‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 185 sur 216 · HISTOIRE DU BOURG D*É0O0CB · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU BOURG D*É0O0CB

siens, une part active aux luttes des! croisés et leur rendireirt des services.

Après la prise de Nicée, les Normands, formés en eoq>s d*a?ant«-garde, sous le commandement de leur Duc, ayant sous lui BoCmond , Etienne , comte de Bloîs^ Tancrède, Girard de Goumay et autres, marchèrent en éclaireurs pour proléger le gros de Tannée, qui s'avançait sous les ordres de Godefroy de Bouillon, du comte de Toulouse, de Tévéque du Puy, etc. Les Normands, surpris dans leur marche par un corps dMnfidèles très-supérieur en nombre, malgré la valeur qu*ils déployèrent en cette circonstance , coururent les plus grands dangers. Un émissaire porta Tannonce de leur détresse au général en chef, qui précipita sa marche et arriva à temps pour rétablir Téquilibre. Les Musulmans furent calbutés. Pendant cette action, les . femmes payèrent de leurs personnes avec un grand dévouement. Les combattants succombaient sous les aordeurs d'un soleil de feu , lorsqu'elles Se jetèrent dans la mêlée, portant de rea« pour étancher la soif des guerriers et laver le sang de leurs blessures. Elles remontèrent leur courage par leurs eihortations (1).

À partir de ce glorieux combat, le silence se fait sur Girard de Gournay : nous savons seulement qu'il ne revit pas son pays. Son épouse, Edith, revint en Normandie sous les habits de deuil. Cependant elle ne tarda pas à se coKSoler, et elle épousa Drogon de Moueby, dont elle eut un fils, nommé Drogon comme son père. Girard avait laissé, de son union avec cette femme, un fils qui porta le nom de Hugues (2). Il était encore enfant, lors de la mort de son père. Henri I*'« recueillit cet orphelirt et Véleva comme son propre fils; quand il fut en ^, il Tarma chevalier et lui fit rendre ses héritages que son beau^père, Drogon de Mouchy, avait usurpés.

C'est ici l'occasion de faire remarquer, par l'inspection des chartes de ce Hugues de Gournay, qu'il ne posséda que la moitié du domaine d'Écouché.

(i) Orderic ViuU t. III, l. IX, p. 46S-&&6.

(2) Comalter, pour Phistoin* de cette illaslre maison, nos vieux chroDîqueurs normands, et tartout le magnifique ouvrage publié par un des descendants de cette famille établie en Angleterre; il a pour titre : The Record of the haute of Gurney compiUd from original document», ùy Daniel Gumty^ Biç,, F. 5L À, London , 1868. Ce travail est complété par on Supplément, du même auteur, publié en 1858. C'est un \rai monument que M. Daniel Gurney a élevé à son illustre maison. On y trouve figurés les écussons, les sceauK, les pierres tombales, ainsi que les inscriptions qui se raltadienl à cette Mi^loire. L'ouvrage contient des plans anciens et des vnes de monuments de la petite ville de Gournay-en-Bray, berceau de ceUe famille.

HISTOIRE DU BOURG D^ÉGOUGHé. 511

Cette division entre deux brancbes de seigneurs se perpétua jusqu'au coimnenceinent du XV1I% siècle. Nous allons donc prendre Hugues de Gournay comme le chef d'une de ces branches.

111— SRIGNKURS D'ÉCOLCHÉ. l'*. BRANCHE.

Hugues de Gournay. M. Daniel (iurney attribue à un partage entre Hugues et uu frère, nommé Basile, la division du domaine d'Écouché en deux portions, appartenant dès lors à deux branches de seigneurs ( Supplément, p. 733, note). 11 appuie cette assertion sur deux fragments de chartes de Henri II, confirmatives d'autres plus anciennes, en faveur de l'abbaye du Bec (1). Ces textes ne nous semblent pas très-explicites, et nous paraissent peu concluants. Le chroniqueur Orderic Vital se tait sur ce frère, tandis qu'il fait mention de la sœur de Hugues de Gournay, nommée Gundrée ou Gandrède, qui pourrait bien avoir donné lieu à ce partage (2).

