‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 136 sur 216 · ARCHÉOLOGIE CÉRAMIQUE · texte numérisé non relu

ARCHÉOLOGIE CÉRAMIQUE

DES SËPULtURES.

Par m. i'abbé COCHET,

Membre de la Sociélé,

Partout où Tbomme a séjourné dans ce monde , vous trouverez le débris d'un vase. La poterie est donc la trace la plus précieuse de rhumauité sur la terre. Aussi Tétude de la céramique me parait*elle la plus indispensable de toutes les connaissances archéologiques. Nulle part aussi cette étude ne trouve d'éléments plus variés ni plus complets que dans les cimetières. Les vases que Ton rencontre dans les habitations sont ordinairement brisés par la chute des terrains , altérés par le Ter ou calcinés par te feu qui a détruit les hommes et leurs demeures ; au contraire , le respect des tombeaux a protégé les vases Tunéraires et les a dérobés pendant des siècles à la rapacité des ravageurs.

Mais si je r^arde la . céramique comme la première de toutes les industries, je considère aussi T usage de placer les vases dans le tombeau de r homme comme la plus ancienne de toutes les pratiques religieuses des funérailles. Cette coutume , qui remonte au berceau de Thumanité, a traversé les siècles avec la grande Tamille humaine , et il y a cent ans à peine qu'elle a quitté le sol de la France. Il y a plus : nous savons qu'elle y existe encore cachée dans un endroit obscur, et nous n'avons pas été médiocreinent surpris d'apprendre qu'au fond d'une de nos provinces, au sein de paroisses reculées, elle vit et prospère comme chez les premiers chrétiens et chez ceux du moyen-âge.

Toutes les nations du monde ont différé dans leurs modes de sépulture : les unes ont brûlé les corps , les autres les ont simplement rendus à la terre; celles-ci ont exposé leurs morts sur les grands chemins, celles-là les ont enfouis dans des cavernes ou des forêts obscures ; quelques-unes

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ont creusé pour eux le flanc des collines et les ont cachés sous des catacombes ; quelques autres ont entassé sur eux des montagnes de pierres ou les ont écrasés sous de gigantesques pyramides. Eh bien ! dans des voies si différentes 9 personne n'a oublié de placer à côté des restes de ses pères un vase de terre ou de verre, dont nous cherchons aujourd'hui à pénétrer le sens mystérieux.

Ces mêmes peuples ont varié dans leurs coutumes funèbres qu'ils ont prises ou délaissées tour à tour. Le vase seul est resté sur les débris des rites les plus divers. Toujours nous le retrouvons près de la dépouille de l'homme , qu'il semble avoir mission de suivre et de garder. Compagnon inséparable de la cendre humaine , il survit aux temps et aux flammes, au marteau comme à la bêche. En un mot, du plus loin que l'homme nous apparaît dans la nuit des temps, nous trouvons avec lui le débris d'un vase. Hélas! l'homme lui-môme est-il autre chose qu'un vase d'argile?

Si la coquille fossile est considérée comme la médaille des cataclysmes et des révolutions du globe, la poterie funèbre n'est-elle pas la médaille de Thumanîté sur la terre? L'archéologie a eu beau étendre le domaine de ses recherches et de ses investigations ; elle n'a pas encore réussi à rencontrer un coin du monde qui ait échappé à cette coutume, qui semble être une des premières lois religieuses des peuples primitifs. On pourrait presque appliquer aux vases funèbres ce que Massillon a si bien dit de l'immortalité de l'âme : vous trouverez peut-être des peuples sans temples, sans autels et sans dieux, mais nulle part vous n'en rencontrerez sans sépultures et sans vases. L'homme a bien pu un moment oublier Dieu , il n'a pu s'oublier lui-<même.

