‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 187 sur 216 · IV. — SEIGNEURS D'ÉCOUCBÉ, 2-. BRANCHE · texte numérisé non relu

IV. — SEIGNEURS D'ÉCOUCBÉ, 2-. BRANCHE

Guillaume de Tilly^ seigneur deTilly , Gui , Fontaine-Henri, Écouché , etc. Ces domaines passèrent successivement à son fils afné, Jean.

Jean /"., seigneur de Tilly, etc. Son fils, Jean 11, en hérita après lui.

Jean 11^ seigneur de Tilly (2). 11 transmit ses domaines à Jean IlL

Jean III, seigneur de Tilly (3). A celui-ci succéda Jean IV.

Jean If^^ seigneur de Tilly. Ce personnage, chef de la branche ainéede la noble famille de Tilly, mourut en 1382, ne laissant, pour lui succéder dans ses riches domaines, qu'une fille , issue de son mariage avec Luce de Beaufou, dame de ce lieu, de Beuvron, etc.; elle se nommait Jeanne.

Jeanne de Tilly. Cette dame réunit ainsi sur sa tête tous les riches domaines de la maison de Tilly, qu'elle porta dans celle d'Harcourt, par son mariage avec Philippe d'Harcourl, troisième fils de Jean V (4), et de Blaàche de Ponthieu, comtesse d'Aumale, baronne de Montgommery, de la maison de Castille (5).

(1) Voir, à TAppendice, cet acte de cession, n*« S, A.

{%) Voir, & l^Appcndice, la conCrmation d^une rente, en 1802, sur le domaine d'Êcouché, par Jean de Tilly, n*. A, B.

(3) Ibid. Voir rAmortissement d'un bëritage à Écoochô en 1336, pour Thospice, par Jean III, n*. 5, B et C.

(&} Jean V d^Harcoort eut trois fils, qui ont formé autant de branches. L*u!né, JeanVI, comte d'Harcourt, épousa, en i37&, Catherine de Bourbon , sœur puînée de Jeanne de Bourbon, reine de France, épouse de Charles V. Les mâles de cette branche ont fini en la personne de Jean VII, qui épousa Marie d^Alençon. Leur fille unique, Marie d'Harcourl, s'unit à Antoine de Lorraine, comte de Vaudemon, en 1&40, et porta, par cette alliance, le comté d'Harcourl dans la maison de Lorraine. Le puîné, Jacques d*Harcourt , fut la souche delà branche des Montgommery-d'Harcourt. Cette ligne s^éteig^nit à la troisième génération. lious y reviendrons plus loin, lorsque nous aurons à parler des Montgommery. Le troisième fils de Jean V fut Philippe d'Barcourt, dont nous nous occupons. Il fut Torigioe des barons de Bonnétable, qui devinrent plus tard la branche aînée de cette ramille, par rextinctlon des deux premières (Vdr les lettrespatentes de novembre 1700, pour Térection du duché d*Harcourl. P. Anselme, t. Vt p. 115,\

(5) La Rocque, HUtoîre de la maison tTIIarcourt, t. I, 1. X, p. 7'i7.

526 HISTOIRE DU BOUAG D^ÉCOVCMÉ.

Philippe d'Harcourt était né en 13/i5, et par conséquent n'avait que dix ans lors de la mort violente de son père, exécuté à Rouen , sans autre forme de procès, pour avoir pris part à l'assassinat de Charles d'Espagne, dans le château de Laigle, à Tinstigation de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre. Malgré la disgrâce qui s'ensuivit pour la Tamille des d'Harcourt , les enfants de Jean Y rentrèrent plus tard dans les biens de leur père, qui avaient été confisqués. Philippe, devenu baron de Bonnétable et d'Écouché, par Jeanne de Tilly, sa femme (1), en resta possesseur pendant sa longue carrière; car il existait encore en l/il7, lors de l'invasion anglaise, et nous le retrouvons à cette époque, luttant contre ces étrangers, malgré ses 72 ans : ce qui lui attira, delà part de Henri Y, la confiscation de tous ses biens compris dans le duché de Normandie, que ce monarque conféra à un chevalier anglais, nommé Jean Gray (2).

Nous ne devons pas compter au nombre des seigneurs de la seconde moitié d'Écouché le fils a!né de Philippe , Girard d'Harcourt, parce qu'il mourut avant son père , ayant été tué à la bataille d'Âzincourt en 1&15 (Monstrelet) . Mais, comme il avait été marié avec Marie de Gra ville , danjie de Lougé, de St.-Ouen, de Gui, fille de Jean Mallet, seigneur de Graville, grand panctier, et grand maître des Arbalétriers de France, et descendant des anciens comtes d'Alençon (3), il avait laissé deux fils : Jean d'Harcourt, baron de Bonnétable, et Jacques, baron de Beuvron. Jean continua les seigneurs d'Écouché.