Hugues de Gournay, profitant des fêtes du mariage de sa sœifr Gundrée avec Néel d'Aubigny , qni . se célébraient à la Cour de Henri V'. , leva

(1) Voici les telles cités par M» Daniel Guroey ; ils soot eilrails du àÊoHa$tkim de Doguedales, I. VI , !>. 1068 : c De dono Baêitii de Goniay , medietatem Loogoly ( Longueail); de dono HugODis de Gornay, c boscum Girardi ; de donoGirardi de Guroaj, Liiingham. • Puis, d'une autre page du même cartulaire, il ei trait ce fragmeiu de cliaric de Henri 11 : t Ei dono Girardi de Gomaio et BasiKe matrls suc , « medietatem lotius manerii de Longolio... Ex dono Hugonis de Gomaio, dccioMim de pnepoaitura et c portione $ua, in villa de Esihoci (mauvaise leçon du nom d'Écoudié). • Mous voyons bien un Basile de Gournay donner la moitié du domaine de Longueil ; mais il ne s*cnsuit pas pour cela qu*il ait partagé Êcouclié avec le Hugues qui nous occuper En rfti, il serait filutôl son grand-oncle que wn fkière , puisque le père de Hugues, Girard, et sa grand*mère, Basilîe, confirment le don de la moitié de ce domaine de Longueil, déjà partagé de leur vivant.

(3) M. Tabbé De La Rue, dans ses RecUereket hinoriquet iur la ville de Caen, t. H, p. 12, parlant de la fondation de Pabbaye de Sie. -Trinité , cite au nombre des bienfaiteurs de cette maison Roger de Montbray, dont la fille se fit religieuse, et à laquelle il donna pour dot son domaine de Grainviile (arrondissement de Falaise). Le savant antiquaire désigne ce Roger comme seigneur d'Écouché, d*Almenècbes , de Vignats , etc. Ce qui est relatif à la donation de Grainviile et à la prise de voile de sa fille est attesté par la charte du Roi et de la Reine en faveur de Tabbaye ; mais nous ignorons sur quelle autorité s'est appuyé Pabbé De La Rue pour attribuer à. ce seigneur un domaine que nous avons dit appartenir, à cette époque, au Roi lui>m£me, et qui en disposait en foveur de celte abbaye par la même charte. Il y a évidemment une méprise que noos allons chercher à éclaircir. Le fils de Roger de Montbray, le donateur de Grainviile, nommé Robert, comte de Morthamberland , se révolta contre Guillanme4e-Roux, fils du Conquérant, et voulut s*emparer de forteresses royales voisines de son domaine d*Angleterre ; il fut vaincu et jeté dans les fers, où il mourut après 30 ans de captivité, vers Tannée 4180. Ses biens confisqués furent

512 HISTOIRE DU B0DR6 tï'ÉCOUCBÉ.

Tétendard de la révolte contre ce prince, se mit à la tête de nombreux complices, pour soutenir la cause du jeune Guillaume, fils du duc Robert Après que cette cause fut perdue , Hugues fit sa soumission au roi, qui lui pardonna. Nous ne suivrons pas Hugues de Gournay dans toutes les phases de sa longue carrière , qui lui fit atteindre Tâge le plus avancé , puisquUl mourut âgé d'environ 90 ans (1) ; il avait épousé Millesende.de Marîe, de la maison de Coucy ; elle était sœur de Raoul de Péronne, comte de Vermandois (2). Son fils lui succéda dans ses domaines^ sous le même nom de Hugues.

Hugues de Gournay IL Ce seigneur se croisa, comme son aïeul Girard, et fit partie de l'expédition conduite par Richard Cœur-de-Lion et PhîUppe- Auguste. Nous le voyons cité paimi les chevaliers qui se distinguèrent au glorieux siège de St.-Jean-d'Acre, qui fut pris le 12 juillet H92, après

donnés à Nigel ou Néel d^Aubigny par Henri 1*'., de?enu roi d*Angleterre. Peu de temps avant de tomber en captivité, Robert de Montbray avait épousé Mathilde, fille de Rklicr de Laigle, laquelle, après avo:r lançai plusieurs années dansTabandon, obtint de se faire relever de st serments, et les mœurs de Tépoquf* lui permirent de ooutracter, du vivant de son mari captif, une nouvelle union avec ce Néel d*Anbignj, le délenteur des biens de Robert de Blonlbray. Ce nouvel époui la répudia plus tard pour épouser Gundrée de Gournay, la sœur de Hugues. Cette union donna naissance à uo fils qui fut appelé Roger de Moûtbray (Guillaume de Jumiéges, I. VIH, cb. vrii, p. 35A). Si Gundrée partagea les héritages paternels avec son frère» elle transmit sa part 4 son fils, et void comment un Roger de Montbray put devenir seigneur d'Écoucké ; mais oe n^est pas celui dont parle Tabbé De La Rue.

