobées ( pK 4 > fig« 5 )• On trouve la première et la troisième espèce extérieurement autour du chœur de la cathédrale de fiayeux , et la seconde dans rintérieur de celte église , au -* dessus des arches romanes que j'ai figurées ( pL 4 9 fig* a )•

Les voûtes gothiques sont d'une hardiesse et d^lne légèreté admirables , et supportées par des arceaux souvent croisés en forme d'X. Les forces, habilement combinées par celte disposition , produisirent un solidité presque impossible à concevoir , lorsqu'on voit ers légers faisceaux de longues colonnes qui supportent tout Téditice. On commença dans le XU«. siècle à orner le

DU MOr£N JkGE. 6:. 5

point de Plntersection des arceaux avec des fleurons (i)«

Il j a des difierences firaijpantes entre les tours gothiques et les tours romanes ; celles-ci sont terminées par une pyramide .à 4 P^^ (^) r celles-là par une flèche octogone ; dans les pre« mières , la base de la pjramide déborde sur les murs de la tour carrée , tandis que cVst le contraire dans les secondes (3) ; d^un autre coté ^ les tours gothiques étant composées-dWe flèche

(t) Bf . Bcntbaitt prétend que les Anglaîa constraisirent leun voûtes avec de la craie , à cause de la légèreté de ceUe pierre. £d Normandie , on a employé indistinctement les mf'mes matériaux aux murs et aux voûtes ; mais on avait soin de ne charger ces dernières qu'avec nii mélange de mortier et de pierres d'une petite dimension , qu<-lque8 - unes ménin présentent des morceaux de tuf: dans le déparleiDeot du Calvados, c'est le lufde Sainte-Honorine qui a été employé ; dans la Manche , une espèce de calcaire grossier que l'on extrait principalement à Gorges et à Sainteny.

(a) On peut dire que presque toutes. les tours romanes sont tertninées par une pyramide à quatre pans , et conformes 4 celles, que j'ai Sgurées ( planch. 5, fig. i'* ; tiplancb. i'*., fig. a ). Cependant on pourrait en trouver un très • petit nombre qui furent octogones , par exemple, les tours de Jumitge,le clocher de Tamerville prés Vahignes , celui de ^évières près de Bayéux ; mais res exceptions sont bien rares, 1} ^^"' ^^ cas la toor pienatt elle-même la forme octogone avant d'arri>er à la base de la pyramide terminale.

(0 Ce seul caractère m'a souvent servi à disting oer de trèaloin , si une tour était romane ou gothique..

6^6 iRC0IT£CTURB RSLlGiEUSE

octogone ëlevëe sur une tour carrée , il resta aux quatre angles de celle-ci des vides que l'on remplit par des^ tourelles ^ dont l'accompagnement dW bon eflet est sans exempte dans les tours romanes. On concevra bien mieux ce que je dis , lorsque Ton aura jeté les yeux sur la planche cinquième. La figure première représente une tour de PXI^. siècle ( la tonr de Vienne ^ arrondissement de Bayeux ) ; la figure deuxième représente une tour gothique du XII^. siècle y où Ton voit encore des corbeaux ; elle est tirée de l'église de Tour , arrondissement de Bajrenx. Les tours du Xll^.et du XIIP. siècle sont percées de quatre côtés par des fenêtres très-longues et très - étroites en forme de lancettes ; les plos anciennes présentent encore quelques pleins* ciutres^des corbeaux^ etensuite plusieurs variétés de modillons que Ton remplaça par une bordure defeuillages^detrèfles^ott de quatre-feuilles. Elles ne tardèrent pas à acquérir une grande légèreté; leur hauteur égala souvent la longueur entière de Tédifice.

Un trait hardi duJiouveau style fut d'élever en Pair ces arcs-ba0ants , qui soutiennent le haut des grand» murs extérieurs , et qui contribuent si puissamment à l'élégance y en même temps qu'ils ajoutent a la solidité , en neutralisant

DU MOTSir AGE. 6^7

la pesanteur des voûtes. Ce moyen ingénieux de consolider le sommet des grands édifices estait I^resque inconnu dans TXP. siècle (i), ce ne fut que vers la fin du XIP, que l'on commença à en tirer parti; jusque-là les arcs-boutants avaient été dérobes à la vue sur la toiture des )>as-c6tés de l'édifice rendus visibles par ce de'gpgement ; on * les revêtit d'ornements convenables j on surmonta de clochetons ou de pinacles , les piliers qui servirent h les supporter ; on pratiqua le long de ces piliers des niches dans lesquelles on plaça des statues (pi. 7^ fig. 9). Il faut bien observer que les arcs-boutants ne furent pas communs avant le XUI^* siècle.

