ET LA MORT DE DDBODRG
f k\ Par qui il a été sollicité a écrire les libelles qu'il composoit, F usage c quMl en faisoit ; s'il en tiroit du profit , quel étoit ce profit ; par qui t il faisoit distribuer ses libelles, et qui étoient ses correspondants ;
« 5% Et généralement tout ce qui peut avoir raport à Tobjet pour le- < quel il a été arrêté.
« Nota. — Il faut s'appliquer à donner tous ses soins à ce que cet in- I terrogatoire , qui sera mis sur papier simple et non timbré , soit étendu f et bien circonstancié; qu'il embrasse jusques aux plus médiocres partyes « de la vie du sieur Dubourg, de son caractère, de ses plaisirs, de ses liai- « sons , de ses occupations , et surtout se faire nommer exactement les • noms , les temps et les circonstances.
< En envoyant cet interrogatoire en original , il faudra y joindre se- « parement des observations particulières sur ce que Ton aura reconnu « des qualités personnelles de ce sujet, affin que le ministre soit en état de t rendre compte du tout au Boy (1). »
Le 21 décembre 1745, M. de La Mazurie, muni de ses instructions, se rendit au Mont-Saint-Michel et y reçut les déclarations de Dubourg. L'interrogatoire dura deux jours. Le détenu, après avoir fourni des renseignements détaillés sur son origine, ses liaisons et ses occupations habituelles, reconnut qu'il avait composé, à l'instigation des ministres des cours étrangères et notamment de la cour d'Âverstad, de Mayence, de Cologne, de Wurtemberg, un ouvrage en deux volumes contenant des réflexions sur l'état présent de l'Europe, et diflTérents caractères indéterminés sous des noms allégoriques* L'aveu sembla suflBsant au président de l'élection qui ne poussa pas plus loin ses investigations. Il semble même que le prisonnier avait laissé dans l'esprit de ce magistrat une impression favorable. C'est au moins ce qui résulte de la lettre à M. de La Brifie qui accompagne l'interrogatoire :
« Il parait, dit M« de La Mazurie, que Dubourg a beaucoup d'esprit c et de lecture, parle peu et s'exprime fort bien et légèrement; d'un t caractère doux et mélancolique. Le sous-prieur du Hont-Saintt Michel qui le visite souvent, m'en a fait le même portrait et m'a ajouté fi qu'il s'abandonne à la tristesse sans jamais se plaindre et que, dans les
(!) Archives da CalTadw; Ordres dn Roi; Donier Dubourg»
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« entretiens qu'il a eus avec lui, ledit Dubourg ne lui a jamais parlé que f de sciences et de choses indifférentes, qu'il en est très--content et m'en < a dit beaucoup de bien (1). :»
Cette procédure ne sembla pas satisraisante à M. d'Argenson qui envoya à M. de La Mazurie, avec Le Mandarin chinois et un mémoire justificatif, des ordres pour procéder à une nouvelle instruction.
Le 6 du mois d'août, M. de La Mazurie et M. Badier, subdélégué, se rendirent au Mont pour y compléter les interrogatoires précédents. Les ordres du ministre étaient rigoureux. On énonçait que l'extérieur doucereux du prisonnier dissimulait son véritable caractère ; et^ dans une note jointe aux pièces, on lisait cette phrase significative et menaçante : « S'il « ne répondoit pas clairement, je ne craindrois pas de lui dire qu'il « s'expose à une question inévitable^ parce que tout ce qui est crime « d'État se règle par des maximes différentes du droit commun. >
Le ministre inclinait, en outre, à penser que Le Mandarin avait été composé à la sollicitation des agents de la ville de Hongrie. Le procédé d'intimidation conseillé par M. d'Argenson ne parait pas avoir été employé par M. de La Mazurie (2).
Le second interrogatoire, beaucoup plus long et plus circonstancié que le premier, eut un résultat décisif contre le malheureux détenu. Après l'avoir lu, il est impossible de douter que Duboui^ fût non-seulement l'auteur du Mandarin^ mais encore de la clef historique qui en expliquait les allusions et ne permettait pas d'erreur sur l'identité des personnages attaqués. Sa situation était d'autant plus mauvaise qu'il était lui-même forcé de convenir que Le Mandarin chinois, dirigé contre la cour de France et contre la politique française, avait été composé à l'instigation des ministres de certaines cours d'Allemagne et payé par leurs agents. Pour aller au fond des choses, Dubourg était évidemment un écrivain passé à l'ennemi et payé par l'ennemi pour attaquer son pays. Aussi, après la clôture de l'interrogatoire , se considéra-t41 comme un homme perdu. Cette impression perce dans toutes ses réponses, qui dénotent d'ailleurs un esprit judicieux et qui sont empreintes d'une certaine franchise et d'une résignation à la fois calme et mélancolique.
(i) ArchÎTes da Calvados.
(S) lind.