(i) Plusieurs généalogistes ont voulu attribuer les divers actes de cette longue carrière à deux personnages du même nom ; mais cette opinion ne peut être admise devant les preuves du contraire, (bumles par M. Daniel Gurney ; une charte qu*il cite établit que le même Hugues de Gournay , qui prit pnrti en iH8 pour le jeune prince Guillaume, fils de Robert-Goorte-Heose, vivait encore vers Tannée 1181. Void ce document : Sciant présentes et posteri, quod ego Hugo de Gomaco, fUiut Girardi, et si mol mecum Hugo de Gornaco, filius mena, concedimus monasterio BealsB Maris de Bee^, et hoc sigillorum nostrorom munimine in perpeluam possessionem confirmamus omnia illa quae aniecessores nostri, id est Hugo de Gor^ naco , et Basilia uxor ejus, d Girardus eorum filius dederont eidero monasterio ( Supplément , p. A75). > Ainsi, Hugues qui, dès Tannée iii2, avait ratifié les donations qui précèdent, et qui par conséquent ne pouvait avoir alors moins de SO ans, aura atteint V^fi^ avancé que nous loi assignons {Supplément p. 7&6).

(2) Guillaume de Jumiéges, 1. VIH, eh. viii, p. 254. Plusieurs chartescorroborentce fait, entr*au 1res celle qui suit et qui pi-oiive, en outre, que la famille de Gournay possédait, dans les environs d'Êcouché, plusieurs fiefs : « Hugo de Gomaio omnibus fidelibus laro futuris qoam presentibus salutem. Notum volo fieri uuiversis quod ego et Millesendts uxor mea construximus ecclesiam béate Dei genitricis Marie et sancti Jobannis Baptiste apud Goislam Fontanam..... (cui) donamus decimam de Loceio (Loucé) qnam Oliverus de Agia (Auge) débet ...redderc, cum décima quatuor librorum, quas babet in ikelonio Escocii (Écouché). > Cette charte, dont la date est fixée par M. Daniel Gurney entre 116& et 4183, se lit à TApppndice XX de son livre, n^ }., p. H3 ; elle est copiée sur Toriginal conservé aux Archives de Rouen.

HISTOIAB DU BOURG D ECOUCIIÉ. 513

des prodiges de valeur de la part des chrétiens. Une fois maîtres de la ville, les deux souverains se la partagèrent, avec tout le butin qu'elle contenait. Drogon de Merlon, à la tète de centécuyers, fut chargé par le roi de France de recueillir et garder la part des Français. Hugues de Gournay, avec le même nombre d'écuyers, s'empara de celle du roi d'Angleterre. Les combattants, se voyant ainsi frustrés de la part du butin sur laquelle ils comptaient, furent contraints de s'en revenir dans leur pays, accablés de misère (1). Cette expédition désastreuse se termina, pour Richard Cœur-de-Lion , par une dure captivité , à la suite de la tempête qui le jeta sur les rivages de la Hongrie. Philippe- Auguste s'attacha Hugues de Gournay. Après les démêlés qui eurent lieu entre les deux rois, la paix se fit en 1195, à St.-Hilaire, près de Louviers. Par l'article 11 du traité, Hugues de Gournay devint vassal du roi de France , à moins toutefois qu'il ne préférât retourner au service de son maître ; dans tous les cas, ses terres de Normandie devaient, à sa mort, retourner à leur mouvance naturelle.

Lorsque le roi Jean succéda à son frère, il renouvela avec Philippe- Auguste le traité de Louviers. Comme garantie, on échangea des otages, et Hugues fut au nombre de ceux du roi d'Angleterre, jusqu'au mémorable siège du Château-Gaillard, qui tomba entre les n^ains du roi de France en l'année 1202. Hugues avait été fidèle à son souverain; mais alors les chevaliers normands, indignés de la lâcheté et de l'incurie du roi Jean, se détachèrent de sa cause ; de ce nombre fut Hugues de Gournay, qui ouvrit au roi de France les portes de Moi)tfort«sur-Bille, qui lui était confié; mais, peu après, les troupes du roi Jean, ayant attaqué cette place, la reprirent. Philippe-Auguste se crut trahi par celui qui avait été traître en sa faveur; il ne lui pardonna jamais (2). Désormais le rôle des Gournay est fini en Normandie : tous les biens de cette maison furent confisqués et réunis au domaine royal de France. Philippe les distribua successivement à ses chevaliers et aux Normands ralliés (3). Hugues de Gournay alla s'établir dans ses domaines d'Angleterre, où son illustre maison s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Le seul souvenir qui s'attache à son nom, en qualité de

(i) Histoire de Normandie, de Dumoulin, 1. XIII, \\ &dO.

(2) llnd. , p. 503.

(3) Voici la liste des fiefs de Hugues de Gournay, situés près d'Éoouché , ainsi que les noias de ceux auiquels le Roi les donna eu récompense de leurs services, à la charge de les tenir féodalemeol de \%

•^16 HISTOIRE J>V BOCRG D*ÉCOUGHÉ.

seigneur d^Écoaché^ a rapport aux largesses qifil fit à diverses abbayes, aux maisons hospitalières , d'une partie des revenus qui en provenaient (1).

