‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 181 sur 216 · BT LA MORT DE DUBOURG · texte numérisé non relu

BT LA MORT DE DUBOURG

Mont pour vérifier Tétat des dépenses relatives au prisonnier, dont les religieux réclamaient le remboursement. Nous extrayons du rapport du subdélégué quelques détails qui jettent un certain jour sur la position exacte du détenu et sur ces affreuses cages, improprement nommées cages de fer, quMnventa l'esprit cruel et soupçonneux de Louis XI, et qui subsistèrent dans un petit nombre de prisons jusqu'à la Révolution française (1).

• Premièrement j'ay vu qu'ils ont fait faire deux portes neuves, épais- « ses de plus de deux poulces, larges de trois pieds sur sept à huit de hau- « teur, dont une sert à l'entrée de la voulte, et Pautre à l'appartement « où est la cage ; toutes les deux bien garnies de bandes de fer avec « deux serrures et deux forts verrouils à chaque porte, 11 y avoit à la « fenêtre de l'appartement qui est une grande voulte, une grille de fer « que la rouille avoit minée en haut et en bas des barreaux. Ce prison- « nier leur étant si estroitement recommandé, ces religieux ont été obligés « de faire placer deux fortes grilles à cette fenêtre, une en dedans, l'autre « en dehors; la première pèse 150 livres; la seconde 500, suivant les c mémoires que ces Messieurs m'ont représentés. Il a été aussi besoin de <r près de trente livres de plomb pour enclaver ces grilles. On a aussi « été obligé de faire réparer la| cage qui est de huit à neuf pieds en tous

(1) De iÂ71 à 1&80, Louis XI fit faire un assez grand nomjDre de cages destinées à des prisonniers importants. Un Allemand, nommé Ferdargent, en fut le principal fabricant. ï\ y en avait à Tbôtel des Tournelles, à Paris, à la Bastille, à Loches, à Chinon, à Plessis-lès-Tours, à Angers et au Mout-St.-Micke). filles étaient généralement composées d*un certain nombre de grosses pièces de bois très-rapprocbées les unes des autres, se coupant à angle droit, et revêtues à Tlntérieur et à Textérieur d'épaisses bandes de fer ; indépendamment de la porte d'entrée, elles présentaient deux autres ouvertures beaucoup plus étroites. 11 existe quelques dessins de ces affreuses cellules; du reste, la description des cages de Loches adressée à M. Clérambaut en donne une idée suffisante : • Ces cages sont de bois par barreaux revêtus en dehors 0 et en dedans de lames de fer, qui revêtent le bois d'un fer espais d'un petit doigt , et ces barreaux c sont serrés l'un à l'autre à ne pouvoir y passer que la main ; seulement, dans le milieu, il y a place à y « passer un plat et au-dessus des portes de quoi passer un bassin pour les autres besoins. ■ Les cages variaient de grandeur : Je plus souvent elles avaient 7 à 8 pieds de hauteur et de largeur. Quelques-unes, et notamment celles des prisons de Loches, ne mesuraient à l'extérieur que six pieds et demi de hauteur et de largeur, en sorte qu'on ne pouvait s'y tenir ui debout ni couché. En 1777, lors de sa visite au Mont- St.-Michel, Mg'. le comte d'Artois (Charles X) fut péniblement affecté par la vue de la cage de fer, et en ordonna la destruction ; toutefois la démolition n'eut lieu que quelques mois plus tard, au moment de la visite à l'abbaye du jeune duc de Chartres. Cette particularité est racontée fort au long dans les Mémoires de M"*, de Genlis. Cf. Avranchin monumental et historique, par M. Edouard Le Héricher , t. II, p. 301 ; — Notice sur Simon de Quingey et sa captivité dans une cage de fer, par André Salmon. Ce travail substantiel, auquel nous avons fait plusieurs emprunts, est inséré dans la bibliothèque de l'ËcoIe des chartes, 8*. série, t. IV, p. 383 ; il renferme les détails les plus précis et les plus circonstanciés sur rorigine des cages de fer, leur destination et leur mode de construction.

&98 SUR LA CAPTIVITE BT LA tfOBT DE DUB0UR6.

« sens, et pour ce îl a été besoin de crampons, ceintures et bandes de fer ; t on a aussi fait couvrir la cage avec sept à huit grosses plancbe& de t bots, Teau filtrant dans le mauvais temps à travers la voulle , et c qui tomboit dans la cage, ce qui incommodoit beaucoup le prisont nier. Pour toutes ces dépenses, ces Messieurs me les font monter à ^ 420 livres (1). i

Pour compléter cette recherche, disons encore que certaines pièces du dossier témoignent de la pitié profonde qu'inspirait Duboui^ aux personnes qui rapprochaient. Peu de temps après son arrivée , le sous-prieur lui fit faire, de son propre mouvement, une robe de calmande et un fort gilet d'étoffe ; mais ces attentions qui honorent les religieux et quelques autres adoucissements de même nature étaient des palliatifs bien insuffisants pour combattre l'influence délétère d'un souterrain où le froid et l'humidité étaient tels qu'après six heures de séjour le Président de l'élection d'Avranches était forcé d'interrompre l'interrogatoire du prisonnier et de se retirer en constatant, dans son procès-verbal , qu'il avait été glacé par la température du lieu et qu'il lui était impossible d'y rester davantage. Nous ne voulons pas insister sur certaines autres particularités révélées par M. Badier, sur l'absence à peu près complète de lumière, sur les filtratipns perpétuelles de Teau qui tombait de la voûte et pénétrait dans la cage, sur les tortures morales qui , se joignant aux souffrances physiques , devaient assaillir un homme dans la force de l'âge, privé de toute société et soumis à un régime cellulaire exceptionnellement barbare. Toutes ces aggravations de pénalité ne sauraient être justifiées ni par le caractère vénal de Dubourg, ni par l'odieux de ses insinuations , ni par l'excessive rigueur de l'ancienne législation en matière de délits de presse. La mort de ce détenu fut le résultat naturel du régime déplorable auquel il fut soumis. Il ne fut pas dévoré par les rats , comme le soutient la tradition locale ; il ne succomba pas à une attaque de paralysie, comme plusieurs archéologues l'ont pensé; mais il mourut dans un accès de folie furieuse déterminée par la souffrance et le désespoir , ainsi que l'indique d'une manière si nette la lettre de M. Badier, dont nous avons précédemment transcrit un passage. Sur tous ces points la vérité est assez triste pour ne pas avoir besoin d'èlre surfaite.

(i) ArchîTes da Calvados ; Ordres da Roi; Dossier Dubourg.

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