‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 119 sur 216 · SUR LA VIB DE SAINT THOMAS LB MARTYR · texte numérisé non relu

SUR LA VIB DE SAINT THOMAS LB MARTYR

mation de notre langue. Tétait au moins autant pour la valeur et T utilité des documents qu'elle contient. Uartide dans lequel M. Y. Leclerc a dis^ cuté avec sa justesse d'esprit et sa sagacité ordinaires les titres du poète Picard (1) , est venu prouver qu'à ce double point de vue il était digne d'un examen attentif

En comparant avec soin le récit de l'écrivain français avec ceux de tous les historiens contemporains récemment publiés , je n'ai pas tardé à m'apercevoir que ce n'est pas lui qui mérite le moins de confiance, et qu'il est aussi instructif pour les feits qu'il a passés sous silence que pour ceux qu'il a fait entrer dans son récit. La lecture de tous les textes publiés par le docteur Giles m'a, de plus, convaincu que le système d'Augustin Thierry n'a rien à voir dans l'histoire de saint Thomas de Canlerbury.

Quant au jugement à porter sur le fond même de la question qui a causé la lutte terminée par une catastrophe si horriblement dramatique , il est difficile d'adopter , sans de grandes modifications , celui du même écrivain. 11 n'est plus permis, d'abord, de lui donner pour base une prétendue opposition due à la lutte des deux races; et sans manquer en rien au respect que mérite l'historien de la Conquête, nous aboyons être en droit d'affirmer que nous sommes placés anjourd'hui à un point de vue qui nous permet d*apprécier, d'une manière plus pbilosoplnque et plus impartiale qu'on ne pouvait le faire il y a trente ans ^ ce qui appartient à l'histoire du moyenâge (2).

Gamier de Pont Sainte-Maxence , comme tous les contemporains d'une lutte qui avait ému le monde chrétien, avait été fortement saisi par le spectacle de l'existence agitée et de la mort héroïque du martyr de Canterbury. Il composa, sous l'empire de ces premières impressions, un récit qui , écrit loin du théâtre des événements , lui parut à lui-même, quand il fut mieux informé* fort incomplet et en plusieurs points inexact

(1) Histoire littéraire de la Framea, t XXill. '

(2) Parmi les écrivains qui ont apprécié saint Tbomas Becfcei en se plaçant au point de vue catholique, i) suffira de citpr : Fr. Ozamam , dans ses Deux Chancelier» iTAngleteiTe ; M, E. db Bonaflcaosa , d'abord dan» son Hîji. deê quatre conquHeM iC Angleterre , publiée en 185S, et plus récemment dans son article de la Revue contemporaine (Id janvier I85â)| enflo le D'. do Boa, professeur de Droit civil et ecclésiastique à Fribourg en Brisgavv : Saint Thowuie, archevêque de Canterbury, primat d'Angleterre ( allemandj (V. eUnivere du 39 janvier iSM).

Primes (reliai de joie et sovent i menti ; A Ghantorblre alai ; la vérité ol ; Des amis saint Tbomas la vérité cuilli Et de cels kl Favelent dès s'enfance servL D'oster et de remettre le travail en suffrL

II se rendit alors en Angleterre et à Canterbury , où il se trouvait en 1172, deux ans après le meurtre de l'arclievêque. Là déjà accouraient en foule des pèlerins, empressés de venir prier sur une tombe où s'accomplissaient chaque jour des miracles dont les récits passaient de bouche en bouche. Il en rend compte en ces termes:

Tuz H monz curt à loi et évesqoe et abbé , Et gentil et vilain , il prince et 11 casé ; Et nuls n'es en sumunt, ainz l vunt de ior gré. Mult se haste d'aler cil ki n'i ad esté ;

Nis il petit enfant i sant en ben porté.

li maet l parolent , il surt i ant Foie ; Et de lèpre i gaarissent maint, et d'idropesle. Li contret i redrescent , li mort i ant la vie , Li avogle i alament : saint Thomas tost aie Celai qal par baen qaer le requert et deprie.

Garnier s'attacha scrupuleus^nent à ne dire que ce qui lui était attesté par les personnes qui avaient vu Tbomas Becket, ou qui avaient vécu dans son intimité. Il lut avec soin les nombreuses relations en vers ou en prose auxquelles donnaient lieu des événements qui avaient eu un retentissement immense , et qu'il ne trouva pas toujours, comme il le dit lui-même , conformes avec la vérité :

Tat cil aatre romanz c'un ad fet del martir Clerc « a lai , muine , a dame , mult les ol mentir : Ne le velr, ne le plein, ne les i ol farnlr; Mes cl porrelz le velr et tat le plein olr. N'istrai de vérité por perdre , a pur morlr !