Pbilippe-Âuguste ne disposa pas immédiatement de ce domaine, il le conserva en sa possession pendant un certain nombre d'années ; aussi doit-il prendre rang parmi les seigneurs d'Écouché.

Philippe-- Auguste^ roi de France. Un des premiers actes du roi, relativement à son domaine d'Écoucbé, fut de le confier à la garde de Jourdain, évèque de Lisieux, pour rendre compte de ses revenus à TÉchiquier de Caen (2).

Couronne. Nom lisons dans le Registre des fiefs de Philippe-Âugusle, publié par M. Lécbaudè-d*ÂDisy . Métnoireê dé la Société £u Antiquaires de Normandie^ U XV, p. 176, la meniion suivatite : « Isti lenent de escaeiis domîiii Re|^is • : Girard Boel (*) tient les 9/& d'ua Uef , prorettant de l*édioite ao Roi , de Hugues de Goumay. Roger Duhomme, à ou auprès d^Ëcoaché, i/6 de fief. Nicolas d* Avoines lient 1/2 fier de la même origine. Adam de Cantelou lient de même i/d de fief à Cantelou (en Joui-du-Plain}, ei 4/6 de fief A Bons (arroodiiaement de Falaise).

(1) Voici une charte qui constate te don de soixante soua angevins à Tabbaye de la Trappe^ pour l*aoqufsition de 3,000 harengs destinés à la nourriture des moines pendant le Carême, ce qui prouve que la r^le était alors meins sévère qu*aajourd*boi, et fhtt tomber Pallégation de M. Gollin de Plancy qui , dans la Bibitollièque des légendes. Légendes de$ origines ( flenri Ploo, 8 , rne Garaneièfe) , dit que « ne Ait que vers le milieu du XV% siècle, q«e Benekels. pêcheur hollandais, inventa le procédé de saler et d^eocaquer le hareng, c Universis.... quod ego Hugo de Gornaco donavi in perpetuam elemosinam monachis Sancte Marie de Trappe*.... sexaginta soHdoa Andegavensiom in prefectura mea de Eeocheio ad festum Sancti Andrée. Quicumque eam teneat capiendoa ad emendum aileetliim tria mlllla ad opus qnadragesime, et niai Bundus monaehorom ea die vel in crastino quo iUuc venerit dictam elemosinam htboerit, Buncins ille cum eqno et ftimulo ad expensas prefecti plenarie erit, elc« ■ (Daniel Gumey, SyippUmint , p. 757). fliigUBS dota également rbApital SL -Thomas de Lialeni d*nii mille d^angoilles, A prendre sorson do* maioed*Ëcoucbé. Voici sa charte : • Omnibus ad quoi..... Hngo deGomaeonlotcm. Sdatia quod ego Hugo pro salule..... dedi et oonoesai Deo et Béate Marie et Sando Tbome et hoepilaH Lexoviensi et infimis il>| jacentibus, uniam roilllariam anguillarum reddendum annuatim ad festum Sancti Andrée , in ca»tro meo de Eukociëco. Et scicsdun quod qnicumque tenet prepositoram meam de Escodaco iUum reddet nantio prefkti hoapitalis. Quod ut ratum et inconcnsau» (maneat), sigilll mei impressione corroboravi. TesL Wlll. Marescallo comité.- Will. de Kaen. Stéphane de Longo Caropo. Henrice Biset. Ricardo Malovicioo et mollis aliis. Actum anno Verbi inearoati m* ec* piimo apud Orbcc menae novembris (Pièce originale scellée, Tonds de Ph^pital de Lisienx, aux Archives du Calvados).

(*) <Ce Girard Boel était MÎgneor de Boucé \ W confimai en 1217, le don que Gaillaurae Leeor, aeigoetir de Jouc-du-Plaio et du Dëaert fit de TAgliie de Joué^u-Plain à Tabbaye de SL -Andrà-de-Gouffern , et de celle de Si - Pierre-de-Boucé k St. -Jean de FaUiae. Girard prend dans ses chartes la quAlilé de suierain do Guillaume Lesor, qu'il désigne comme son homme {Cartuiairt de l'tAhaye de St.'Andri, P. 57. Archives du Calvados), et un accord entre le seigneur de Boucé el les religieui de St. •Jean, au sujet du patronage de Si «Pierrc>^»Boocé (Chartrier du château du Désert ) .

