L£ VIEUX AOUBN ET SES MONUMENTS
Les historiens de la ville parlent de son enceinte normande^ qui était déjà la troisième 9 et non la seconde, ainsi qu*on Ta cm jusqu'à ce jour : • L'an 1200 ou environ, dit Tun d'entr'eux, les fauxbourgs étant déjà grands et bien peuplés , on recula la porte Ste. -Apolline jusque devant rtiôtellerie de T Echiquier, un peu au-dessous du carrefour du Coq; pour lors, cette porte changea de nom et fut appelée la porte d'Aubevoye , à cause de la rue qui portait ce nom. Les fossés nouveaux furent faits en la même place oii est présentement la rue Pincedos ; ainsi les églises de St.-Ouen et de St. -Godard commencèrent à être dans Fenceinte des c murailles, qui furent reculées, du côté de Forient, jusqu'au bas de la rue de l'Epée, au lieu qu'on appelle encore (en 1751 ) la Fausse-Porte de St.-Ouen , et de là au carrefour appelé le Ponceau , où fut transportée l'ancienne porte de Robec... »
Vingt-quatre ans environ après la construction de l'enceinte normande dont nous parlons, c'est-à-dire vers l'an 122/i, le roi Louis YIII, par ses lettres-patentes datées de St. -Germain -en-Laye, céda aux bourgeois de Rouen , sans leur imposer aucune condition , les arrière-fossés de la ville , dont il parait que l'emplacement resta vide et vague jusque vers l'an 1252. ^A cette époque, un seigneur appelé Guillaume de Saane, trésorier de la cathédrale de Rouen , puis fondateur du grand hôpital qui porta d'abord son nom et fut ensuite appelé l'hôpital du Roi ( sous Philippe-le-Bel ) , sollicita et obtint de la reine Blanche , mère de saint Louis et régente du royaume pendant les voyages et la minorité de son fils , une partie de la place des anciens fossés qui avaient été comblés.
Toutefois la pieuse Reine n'accorda cette nouvelle cession qu'eu imposant au cessionnaire l'obligation de « faire construire sur le terrain concédé « des maisons pour loger gratuitement plusieurs familles qui étaient dans u la pauvreté. » Guillaume de Saane avait réalisé cette condition vers l'année 1278.
La rue qui venait d'être bâtie et aumônée à des familles pauvres par Guillaume de Saane reçut , à cause de son origine , le nom caractéristique de rue de l'Aumône, qu'elle porta dans toute son étendue, depuis l'ancienne rue de la Croix-Yerle, à l'est, jusqu'à la rue de la Poterne, à l'ouest. Cette ligne marquait, presque exactement, la limite nord du dernier castrum gallo-romain de Rotomagus.
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Dans le' courant du XYIII*. siècle principalement, la rue de T Aumône était devenue , on le sait , le repaire d'un assez grand nombre de prostituées du plus bas étage qui en avaient en vabi presque toutes les maisons , à partir de la rue des Cannes jusqu'à la rue de la Croix-Verte. Dans ces circonstances t et par des motifs que tout le monde peut apprécier (1), les habitants de la grande rue de TÂumône (partie comprise entre les rues des Carmes et de la Poterne ) adressèrent à Fadministration municipale une demande tendant à obtenir que cette section de rue fût distinguée de Tautre partie qui en est la prolongation , et qui devait conserver son nom primitif de rue dé TAumône. • L'administration , faisant droit à la demande des pétitionnaires et persuadée aussi qu'il convient, sous tous les rapports, d'attacher au nom de chaque rue un souvenir spécialement historique , a décidé que la grande rue de r Aumône s'appellerait, à l'avenir, rue des Fossés-Louis-YlII , en mémoire de la générosité de ce prince, qui en fit la propriété de la ville. •
Nous croyons que la municipalité d'alors , malgré le désir intelligent qu'elle exprimait , dans sa réponse aux pétitionnaires rouennais , de conserver les noms historiques des anciennes rues de la ville , commit une erreur grave en donnant à la grande rue de l'Aumône le nom impropre qu'elle porte encore aujourd'hui Ce nom de rue des Fossés-Louis-YIII (2) semble impliquer , en effet , l'existence de fossés qui auraient été creusés près de là , sous le règne de ce prince. On a vu , au contraire , que la rue ainsi appelée devait son origine à la suppression des fossés du nord de la dernière enceinte romaine de Rouen , qui avaient été comblés vers le commencement du XIIP. siècle. Il était dès-lors beaucoup plus naturel , ce nous semble, de remplacer l'ancienne dénomination par le nom de rue des Fossés-Romains (3) , qui eût rappelé l'origine historique de la voie réellement ouverte sur l'emplacement des antiques fossés de la ville gallo-romaine. Nous avons déjà décrit (A) quelques-unes des médailles romaines re-
(1) Journal de Rouen ^ 16 décembre 1847.
(S) Cette rue se trouve comprise dans les grands travaux d'embellissement et d'assainissement de la ville* qui vont être commencés au printemps procbain; ce serait une occasion Tavorable pour lui donner le nom ipii lui appartient si légitimement.
^5) Cette opinion est aussi celle de 11. André Pottier.
(h) Voir le Journal de Rautn du 15 juin 1S59.
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cueillies, dès le commeDceinent, au pied de la curieuse muraille militaire dont on vient de retrouver le seul reste qui existe probablement hors de terre. La base de cette partie de muraille, découverte d'une façon si inattendue dans la propriété de M. Hochheimer, repose sur des remblais antiques provenant d'édifices plus anciens CQCore.