Lorsqu'on réfléchit à la grossièreté et à la rareté, dans TXP. siècle^ de ces demi-reliefs que j'ai figurés (pi. i''*., fig. 5 ) , on est étonné de voir^ dès la première moitié du XIIP. , un grand norabi'ede statues, dont quelques-unes ne sont pas sans mérite , et qui toutes doivent certainement être regardées comme des chefs* d'oeuvre , comparativement aux premières. Cette amélioration subite dans Tart du statuaire ne

(i) Il n'était pas DécfBtaire , tand» ^u'il le dcTÎntà l'époque dat comtnictioos pointoet.

6a8 IRCHITECTURE R£LIGl£U8K

peut s'expliquer q:i'ea ratlril^nant aux grand» rapports qui existèrent avec Constantinople et Rome , depuis les premières croisades. Tous les arts lurent dans un e'tat de splendeur au XIII*. siècle y comme le prouvent tant de beaux ou-» vrage^ de celte époque , et notamment les sceaux de St.-Louis , l'admirable châsse de St.-Tturin. d'Évreux , et les deux portes latérales de la f^ çade occidentale de Rouen.

Les petites tours ou clochetons se multiplièrent et ornèrent les parties exteVieures les plus remarquables des églises ; elles étaient tcès-rares

dans rarchitecture romane.

On fit pour les statues des niches surmontées d'un dais.

Les principaux ornements architectoniques du gothique primordial sont : les rosaces, dontrefiet iest si agréable à Tœil ; U^abord simples et entourées de dents de scie j elles devinrent bientôt larges, riches et élégantes ( pi. 7, fig. la). On employa aussi les feuilles de diêne, et surtout les trèfles et les quatre-feuilles (pi. 4 9 fig* ^ ^^ 7 ) M^ y ^^^ ^^^ trèfles à feuilles aiguës et lancéolées (pi. 4 9 ^g- 6)j'd^autres à feuilles rondes.

Tels sont les principaux caractères de rarclii*

'du MOTfilC AGE, 0211

teclnre du XII^. siècle et de la première moilié

du xrae.

D'après ce que je viens dVtablir , il faut conclure qu'en gëneVal on peut distinguer deux époques dans le gothique prionordial ; la première comprendra le temps des lancettes isolées , c^es^ à-dire, toute la dernière moitié du XII*. siècle; les lancettes isolées se divisent en lancettes courtes-, lancettes longues , lancettes simples , et lancettes à plusieurs cannelures ; la seconde comprendra le temps des lancettes réunies deux à deux ou trois à trois , durant la première moitié du XIIP. ; rappelons* nous cependant que rien n'est absolu dans nos divisions , qu'elles sont purement artificielles j et qu'il faut se garder de s'y attacher trop scrupuleusement, sans quoi on pourrait *' être induit en erreur : en effet , quoiqu'elles •oient basées sur la progression des formes remarquées dans la plupart des monuments, il y en a quelques-uns qui sortent de la règle commune ; nous avons déjà vu combien sont éton* nantes les cathédrales de Seez et de Coutances ; H est d'autres monuments plus avancés ou phis retardés que tous les autres de la même époque. Il ne faudra donc pas être surpris de trouver, dè« k commencement du XUl*^. siècle , presque tous \eB caradères que nous allons assigner k la fia

659 lRCHCrECT0RB RELIGIEUSE

de ce siède ^ ef^ice versa ; par exemple , le» caractères que nous assignons au XII^. siècle ne conviennent souvent qu'aux églises du XIII®. ^ pour les campagues^où les progrès des arts ont to»jours été plus kats que dans les villes. Cest ainsi que dans les cmpagnes on ne trouve guères^pendant la première moitié du XIII®. siècle , que des lancettes isolées, souvent très-simples et trèsélroites , ordinairement avec une seule colonne de chaque côté(i).

La cathédrale de Bajeux ofire un exemple du style que j'ai appelé gothique primordial ; une partie en a été bàùe par Tévéque Philippe de Harcourt et par son successeur^ dans la deuxième moitié du XII^* siècle ; les travaux se prolongèrent iong-temps , et ne furent achevés que dans le XIII*^. ^ comme je Vjèi dit plus * haut ; il est bien difficile de distinguer queltes parties de ce monument appartiennent au Xil^. siècle 9 et.de savoir lesquelles appartiennent aa Xin«. ; il serait possible que les fenêtres 8 et 9, pi. 6, ne fussent pas antérieures à laSo» La cathédrale de Bay eux offre aussi ^elques parties duXIV«. et du XV«. siècle ,.que je vais indiqua

plus bas.