Jean d'Harcourt, baron de Bonnétable (/i). H épousa, le 20 août 1453, Catherine d'Arpajon. H naquit de ce mariage cinq fils : l'aîné, François d'Harcourt, prit, à la mort de son père, la qualification de baron de Bonne-

(1) Voir, & PAppendice, le procès entre Philippe d'Harcourt et les moines de Silly , relativement ^ ane rente assise sur la prévôté d'Écouché, commencé en 1984» terminé en lâO&, n*. àt D. Ce personnage eut également des contestations avec les moines de Tabbaye de St. -Florent, relativement au patronage de TégUse auquel il prétendait sans droit.

(2} Ce rail résulte des lettres-patentes de Henri V, délivrées au cbMcau d*Aleoçon, le 2à novembre Ui7, dont \oici la traduction; • Le Roi, etc. Sachet tous que, de notre grâce spéciale, nous' avons donné et con«

• cédé & notre amé et féal Jean Grav, chevalier, le château et domaine de Tilly, ayant appartenu à Phi*

• lippe d'Harcourt, chevalier, qui tient encore contre nous, ainsi que toutes les terres, manoirs, teonements, etc., qui lui ont appartenu, dans notre duché de Normandie (Râles normands publiés par M. Léchaudé-d'Anisy, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XV, p^ 253).

(3) P. Anselme, t. V, p. 139, 145.

(&) Voir ^ à TAppendice, n% 7, A, Tavcu rendu h Jean par ses vassaux de Sevrai.

BISTOIRB DU BOURG D'ÉGOUCHJÎ. 527

table, d*Écouché, de Lougé, seigneur de Sevrai. Il fit même acte de propriétaire, dans le domaine d'Écouché, en 1487 (1) ; mais il n'y avait encore rien de définitif dans les arrangements relatifs à la succession de leur père et de leur mère; car, en Tannée 1501, les cinq frères procédèrent au partage, et le 5*. lot , composé des domaines d*Écouché , de Lougé , de St.-Ouen, de Gui, de Bameville-en-Auge, de Sevrai, etc., échut à Philippe d'Harcourt, le frère puîné de François, dont nous venons de parler. C'est ainsi qu'Écoucbé sortit de la branche des Bonnétable, continuée par cet

aîné (2).

Philippe d'Harcourt. Ce seigneur, après la mort de sa première femme,

Françoise de Marenil, épousa Isabeau de La Motte-Fouqué, sœur de René de Lamotte-Fouqué. Philippe était mort en 1527, alors que sa veuve défendait, devant le Parlement, les intérêts de son fils mineur.

Bonaventure d*Harcourt^ qui fut connu sous la qualification de baron d*Écouché, mourut avant d'avoir atteint T^e de sa majorité (8). Après la mort de cet enfant, le domaine d'Écoucbé échut à un de ses oucIqs, Jacques d'Harcourt, le dernier des cinq fils de Jean.

Jacques d'Harcaurt Ce nouveau propriétaire fut la souche d'une branche de la maison d'Harcourt, nommée d'Olonde, seigneurie qu'il tenait du chef de sa femme , Elisabeth Bouchard d' Aubeterre, baronne d'Olonde. Dans les actes publics, il prenait les qualifications de baron d'Écouché et Lougé, châtelain d'Olonde, seigneur de Chevigny-le-Vieux et le Nouveau, Feuguerolles et Baroques, le Coisel, Auvray, Chy, Maupertuis, Longuerais, Gui , , Ferrière (en Sevrai), Sevrai, St-Ouen, St.-Brix (ft). Jacques d'Harcourt était mort avant le 1*'. juillet 1550 (5). Ses quatre enfants administrèrent pendant quelque temps son héritage en commun; mais le partage s'en étant fait entre eux, le 21 janvier 1556, la baronnie d'Écouché échut à l'aîné, Charles d'Harcourt (6).

(i) Voir, à rAppendice, Tareu de la baronnie d*Êoooché rendu par ce François d^Harcoort, en cette

année, n*. 6, A. ^

(S) p. Anselme, t V, p. l&i, D. François d*Harcourt épousa Anne de Sainl-Germain , dame d*Hablo- ▼ille, fille d^Aubert de Saint-Germain, seigneur de Rânes , Ambec , etc. ; ce qui fit entrer ces domaines dans la maison d'Harcourt

(8) Voir La Rocque, L I, p. 195, et le P. Anselme, L V, p. id9-l&5.