Il corrigea , diminua ou augmenta le^ p<rème défectueux , que Tindiscrétion d'un scribe avait déjà mis entre les mains du public, et ce ne fut qu*après y avoir travaillé pendant quatre ans qu'il crut avoir achevé

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son œuvre. Il fit souvent la lecture de son poème , auquel il donne plusieurs fois le titre de Sermon, à la foule réunie autour du tombeau de saint Thomas , dans la crypte de Téglise cathédrale :

Guarniers li clercs del Punt une ci son Seiuhln Del marlir saiDt Thomas et de sa passion ; Et meinte fel2 le list à la tambe al barun

L'an second ke U sainz fu en Figlîse ocls Gomenchai cest romanz et muU m'eo enlremis. Des privez saint Thomas la vérité apris.

li avait reçu les confidences d'une abbesse , sœur du martyr , et les déclarations des moines et du prieur du couvent de Ganterbury , avec lesquels il passa plusieurs années , et qui lui témoignèrent, d'après ce qu'il dit lui-même , leur admiration pour son poème par de nombreux présents.

L'abbesse saer saint Thomas « Pur s'onar et par le barun , M'a doné palefrei et dras ; N'i faillent nis li espemn ; Ne getai pas mes dez sur as Quand Jo tomai à la meisun.

GEde , le baens priurs de seinte Ternité ,

Li covenz des seignurs (Deus lur sache baen gré)'

M'unt fet mult grant sueurs ^ de Inr sovent donné.

11 rend enfin grâces au saint martyr lui*m6ine , dont il avait rimé la passion. U attribue à sa protection spéciale le bien-être dont il jouissait, et que nous le soupçonnons d'avoir un peu exagéré ;

De ço k'ai esté sovent las

De rimeier sa passion ,

Il me le rent bien , ne m'a à gas

Assez me trove gnarisun ;

Or 9 argent et robe en mes sas ,

Chevals , antre possession.

Se nuls me dist: GnarnierSy où vas?

Tu;e u muns est miens en virun.

Lui-même, enfin, avait été témoin de quelques-uns des faits qu'il raconte. Se trouvant en Normandie à Fépoque où Thomas Becket , en sa qualité de chancelier , combattit en personne à la tète des soldats du roi d'Angleterre, il Tavait suivi dans une de ses expéditions:

En Normandie r*out sun selgour grant mestier; Et jo Tvi sur Franceis plasur fei2 chevaucher.

Les biographes latins, contemporains de Garnier de Pont Sainte-Maxence, dont les témoignages m'ont paru offrir sous tous les rapports le plus de garanties, sont au nombre de cinq (1).

Le premier et le plus considérable est Herbert de Boseham, qui, attaché comme secrétaire à la personne de Thomas Becket , alors qu'il n'était encore que chancelier, assista à sa consécration, le suivit à l'assemblée de Garendon, s'enfuit avec lui de Norlhampton, fut chargé, en France, d'une partie de ses affaires, et rentra avec lui en Angleterre. Herbert ne fut pas témoin du martyre de son maître, qui l'avait, la veille même, chargé d'une mission. Retiré dans un monastère, il y composa son histoire quatorze ans après les événements. Cette relation précieuse a été publiée par le docteur Giles, en partie d'après un manuscrit de la bibliothèque d'Arras, en partie d'après un autre manuscrit du Ghristi- College, à Oxford (2).

Roger de Poutigny a connu l'archevêque pendant tout le temps que celui-ci a passé dans le couvent de ce nom , et il a constaté un assez grand nombre de particularités qu'il tenait de ce grand homme luimême (3).

Un autre historien, désigné sous le nom de Guillaume, fils d'Etienne, a suivi partout, comme Herberi de Boseham, l'archevêque de Ganterbury, et a été témoin de la catastix>phe suprême (&).

(1) On trouvera une énumérailoo complète des sources à consulter pour Thlstoire de saint Thomas de Canterburj dans Touvrage du D^ Giles {Saint Thoma» Becket, archevêque et martyr), et dans la traduction d*une partie de cet ouvrajfe, par Tabbé Dabboy (Paris, Ambroue Bray, 1858). Ces différents historiens, avec les lettres éditées par le savant anglais, sont réunis dans le CXC*. vol. de la collection de Tabbé Migne, Patroiogiœ Cursu» completiu, Paris, Petit-Mont rouge, 485â. \ vol. gr. in-8*.

(2) Hei l)erlus de Boskhah, Sancli Thomc Clerici a secretis, Vita sancii Thomœ archiepiscopi et mnrlyn'B (Patroiogia, t.CXC. p. J068).

(3) Vita Thamtr, auctore Rogeriode Poktiniaco {Ibid., p. W).

(/i) Vifa Thama tcrtia^ auctore Willblmo , G'Io Siepha ni (Pafro/o^Vi , t. CXC, p. 103). Guillaume

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