‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 171 sur 216 · TROUVA AU VIEIL-^VREUX. A · texte numérisé non relu

TROUVA AU VIEIL-^VREUX. A

pagDer leurs tristes funérailles, durant lesquelles Hontfaucon (i) observe que Ton n'employait que des chandelles : « In flinere pauperum solis utebantur candelis » , tandis que Ton portait des torches et des cierges de cire aux obsèques des riches : « In funereis pompis faces atque cerei gesrtabantur. »

IL BOUGIES DE GIBE* CIBRGES.

Quant à la cire» elle a toujours eu le noble privilège d'éclairer en tous sens et dans toutes les acceptions de ce verbe. Les anciens, avant Tinvention du papyrus, enduisaient de cire leurs tablettes pour écrire ; aussi le mot cire est-il synonyme d'épttres et de tablettes, comme l'atteste ce vers de Juvénal, qui, après avoir énuméré avec indignation les turpitudes de Rome, demande s'il ne lui sera pas permis de les flageller et de remplir ses tablettes en plein carrefour :

Nonne Ubet medio esras Implere capaces Quadrivio?(iSar. L)

Et dans la satire X , le même poète fait allusion à Tusage que les païens avaient d'enduire de cire les statues des dieux , afin d'inscrire dessus les vœux qu'ils les priaient dévotement d'exaucer :

Genua ÎDcerare Deoram. (X, 55.)

C'est à cet usage que Prudence fait allusion dans son poème de l'Origine des péchés intitulé amaptifeneia, lorsqu'il raille l'idolâtrie superstitieuse précipitant les mortels, pâles de frayeur, aux pieds de dieux de pierre enfumés et sourds à leurs vœux inscrits sur la cire dont ils sont enduits :

Incerat lapides fumosos idolatrix

Relligio, et surdis pallens advolvitor aris (2).

Mais c'est comme luminaire que nous avons à considérer la cire , qui sert, dans les croyances chrétiennes, de symbole à la gloire dont jouissent les saints , établis dans le voisinage de Dieu , qui habite la lumière

(1) Antiquité expliquée, L V, p. 12.

(3) V. AOO, p. iOA8 du t V de la Maxima Hbiiothectk veterum Pairum et antiquarum »eriptorum ecctetia$ticorum , ediL Margariu de La Signe.

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iDaccessible (1). Drds la parabole de rÉvangile, Jésiis* Christ compare le royaume des deux à des vierges qui veut au-devant des fiancés , un cierge allumé à la main (2). Un canon des apôtres condamne à Texconhmunication le voleur de cire d'église et le contraint à restituer le quintuple de ce quMl en aurait enlevé.

Enfin, r Église n'a jamais eu de cérémonies ni de pratiques religieuses, elle n'a jamais donné un sacrement quelconque, sans Taire usage de cierges. Le ciei^e symbolise la joie, la gloire, la foi et la purification ; le cierge pascal est l'emblème de la rénovation de la vie chrétienne.

Mais laissons de côté les textes de saint Jérôme, de saint Paulin et de tous les Pères de TÉglise et renvoyons au Grand Théâtre de la Die humaine du savant Beyerlink qui traite à fond cette question liturgique , pour ne nous occuper que des textes de l'antiquité romaine.

Si la chandelle de suif était le luminaire du pauvre et de l'humble, la bougie de cire était le luminaire réservé aux riches et aux grands, ainsi que le remarque Festus: « Candelis pauperes, locupletes cereis ute* bantur. » Du reste, tous les auteurs latins mentionnent un si grand nombre de fois les cierges et les bougies, qu'il nous faut craindre de trop citer de textes, au point d'en fatiguer la vue. Choisissons quelques exemples entre cent :

Plante, dans son Charançon, met en scène un bel adolescent courant à ses amours , ce dont le plaisante son esclave : « Tu es assurément un joli « mignon, c'est toi-même qui te serviras de porte-bougie. »

Tute, Ubi, puer es, laatus luces eereum (3)?

