‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 172 sur 216 · III. BOUGIES ET CIERGES ENVOYÉS EN CADEAUX · texte numérisé non relu

III. BOUGIES ET CIERGES ENVOYÉS EN CADEAUX

Mais c'est surtout en nous occupant des présents faits aux riches par les pauvres à l'occasion des Saturnales, que nous devons forcément renoncer à tous les textes que nous avons réunis sur les bougies et les cieif;es.

Macrobe, dont on ne saui*ait trop lire et relire le curieux traité sur les Saturnales pour bien connaître les usages anciens, contient des faits intéressants pour notre étude. Nous abrégerons singulièrement ce qu'il nous apprend. Un ancien oracle de Dodone avait recommandé aux Pelages d'offrir la dtme à Apollon, des tètes d'homme à Pluton et des victimes humaines à Saturne : ^ .

4 AtxÂTioy cx^ri/x^atf ^i^

Ces sanglants sacrifices eurent lieu d'après la prescription de l'oracle ; mais plus tard « grâce à une ingénieuse biterprétation , les iêUs pivanies furent représentées par de petites figurines d'or, d'argent, de gypse et

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d'argile désignées sous le noio de sigillaria^ ofiTertes à Platon, et sur les autels de Saturne les victimes humaines furent remplacées par des flambeaux de cire^ ?ût« signifiant également des hommes ou des flambeaux. c De là, ajoute Macrobe, la coutume de s'envoyer aux Saturnales des c bougies de cire ; « Inde mos per Saturnalia missitandis cereis cœpit » : comme aussi de modeler et de vendre des marmousets en terre cuite que Ton offrait en sacrifices expiatoires à Dis- Saturne pour soi et les siens (1). Martial signale une partie des présents que les riches recevaient de leurs pauvres clients à la fin de décembre :

Quod tibi decetnbrl mense^ quo volant mapps Gracilesque ligulae, cereique^ cbartœque

Ces présents étaient, en effet, de toute sorte. L*énumération en serait piquante^ mais trop longue; sachons seulement que comme des patrons avides extorquaient des présents considérables, le tribun Publicius décréta que Ton n'enverrait à plus riche que soi que des flambeaux de cire, des cieiges ou des bougies : « Cereos Saturnalibus muneri dabant humi- « liores potentioribus, quia candelis pauperes, locupletes cereis utec bantur (2). •

De là, sans doute^ le dédain de ce cri de mécontentement que signale Martial :

Àbsit cereas aridi clientis ( X , "^7 ) !

équivalant à : « Au diable la bougie d'un client malaisé I •

Mais il y avait cierges et cierges, bougies et bougies : il y en avait de sales et puants ; il y en avait par contre de riches et odoriférants , desquels Stace disait :

Quantum vel dare cereos olentes !

(1) Une satMtitatioD analogae eut heareasement lieu dnns les Compitales, L'oracle avait prescrit de sacrifia' à Mania des têtes d'enfant pou** racheter d'antres têtes chères poar lesquelles on fnToqnait tes diein, « ot pro eopitilms «apîiibos miiplicaretiir. « Jonlus Brutas, qui atait déjà snbstitoé un bâton d*or à la iBoâle d'un snreaa, qui avait enbrasaè sa mire en se jetant à lerre, s*avîsa de faire remplacer les tètes d'enfant par des tètes d'ail ou de pavot ; Poracle avait dit : tif prô capîiilms eof^tibui sans s'expliquer snr la nature des tètes à offrir.

(3) Festas, au mot c«rei.

klO BOUGBOia ROMAIN

et comme celui qui, au dire d' Ausone, brûlait eu parfumant Tair devant la statue de Vénus :

Cereus a dextra flammas diffundll odoras.

Ce cierge parfumé est un sacrifice ofifert à Vénus-Aphrodile par le mois d' AVRIL, représenté sous les traits d*un faune sautant^et dansant pour honorer la déesse, sa patronne (1).

lY. CANDÉLABRES, CHANDELIERS ET BOUGEOIRS.

