‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 184 sur 216 · II. — SEIGNEURS O'ÉGOUCHé · texte numérisé non relu

II. — SEIGNEURS O'ÉGOUCHé

Le premier seigneur d'Écoudié qui nous soit connu fut Raoul de

Gacé.

UaatU de Gacé ou fVacé était petit-fils de Richard 1*'., troisième duc de Normandie , par conséquent de la race de RoUon. Voici comment. Le duc Richard , ayant perdu Emma , sa femme, fille de Hugue»4e-Grand, se consola de cette perte en courant les aventures. Ayant entendu parler de la beauté de la femme d*un forestier de ses domaines, d*une noble famille Danoise, qui demeurait proche d'Arqués, il alla chasser à dessein de ce côté; il la vit, s'enflamma à première vue d'un amour adultère pour cette dame , nommée Sainfrie , et donna ordre A son hôte de la lui envoyer à sa chambre pour la nuit. Le forestier, au désespoir, vint rapporter ces paroles à sa femme ; celle-ci apaisa la douleur de son époui en lui disant qu'elle enverrait à sa place sa sœur , Gunnor , jeune fille beaucoup plus belle qu'elle-même. Il fut fait ainsi , et le duc , ayant reconnu la fraude , se réjouit de n'avoir pas péché avec la femme d'un autre (1). Les relations se continuèrent , et de cette union illégitime naquirent trois fils et trois filles. L'atné des fils succéda à son père au duché de Normandie , sous le nom de Richard II ; le second , nommé Robert ; fut proposé par son père pour occuper le siège archiépiscopal de Rouen , mais le clergé protesta contre la nomination d'un bfttard. Cette opposition fit ouvrir les yeux du duc , qui , voulant faire cesser le scandale de sa conduite , épousa Gunnor devant les autels (2) . Robert fut alors pourvu de l'archevêché de Rouen, vacant par la mort de Hugues.

(i) Guillaume de Jumiéges» HUtaire de» Normand» , 1. VIII.

(S) Voici ranecdoi^qae rapporte, à ce sujet i Damoulin, dans son HUtoir» de Sormandie, li?» VII, p. 89 : • La nnlct de leurs nopces, Gunnor , k qui les gentillesses d^espril étoient onlinaires, lui tourna « le dos: le duc lai en demandant la cause, veu qu'auparafant elleae jetolt dans ses Itras, eut pour

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Son père lai doona le comté d'Évreui ; aussi vécut-il beaucoup plus en prince qu'en évéque. Il épousa une femme^ nommée Horlève, avec laquelle il' vécut publiquement et dont il eut trois fils« Ce prélat mourut en 1037; il s'était converti à la fin de ses jours et avait fait pénitence de sa vie irrégulière (1). Le fils puîné de Tarclievêque fut ce Raoul de Gacé qui, malgré ses qualités éminentes , paya son tribut aux vices de son siècle. Gomme il convoitait la charge de tateur du jeune Guillaume-le-Bâtard, occupée par Gilbert Crespin , il fit, pour satisfaire son ambition, assassiner ce seigneur comme il se promenait un matin à cheval , en compagnie de son compère, Josselin de Pont-Escheufroy, par Foulques, fils de Giroie. Ce fait se passa en 1039 (2). Peu de temps après, la Normandie était livrée à la plus sanglante anarchie; les seigneurs, assemblés au nom du jeune duc, résolurent de lui choisir un nouveau tuteur capable de résister à l'avidité des ennemis qui convoitaient son patrimoine. Raoul de Gacé , déjà connétable de Normandie et cousin du jeune prince , fut acclamé par tous les barons. Il remplit sa charge avec énergie et fidélité. Ses contemporains lui avaient donné le ridicule sobriquet de Tite-d^Ane, non pour s(m entêtement, mais à cause de la longueur de sa tète et de la grande quantité de cheveux dont elle était couverte (3) . Orderic Vital , qui nous apprend que Raoul de Gacé était seigneur d'Écouché, ne nous dit pas comment ce domaine lui était parvenu. La date de sa mort ne nous est pas connue ; mais nous savons qu'il laissa un fils, issu de son union, avec Baxilie Fletel , lequel se nomma Robert.