(2) Cette Commission (custodîaeommissa), adressée par le Roi, de Gonneville-eur-Satres et datée do S nerembvc ou du 1*'. décembre 1208, confirme que les Geurnay ne posaédaient plus que 1» moitié

filSTOIRB DU BOURG D'éCOOCBJBr 515

Au flombre des seigneurs qai avaient aidé le roi de France à s'emparer de la Normandie, il faut mentionner en première ligne le comte d'Alençon, Robert IIL La mort ne le laissa pas profiter des faveurs du roi : elle vint le Trapper en 1217, le 8 septembre, à Morte ville près de Laval. Emnta de I^vai, sa veuve, se déclara enceinte ; on nomma des sages-femmes pour constater son état, et on la confia à leur garde pour éviter la fraude. La princesse donna le jour à- un fils qui porta le nom de Robert IV. Cet enfant mourut à la fin de 1219« En lui s'éteignit la ligne masculine des comtes d'Alençon.

La famille se trouvait représentée par les trois sœurs de Robert III, ou leurs enfants : Philippe^Auguste] saisit Toccasion de contraindre ces héritiers à se démettre , en sa faveur, du comté d'Alençon (1). C'étaient Aymeri, vicomte de Châtcllerault , représentant Hella, qui avait épousé Hugues 11, vicomte de Châtellerault , décédée ; Robert ou Robin Mallet , seigneur de Graville, représentant sa mère , Philippe, qui avait épousé Robert Mallet, également décédée, et Ela, mariée à Robert fils Erneis (2) qui soutenait elle-même son droit (â).

Nous ne savons si Philippe-Auguste accorda quelque compensation à ce sacrifice ; néanmoins les héritiers du comte d'Alençon conservaient quel^ ques débris de leur patrimoine , entr'autres la petite ville d'Essay.

d*fiooudbé» • medktatem de Cuêcy^ que fuit Uogonis de Gornaj. ■ (Pièce publiée par M. Léchaudèd*Ânisy , Ménurireê de ta Soc, deê Anti^i. de thrm.t U XV, p» 130.)

(t) Otle charte cal aouacrile par les trois branches d'héritiers du comte d*Alcnçon ; elle débute ainsi : • Es» Hemericns vioecomes CastrI Brandi et Ete soror RobertI qaoodam comitis de Alençoo et Robertinus Mallet*.,.. >. Elle est datée de llbgent*le-Rotroa , du moi» de janvier 1320, et se troo^e intégralement reproduite dans THUtoire dm Perche de Bry de La Clergerie, p. 252. Sur Peiemplaire que nous avons consulté, appartenant à If. de Nollent, d*Alençon« on Ut en marge la note sulTanle, d*une ancienne écriture : • I^ registre oft oeste charte est inscripte, est intituler Regestrum velutum, gardé en la Ste.- Chapelle de Paris, i

(2) Ce Robert Eraeîs descendait de ce Raoul PAngevin, fondateur de Pabbaye de Pontenay près de Caen et Tun des compagnons de Guillaume à la Conquête. Sa postérité se dWisa en deux branches, les Tesson et les Rrneis. Voici une charte de Pépoux d*Ela, qui précise son degré de parenté avec Raoul PAngetin : t Hanc autem cartam« ego Robertus Glius Emesii sextus, a Roberlo Glio Ernesii primo, uepos Radnlfi Taxonis, filii lordani Taxonis {Gallia chrhtiaaa, Imtrumenta eccletiœ âaiocensU, c. 97, E.).

(8) Les généalogistes, se copiant les uns les autres, d*après Bry de Ltt Oergerie , avaient confondu eu une seule et même penonne HeMa (*) et Ela, d'où il rébulterait une obscurité que chacun épaississait encore par ses suppositions et ses systèmes basés sur Terreur. Odolant Desnoa, à Taide de nombreuses chartes, a parfhiiement élucidé la qwaljon qui n'offre plus aucune dtfiiculté;

(*} Ce nom de Uelk eal eoiprtBté k uoe divioité •cftodioATC. C'était U dtvioité 6m enCtn ( Ètudtt feritimiqueê p«ur servir à Ckiitoirt de Fmee, pai Otafi;;i», L I, p. 60.

516 HISTOIRE DU BOURG D'iCOUCHJS.

Comme cette place était fortifiélB, le roi voulut la leur retirer, dans la crainte qu'ils n'en abusassent pour chercher à rentrer dans les domaines concédés ; il réchangea avec eux contre des biens d'un revenu équivalent au nombre desquels était l'ancien domaine de flugues de Goumay, dans la seigneurie d'Écouché (m honore Escocheio)^ auquel il joignit des portions de forêt du comté d'Alençon. Le contrat de cet échange fut passé en 1220 (1). Peu après, les cohéritiers procédèrent entr'eux au partage de la succession ; Ëcoucbé échut à Ela.