Maintenant, si du contenu nous passons au contenant, c*est-à-dire de la chandelle au chandelier, nous trouvons encore Martial (2), faisant avouer au splendide candélabre de Gorinthe qu'il doit son nom à l'humble et antique chandelle avant que les anciens fissent usage de la lampe :

Nomina candelae Dobis antiqaa dederuDt

Les grammairiens et les étymologistes latins , Yarron et Festus , le répètent en termes moins poétiques, mais non moins concluants : « Candela* « brum a candela : in eo enim funiculi ardentes figebantur, lucema post c inventa qu» dicta a luce , aut quod id vocant Graeci ^t^x^v (3).

Il semblerait superflu, après tous les textes cités, d^insister encore sur le vrai sens de candela^ signifiant proprement chandelle (cylindre de

(i) Nous pourrions , à cette oocadon , rappeler les Ten d*lioraoe :

Qui (dies) memein Venerà mtriDC fiodit tprilem.

Et d'Ausone :

iEneadum gcDitriz , Tieino Domen Aprili Du, Venus. ( Eclo$, ,10,7.)

Fetiferum Aprilem TÎDdicftt aima Venus. ( Eelog,^ 9, it. )

qui semblent légitimer Tel jmologie d'AprilU venant &&fpùâlxxi , ompùâir^ , et établir la tradition quelque peu contestée par Varron (VI« 83) et par Festus {Fragm. 19 . édiU Egger) , mais consacrée par tous les poètes , parmi lesquels nous ne signalerons que notre gentil Htmi BelUau , si gracieusement inspiré dans ses strophes sur Avril, que chacun sait par cœur.

(5) Lit. XIV , Epigr. àZ.

(8) Varron, Deling, tatin* Edit de M. Egger, cap. v, $119,

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suif OU de cire) et donnaot son nom au candélabre et au chandelier, c*està-dire à l'instrument qui sert à fixer la chandelle ; il nous Tant pourtant mentionner et réfuter les assertions de M. Re^er qui, en dépit de la découverte de deux chandeliers en bronze et d'un bougeoir en poterie presque identique à notre bougeoir, fait de candela le synonyme de mèche, bandelette^ et prétend assimiler le candélabre à la lampe ou à son support; et cela, en invoquant Tautorité de Martial dont il n'a pas bien saisi la pensée : « L'origine « du mot candelabrum, dit M. Bever, se présente si naturellement après l'ex-

■ plication de candela, que je ne songerais pointa la justifier si je ne croyais « que l'étymologie qu'en donne Isidore est incorrecte et que l'usage pri- « mitif de ce meuble n^était point connu de Festus ou plutôt de son sco-

■ liaste , Paul Diacre. Isidore a travesti candelabrum en candelaferum , t porte-chandelle (suif ou cire) ; c'est une erreur. Ce mot fut composé de « candela et labrum, vase ; candelabrum ne signifiait donc originairement « qu'une lampe , ainsi que Martial le fait entendre. » Martial dit formellement le contraire dans le distique cité sur les candélabres de Corinthe, qui prouve aussi que la chandelle et les chandeliers remontent à la plus haute antiquité, et qu'ils sont plus anciens que la lampe. C'est ce que nous démontrerait une excursion au Cabinet des Antiques , oii se trouvent des chandeliers à bobèche envoyés d'Amiens et semblables à ceux que M. Rêver décrivait dans son mémoire sur le Yieil-Évreux. Une visite dans les musées et collections d'antiques nous fers^it , sans nul doute, découvrir des bougeoirs ou brûle-^out en métal ou en poterie ou argile analogues à celui qui a été décrit par M. Rêver en ces termes : « Petit bougeoir ou martinet en poterie grossière composé d'une coquille « profonde , du centre de laquelle s'élève une bobèche percée de deux « ouvertures diamétralement opposées. » En note , M. Rêver ajoute : « J'ai cru long-temps ce petit meuble unique. Je sais qu'il en fut trouvé « un pareil au Catelet , qu'on prit pour une lampe (l) , par suite de « l'opinion universelle sur l'usage exclusif de l'huile pour l'éclairage à 9 l'intérieur. •

Le bougeoir faisant partie de la collection de M. Olivier, et qui a été l'occasion de ces recherches, est presque identique à ces deux bougeoirs,

(i) !•'. Ballelin des roailles, p. 64.

