‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 123 sur 216 · SUR LA VIE DB SAINT THOMAS LE MARTYR · texte numérisé non relu

SUR LA VIE DB SAINT THOMAS LE MARTYR

norniaDde , non à la langue saxonne (d ) . Plusieurs historiens le font naître à Rouen ; mais Guillaume, fils d*Ëtienne, dit formellement qu'il avait pris naissance à Thierceville , ainsi que son parent Thibaut , ancien abbé du Bec, et plus tard archevêque de Canterbury. Thibaut appartenait, ajoutet-il, à la noblesse normande, et il entretint en Angleterre des relations suivies avec le père de Thomas Becket (2).

L'Anonyme de Lambeth n'est pas moins explicite à l'égard de la mère de l'archevêque de Canterbury : il lui donne pour patrie la ville de Caen , où le récent souvenirdela femme de Guillaume-le-Conquérant avait mis à la mode le nom de Mathilde, qu'elle portait. Tous les historiens s'accordent avec Garnier pour aOirmer que l'un et l'autre sortaient de familles respectées , appartenant, sinon à la noblesse, du moins aux premiers rangs de la classe moyenne (3). Ils avaient quitté la Normandie à la suite de la Conquête, ainsi qu'un très-grand nombre de familles attirées à Londres par l'espoir de s'enrichir.

Nous avons, sur la condition de ses parents, le témoignage de saint Thomas lui-même, qui déclare, dans une de ses lettres à Gilbert Foliot, qu'ils étaient citoyens de Londres, ayant toujours vécu sans reproche, et occupant une position sociale qui n'était nullement à dédaigner : Cives quidem fuerunt Ijondonienses, in medio concivium suorum habitantes sine querela , nec om^ nino infimi; ce que Garnier traduit ainsi :

Et se tu voels parler de mun povre lignage , Des citéeins de Landres fui nez en tel estage : £d lur visnez sans pleinte mainstrent tut lur aage ;

(1) Beechet ou Beeket est le (lioiinulif du mot bee^ d*originc gauloise, et devenu français ainsi que ses dérivés becqueta', elc Le Chancelier portait dans ses armes inlAbecs d'oiseau, d'après le Gtostary of kc" rnidry de Parker.

(3) Prasfaïus Gilbert us cum domino Arcbipnesule de propinquitate et génère loquebatur, ut ille orlu NurmaonusetcircaTaitARiciviLLAïf, deequestri ordloc, oatuvicinus (Will., Steph,, p. 112, Pairologiœ cursuM, t. CXC). Probablement Tbikrcbtilli, canton de Montfurt, dans le départemeni de TEure.

(S) Neque fenerantibu» , neque o/pciou negociantibuê, ttdderedditibutâuu konorifi€eviveHtitus{WiLU, Stepk,, loco citato). — Àmbo generiê et divilittrum êplendore suit nequiequam infirioreê (Ed. Grim}.

Il estoit de Londres né ; A joie de tout son parenté

De» pliie Doblei de la cité, Si cum Oeu» Tout engardé

Nous le créum ; Bien la MTum.

(Ms. de la Bibl. imp., 72eS« ia\)

â5& NOTICE

Ainz ne quistrent altmi , ne ne firent damage 5 Ne furent cum tu diz de issi bas parage.

Un des oncles de Thomas Bccket, Osbern Huit-Deniers {\), autre surnom normand , était aussi un riche bourgeois qui s'était établi à Londres. Les amis et les protecteurs du jeune Becket étaient Normands : c'étaient Ricber de L'Aigle, chevalier, qui descendait, ainsi que plusieurs Normands de distinction , dans la maison de Gilbert toutes les fois qu'il allait à Londres ; Arnould , évoque de Lisieux , et Henri , évêque de Bayeux ; enfin l'introducteur de Thomas chez l'archevêque Thibaut, le clerc Baillebache (2), portait le nom d'une famille très-répandue dans la Basse-Normandie.

Thomas Becket avait de nombreuses possessions dans la Normandie. On le voit figurer parmi les signataires de plusieurs chartes de donations , même IcNrsqu'il n'était que simple archidiacre de Canterbury : dans celle, par exemple , où Henri , évêque de Lisieux , confirme une donation faite à l'église de Condé-sur-SeuUes (â).

On peut donc considérer comme un fait constant que le père et la mère de Thomas Becket étaient nés en Normandie, et qu'établis en Angleterre après 1066, ils n'appartenaient à la race conquise ni par le sang, ni par les affections nationales.

H m'a été d'ailleurs impossible de découvrir, parmi les historiens et les biographes du Xll*. siècle, un seul passage dont on pût induire raisonnablement qu'un esprit d'opposition nationale ait été la cause de la lutte soutenue par l'archevêque de Canterbury contre le système politique et les empiétements de l'autorité royale. H est I)eaucoup plus simple et beaucoup plus vrai en même temps de considérer comme une conséquence forcée de son élévation au si^e de Canterbury et à la dignité de primat d'Angleterre, l'obligation où se trouva Thomas Becket de prendre en main la défense de la juridiction ecclésiastique , et comme une nécessité tout aussi naturellement imposée à Henri II, le besoin d'aliaisser les barrières devant lesquelles venait souvent se briser la puissance royale.

(i) Osbern Oetonummù

(3) Li clers Baillehacbe ( Garnibb } ; Clerieus cum ascia iive iecuri (Ed. Gbim).

(8) {Archives du Calvados), La grande charte de Henri II, conflrmaUve des nombreuses possessions concédées à l*abbaye de SL-EUenne de Caen, porte aussi la signature du Chancelier : Thomas canceUariu» (Ed. Gbim).

Page 1