UNE NOUVELLE VISITE A PITABS
et appliqués sur les murs au moyen de doubles crampons en fer , dont quelques-uns sont encore restés attachés dans le mur à la place même où ils Turent fixés , il y a douze , quatorze ou seize siècles.
A Tendroit où le pavage et le lambris se rejoignaient , c'est*à-dire aux angles de l'appartement , j'ai remarqué un bourrelet en ciment ayant la forme d'un quart-de-rond. Ce bourrelet, que j'avais déjà observé à Étretat eu 1835, au Château ^Gaillard en iS&S çt à Lillebonne en 1852, a été également remarqué par M. Rever«dans Taqueduc du vieil Évreux , et par d'autres archéologues dans les aqueducs de Lyon et d'Arcueil , près Paris. On l'attribue à une mesure de propreté et de nettoyage ( Rêver , Mémoire sur les ruines du vieil Èvreux^ p. 25-125 et 139).
A l'angle sud-est de cette salle apparaît une charmante tourelle ronde bâtie avec des moellons de petit appareil, tout recouverts de ciment ou de mortier. Le jeune Leber , qui fouille sa cour depuis 185A , m'a assuré avoir déjà reconnu trois de ces tourelles, dont la destination m'est d'autant plus inconnue , que je ne leur sais pas d'analogues en archéologie. C'est aux angles de ces tourelles que se sont rencontrées les inscriptions latines dites graffiti, dont quatre, à présent à Évreux, ont été lues par M. François Lenormant (Voir la Revue des Sociétés savantes, U IV, p. &72-73). Chose assez singulière ! les graffiti avaient été recouverts avec du mortier et étaient cachés sous le crépi des murs.
Maintenant, j'ai hâte d'arriver aux détails et à ce qu,e j'appellerais volontiers les objets meubles. Déjà, dans une précédente lettre que j'ai eu le plaisir d'adresser à la Société , j'ai exposé longuement la grande variété d'objets sortis des fouilles pratiquées dans ces ruines. Depuis lors, la famille Leber a consacré tout un appartement à cette petite collection, qu'on pourrait appeler le il/ti^^^ de Pitres. Malheureusement tous les objets qui le composent sont mutilés et à l'état de tronçons, comme tous ceux qui sortent ordinairement des viUas ; mais si ces fragments ne disent rien à l'homme du monde , ils parlent à Tarchéologue , pour qui un morceau vaut parfois un entier.
Beaucoup de fragments de vases antiques et de toute espèce sont sortis des nouvelles fouilles du jeune Leber. J'ai remarqué, entre autres , une anse de dotium , des becs de grandes terrines à lait et un vase franc , le troisième de cette espèce qui soit soiti de ce palais carlovingien.
J'ai remarqué surtout un grand nombre de mocceaux de verre plat et
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épais , rappelant beaucoup ces verres dormants , que Ton voit encore dans nos campagnes. Us semblent conGrmer de pius en plus Topinion de certains antiquaires, qui attribuent aui anciens la connaissance du verre à vitre et Tusage d'ouvertures vitrées. Du verre pareil au nôtre a été trouvé cette année dans les fouilles de Wroxeter, au pays de Galles, lors de la découverte de Tantique Uriconium. Mon ami Roacb Smitb , après avoir pris connaissance de mes observations sur Pitres, m'a écrit qu'il admettait aussi Texistence des vitres antiques et depuis il les a signalées dans son grand ouvrage sur le Londres romain ( Roman London ).
Parmi les ornements personnels et objets de toilette sortis des ruines de Pitres, je signalerai un pendant d'oreille en or, orné d'une pierre ou d'une verroterie verte. Ce pendant, qui diffère beaucoup de nos boucles modernes, ressemble à un pendant en or, à chaton d'émeraude qui fut trouvé, en 1S&8, à la Haie- Malherbe, dans l'écrin d'une dame romaine, possédé aujourd'hui par M. Guillard , de I.ouviers.
Parmi les diverses monnaies de bronze, j'ai remarqué un moyen*bronze de Marc-Aurèle, percé pour être suspendu à un collier ou à un bracelet.
