‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 177 sur 216 · Û88 SUR LA CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

Û88 SUR LA CAPTIVITÉ

« tourna le dos, allant vers l'autre bout de sa cage d'où il revint et de- « manda le livre que je lui donnai ; après quoy il lit la réponse qui est « dans son interrogatoire. Il ne parut pas encore dans cet endroit trop

< interdit. Lorsque je lui demandai si ce n'étoit pas le même livre qu'il « avoit donné à M. Blondel, à Francfort, il pallit, se mordit la lèvre de « dessous et serra ses lèvres plusieurs fois les unes contre les autres, de- « vint palle comme un mort ; les yeux lui changèrent et lui emplirent « d'eau et les eut attachez près d'un quard d'horloge vers la terre d'où « il ne les leva que deux à trois fois pour regarder le ciel en soupirant. « Cependant, il répondoit aux interrogatoires que je lui faisois. Lorsque « j'estois occupé à faire écrire une de ses réponses pendant une resverie , « il dit quelque chose entre ses dents où je crus lui entendre dire : « M. Blondel, vous me rendez là un mauvais service. Je ne voulus point u lui demander ce qu'il disoit, crainte de lui faire apercevoir que je l'exa- « minois et afDn de mieux examiner toutes ses figures et de voir s'il ne « diroit pas quelque autre chose. Les trois heures environ que j'em- « ploie ensuite dans le même soir à compléter son interrogatoire, il eut

< toujours les yeux très^-tristes et un air plus resveur qij^'il n'avoit eu • avant que je lui eusse demandé si ce n'étoit pas le livre qu'il avoit donné « à M. Blondel; il paraissoit même avoir le cœur serré, se frottoit à tout « moment le front Le lendemain quand je retournai pour continuer, il « parut plus resveur que lorsque nous étions arrivé (1). »

M. Badier^ dans une lettre qu'il adressa de son côté à M. de La Briffe, constata aussi, mais avec plus de brièveté, l'attitude désespérée du prisonnier.

Au premier abord. Le Mandarin chinois (2), avec son style terne et né* gligé, ne parait pas expliquer le châtiment terrible qu'il attira à son auteur. Toutefois, en y regardant de près, en se reportant à l'état de la politique française et de nos alliances en 17&5, l'étonnement diminue et ou arrive à comprendre ce brusque et violent dénoûment Au reste, quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur ce point, nous croyons qu'il n'est pas

(1) ArchiTes du Calvados.

(S) Il ne fkut pas coofondre Le Mandarin uu l'Espion chinois dont il est question ici BTec plusîears ouvrages analogoes, et notamment avec L'Espion chinois ou envoyé secret de la cour de Pékin pour examiner fêtât présent deCEurope^ six toL ûih*8*. Cologne^ 1783.

ET LA MORT DE DUBOURG. /|gg

hors de propos de jeter un rapide coup-d'œil sur celte étrange publication. Les deux volumes dont elle se compose sont devenus à peu près introuvables; certains passages révèlent à merveille les allures de la presse clandestine auXVIIl*. siècle et jettent, en outre, un certain jour sur les habitudes, le caractère et la tournure d'esprit de Dubourg.

Le Mandarin ou l'Espion chinois, dont un exemplaire très-complet fait partie de la Bibliothèque de l'Arsenal, porte pour titre : L'Espion chinois en Europe. A Pékin , chez Ochaloulou , libraire de l'empereur Choanty , dans la rue des Tygres, — On y lit , de plus , cette devise significative : Quod délirant reges plectuntur Achivi.

Le premier tome comprend 128 pages, 16 lettres et la fameuse Clé historique. 11 débute par une dédicace à Son Altesse Sérénissime le duc de Vîrtenberg [sic). La première lettre n'est pas datée; la se'conde porte la date du 23 janvier 1 745. Le second tome, interrompu brusquement dans sa composition à la quarantième page par l'arrestation de Duboui^, ne contient que onze lettres presque toutes fort courtes. 11 se termine par deux pièces de vers, imprimées peut-être après coup et dont l'une est intitulée: Sur le plus cruel outrage que l'on puisse faire au sexe (1). Ce volume n'a pas été placé, comme le premier, sous le patronage d'un roi ou d'un prince. Dubourg, rendu plus hardi et plus indépendant par le succès, l'a dédié simplement au bon sens.

A Sa Mmi99té Mwtpéw^im^e le A<»n 8enë.

« Syre,

« Je donne à Votre Majesté les titres des empereurs, parce que vous êtes . « fait pour régner sur les rois eux-mêmes et les frontières de votre em- « pire, ce seront celles de toute la terre ; mais vous n'ignorez point qu'il « y a bien des rebelles dans vos états. Presque tous les hommes ont se- « coué le joug que vous leur imposez au sortir de l'enfance, surtout en « Europe. Rien n'est plus surprenant que de voir les Calyphes assembler « les sages de leurs états pour les moindres choses et prendre presque € toujours le parti de la folie. Quoique cet exemple soit bien séduisant, je

(1) L^exemplaire de la Ribliothèque de PAnenal nous a été signalé par M. Aodrieux, employé à la Bi* |)liothèque du Sénat et si bien au courant de tout ce qui concerne la bibliographie normande.

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