Robert de Gacé succéda à son. père dans la possession de ses nombreux domaines et, en particulier, de celui d'Écouché. Ge personnage

« réponse, accompagnée de graad$ rist que par le passé elle participoit à son Met comme mignonne «t < humble servante ; mais ors qu'elle pouvoil 7 dormir comme maîtresse de la moitié. » Ce qui fit donner le nom de Tournedos au Heu où se passa cette petite scène intime , ajoute rbistorien.

(1) Bùtoirt eccléêkutiquê de Fleury , L XII, p. 973. Pour apprécier des mœurs pareilles , il faut penser que celte société touchait encore de bien près au paganisme, et que la religion de ces demi* barbares n^avait pas pénétré jusqa*à leur cœur. Par suite de leur rapaciié, ils avaient fait main-basse sur tout, même sur les dignités ecclésiastiques. Ils ne renonçaient pas pour cela à la vie du monde, ils faisaient remplir les devoirs de leurs charges par des clercs à gage* Ils étaient un peu dans la position des abbés oommendataires, qui ne vo} aient dans leur titre qu'un bénéfice , se traduisant par des avantages malérSns. L'Église protesta contre ces abus , et finit par en avoir raison.

(3) Guillaume de Jumiéges, cliap. vi, p. 174»

(3; Orderic Vital, trad. Guiiot, t. III, 1. VlU p. 99.

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peu marquant mourut sans postérité vers Tan 1064. Le duc Guillaume réunit ses héritages à son domaine particulier (1). *

GuUlaume-Je-Conguétanti duc de N&rmandie. Ce prince, devenu maître de ces biens, en àiTecta une partie à la dotation du monastère de Ste.- Trinité, fondé par la duchesse Mathilde, son épouse, dans la ville de Caen, eu Tannée 1068. Entr*autres largesses , il donna la dime du revenu des domaines d'Écouché et de Gacé (2). A la mort du Conquérant , beaucoup de ses actes et donations furent contestés par les seigneurs et boui^eois qu'il avait contraints de se défaire , soit à prix d'argent , soit même sans indemnité, de leurs héritages dont il avait enrichi ses abbayes : témoin cette protestation si énergique qui se produisit sur sa tombe, de la part du bourgeois Asselin , qui revendiqua si haut l'emplacement de cette sépulture. Ses enfants, eux-mêmes, ne respectèrent pas ses dernières volontés. Après sa mort , la dime des revenus d'Écouché cessa de figurer dans la recette de Tabbaye de Ste.- Trinité , parce qu'un seigneur, nommé Girard de Gonmay , revendiqua cette portion de l'héritage de Robert de Gacé , son frère utérin. 11 prétendit que celui-ci lui avait légué ce do maine; il offrit de le prouver par témoins (3). Après la mort de Raoul- Tête-d'Ane, sa veuve, Bazilie Fletel, épousa , en secondes noces, Hugues de Goumay. Cette union avait donné le jour à ce Girard de Gournay ; c'est ainsi qu'il était frère de Robert de Gacé. Après la mort de Bazilie, Hugues se fit moine à l'abbaye du Bec (&).

Girard de Gournay. Ce seigneur , grâce k la faiblesse du successeur de Guillaume le-Conquérant , put se maintenir en possession du domaine d'Écouché, quoique Robert-Courte-Heuze ne reconnût pas la validité de sa prétention. Ce prince, incapable de gouverner ses domaines, voyant les Manceaux profiter de ses embarras pour se soustraire à sa domination , fit appel au comte d'Anjou, Poulques-le-Réchin, avec prière de venir te troq-

(i) Orderic Viul, trad. Gattot, t. lU, I. VIII, p. 282.

