ARCHÉOLOGIE CÉRAMIQUE DES SÉPULTURES
éléments de son culte et de son histoire. Contemplez ces châsses et ces reliquaires exposés à la vénération des peuples ; presque tous ces saints osse* ments vous y apparaîtront munis, comme du sceau de TEmpire» de ces vases et de ces fioles qui abondent dans les ouvrages de Bosio (1), d'Âringhi (2), de MabîUon (3) et de M. Perret (4).
Et notre musée de'Sèvres , Tune des plus curieuses collections céramiques de l'Europe , n'est-il pas tout entier sorti des tombeaux? Si vous interrogez les deux plus habiles conservateurs de cet établissement , MM. Brongniart et Riocreux , tous deux vous répondront , Tun en vous montrant son Traité des arts céramiques (5) , Tautrc en vous présentant le catalogue ou plutôt la Description méthodique (6) de cette admirable collection ; ils vous prouveront ainsi que ses plus précieuses richesses proviennent des cimetières. En vous promenant dans ces galeries, le sanctuaire de la céramique de tous les peuples , vous croirez errer parmi les ombres et au milieu des nécropoles de la France, de la Germanie, de la Grèce, de Tltalie, de F Egypte, de la Syrie , de l'Amérique et de l'Océanie.
Tout ce que nous possédons de plus beau et de mieux conservé, dans les produits de Tart antique , provient des tombeaux. Les théâtres , les temples , les palais , les villas , les maisons de Fancien monde ont été pillés et détruits par la main des barbares. Tous les vases que renfermaient ces édifices ont péri avec eux , et nous ne retrouvons aujourd'hui sous leurs ruines que d'admirables fragments qui nous en font davantage regretter la perte. 11 n'en a pas été ainsi de la tombe ; elle nous rend intact le dépôt qui lui fut confié par la piété des peuples ; entourée du respect des générations , elle a su couvrir son fragile contenu de cette vénération que lui ont vouée partout et toujours les diverses nations du globe.
Dans notre Normandie souterraine et dans le livre qui lui sert de complément (7), nous avons montré, au sein de la grande famille celtique (qu'elle se divise en Gaulois, Germains ou Bretons, il n'importe); nous avons montré,
(1) Bosio» Roma Mterranea.
(5) P. hringh\ , lioma sufrterranea.
(9) Mabillon, Dissertation ncr le culte des saints inconnus ; in-12. Pari», 1705.
(6) L. Perret, f^ Cataeom^s de Rome, toI. IV, p). VUI, X, XH, XVI, XVII, XX à XXXUI; toI, V, pi. XXIV, LIV, LVII.
(5) I TOI. in-S". avec aUas. Paris, iBàk.
(6) 2 vol. in-folio, texte et planches. Paris, 18^5.
(7) Sépultures gauloises, romaines^ franques et normandes^ faisant suite à La Normandie souterraine: 1 TOI. î n-8^ Rouen, 1857.
ARCIiéOLOGIB GEBAMIQUE DES S^PULTLUES. 287
dis-je, des vases fuDéraires placés par la religion des tombeaux à côté de la dépouille de l'homme ou bien recevant sa cendre sortie d'un bûcher, destiné à en perpétuer la durée. Cette coutume , nous l'avons montrée, en France , sur les bords de l'Orne, de la Somme et de la Seine, sur les rochers de la Bretagne et aux rivages de la Normandie ; nous avons suivi sa marche dans les montagnes et les lacs de l'Helvétie, dans les forêts de la Germanie et jusque dans les Iles de la Grande-Bretagne, les Cassitérides des anciens (1). Après la conquête romaine et sous l'empire des Césars , nous voyons apparaître deux phases diverses et bien distinctes de sépultures : l'incinération et l'inhumation.
Pendant les trois siècles que dura chez nous Tustion gréco-romaine, on peut dire que ce fut le règne exclusif de la céramique. Pas une créature humaine ne descendit dans la terre sans un fragment de tuile ou un morceau de poterie. Les cimetières de cette époque sont de véritables collections céramiques. C'est au point que nos populations rurales d'aujourd'hui , ne comprenant plus rien aux idées antiques sur l'immortalité de l'homme , regardent ces dortoirs de leurs pères comme des ateliers de poterie ou des entrepôts de marchands. Pas une ville, pas une station gallo-romaine qui ne puisse montrer sur ses collines un de ces dépôts; il n'y a pas même jusqu'à la moindre villa du Haut-Empire qui n'en ait révélé dans ses fossés, le long des chemins ou dans une de ces cavées profondes creusées par les siècles. Les pauvres même, qui ne pouvaient trouver un vase dans leur répertoire culinaire, donnaient une simple tuile ou le tesson d'un vase, et les petits enfants, que l'on ne brûlait pas, emportaient avec eux leurs tétines, leurs poupées ou leurs joujoux en terre ou en verre. EnGn, on aura une idée de l'abondance des vases dans les cimetières de cette époque, quand on saura que le seul cimetière romain de Terre-Nègre, à Bordeaux, en a donné plus de 20,000 à ses explorateurs modernes (2).
A partir de Constantin jusqu'à Augustule , c'est-à-dire pendant les deux derniers siècles que les Césars gouvernèrent encore les Gaules , et où malheureusement ils partageaient si souvent l'empire avec Iqb barbares , les corps sont rendus à la terre. En conséquence , les fosses se rouvrent et les tombeaux se dressent ; mais soit que les sépultures se creusent dans la
(i) Voir le !•'. UUeaa.
(S) Voir les S*., S*., 4^ et 5*. tableaux.