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seulement il a trots fentes équidistantes aa lieu de deux. Il a aœ con^ Tormité d'Origine de plus avec celui de M. Beyer, puisqu'ils proTi€»nent l'un et l'autre de fouilles pratiquées sur le sol du Vieil-Évreux,

Mais , à défaut des catalogues de toutes les collections privées ou pU'bliques à l'aide desquelles on ferait une iconographie complète du cban<^ délier antique , il nous est possible de prouver leur existence à l'aide des textes écrits.

Parmi les objets constituant l'écrin de la toilette de Projeta , recueilli au pied du mont Esquilin en 1799 , se trouve un chandelier d'argent tenu par une attache en forme de main ; ce travail est du IV". siècle.

Au livre P^ du Supplément de VJmùfuUé expliquée, Montfaucon a fait graver les tablettes du calendrier romain colorié sous Constance ( 25/i avant J.-C). L'estampe représente Avril dansant devant la statue de Vénus éclairée par un cierge parfumé brûlant dans un chandelier^ et audessous se trouvent des vers d'Ausone , dont nous ne relevons que le vers déjà cité qui a trait à notre matière :

Gereus a dextra flaminas dlffundlt odoras.

Il en était des candélabres et des chandeliers comme des cierges et des bougies : il y en avait de cbétifs et de mesquins, et il y en avait de riches et de somptueux. Il y avait l'aristocratique candélabre de Gorinthe et l'humble chandelier de bois, celui du pauvre, qui, faute de soin, prenait feu et flambait bel et bien; Martial l'en avertît, ^)»yrr. xuv, lib. XIV:

£cce vides ligneum, serves nisi lumina, fiel De candelabro magoa lucerna tibi (i).

u Tu vois bien qu'il est de bois et, si tu n'y prends garde, ce chandelier c se changera pour toi en une vaste lampe. > Il devait être aussi de médiocre prix, mais de solide matière, ce chan-

(1) M. Rerer pour prouver la légitimité de ses assertions sar t*identité da candélabre avec la lampe sMngénie à faire un contre-sens, ce à quoi il a parfaitement réussi, en traduisant trop librement: « Vous voyez que la lumière est dans du bois ; ainsi prenez garde de faire uo lustre avec une lampe. •

TROUVlS AU VIEIL*]6yRBUX. /i73

délier dont s'empara rBumolpe de Pétrone (1) pour en meurtrir le front et le corps du malheureux aubergiste qui s'était avisé de trouver à redire à sa posture indécente ; mais ils étaient de fin métal et d'un très-grand prix, ces candélabres qui excitaient la convoitise de l'insatiable Verres (9). Entre autres curieux candélabres, Pline (3) en signale un acheté 50,000 sesterces par une certaine G^uie qui, après avoir exposé nu à la risée de ses dignes convives un esclave bossu et difforme qu'on lui avait cédé par-dessus le marché, en fit son mignon et son héritier. Le bossu reconnaissant adora dévotement , depuis , le fameux chandelier. Yitruve (&) , dans son chapitre sur la peinture des appartements , déplore que les artistes aient renoncé à prendre leurs modèles dans la nature ou dans l'histoire pour ne représenter que des objets de fantaisie. « On fait des candélabres soutenant de petits édifices, du haut des- « quels s'élèvent, comme y ayant pris racine, quantité de jeunes tiges « ornées de volutes et portant sans raison de petites figures assises (5). > Enfin, pour dire jusqu'où le luxe des candélabres fut poussé, rappelons que Denys-Ie-Tyran avait fixé dans le Prytanée de Tarente un candélabre portant autant de flambeaux qu'il y a de jours à l'année.

Pour épuiser la question que nous avions en vue d'éclairer, il ne nous reste plus qu'à dire un mot des chandeliers désignés sous le nom de cerio^ taria. Forcellini, au mot ceriolare, cite Gruter (6) qui mentionne des chandeliers représentant l'Amour portant des corbeilles.