Si la science s'enfonce dans les ténèbres du passé , si elle s' approche de la tombe où dorment les nations primitives, elle recueille avec respect de grossiers fragments de vases, véritables rudiments de la céramique, couchés à côté de pierres taillées et à peine dégrossies , véritables embryons d'armures. Si les peuples se civilisent , l'usage, loin de perdre de sa force , ne fait que grandir en intérêt par le nombre des types et la beauté des formes. C'est à ce point que l'époque la plus florissante de la civilisation romaine dans le monde est précisément celle qui nous offre la réunion des vases les plus beaux et les plus abondants. Chez nosCalètes, que l'on pourrait appeler les derniers des hommes, on en a rencontré jusqu'à 26 dans la même sépulture , et chez les Pictous des bocages de la Vendée , M. Fillon a récolté

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jusqu'à 87 vases, dont 56 en verre, dans le seul tombeau d'une femme artiste gallo-romaine (1).

S'il est un fait bien constaté en histoire et en archéologie , c'est que nous devons à la coutume dont je parle nos plus grandes richesses archéologiques. Visitez tous les musées de F Europe , aussi bien ceux des capitales que ceux des provinces ; pénétrez même dans les cabinets des amateurs et des Sociétés savantes, et vous trouverez partout, dans les armoires comme dans les montres , ces restes de la mort et ces dépouilles du cercueil. Consultez les étiquettes et les catalogues ; interrogea les conservateurs et les antiquaires ; — tous vous diront de quelle tombe , de quel cimetière , de quelles catacombes sont sortis ces vases de terre et de verre , qui font l'objet de votre étude et de votre admiration. Ne sont-ce pas les momies de l'Egypte qui en ont fourni les deux plus complètes et les deux plus remarquables collections, celles de Paris et de Londres? N'est-ce pas des sépultures du Pérou, au Brésil, du Mexique et surtout de File des Sacrificios que sont sorties ces curieuses antiquités américaines qui nous étonnent au Louvre et au British Muséum (2) ? Ce sont les riches tombeaux de la Grèce et de Rome qui ont rempli le monde entier de leurs produits, et c'est des hypogées de la Toscane et du royaume de Naplesque sont sortis ces admirables vases étrusques et campaniëns , l'oi^ueil de toutes les collections de la terre.

Et ce Bosphore devenu un moment le tournoi de tous les peuples, cette Crimée où se décidaient naguères les destinées du monde , n'est-ce pas à leurs caveaux et à leurs tombels cimmériens que nous devons ces richesses céramiques qui font à Pétersbourg la gloire du Musée de l'Hermitage (3)?

Il n'est pas jusqu'à l'Église elle-même qui ne recueille danS la tombe les

(1) B. FillOD , Dttcription de la villa et du tombeau d'une femme artiste gallo-romaine découvert à St,'àlédard'det'Prêa( Vendée ), in-à". Fontenay , 1849.

(2) De Longpéricr, Notice des monuments exposés dont la salle des antiquités américaines au musée du Louvre, p. 70>D0. Par», 4852. «Dans le» guneas du Pérou, dit M. de Longpéiier, ou découvre, comme dans les hypogées de TÊgypte, des vases, des figurines, des armes et des ustensiles de loute sorte. » Id., Ibid,, p. 7i et 74;— Alcide d'Orbigoy, Voyage dans r Amérique méridionale, X, VlII^allas, Antiquités, n\ 46, p. XVII et XVIII ; — Éd. Charton, Voyageurs anciens et modernes , t lU, p. 51 ; — Goéraud et Parenlcau , Catalogue du musée archéologique de Nantes, p. 60-68; in-8*. Nantes, 1856,

(S) Slépbany et Gilles, Antiquités du Bosphore Cimmérien conservées au musée de l'Hermitage ; 2 vol. in-folio avec illustration dans le texte et un atlas de 15 planches. St.-Pétersbourg, 1855 ; — Mtc Pbersoo, Antiquities of Kerteh and researches in the Cimmerian Bosphorus , in-folîo. Loodon, 1857 ; — Alexis Ottwaroff, Antiquités de la Russie méridionale pt des câteif de la mer Noire^

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