Ela ou Ala d*Jlençon. Le roi lui confirma la propriété de ce domaine, par acte du 22 avril 1222 (2) ; elle fut en outre propriétaire des seigneuries de Mortrée , de la Roche-Mabile et d'Almenèches. Cette dame n'était pas encore veuve à l'époque des partages ; mais elle dut le devenir peu de temps après, alors qu'un de ses premiers actes, cotnme propriétaire du domaine d'Écouché, fut d'accorder la franchise des coutumes de cette seigneurie aux moines de l'abbaye de St.-Ândré-de<-Gouffem (3), fondée par un de ses ancêtres, Guillaume III, comte de Ponthieu. Elle affectionna particulièrement son neveu Robin Mallet, auquel elle voulut donner, de son vivant, sa seigneurie d'Écouché, à l'exclusion de ses autres héritiers ; mais elle ne put accomplir cette libéralité, parce que sa famille s'y opposa, et fit annuler ce projet de donation par un arrêt de l'Échiquier de Normandie, tenu à Caen en i22& {h). Cette Cour préparait ainsi, par ses décisions, la jurisprudence qui se résuma plus tard dans la Coutume écrite.

Ela, veuve sans enfants, mena une vie retirée, consacrée aux bonnes œuvres; entre autres, elle dota l'hôpital de Mortrée, érigé sur son domaine (5). Sa résidence habituelle fut le château d'Almenèches, dont elle

(i) Nous donnons, à PAppendice , n^ S, la tradttciioo de eetle curieuse charte, qui mentionne Tioi* portance des revenus d^Écouché au commenceoient du XIII*. «iècle.

(2) Voir, à r Appendice, la pièce n». 3.

(3) Voici la cbirte sans date qui indique ce fait : c Sciant omnes présentes et futuri, quod ego Aia domina de Alroenesch , teropore yidaitatis mee dedi et concessi Deo et Béate Marie et oonventui Sancti Andrée de Goff. plenam quitlanciam et tibertatem tam io villa roea de Escoche quam alibi pcr totam terram meam > ( Cartulaire de Su-André-de-Gouffemy f*. 170 r*. Archives du Calvados).

(A) Voici le texte de eet arrêt: • Nulluspotest uni corum qui ei suooedere debent, aliquid dare vel veudere de bis que jure bereditatis debent ad «os advenire, iia quod partem alterius diminuât, ut fuit judicaium de filio Maleti, cui domma 'Ala dederat Escochium {Grande Rôles nomumds, publiés par M. Léebaud^ d'Anîsy, dans les Mémoires de la Société dts Antiquaires de Normandie, t. XV, p. iA5},

(5) Atmanach Argtntenais pour Vannée iS&S, par H. L.*J. Chrétien, p. 176,

HISTOIRE DU BOURG D'icOUCOi. 5l7

porta le Dom, aux portes duqael s'élevait le monastère de Bénédictines, relevé de ses ruines par un de ses ancêtres, le célèbre Roger de Montgomniery. Nous sommes porté à croire, sans toutefois TaSirmer, qu'Ela termina ses jours dans le sein de cette communauté, sinon en qualité d'abbesse, du moins comme simple religieuse, vers Tannée 1 233 (1). Après sa mort, les terres d'Écoucbé, de Mortrée, d'Âlmenèches et de La Roche- Mabile passèrent à son neveu, Âymery de Châtelleraultr

Àymeri, vicomte de ChéUeUerauH. Ce seigneur ne laissa pour lui succéder qu'une petite-fille, nommée Jeanne, à qui échurent les domaines normands d'Ela.

Jeanne de ChâtelleraulL Jeanne, devenue veuve de son premier mari, épousa, en secondes noces, Jean II, sire d'Harcourt, maréchal et amiral de France, auquel elle apporta ses terres, qui passèrent à leur fille aînée. Celle-ci portait le même prénom que sa mère, qui mourut le 16 mai 1313 (2).

Jeanne d'HarcourU Elle contracta alliance avec un puissant seigneur de Bretagne, nommé Henri lY d'Avaugour, descendant de Tillustre maison de Penthièvre, et proche parent du duc de Bretagne ; c'était un seigneur magnifique dans ses habitudes. Se trouvant en Tannée 1316, à Tours, à la suite du duc de Bretagne, pour prendre part aux joutes d'un tournoi, il y montait un si beau cheval, que le duc en fut épris et lui en offrit 300 livres parisis. Le prince, ne pouvant payer immédiatement cette sonune, en souscrivit une obligation pour la Mi-Carême suivante. Henri d'Avaugour n'eut que deux filles, de son union avec Jeanne d'Harcourt ; il mourut en 1 331 , et fut inhumé aux Cordeliers de Guingamp (3). Sa veuve, M"'\ Jeanne d'Harcourt, vécut jusqu'en 133&, et conserva la propriété et la jouissance