Nous avons relevé dans Orelli trois inscriptions sous les numéros 2505, 2506, 2515. Cette dernière (7) est la dédicace à Esculape et à Hygie, déesse de la santé, de deux chandeliers ou porte-cierges. La seconde, le 2506 , est la dédicace d'un cefiolarium offert par L. Granius.

t L. Granius cerio || larium impensa sua || factum || dédit, donavit apud « Malaccam. » La première, le numéro 2505 , est la plus curieuse. C'est

(1) Satyrieon, ]95.

(2)Cic, Ver T., IV, 183; VI, 60.

(S)PliDe, XXXIV, VI, S.

(U) LW. VIU ch. V.

(5) I Item candelabra sdicularum Sttstinentia GgurDs, supra fasUgia earuni surgentes ex radicibas, mm « Yolutis colîculi teneri piures habentes in se sine ralione sedentia sigilla. • Cap. y, lib. VTI.

(6) Gruter, p. 175, &. « Cum basi marmorea et ceriolaribus daobus oereis babeotibus efligiem Cupidinis tenenlis calatbas.

(7; Orelli, Ri» sacrœ donaria^ c. t, n*. 2515, p. A58.

hlk BOUGEOIR ROMAIN

la dédicace par Decimia , fille de Çaius , j>rètresse de la mère des dieux , d'un trépied et de trente-six chandeliers :

« Decimia C. F. candid. Il sacer. M. D. Delficam II cum laribus II et « ceriolarisN. XXXIIYI Sablonetie. >

Ces trente-six chandeliers suffisent pour éclairer et résoudre la question de leur existence, et de Tusage qu'on en Taisait à Rome où les marchands de chandelles et de chandeliers figurent parmi les corps de métiers sous le nom de candelabrarii (1).

Disons, en finissant, que les textes latins nous ayant surabondamment prouvé Tusage de Téclairage à Tintérieur par des corps gras solides, tels que le suif et la cire, la chandelle et la bougie, il serait très-facile maintenant de rendre leurs vraies attributions aux chandeliers et bougeoirs que la fausse opinion, universellement accréditée de Tnsage exclusif de Thuile comme luminaire romain, a fait long-temps prendre pour des lampes, d'une espèce inconnue, il est vrai, et dont on ne se rendait pas bien compte.

Ces objets rendus une fois à leur vraie destination, on pourrait retourner notre thèse, qui consistait à prouver Fexistence des chandeliers par l'usage dès-lors démontré de la «bougie et de la chandelle, et prouver l'usage de ce luminaire par la description et la nomenclature des nombreux chandeliers et bougeoirs retrouvés dans les fouilles romaines et conservés soit au Cabinet des Antiques à Paris, soit dans les divers musées de nos provinces ou dans les collections plus ou moins connues des amateurs d'antiquités. Une exacte reproduction photographique de toutes ces richesses ignorées ou méconnues pourrait fournir tous les éléments de l'iconographie du chandelier antique, et ofinr autant et plus même de preuves matérielles que les textes anciens ne nous ont fourni de citations. Ce serait là une démonstration d'autant plus persuasive qu'elle frapperait les yeux du lecteur :

Segnios irritant animos demissa par aarem

Quam qoae sunt oculis subjecta fidelibus^ et qus

Ipse sibi tradit speçtator {Bpistol. ad Pisones, v. 1 80. )

(I) Voir deux inicriptions reeueillies dans Muratori, p. 945, 8, dans Dooius, p. 816, S et dans Gorius, £cmr, III, p. 180-1^0. La dernière, qui est de Florence, reproduite dans Oreiti (liucripthn$ latines^ Ai 57) est l*épitaphe de FI [avilis] Aquilins Bedon, candelabrarius, mort à SSans.

TROOVé AC VIEa*]i?RBCX. 475

y. LANTERNES.

Notre tâche était achevée et nous n'avions qu'une seule crainte, c'était d'avoir quelque peu lassé la vue et l'attention par ce grand déploiement de citations, lorsqu'un de nos confrères y craignant, sans doute, qu'un coup de vent n'éteignit toutes ces chandelles et toutes ces bougies , s'informa si les anciens n'avaient pas le moyen de parer à cet inconvénient, si enfin ils ne faisaient point usage de lanternes.