J'ai compté dans une montre jusqu'à dix épingles en os, dont une sur* montée d'une tète de forme humaine. Ces épingles en os sont semées dans presque toutes les maisons romaines et on en recueille fréquemment dans les sépultures antiques. Je citerai notamment le cimetière de Lillebonne et la villa d'Étretat
J'ai parlé, dans ma première lettre, de petits coulants en bron^que je ne supposais pas avoir été des boucles. Les ayant retrouvés au nombre de six , je les ai examinés avec plus de soin et j'ai remarqué qu'ils avaient été, à l'origine, munis d'ardillons, qui leur manquent aujourd'hui. En effet, le bronze du milieu est profondément usé par le frottement d'une courroie ou d'une aiguille disparue. Ce qui me fait supposer un ardillon détruit, c'est que cette année même j'ai vu à Sommery, près Saint-Saëns, une boucle de ce genre tirée d'une sépulture et encore munie d'un frêle ardillon de fer. Cet ardillon délicat et ténu aura disparu des boucles que j'ai vmes à Pitres, à Caudebec, à Elbeuf, à Rouen ^ à Barentin^ à Ëvreux et ailleurs.
Enfin, il est un dernier ornement personnel que j'ai été fort surpris de rencontrer au milieu de ces produits de la civilisation romaine : je veux parler d'un fragment de bracelet en jade, ordinairement attribué à l'époque
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gauloise. Ce bracelet de Pitres dut ressembler complètement au bracelet , de même matière, recueilli vers i8&0 au hameau des Chenets, com* muoe de St.-Martin-du-Tilleul , près Beruay. Notre savant maître , M. Âug. Le Prévost, qui possédait plusieurs de ces armilles de jade, les attribue comme tout le monde à la période celtique ; ceux de St-Martindu-Tilleul ornaient encore les avant-bras d'un squelette antique.
Puisque j'ai parlé d'objets gaulois, j'indiquerai encore, au Musée de Pitres , la partie supérieure d'une hacbette en serpentine. La bacbe en serpentine n'est pas rare parmi nous ; cependant elle est loin d'être aussi répandue que le casse-tête en silex. Le Musée de Rouen possède quelques haches en serpentine de la même famille que celle de Pitres.
Je terminerai cette série d'objets antiques par le débris d'une tablette à écrire. On en connaît en porphyre , en schiste et en ardoise , mais les plus communes sont en marbre. Celle de Pitres est en marbre blanc veiné de rouge. Elle est épaisse d'un centimètre et large de six; comme sur toutes les pièces de ce genre, les angles sont abattus d'un côté que je nomme le dessus ; de l'autre, que j'appellerai le dessous de la pierre, elle est légèrement creusée par suite d'un long frottement. Nous supposons que cette partie servait à aiguiser les styles , ordinairement de bronze.
Les tablettes de cette espèce sont bien connues. Le Musée départemental de Rouen en possède plusieurs venant de Normandie. La Bibliothèque de Neufchâtel en renferme une provenant d'Épinay-Sr.-Beuve.
M. Lalun, de Louviers, en a recueilli une à la Haie-Malherbe et plusieurs à Caudebec-lès-Ëlbeuf , l'antique Uggate ; Roach Smith a décrit celles du Musée de Boulogne-sur-Mer, et nous-méme en avons tiré des urnes romaines de Lillebonne , de Fécamp et de Barentin ( Voir la Normandie souterraine j 2% édition , pages 106-107, 132).
D'autres antiquaires en ont aussi récolté dans des sépultures antiques. Je cite de préférence M. Dusevel, dans un tombeau d'Amiens en i8/i5; M. Godard-Faultrier , dans un cercueil d'Angers en 18&8 , et M. Del Marmol, dans l^tumulus du Henret, près Namur, en 185&.
Tel est le sommaire des dernières découvertes de Pitres, et j'ai cru que leur résultat mériterait de flxer votre attention. Je serai heureux de l'avoir attirée sur un point qui m'a vivement intéressé*