‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 121 sur 216 · SCR LA TIE DB SAINT THOMAS LB MARTYR · texte numérisé non relu

SCR LA TIE DB SAINT THOMAS LB MARTYR

La publication de cette chronique, écrite, comme on le voit, en stances composées de cinq vers monorimes (1), prouvera, nous l'espérons, quMI mérite d'occuper un rang fort honorable parmi les écrivains qui, dès la fin du XII\ siècle, avaient doté la langue française des principales qualités qui devaient la distinguer plus tard. Je signalerai, en particulier, plusieurs pages écrites avec une émotion qui s'élève jusqu'à l'éloquence : celle, par exemple, dans laquelle il apostrophe ainsi les meurtriers de l'Archevêque, en leur reprochant un crime odieux et inutile :

Ohyl maléurél pur quei l'avez oscis Gel saintisme arcevesqoe? n'i avez rien conquis 1 Il n'aveit rien mesfelt , trop i avez mespris I K&r vus repentez tost ; volez en estre pris : A amender avez , se vivieiz , tut dis 1

Dans un autre passage, il accuse les évëques qui cèdent au roi de manquer à leur devoir en le laissant agir comme il le fait ; car son salut est confié à leur garde et ils en répondront devant Dieu :

Ohyl vos, las, chaitif, dites*niei ke kremez? Kremez vus ke vus touge U Reis vos poestez? Par ma fei I ne Tfera , se tenir les osez. Vus n'estes pas évesque; le sul nun en portez. Ço ke à vus apent , un sul puint ne guardez.

Les autres devriez mener et nuncier, Et vus les fêtes tuz cbaeir et trebucbierl Nis le Rei del pals fêtes vus desveier. Vus ne 11 devez pas tut sun voil otrler ; Ainz le devez sovent reprendre et chasUer.

Enfin , les vers qu'il adresse au roi lui-même ne sont dépourvus ni de vigueur, ni d'élégance :

Reis , purpense tel meuz ; ne te creire al cunseil : ^ Mult sont fauz 11 prélat que tu as pris al breiL

Chronique de Giktais, la Grande kUtaire de Mathieu Pabis, les Annales de Bàiohii» elALiOT, les Coneileê iC Angleterre , deSPBLWAii, etc. Us Mnt commentés d^une manière feyorable aux droits de Henri II, dans le lome XIV de VffÎBtoire littéraire de la France (article Hbnri II), par M. Pastoiet. (1) Li vers est d*ane rime en cinc clauses copies. ,

Plus sont fidaDt del ros ^ quant il est en tueil. Quant trichent lur seignur» poi te seruat feeil. Ne te creire à la nuit; dune tel al soleil!

Reis, se tu es eouins, cnrune d'or portaont. Ne deis estre en orguil , mes en ben relusaunt. A tun pople deiz estre et chès et lur chalaunt Ne la portes adès, n'avoec ne fus naisaunt : La gloire de cest mund n'est lungement duraunt

Après avoir constaté le mérite littéraire et Fioiportaiice historique du poète Picard, je me contenterai de chercher dans son livre les nouveaux renseignements qu'il peut oUrir sur la famiUe de saint Thomas, et les détails qui permettent de mieux apprécier la nature et la valeur des idées à la défense desquelles Tarcbevèque de Canterbury a attaché sonnonu

Un récit touchant et poétique sert d'introdaetion kla Fie de Thomas Becket dans la plupart de ses historiens modernes ; et ce n*est pas un des passages les moins remarquables du plus illustre de tous (1).

Le père de Thomas , Gilbert Becket , Anglais de nation , parti de Londres pour aller visiter les saints lieux, suivi d'un seul compagnon nommé Richard, tomlie entre les mains d*un amiral sarrazin, dont la fille se prend d'amour pour le pritonnier. Elle demande à Tinterroger sur sa patrie et sa religion ; et , après un long entretien , elle annonce la résolution de se faire chrétienne, si GiU>ert consent à la prendre pour femme. Celui-ci fait une réponse évasive ; mais , quelques jours après , il parvient à rompre ses chaînes et à prendre la fuite. La fille de Vamiral est au désespoir. Elle quitte , à son tour , secrètement la maison paternelle, traverse le pays habité par les infidèles, s*embarque pour r Angleterre et y arrive. Elle ne connaît que deux mots de la langue du pays : Londres, Gilbert ; et ces deux mots ont suflS pour la guider jusqu'aux lieux mêmes qu'habite celui qu'elle cherche. Gilbert ap-

(i) BUtoiredela conquête <C Angleterre -par le* Normandt, L III, p. 110.

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