Quelques citations seulement prouveront que les Romains en avaient de dilTérentes sortes. Mais d'abord, leur existence nous est signalée par Montfaucott (1), qui décrit toutes les parties de la trirème de Trajan, et Festampe jointe au texte nous montre une lanterne toute semblable aux nôtres, suspendue au bout de Taplustre de la poupe.

Et , dans TÉvangile selon saint Jean, rappelons-nous que les soldat» vinrent avec des torches et des lanternes pour saisir Jésus-Christ : « ad com-

* prehendendum Ghristum venerunt cum laiemis et fiicibus. »

En remontant encore d'après notre méthode ascendante, nous trouvons des témoignages non m«ns positifs dans Cicéron et dans les poètes que nous avons déjà tant de fois mis à contribution, parce que, chaque fois^ on s'y platt davantage : Plante, Juvénal et Martial.

Mais voici que l'esclave d'Amphitryon, Sosie, arrive du port avec sa lanterne r

Sted ^mpKitmoDls iUe est servus Sosia A pertu Ulic nanc eum laiema advenit (2).

Un peu phis loin, Mercure, aiyant pris la forme de Sosie, déroute les idées de ce pauvre garçon qui se tftte et s'interroge :

i Ne suis-|3 doue pas devant notre demeure? A'ai-je pas ma lanterne

• à la main? »

Nomie ego dbhc sto bie ante sdeis nostras? non mihi est laterna in mana (3) ?

(1 AntiqfÊiîé expliquée, lit. m, p. 2A6. (S) Amphitryon, t. IA9 dn Prologne' m A«t. I, se. I, T. 2ft0.

476 BOUGBom romain

Voilà donc bien la lanterne! Mais il y en avait de plus d'une espèce : ii y en avait en feuilles de corne amincie et transparente, en peau de vessie^ en morceaux de toile de lin imbibés d'huile^ comme celle qui éclairait quelques malbeureut d^uenillés dans le vestibule de Glodius au moment de la nuit où Gicéron écrivait à Atticus sa 79*. lettre, le M novembre 696 : « Clodii vestibulum vacuum sane mibi nuntiabatur, « paucis pannosis, linea laterna. »

G*est aussi à ce genre de lanterne que Plante compare le triste état où un vaurien d'écolier met la tête de son pédagogue avec ses tablettes. Le pré** cepteur se plaint-il ? Le père encourage son digne fils : « C'est bien ! « Voilà bien mon sang! Tu sauras venger une injure— Or çà, dit-il au « pauvre éclopé, vieil imbécile, ne t'avise pas de corriger mon fils, s'il a u montré du cœur;— et le précepteur s'en va, la tète enveloppée d'un iinge « huilé ne plus ne moins qu'une lanterne» »

It magister, quasi lucema^uncioexpleius Itnteo (1).

Et dans VAululaire^ Euclion, jouant sur des mots, confond l'agneau de Mégadore acheté pour les noces avec le président de la Curie et dit qu'il n'a que la peau et les os, qu'on lui voit les entrailles au soleil et que son corps est transparent comme une lanterne de Carthage :

Ita is perlocet quasi laterna panica (2).

La lanterne en peau de vessie réclame contre le discrédit dont on la menaçait sans doute déjà, en revendiquant son titre de lanterne : < Si, lui fait dire Martial (XIV, 61 } , si je ne suis de corne, en suis-je pour cela plus sombre et les passants soupçonnent-ils seulement que je ne sois qu'une vessie? •

Gornea si non sam, Dumqu|d sam foscior, aut me Vesicam, contra qui venit, essepatat?

Ainsi la lanterne guidait, durant la nuit, en fidèle éclaireur, et inrotégeait contre le vent l'humble lumière de la lampe.

(I) Baeckides, A05-i&i6.— Act. III, se. III, ▼. ai. (S) AuluL, S€L III, 9C. VI, ▼. 80.

raOUVlS AU VIBIL-ÉVRBDX. 477

Dui lalerna viœ claasis feror aurea flamniis. Et tata est gremio panra lucema ineo.