En fouillant ces remblais, on y a d'abord découvert des médailles du Bas- Empire, contemporaines par conséquent du rempart dont nous parlons. La plus ancienne , comme la plus curieuse de ces pièces antiques , la seule aussi qui soit d'une rareté relative, est un très-joli petit bronze à l'eiSgie de Constantin I". Sur l'avers de cette médaille se trouve le buste cuirassé de l'empereur; la tête, tournée à gauche, est coiffée d'un casque richement orné, dont le cimier affecte la forme d'une pyramide renversée. On lit autour de ce buste : imp. gonstantinvs avg. Le revers de cette belle médaille en constitue tout l'intérêt : au centre et vers le bas du champ se trouve un autel antique , de forme carrée ; de chaque côté' de cet autel sont placés debout deux grands génies ailés , qui tiennent élevé au-dessus de l'autel un bouclier sur lequel on lit, écrits en deux lignes, les mots : VOTA p. R. (vota populi romani) ; à Texerçue , sous le sujet : p. tr. (Percussa Treveris). Ce revers a pour l^ende les mots : Victoria, lmtm. PRiNGip. PERP* , que tous les grands numismatistes , français et étrangers, lisent : Fictotiœ lœtœ principis perpetuù
Cette légende , ainsi qu'on le voit , rappelle une grande et glorieuse victoire , à l'occasion de laquelle le peuple romain tout entier forma des vœux publics pour célébrer le succès éclatant que venait de remporter son empereur. Bien n'indique ici l'influence du christianisme^ ni la conversion future de Constantin. On est donc autorisé à croire que cette médaille fut frappée avant l'an 311 de l'ère vulgaire. Or, la plus grande des victoires de ce prince, antérieure à l'an 3l11, dont l'histoire nous ait conservé le souvenir , est celle qu'il remporta contre les innombrables hordes barbares qui infestaient les Gaules , et par conséquent notre contrée , au commencement de son règne.
Ces barbares avaient profité du séjour que fit dans la Grande-Bretagne l'empereur Constance-Chlore , père de Constantin , pour venir fondre , au mépris des traités , sur notre malheureux pays (l).
(1) EuHèRB, Panégyrique de Comtantin^ chap. ix, p. ïM et 197 B.
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Les Francs et les Allemands (cxsis Francis atque Alemanis (1) ) , sortis en même temps de divers points de l'horizon, se ruèrent sur la Gaule, dont ils firent un affreux désert. On ne rencontrait plus, sur cette terre de dévastation, que des ruines et des monceaux de cendres et de charbons semblables à ceux qui recouvrent encore habituellement les fondations des édifices antiques que Ton exhume, à chaque instant, du sol romain de notre vieille cité (2).
Telle était, au début du règne de Constantin, c'est-à-dire de Tan 306 à Fat 507 de Tère vulgaire, la situation déplorable de la riche contrée que nous devions habiter quinze siècles plus tard, dans des conditions si différentes. Le nouvel empereur inaugura son règne par la défaite complète de tous ces barbares du Nord , qu'il chassa des Gaules , non sans avoir fait prisonniers deux de leurs rois qui furent livrés aux bêtes (3). Cet acte , que les historiens ont diversement apprécié , était la représaille des horribles forfaits accomplis sous le commandement des deux princes barbares.
C'est vraisemblablement à cette époque funeste qu'eut lieu la destruction du castrum et de toute la première ville gallo-romaine des Véliocasses.
Comme Rotomagus venait d'être promu, par suite d'une première subdivision des provinces de la Gaule , au grade important de métropole de la seconde province Lyonnaise , on dut profiter de la destruction de ses mu* railles pour lui donner plus d'étendue vers le nord , seul côté oh la chose fût alors possible. Les fouilles nombreuses pratiquées depuis plus de soixante ans dans le sol du vieux Rouen ont démontré très-clairement que la seconde ville romaine , avec son castrum , ses grands chemins et
(1 j Ei'TBOPB, Butor, roman,, lib. X, cap. ut.
(2) Au printemps de IHinnëe 4856, en fouHiaot le sol de Tancienne abbaye de St.-Amand, à Test de la rue Impériale, on a troufé les aires de plusieurs salles antiques sur lesquelles (psaieQt encore quelques squelettes d'adultes, noircis et en partie carbonisa. Ces restes étaient ceux des victimes de Tune des invasions qni eoreot lien pendant les IV*. el V*. sièclesl — La célèbre abbaye de St.-Amand date ëridemment de Tépoque méroi-ingtenne. Les fouilles dont nous parlons au commencement de cette note ont démontré que, lors de la fondation de Tabbaye, tontes les constructions principales de Taniique monastère avaient été alMolomcnt appuyées sur les ruines de murailles romaines. Ces murailles étaient épaisaes et solidement chaînées avec ces longues et larges tuiles particulières au grand peuple qui avait eu là un édifice important dont noua avons trouvé les colonnades , en 1853, de Tautrecûté de la rue Impériale ( Voir le Journal de Rouen du 26 mai 1858; la Revue de Rouen, année iSSà, p. 945-358 )• Masseville, dans sofi Histoire de Normandie ^U l, p. 323, fait remonter avec beaucoup de raison, je crob, la fondation de Tabbaye de St.-Amand à Pan 661.
(3) Et;TBOPR, Hiifor, roman., Jib. X, cap, m.