(1) L'abbé Hébert, auteur d*nne Histoire mamiacrite du diocèêt de Séez^ consenrée à la bibliothèque de Falaise, dte un Nécrologe d^Âlnenèches, où il a troufé la mention suivante: t Pro annlversario domine UeledeAtmeneches et Edeline monache Bénédicte sande Marie de Almeneschis. i Est-it question, dans ce passage, de Ela comme religieuse, ou comme Menftittrioe?On peut aussi bien se prononcer pour que contre. Les auteurs du Galtia rkrhtiana dérignent, pour 6*. abbesse d^Almenèdies, t Matiiildis II, qaa: composuit cum Rogerio abbateSanctîÂudoeoi, anno 1157 1} et pour 7*., Habile dé Saint-Loyer, qui était en charge en 1235. Il y a une telle distance entre ces deux abbesso, qu*il doit y avoir entr'elles une lacune d*uneou même de plusieurs titulaires. Si Ela fol proroue à cettedignité, elle pourrait trouver sa ptace dans cet iaicrvatle.

(2) Voir, à TAppendice, n*. i, un acte de propriétaire dans le domaine d*£ooucbé, exercé par Jean d^Harcoiirt el Jeanne de Chitellerault, en Tannée 1508. Le DietUmnaire de la noblesse de La Cbesnsye-Desbois marque la mort de Jean 11 d'Harcourt en 1302 ; cette date est donc fantive.

(3) D'Argeniré, Histoire de Bretagne, 1. IV, p. 230.

518 HISTOIinS DU ilOURG d'écough^.

des terres d'Ela d'AleMçon, jusqu'à sa mort (1). Des deui filles de Henit d' AvaugouF, rainée seule se maria : elle épousa Guy de Bretagne, fifs putné d* Arthur, duc de Bretagne; mais Henri et Jeanne eurent la douleur de perdre leur gendre et leur fille, qui précédèrent le comte d* Avaugour dans la sépulture de famille des Gordeliersde Guingamp (2).

Cette courte union n*avait pas été stérile : elle avait donné le jour à une fille qui joua un bien grand rôle dans l'histoire , elle se nomma Jeanne de Penthièvre, épousa Charles de Blois, et chacun connaît la grande lutte que cette énergique femme soutint contre Jean de Montfort, son compétiteur au duché de Bretagne, devenu vacant par la mort du duc Jean II i. Jeanne de Penthièvre hérita des terres normandes qui avaient appartenu à sa mère.

Jeanne de PentMèvre , camtesee de Bloie. Nous ne pouvons faire entrer dans notre cadre les péripéties de cette lutte acharnée , qui se prolongea pendant l'espace de vingt*trois ans et inonda de sang la Bretagne et la Normandie. Nous rappellerons seulement que les deux antagonistes , soutenus par leurs épouses, qui jouèrent le principal rôle dans ce grand drame, succombèrent tous deux, et qiie ce fut le fils de Montfort qui recueillit le prix de tant de sacrifices. La Jiataille d'Auray, livrée le jour St-Michei 1366, coûta la vie au chevaleresque Charles d» Blois , qui se fit tuer , ainsi qu'il ravait juré à la comtesse, au moment de monter à cheval, pour aller combattre* Ce prince, digne d'un nieilHsuF sort, fut vénéré comme un saint, par ses Bretons fidèles. ^

Cette bataille donna lieu au fameux traité de Guérande, par lequel la comtesse de Penthièvre renonça , pour Tavenir, à ses prétentions sur le duché de Bretagne. Elle conserva la possession de son comté de Penthièvre, ainsi que de plusieurs autres domaines importants. Ses héritages normands restèrent en sa possession jusqu'à sa mort, qi|i arriva en 1381. Elle avait eu de son mari, le comte de Blois, deux fils qui gémirent dans une longue captivité en AngleteFre^ Elle ne put jamais les en arracher, faute d'être à même d'acquitter l'énorme rançon que ses implacables ennemis exigeaient. A la mort de la comtesse, il n'existait plus que celui qu'on nommait Jean y qui hérita de ses domaines.

(1) Voir , à TAppemlice, les iKUcs d'amortissement que cette dap^ consentit, du terrain $ur lequel fut fondé rhospice d'Éoouché, en ISM, n*. 5 B. (3) D^Argentré , Bistoirt df Bretagne,

HISTOIRE DU fiOUAG h'ÉCOVCBÉ. 519

Jean de Blois , comte de Penthièvre. Voici à quelles clFConstances ce malheureox prince dut sa liberté. Olivier deCUssou, connétable de France, ne pouvait pardonner au duc de Bretagne la perfidie dont il avait usé à son égard, en le faisant traîtreusement capturer à son château de THerniine, oii il s'était rendu sur son invitation et avait été en grand danger de perdre la vie ; il entrevit une occasion de se venger et de satisfaire son ambition, en faisant épouser à sa seconde ûUe, Marguerite, l'héritier de la maison de Penthièvre, la victime d'une cause qui pouvait se relever, quoiqu'en apparence perdue. Le connétable fit le voyage d'Ai^leterre , alla trouver le captif, et lui offrit sa délivrance, à la condition qu'il épouserait sa fille ; ce qui fut aussitôt accepté. Clisson paya la rançon , et Jean de Penthièvre put rentrer en Bretagne après une détention de 19 ans. Le mariage s'accomplit à Moncontour, en janvier 1387 (1).