Ainsi, pour nous résumer en deux mots, les Romains faisaient usage de la chandelle de suif qui fut te plus ancien de leur luminaire^ et qu'ils reléguèrent en Fabandonnant aux humbles et aux pauvres dont elle éclairait le travail, le repas des nuits et les cbétives funérailles.

La bougie, plus aristocratique, parfumait les palais des riches et des grands ; et la chandelle et la bougie se fichaient sur les candélabres ou se glissaient dans les chandeliers dont les fabricants et les marchands faisaient un riche commerce, si Ton eu juge parle luxe et par la quantité de ces instruments d'éclairage.

Enfin, la lanterne protégeait contre la pluie et les coups de vent le luminaire quelconque : bougie, chandelle ou lathpe , qu'elle recelait dans ses flancs de peau de vessie, de feuilles de corne amincie ou delambeauœ de toile imbibés d'huile pour en augmenter la transparence.

Si nous n^eussions tenu à circonscrire nos recherches dans le seul

Empire romain, il nous eût été focile, à la lueur de la lanterne de Diogène, de trouver dans les textes grecs les traces et les traditions antiques de notre luminaire en Grèce, où nous eussions même rencontré les cierges. •

Arrien (1) nous eût décrit ces immenses processions de 50^000 hommes, armés en guerre et tenant des cierges allumés à la main, qu'Alexandre conunandait en l'honneur d'EscuIape, d'Hercule et de Jupiter Basilens.

Héliodore nous eût montré les habitants de Syène assiégée rebâtissant, la nuit, leurs muraities, à la lueur de torches et de flambeaux de cire :

Mais, encore une fois, il ne s'agissait que du lumindre chez les Romains, et la question nous a paru suffisamment éclaircie.

(I) Noaf derons ce souvenir h notre cher collègue el confrèrCf M* Georges llaocel, eonsenratear de la Bibliothèque de Gaen, qui, avec son érudiiion toujours j)rête, nous a signalé Tarticle que M, Granier de Cassagnac inséra dans le t. Xty*. de la Rktob di PAais, soua le titre de: £■« vjs dévote chez tes paieiu,

C«IX,i!.

/i78 BOUGEOIR ROMAIH TROUVÉ AU VlBIt-éVRfiUX.

n me reste. Messieurs, au terme de ce travail, que je ne croyais pa& devoir s'étendre au risque de lasser votre patience, sans y parvenir, à vous remercier de Tattention bienveillante que vous avez daigné y apporter, et delà faveuravec laquelle vous Tavez accueilli;-- cette Taveur prouve que votre intérêt scientifique ne s'arrête pas aux limites du domaine exclusif de no& antiquités normandes, mais qu'il s^étend à toutes les études de Tantiquaire.

Je dois un remerctment particulier à notre zélé confrère, M. Olivier ,^ pour avoir, en nous communiquant et dessinant son précieux bougeoir romain, soulevé une question qui m'a procuré le plaisir de relire nos chers classiques latins, à Timitation desquels je chercherai pour ce modeste travail un patronage .éclairé :

A ce titre, je prierai notre aimable et spirituel vice*président, M. le conseiller Demiau de Crouziluag, (p a mis cette question de luminaire à Tordre du jour, en m'engageant à la résoudre,^bien quMl eût réussi à foire beaucoup mieux, avec cette grâce d'esprit qui est proprement un charme, —de vouloir bien agréer l'hommage de cette excursion archéologique à travers les textes de cette antiquité latine, qu'il possède si bien.

Je suis heureux de la lui dédier, telle quelle, comme Pexpression de ma respectueuse confraternité littéraire. Sa bienveillance écartera le souvenir du vers que Martial prête au riche patricien, écartiant avec dédain r humble cierge d'un pauvre client:

Absit cerens arldi cllentis!'

Sa méttioire, qui n'a que d'obligeants sonvenirs, M rappellera encoreque notre vieux GomeiUe a dit avec raison :

La façon de donner vaut mleui que ce qn'on^ donne.

{Le MefUeur, act I, se I.)

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