(2) Voir, dans le Gaitia thrUtiana^ hêtrumcnta eeeltaiœ Baioeensi», c. 59 E-60 A., la charte de Tondalion de cette abbaye, par laquelle Guillaume donne decimam Waei et Scocei et de theîoneo et préfecture et molendiniê et piseibut Il ne s'apt point ici de la dime ecclésiastique d*Écoacbé, qui fut

donnée plus tarda Tabbaye de SL-Florent de Sanmur (Voir notre I^oticesur le prieuré de Briâlue dans les Mémoires ée la Société du Antiquatree de Normandie, t. XXII. Appendice.

(d) Orderic ViUl, t. Ul, 1. VIII, pu 2S0.

(&') Guillaume de Jumiéges, trad. Guiiot, cbap. i»vu, p. 90i.

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Ver , parce qu'une maladie Tempéchait lui-même de faire cette démarche. L'Angevin arriva et promit de faire rentrer les Manceaux dans Tobéissance, mais à la condition qu'on lui ferait épouser la belle Bertrade , fille de Simon de Montfort et nièce de Guillaume, comte d'Évreux. Le duc fit part de cette proposition à ce comte , qui d'abord objecta le peu de rapport d'âge entre sa nièce et son prétendant, lequel d'ailleurs était bigame. Ce n'était qu'un semblant de délicatesse de la part du comte d'Évreux, qui vit là un marché avantageux. Il finit par dire qu'il consentirait à la demande si l'on vonlait lui rendre Bavent , Noyon , Gacé , Écauché , et' d'autres domaines qui avaient appartenu à son oncle, Raoul de Gacé (1). Le duc de Normandie , après avoir pris l'avis de son Conseil , consentit à la demande et rendit l'héritage de Raoul de Gacé, à l'exception d'Écouché, que détenait Girard de Gournay « seigneur si puissant qu'il n'eût pas été prudent de le déposséder (2). Girard de Gournay mena une vie très-aventureuse , mêlé à toutes les discordes qui agitèrent cette époque, tantôt du parti du duc Robert-Courte-Heuze, plus souvent tenantceluide Guillaumele-Roux, roi d'Angleterre, qui disputait à son frère l'héritage paternel, jusqu'à ce que le duc de Normandie, ^yant perdu une partie de ses états , se déterminât à suivre l'irrésistible courant qui entraînait une partie de l'Europe à la conquête des Lieux-Saints. Il partit au mois de septembre 1096, menant à sa suite l'élite des chevaliers normands, au nombre desquels figuraient en première ligne Girard de Gournay (â) , qui fut accompagné par sa femme Edith, sœur de Guillaume, comte de Warennes. Beaucoup d'épouses suivirent leurs maris, désireuses de partager leurs périls et les faveurs célestes promises à l'expédition. Elles prirent, en maintes occa-

(1) ftobert-rArcfaerèque aTait laissé le comlé d^Évreui à son fils alnë, Robert. Raoul de daoé était lé puilié t le comte d^Érreux épousa la veuve de Roger du Temoîs, dont il eut un fils, nommé Guillaume^ qui devint comte d*Évreox après loi, et une filje, mariée à Simon de Montfort, de qui naquirent Amattry de Mootlbit et Bertrade dont il est question (Voir Guillaume de Jumiègcs,!. VIII, eli. xvil, p. 370). Celte Bertrade, après avoir été accordée au coïkite d*Anjou et avoir vécu quatre ans avec lui , résolut de quitter ce mari vieux et libertin, et , par la démarche la plus éboulée, alla s^olAir à Philippe !**• , roi de France , qui répudia Berthe, sa vertueuse épouse» dont il avait eu trois enfants, pour prendre cette nouvelle femme. Cet acte odieux Ait pour le royaume une source de malheurs.

(2) Orderic Vlul, t. III, K VIU , p. 382.

(S) I^> i6û<M 1. IX, p. hht-kk^ Les armoiries de Girard de Gournay se voleot figurées dans la salle 5 des Croisades, au Palais de Versailles.

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