ET LA MORT DE DUB0UR
d*Anne Dubourg. 11 appartenait à une famille noble et catholique de la ville d'Espallion en Rouergue, où il .était lui-même né en 1715. Ses deux sœurs avaient embrassé la vie monastique et étaient entrées dans un couvent de la Provence, dont le nom ne se trouve nulle part indiqué. Comme beaucoup de ses confrères en littérature, au moment de son début dans la vie aventureuse des libelles et de la polémique politique, Victor de la Castagne avait abandonné le nom de son père pour porter exclusivement celui de sa mère. S'il faut en croire ses affirmations, il paraîtrait même que ce changement de nom devrait être reporté à une époque antérieure. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'après des études brillantes à Toulouse et à Paris, grâce à son esprit souple et délié , il avait réussi à se créer des relations élevées et à se faire admettre dans l'intimité de plusieurs littérateurs, notamment de Crébillon père , de Fontenelle , de Fabbé Chevet, maître des comptes, et d'un académicien peu connu, l'abbé Séguy. C'est à ce moment brillant de sa vie que Dubourg composa le Traité de Vhisloire universelle, les Mémoires de la comtesse ***, les Lettres tartares, et qu'il traduisit, de l'anglais et de l'italien , Montezuma, Mérope et, ce qui lui fut plus profitable , le grand Dictionnaire géographique de Laurent Echard. Pour épargner des recherches inutiles aux bibliographes, hfttons-nous de dire que tous ces travaux n'ont pas été publiés. Le Traité de l'histoire universelle, resté probablement à l'état d'esquisse, a été brûlé ; et les Lettres tartares pour lesquelles M. d'Argenson avait nommé censeur l'abbé Souchet, de TAcadémie des inscriptions, n'ont pas paru. Les autres écrits ont été imprimés chez la veuve Bienvenu ou chez Lesclapart, à Paris, de 1743 à 17&5. Le Dictionnaire géographique fut même payé à Dubourg, par ta veuve Bienvenu, la somme considérable de 800 livres (1).
Malheureusement, par suite de circonstances qui nous sont restées inconnues, Dubourg s'était dès cette époque affilié à des intrigues politiques et avait mis sa plume au service des cours étrangères. En 17&&, ne se croyant pas en sûreté à Paris pour y publier ses élucubrations, il se rendit furtivement à Francfort, et bientôt l'imprimeur MuUer, plus hardi que la
(i) Noas IrouvoDB» dans le Dictionnaire de BarMer, les ind'caUoo« suivantes qni précisent la date de publication de quelques-nos de ces ouvrages : 1"* Mirape, tragédie ; traduit de ritalieii de MafTei. Paris « veure Bienvenu, i7da; 2* MontezumOj tragédie; traduit dePanglals de Dryden. Lesclapart ; Paris, I7&d.
kSk SUR LA CAPTIVITE
veuve Bienvenu, répandit à profusion en Allemagne une succession de libelles diffamatoires, paraissant périodiquement sous le titre général du Mandarin et de V Espion chinois^ et destinés à produire, par la nature même des attaques qui s'y trouvaient contenues, une très-vive émotion. L'auteur n'avait pas même pris les précautions les plus simples pour déguiser sa per* sonnalité : aussi, après avoir été traqué d'asile en asile, il fut bientôt arrêté à Francfort par des agents français chez un marchand de fer , nommé Otto, et dirigé immédiatement sur le Mont-Saint-Micbel. C'est à ce moment que commence Tinstruction administrative qu'il nous reste à faire connaître.
La première pièce de notre dossier (1) est une lettre, en date du 15 décembre 17/(5, par laquelle M. de Voyer d*Argenson prie M. de La Briffe, intendant de la généralité de Gaen, de profiter de son voyage à Avranches pour aller prendre au Mont-Saint-Michel l'interrc^atoire du nommé Dubourg. Lorsque la dépêche ministérielle lui parvint, M. de La Briffe avait fini sa tournée , et il délégua pour le remplacer le président de l'élection d' Avranches, M. Le Masson de La Mazurie. Dans le but de faciliter à ce magistrat l'accomplissement des volontés du roi, M. de La Briffe joignit à sa lettre une note confidentielle. Cette pièce curieuse, qui contient l'exposé sommaire de l'affaire , est ainsi conçue :
« Note sur le nommé Dubourg :
n Le nommé Dubourg a été arrêté par ordre du Roy et conduit, au mois « d'août 17A5, à l'abbaye du Mont-Saint- Michel pour avoir distribué et « fait distribuer des feuilles périodiques qu'il composoit à Francfort avec c la licence la plus effrénée, et sans aucun égard au respect qui est deu « aux têtes couronnées. Le ministre de la guerre désire <iue ce particulier « soit interrogé par une personne de confiance et assez intelligente pour <r parvenir à découvrir :
« l^ Quelle est son origine;
c 2^ Quelles ont été ses occupations depuis son enfance dans tous " les différents endroits qu'il a habités, et cela successivement ;
« 3^ Ce qui l'a attiré à Francfort ; quelles sont les personnes qu'il y a I vues et avec lesquelles il a eu le plus de liaison ;
(1) Arciiifes du Calvados} Ordres du Roi ; Dossier Dubourg. Nous prions le soranl cooservslenr de cet établiisement, If. Gliatci» de recevoir tous dos remerdments» pour roMigeance avec laquelle il nous a fecililé les recherches et pour les renseignements précieux qu*il a bien voulu mettre à notre disposition.