SLR LA VIE DE SAINT THOMAS LB MARTYR
nécessaires, mainteuant comme au moycn-^ge, à la sécurité des peuples. On peut voir aujourd'hui, en France, jusqu'à quel point une volonté ferme et intelligente peut Taire respecter également les droits de Tautorité civile et les prérogatives de T Église.
Mais il est surprenant que le caractère véritable de la lutte soutenue par saint Thomas ait échappé à Técole libérale, qui, depuis un siècle, a pris en main la défense des petits contre les droits ou les privilèges des grands, et qui s'est obstinée à ne voir, dans saint Thomas Becket , qu'un factieux orgueilleusement révolté contre l'autorité de son souverain et les lois de son pays. Elle aurait dû reconnaître que les prérogatives de l'Église, pour la conservation desquelles l'archevêque de Ganterbnr y a combattu, n'étaient pas seulement pour elle une question d'autorité et d'influence ; qu'en se rendant indépendante du pouvoir royal , elle pouvait à son tour protéger les peuples placés sous sa tutelle.
Peut-on nier aujourd'hui qu'il ait été long-temps utile que l'Église pût se maintenir forte et respectée , entre le pouvoir né de la conquête et dominant en vertu du droit du plus fort , et les peuples courbés sous un rigoureux servage? Ses lois et ses codes étaient la justice des peuples; et Henri II savait bien que la fameuse Constitution de Clarendon ne servirait pas seulement à l'affranchir de la tutelle de rÉglise« En réduisant à l'impuissance les tribunaux ecclésiastiques, et en s' attribuant le droit de juger les clercs aussi bien que les laïques, il s'assurait un pouvoir qui n'était alors rien moins que le droit de vie et de mort sur tous ses sujets , sans distinction.
C'est pour empêcher une pareille usurpation que saint Thomas s'est déclaré l'adversaire du roi d'Angleterre. On peut le blâmer d'avoir apporté dans quelques-uns de ses actes plus de zèle que de piiidence, d'avoir poussé tout à Textrême, et de s'être laissé entraîner, par l'inflexibilité de la logique ou la nécessité de sa situation, à repousser toute espèce de conciliation ou de transaction ; mais après ces réserves, nécessaires toutes les fois qu'il s'agit de la sagesse humaine > toujours courte par quelque endroit , » il ne faut pas craindre de reconnaître que pour avoir souffert , comme le disent ses biographes, la mort et la passion à l'exemple de son divin Maître , il a le droit d'occuper une place glorieuse parmi les grands hommes que ne peut oublier la reconnaissance des peuples.
Su
Je n'ai qu*un petit nombre d'observations à ajouter sur les différents manuscrits dans lesquels se trouve le poème de Garnier de Pont Sainte- Maxence. Le premier appartient à la Bibliothèque impériale , 6236 ( Supplément français). Il vient de St.-Evroult, ainsi que l'atteste le Catalogue des livres de cette abbaye, rédigé en 1682, parmi lesquels il portait le n\ 127 (1). Il appartenait, en dernier lieu, à sir Richard Héber. C'est en 1839 que la Bibliothèque de Paris en a fait l'acquisition , par les soins de feu Crozet, libraire de ce grand établissement, ainsi que l'apprend une Notice très-remarquable sur ce manuscrit , par M. Leroux de Lincy (2). C'est un petit in-/i^ en parchemin, nouvellement relié en maroquin rouge, et contenant 98 feuillets ayant chacun 60 vers écrits sur uue ligne, à l'exception du verso du dernier feuillet En séparant en deux vers de 8 syllabes à rimes alternées les 15 vers consacrés par Garnier à l'abbesse , sœur de saint Thomas, et écrits pareillement par le copiste sur une seule ligne, on trouve que le poème se compose en tout de 5,872 vers.
Chaque page se compose de 30 vers sur autant de lignes réglées à la pointe, séparées en, 5 couplets monorimes, commençant par une lettre capitale, écrite en encre rouge ou bleue. Jusqu'au bas de la feuille 35 , la première et la dernière lettre de chaque vers sont alignées symétriquement sur deux colonnes verticales.
Certaines altérations faites au texte de Garnier de Pont Sainte-Maxence par le copiste attestent une main anglaise ou anglo-normande (3). Il est néanmoins peu de manuscrits de la même époque, on peut le dire, qui offrent une égale correction au point de vue de la versiGcation et de la langue. La distinction du sujet et du complément pour les noms dérivés delà deuxième déclinaison latine, par l'addition ou la suppression de 1'^^ y est observée presque partout.
(i) Ce catalogue fait partie dn Réaidu SainuGermmu
(S) Bibliothèque de f École de* Chartes, L IV, p. 208-2A7. Paris, lb&2.
(8) Pui9saunt , enfaunt , pour ;wî«sanf, enfant, par exemple.
SUR Li TIE DE SAINT THOMAS LE MARTYR. 267
Notre texte doit donc être considéré comme supérieur à ceux des manuscrits que Ton connaît, soit en Angleterre, soit en Allemagne.
Cent d'après le manuscrit i^partenant au Musée britannique (Bibliath. Hartéienne, n^ 270), et qui, d'après la description qu'en a faite M. Pran* cisque-Micbel, est un petit volume in-&^ , écrit à longues lignes v^*s le milieu du XIII*. siècle , que Tabbé De La Rue a composé la Notice consacrée par lui à Gamier de Pont Sainte-Maxence. M. Francisque-Michel j a compté 6,085 Ters, bien qu'il ne contienne pas les 51 derniers par lesquels se termine celui de la Bibliothèque impériale. On peut apprécier la correction du texte d'après les citations faites par l'abbé De La Rue.
Un autre manuscrit du British Muséum (Biblioih. Cottonienne, Domi- TiBN XI ) contient un fragment du même poème commençant seulement au vers &,S95, folio 25, recto, et se terminant au folio &3, verso, par les vers suivants qui ne se trouvent pas dans le manuscrit de Paris, et que je crois par conséquent devoir transcrire ici , en les rectiCant en plusieurs points. Ils font allusion aux tristes débats survenus entre Henri II et ses fils :
Meb bien sace 11 Reb (E Jeo pur velr U rnant), Si filz èrent prodomine et forcible e vaillant , S'il se tienent eosemble^ plus en èrent paissant : Mult les craindruDt Engleis^ Peitevins et Normant E tel en pluFera qui or s'en vait riant.
Tant cum s'entr'ameruat , e 11 fils et 11 père , E ils Deus amerunt e la brois e la mère , Tant cum tendrunt ensemble U enfant cume frère , E li Reis ert sur els e Reis e Emperère , Qui mellera la salse mult la bevra amère I
Deus prl e le martyr que j'ai servi maint jur
QuMl mette en pè$ el règne, et tengne en bon amur
B le père, e 11 fllz, e la brulde e l'oissar,
E Inr doinst Joie el ciel après lur darain Jur,
E les mette en corage qu'ils me facent hoaur 1