Luces pris ici dans le sens de prœfers tibi facem. Dans la Casina » le rustique amoureux dit à son rival : « Et d'abord^ avant tout , tu porteras le « flambeau devant la mariée, » comme c'était l'usage à Rome, où l'on choisissait pour cetoflSce de beaux adolescents. ,

Martial intitule la li!2r. épigramme de son XIY*. livre Cereus, qu'il faut traduire par bougie:

Hic tibi Doctumos praestabit cereus ignés : Subducta est paero oamque lucema tuo.

(4) Gerroantts, patriarche de Constanlinople (art A du concile de Nioée). (3) Salot Jérdoie, Epist, XX Ad Marceilam,

(5) Cnreuiio, 1, i, 9.

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« Et puisque ton esclave s*est laissé voler ta lampe, une bougie te « prêtera sa clarté nocturne. »

La bougie servait donc de luminaire intérieur. Ce distique suflSl pour réfuter Topinion, généralement admise, sur Tusage exclusifderhuilepour Féclairage des maisons à Rome. « Les lampes seules, répète à tort M. Rêver, étaient en usage pour Téclairage intérieur. » La vérité est que la lampe était le plus ordinairement employée , sans pourtant que les Romains eussent jamais entièrement renoncé au luminaire de la bougie de cire et de suif antérieur à celui des lampes. C'était aussi à la clarté des cierges de cire et des torches de poix que les riches et les puissants revenaient chez eux au sortir d'un festin.

Les bougies et les cierges servaient dans les sacrifices et les consécrations aux dieux, ainsi que l'attestent Cicéron : Âd eos thus et cerei (1), et Ulpien qui dit : « Etiam thus et cereos in domesticum usum paratos. »

Ils servaient aussi, comme nous l'avons vu dans Festus, aux funérailles des riches et surtout à celles des enfants morts avant l'âge de puberté, ainsi que le prouvent plusieurs passages de Sénèque qui assimile à la mort des enfants le découragement des gens en place que la rigueur de l'âge fixé par la loi romaine mettait à la retraite (à 60 ans) : « At me Hercule, • istorum funera, nunquam minimum vixerunt, ad faces et ad cereos a dacendasunt [De brevitate vitœ , cap. cxx). En vérité, les funérailles « de ces gens-là devraient se faire comme s'ils avaient peu vécu, c'est-à- « dire à la lueur des torches et des cierges. > Ce sont les derniers mots du traité De la brièveté de la vie.

Et, dans sa cxxr. épître , en fustigeant les vices de Rome avec l'âpreté que Juvénal mettait dans ses satires, Sénèque s'indigne contre les gens qui font de la nuit le jour : « qui ad faces et cereos vivunt. » ■ Ces gens c sont à mes yeux comme morts. Combien peu s'en faut-il , en effet , c qu'on ne soit mort et mort avant tâge , quand on vit à la lueur des « torches et des bougies (2) ? »

Enfin, pour ne plus citer qu'un seul texte, nous choisirons de préférence le premier des décrets de la colonie de Pise connus sous le titre de

(1 Ofie., 111, 80.

(2) « IsU ¥ero mihi defunctorum loco budL Qaantulom enim a funert absunt et quidem acerbo, qui ad ftoeset cereos vWunt? (cm epist) Funw aeerbum ^\iùe mort prématurée.

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Cenotaphia pisana, moDuments de la flatterie des Romains envers Auguste, dont notre savant maftre , M. E^er, a reproduit le texte dans ses Uaini vetuslioris sermanis reliquiœ (1). t Un autel est dressé sur lequel, chaque t annéOf on immolera des victimes, un bœuf, une brebis noire, enguirlandés « de bandelettes d'un bleu foncé ; on répandra du lait, du miel et de Thuile, « et Ton pourra offrir aux mânes d'Auguste des hommages funèbres, « mais jamais avec plus d'un cierge ni plus d'une torche ou d'une couronne. « Si qui privatim velint manibus ejus inferias mittere, neve quis amplius

« uno cereo , unaveface, coronave mittat »

Est-il besoin d'ajouter que Servius, en commentant le vers de V Enéide^ 1, 727 : « ...Et noctem flammis funalia vincunt, » fait venir funalia de fur nés (cordes) que les anciens enduisaient de cire avant l'usage du papyrus : « Funalia a funibus quos , ante usum papyri , cera drcumdatos babuere « majores? »

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