. On trouve encore, de TarchitécUire gothique primordiale dans les églises de Frenouvilie,

BU MOXKN AGE. 63 I

Sotiers j Saint-Laurent-de-Gondelles, SainW Aubia , Croisilles ^ Âthis, HarcoUrt , BreuevillelOrgueilleuse , .Cristot , BroU^jr , JSorej ( i ) ^ Saint"-MaQ vieux , Brettevilie - sur - Laise y Lan-^ grane ( arrondissement de Caen )j dans les églises de Gëfosse^ Fontenay , Isigny , Saint-Loup , Sainte - Honorine , Huppain y Ver, Vire (a) ( Calvados ), de Saiqie-Croiz , de Saint-Lô , de Saint^Gilles près Saint-L6^ de.Coutances, de Mont-Martin ^ de Golombi , de Mortain , etc. ( Manche ) , dans le cbevet et le transsept sep« tentrional de la cathédrale de Rouen , la nef de Péglise d^Eu , la nef de Tabbaye de Fécamp , le poruil de Gournajr ( Seine-Inférieure ), dans la cathédrale d'Évreuz , etc^ ; les églises de Fancien couvent de llsledien j du petit Andélis ^ de Couches ^ etc. (£ure) , dans Tancienne

(i) L'églûe de Norrey est très-remarquable pour ane église d» ctropagne. EUe est fort élevée et airec de jolies lancettes. Elle parait êlre de la première moitié da XJII*. siècle. Il favt eicepter •eolement ane grande partie de la tour $ le porche qui est da côté da nord , et une grande fenêtre bouchée au midi , è l'extrémité de la croisée. Ces parties sont évidemment du XIV*. sièdlei Je donnerai quelques détails, sur l'église de Norrey , dans un travail i| part , que je consacrerai à décrire les églises les plua remarquables de l'arrondissement de Gaen.

(i) La partie ancienne de TégUse der Viic itt de 1» prem^èM Boitié dn XII*. siècle.

65a ARCHITECTURE «RELIGIEUSE

ég\ine Sainte - Geneviève de Pans ', dans la câthédirale de Canlorbéry , en Angleterre.

Une grande partie des églises du Calvados que je viens de citer , sont du commencement du XIU®. siècle ; la plupart offrent , au - dessous de la corniche extérieure , des roodillons q{ii sont à peu de chose près semblables à ceux que j'ai figures ( pi. 7 , fig. 17 ) ; on trouve les mêmes à la nef de Cheux et sur beaucoup d'autres monumeals de transition ; on voit aussi des mo« diltoiis en forme de longues dents de scie à beaucoup d'égUses gothiques primitives du Calvados. On peut doàc conclure que les modillons ont -été en usage , au moins dans les campagnes^ jusqu'à la deuxième moitié du XIII^. siècle, c'est-à-dire, pendant tout le temps que j'assigne au gothique primordial. Verslafin delà première moitié du XIII^. , l'architecture fit de grands progrès en France ; le règne de St.-Louis est le plus fécond de tous en constructions; ce prince fit bâtir une granule quantité d'églises à Paris et dans difTérents lieux de son royaume. Les abbayes de Longchamp , près Saint-CIoud, et de Saint- Mathieu , près de Rouen , une grande partie de l'église de Saint*Denis , l'église de TabbayedeMaubuisson^les hôtels-dieu de Vernon, Pontoise , Gompiègne ; le monastère et l'église de

DU MOT£!f AGB. 635

Rojraumont , la Samte-Chapelle de Paris , et ua grand nombre d'autres monuments sont dus à «a munificence. Il encouragea Tarchitecture , et les noms des plus ce'lèbres artistes de son temps sont parvenus jusqu'à nous ; parmi eux on peut citer Eudes de Moutreuil , qui accompagna le Roi en Orient , et y fortifia la ville de Joppë. Revenu en France , il construisit à Paris un grand nombre d'édifices (r), et c'est à lui que l'on doit Teglise Notre-Dame de Mantes, qui est bien remarquable ; une inscription placde sur sa tombe , daûs le couvent des Cordeliers de Paris, apprend qu'il mourut en laSg.

Un autre artiste appelé Jousselin-de-Courvanlt , accompagna St.-Louis à la croisade , et inventa plusieurs machines de guerre (a).

Partout l'architecture prenait un caractère de grandeur et de magnificence ; à Rheims , une snperbe cathédrale s'élevait pour attester la perfection de l'architecture gothique en France , dès la première moitié du XIII«. siècle ; elle fut consacrée en 1 94^ • Dans la même ville , Hugues

(0 On cite comme son ourrage les égliset de Sainte-Cathe* rine du Val des EcolierB , les Quinze- Vingts , les Cordelien , les Matfanrins et a a très établissements de Paris.

(i) JoioTiUe , hist. de S.-Loul4.

634 incHiTBCTiJiift nELioiftvsm

Libergier donnait ses soins aux travaux de IVgiise de Saint-Nicaise (i) , qui ne fut terminée qu^au commencement du siècle suivant , par Robert de Coucjr.

On connaît aus^ ^elques noms d'architectesnormands ; on voit , dans la chronique de Pab-^ baye du Bec , quTngelramme , qui avait travaillé à l'église Notre-Dame de Rouen , fut engagé^ en I2I2 ^ par Tabbë Richard^ à rebâtir Péglise de cette abbaje. Un autre artiste ^ HemméWaulderde-Meulan , coptinua l'ouvrage ; cette église fui tosuite brûlée et rétablie pendant l'abbatiat de- Pierre Ganiba^ vers 1273.

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