GANDELA
Et d'abord, l^chandelle et la chandelle de ^tit/" existait à Rome, puisque le mot candela se trouve dans le Traité de la signification des mots , de Verrius Flaccus, ce grammairien-rhéteur, à qui l'empereur Auguste confia l'éducation de ses petits-fils, Caïus et Lucius, et dont Pompeius Festus fut l'abréviateur sagace. Il dit que le mot cidndella (1) , espèce de petite mouche qui brille la nuit , vient de. candela, chandelle. Le mot n'existerait pas si la chose qu'il désigne n'était pas eu usage.
Ju vénal, dans sa sature IX\ contre les riches débauchés, avares, met en scène un certain Nœvolus , cet ignoble parasite , dont le métier porte en latin un nom qui n'a pas, pour l'honneur de notre langue et de nos mœurs» d'équivalent en français ; ce triste personnage murmure ses confidences à l'oreille de Juvénal en ajoutant avec circonspection : « N'en dites rien , surtout : gardez-moi le secret ; car mon patron est homme à me fendre la tète à coups de bâton et à brûler la maison avec sa chandelle. »
Faste aperire capat, candelam apponere val vis. (v. 98.)
Perse, dans sa satire IIP., qui est une rude leçon de modération, cite
(i) v. le Dietiotmairê da science» naturelteê,U IX, p. 195, article de M. Ch. Duméril , el le Dictionnaire de la convertatian.
TROUVÉ AU VIEIL-:ÉVaEUX. 46â
le fait d'un gourmaud qui dédaigne les prescriptions de son médecin et meurt de ses excès de table ; et alors- retentit la trompette lugubre et se déroule le triste cortège des chandelles :
Hinc tuba^ candeUs, tandenique beatulos alto Gompositus lecto.... (v. 103.)
Pline (1), qui se sert souvent du mot candela, dit, au livre XI, § 70, de son Histoire naturelle, que la moelle des joncs sert de mèche aux chandelles : « Scirpi, e quibus, detracto cortice, candelœ luminibus et Tuneribus serviunt. »
Golumelle consacre le chap. xxii du liv. II de son De re rustica aux occupations auxquelles les agriculteurs peuvent se livrer durant les jours de fête; il assure que les rites religieux n'empêchent pas de vaquer « au soin de détourner les ruisseaux ; de mettre le feu aux plantes parais sites , de baigner les troupeaux , de moudre du blé , de tailler des c torches et de faire des chandelles de suif. . . » — « Feriis autem ritus majo- « mm etiam illa permittit : far pinsere , faces incidere , candelas sebare » (sebare , c'est-à-dire enduire de suif la tige du papyrus ou du scirpus servant de mèche, comme le disait Pline).
Enfin, Apulée, dans sa !¥% Métamorphose, p. 150, mentionne le mot sebaceus, venant de sevum, sébum (suif), comme synonyme de candela sebacea , chandelle de suif. « Les ténèbres se dissipent, dit-il, à la lueur des torches , des lampes , des cierges et des chandelles , et de tous les instruments du luminaire nocturne : « Taedis , lucernis , cereis, sebaceis « et caeteris nocturni luminis instrumentis. »
Ces textes, et d'autres encore que nous pourrions citer , attestent que la chandelle de suif éisii en usage à Rome; ajoutons qu'elle y existait de toute antiquité et qu'elle servait de luminaire habituel avant l'invention, pourtant
(1) Au livre XIII, (Au i\candela est pris dans le seos de corde cirée ou bandelette, Pline, en pariant de la prétendue découverte des livres de Numa, conservés intacts durant cinq cent trenle-cioq ans après le règne de ce roi , dte les paroles de Cassius Hemina , Pun des plus anciens auteurs d^annales , qui eiplique cette merveilleuse conservation en disant, avec Terentius, qu*au milieu de la bière où gisait le corps de Numa se trouvait une pierre carrée garnie de cordes cirées (lapidem fuisse quadratum circiter in média arca, vinctum eandeli» quoquo versus) et que les livres renfermés étaient protégés par Fhuile de cédrat (et libros citratoe fuisse); les commentateurs supposent qu*il faut lire eeratos, enduits de cire.
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fort andeoDe, des lampes. C'est Martial qui note le fait dans la &3*. épi* gramiae de son XIV*. livre :
Non norat parcos uncta iaceroa patres.
« Nos ancêtres économes ignoraient Tusage d'une lampe onctueuse. »
Plus tard , la chandelle Tut reléguée chez les pauvres gens ; elle passait pour Y humble servante de la lampe ^ comme les femmes pauvres sont les servantes des femmes plus riches , ainsi que l'observe spirituellement un scoliaste (1) de Martial , qui l'appelle anciUam lucernœ dans la /iO\ épigr. du XIV. livre :
AnciUam tibi sors dédit lucerns Xutas quœ vlgil exigit tenebras.
« Le sort t'a donné la chandelle , cette humble servante de la lampe , elle « veille sur toi et te protège en dissipant les ténèbres de la nuit. > Protection bien souvent inefficace pour rassurer le pauvre, qui n^avait pas d'autre escorte. En effet, Juvénal cite, parmi les embarras de Rome, la rencontre fâcheuse d'un ivrogne furieux qui ne pourrait dormir avant d'avoir cherché noise à quelqu'un et l'avoir rossé d'importance, t Une rixe, une bataille , voilà le prélude indispensable au sommeil de ce polisson ; mais , tout ardent que le fasse sa jeunesse , et tout enragé que le rendent les fumées du vin qui lui brûle l'estomac, il se garde bien, le coquin, de s'attaquer à celui qu'un somptueux manteau de pourpre, une escorte imposante ou l'éclat de vingt flambeaux l'avertissent d'éviter ; c'est à moi qu'il s'en prend, à moi, pauvre diable, qui n'ai d'aulre lumièi^e, pour m'éclairer, que le dair de lune ou, à son défaut, la chétive lueur d'une misérable chandelle , dont je ménage et économise la mèche de mon mieux. »
Me^ qoem lana solet dedacere, vel brève lamen Gandels, cujas dispense et tempère filum, Contemoit.. {Soi. III, 2S0-2S8.)
La chandelle, ce chétif luminaire des pauvres, servait aussi à accom-
(1) Luctma utebantor divites, emtdefa vero pauperes, quam ançiUam tueemœ f ocat, iiular paupenornoi feininaruin, qoae dittoribus muliercttUs ancillantor.