L'ambition de Marguerite surpassait celle de son père. Cette union lui ouvrit la perspective d'un trône ducal, en ravivant les prétentions qui avaient été déjà si fatales à la maison de Penthièvre. Son mari ne partageait point ses prétentions exagérées ; il s^en rapportait en tout au connétable , pour le maniement de ses afiîaires. Après quelques agitations suscitées par son beau-përe, Jean de Penthièvre fit sa paix avec le duc, à Tours, où il ratifia le traité de Guérande , en présence du roi de France, le 26 janvier 1391, et renonça même, par un article spécial , à blasonner son écu des pleines armes de Bretagne (2) .

Jean termina son existence à Lamballe, le 16 janvier 1&03, et fut inhumé dans la sépulture de ses pères, aux Gordeliers de Guingamp. Il laissa quatre fils: Olivier, Jean, Charles, Guillaume, et une fille. L'atné lui succéda au comté de Penthièvre.

Olivier de Blois, comte de Penthièvre. Après la mort du connétable, Marguerite de Clisson, ne se sentant plus contenue, donna l'essor à ses vastes projets. Le duc Jean Y venait de succéder à son père ; elle profita de l'éloignement de ce jeune prince pour agiter le pays ; mais, lorsqu'il revint, feignant le repentir , elle sollicita son pardon qu'elle obtint. Elle engagea même, à cette occasiou , le duc à des fêtes qu'elle préparait à son

(4) D'Argciilré, I. IX, p. 453.

(2) Id., Ibid.^ p. 478.

520 HISTOIRE DU BOURG D'ÉGOUCnÉ.

château de Cbautoceaux. Celui-ci, malgré les avertissements qui lui furent donnés, rempli de confiance, alla tomber dans le guet-à-pens que lui tendait la comtesse de Pentbièvre. Il se mit en marcbe presque sans suite , sur l'instance que lui en fit en personne Olivier de Pentbièvre, le 13 février 1&19, et en sa compagnie. Après avoir passé Loroux-Bottereau , comme il traversait un pont, il fut séparé de ses officiers; une troupe d'bommes armés se jeta sur lui et le saisit ; il fut garrotté, sur un mauvais cbeval et porté jusqu'à Cbantoceaux, où il fut jeté dans un noir cachot. Là, il endura les plus mauvais traitements.

Le pays s'émut d'un si coupable attentat; les Bretons s'armèrent pour arracher leur jeune duc aux mains de ses ennemis. L'armée fidèle se présenta devant la forteresse de la comtesse de Pentbièvre, bien résolue à résister. Malgré les efforts de cette forcenée et de ses fils, le château fut emporté d'assaut, le 7 juillet i/i20, et le duc fut rendu à la liberté. Le repaire fut rasé, et le procès intenté aux Pentbièvre amena la confiscation de leurs biens : la ruine de cette famille fut accomplie sans retour (1).

Le fils aîné, Olivier, parvint à se soustraire aux recherches de la justice, qui avait prononcé contre lui la peine de mort. Béfugié d'abord dans sa vicomte de Limoges, il ne s'y crut pas en sûreté, se retira dans sa terre d'Avesnes, en Hainaut, où il se maria et mourut sans postérité (2). l^e coup qui avait frappé Olivier , relativement à ses biens de Bretagne , vint l'atteindre même dans ceux de Normandie , qu'il tenait de la succession de sa grand' mère, Jeanne de Pentbièvre , comtesse de Blois. Henri Y, roi d'Angleterre, après la conquête de la Normandie en 1417, poursuivit dans Olivier la race des Pentbièvre , qui s'était toujours trouvée parmi les ennemis des Anglais. 11 confisqua ses biens pour les donner à un de ses chevaliers (â), que nous ferons figurer parmi les seigneurs d'Écouché, qu'il posséda réellement.

(f) D*Argenlrë, I. X, p. 509.

(2) Id., Ibid., p. 520.

(3) Voici la irodnclîoo des leUres-palentes de concession des domaines d'OHTÎer de Penthièvre & Henri, FîFz Hugh : f Sachez lous que, pour récompenser les bons et loyaux services de notre cberalier Henri, Filz Hugh, notre chambellan, nous lui avons concédé de notre giftce spéciale les terres et biens ayant appartenu au comte de Pentbièvre, dans notre duché de Normandie, nommés Auménakhes , Hocheniabe! »

Page 1