SUR LA VIE DE SAINT THOMAS LE MARTYR
Le quatrième historien, dont la relation manuscrite existe à là bibliothèque de Lambeth, se présente encore comme offrant tous les caractères de la franchise, de rintelligence et de la loyauté. Les renseignements consignés dans cet écrit , avec une simplicité qui n*est pas sans élégance, ont été puisés aux meilleures sources (1).
Enfin Edouard Grim, dont la relation n*est pas une des moins intéressantes, était un moine qu'un sentiment de pitié et de curiosité avait attiré à Canterbury^ lorsque saint Thomas, qu'il avait connu en France, y revint après son long et douloureux exil. Son témoignage est surtout utile pour la connaissance des scènes lamentables qui ont eu lieu au moment de l'assassinat. Se pressant autour de l'archevêque, qu'il tâchait de défendre contre ^es barbares meurtriers, il avait eu le bras emporté par le premier coupd'épée dont celui-ci avait été frappé (2).
En ajoutant à ces relations , qui sont d'une grande valeur historique, les témoignages de Jean de Salisbury, depuis évéque de Chartres, et Tami intime et constant de saint Thomas ; celui d'Alain , abbé de Tewkesbury et surtout la volumineuse collection de lettres dont j'ai parlé plus haut (â) , on aura sous les yeux tous les documents grftce auxquels une nouvelle et complète histoire de saint Thomas de Canterbury est devenue aujourd'hui possible.
Il faudra, dans tous les cas, tenir un grand compte de l'ouvrage de , Gamier de Pont Sainte-Maxence, On le trouvera, sur tous les points essentiels, d'une exactitude scrupuleuse. Il donne à chacun des personnages qui figurent dans son histoire la physionomie qui lui convient. On reconnaît, aux traits dont il les peint, Henri II, implacable, vindicatif, impétueux, jurant à tout propos par les yeux de Dieu, ne reculant devant aucun moyen pour arriver à raccomplissement de ses projets; Roger de Pont-l'Evéque , archevêque d'York, jaloux de saint Thomas dès le premier jour qui les mit en présence l'un de l'autre ; Gilbert Foliot ,
fait, dans son prologue, one longue description de la fille de Londres (Dereriptio nobiiissima' ehitatis Londoniœ)t qu'on lit avec intérêt.
(1) Pasâio sancti Thomœ , auctore A?ioif tno Lambestbensi {ibid). Cet ouvrage est d'un moine de Canterbury, qui a écrit la vie de TarcbeTÔque, deux an.4 après sa mort, d'après VAngiia sacra, t. I.
(S) Vita prima Thomœ , anciore Bdwardo Guh (ibid,, p. 4).
(3) Ces divers écrits sont réunis dans le CXC*. Tolnmedu Pafroioffiœ Cursus de l'aiibé Migpe.
évêque de Londres, cachant sous une apparence calme et modérée une ambition sans bornes; Févêque de Winchester, toujours conciliant et généreux; Arnould, évêque de Lisieux, et quelques-uns de ses confrères, fermes et décidés tant que saint Thomas les soutient par son énergie, faibles jusqu'à la trahison quand sa cause semble désespérée. Malgré son admiration profonde pour Tarchevèque de Canterbury, il ne craint pas de noter certains traits de caractère, ou de raconter certaines parlicuiarités de sa vie mondaine, que ne mentionnent pas les chroniqueurs latins , trop disposés à présenter le saint martyr comme pourvu, dans tous les temps, de vertus exemptes d'imperfections ou de faiblesses.
Garnier s'asservit assez exactement à Tordre des faits, et ne laisse passer aucun de ceux qui offrent quelque importance ; il intercale même à l'occasion quelques-unes des pièces du procès, dont il donne la traduction. Telles sont, par exemple, la constitution présentée par Henri II à Clarendon ; deux lettres adressées à ce prince par l'archevêque de Canterbury; une autre écrite à saint Thomas par Tévêque de Londres, et Tadrairable réponse de celui-ci, etc.
C'est en comparant les pièces officielles qu'il croit devoir reproduire avec les textes latins que nous trouvons ailleurs, que Ton demeure convaincu de sa sincérité et de son exactitude (1).
Il est un autre genre de mérite dont il ne semble pas moins fier, c'est de posséder à fond la connaissance de la langue dans laquelle il écrit :
Mis langages esl boéos , car en 'France fui nez ;
dit-il lui-même ; ce qui ne l'empêche pas d'être beau clerc, versé dans les saintes Écritures, et de se moquer à l'occasion de ceux qui manient moins savamment que lui la langue latine. Il dit, en rendant compte d'une réunion, à Sens, d'évêques et de cardinaux :
Devant le Pape esturent 11 oiessager réal. Auqoant diseient bien , plusur diseient mai ; Li auquant en latin , tel bien , tel anomal ; Tel , kl Ost Personal de verbe impeisonal , Singuler et plurer aveit toi par igaL
(1) Tous ces textes sont réunis dans le volume publié par Tabbé Migne. Les seiie articles de la Constitition de Clarendon sont analysés dans le X*. volume des Actes de R^Mea; ou les li-ouvc encore dans la