(k) Voir Taveu rendu par ce seigneur, pour la baronnie d'Écouché, en Tannée i 6A7, à PAppendice, n*. 6, B.

(5) P. Anselme, L V, p. 199-1&5.

(6) Id., Ibid. (Voir, à PAppendice, Taveu rendu par les vassaux dePAlnessede la Viganière, en 1551,

528 HISTOIRE DU BOURG d'ÉGOUCBÉ.

Charles d'HarcourL Ce seigneur mourut en Tannée 1570, sans laisser de postérité; dans sa succession, le domaine d'Écouché échut à son «V. Trère, Nicolas.

Nicolas d'HarcourL Un des premiers actes de propriétaire que fit ce nouveau seigneur Tut de vendre un des domaines dont il venait d'hériter, celui de Sevrai, dit du Chapeau -de-Roses, à cause de la redevance que le seigneur était obligé de donner à son suzerain , le comte de Montgommery , et <iu'il recevait lui-même de ses vassaux (1). Il ne rendit aveu, pour son domaine d'Écoucbé, qu'en 1579 (2). Le baron d'Écoucbé figure au nombre des visiteurs de haut parage qui Turent reçus au château de.La Motte- Fouqué en Tannée 159/i , lorsque la comtesse de Sanzay célébra, par des fêtes splendides, Tunion de Jacques d'Harcourt et d'Isabeau Tillon, dame de Sacey-Tillon (3). Nicolas d'Harcourt avait épousé, en secondes noces, Claude de Tilly, dont il eut un fils unique, nonrnié Urbain, qui lui succéda.

Urbain d'Harcourt (il). Ce personnage termine fatalement la série des membres de Tillustre maison d'Harcourt, qui possédèrent la 2% moitié de la baronnie d'Écouché. Ayant été convaincu de plusieurs faux, il fut condamné par arrêt du Grand-Conseil à avoir la tête tranchée à la Croix-du- Tiroir à Paris. Comme on le conduisait de la prison du Four-TÉvêque au lieu du supplice, Jacques et Charles d'Harcourt de Beuvron, ses cousins, se trouvèrent là comme par hasard , et sentant bouillonner leur sang à la vue d'un des membres de leur famille ainsi exposé à une honte publique , ils mirent Tépée à la main, et avec l'aide de leurs compagnons, Antoine de Longaunay , sei^eur de Franqneville, et Jacques du Bosc, seigneur de Bois-d'Annebout , Us arrachèrent le condamné des mains de ses gardes, et Tentrainèrent loin de Téchafaud. Pierre d'Harcourt, marqnisde Beuvron, père des téméraires libérateurs, effrayé des conséquences que pouvait avoir cette échauffourée, s'empressa de les conjurer en allant se jeter aux pieds de

(4) Appendice, o*. 7« C.

(5) Ibld., n*. 0, D.

(S) Journal de la comtesie de Sanzai^ par M. le comte de La Ferrière-Percy. Paris, 1859.

(d) Voir, &r Appendice, n^ 6, E, l^ayeu du domaine d'Ëcoucbé, rendu parUrliatn en 1605; faute de renseignements pitu précis sor son entrée en possession, nous ferons remarquer «fiie l'aveu se rendait peu de temps après l*enlrée en jouissance ; ce devait être le premier acte de propriétaire.

HISTOIRE DU BQURG d'ÉCOVCHÉ. 529

la reine régente, Marie de Médicis ^ la suppliant de pardonner à ses fils un acte auquel ils avaient été entraînés par surprise, et qu'ils avaient accompli sans préméditation. La reine dit qu'il n'y avait que le mai^uis de Beuvron pour Taire des actions de cette gravité. Néanmoins, après avoir fait remettre le coupable à la prison du Four-l'Évéque, elle envoya ses propres gardes pour le protéger. Elle fit ensuite réviser le procès , et on obtint un acquittement. Urbain d'Harcourt ne profita paç de cette faveur; car le danger qu'il avait couru l'avait frappé si profondément, qu'il mourut peu après d'une maladie que, par allusion à une situation identique, on nommait la fièvre de Saint-Vallier (1). LaRocque, qui nous fournit ces détails , ne nous en donne pas la date ; mais les circonstances que nous allons rapporter les font remonter, ainsi que la mort du baron d'Écouché, à Tannée i612. Il ne laissa pas de postérité.

On ne se tire pas de pareilles affaires sans de grands sacrifices pécuniaires: aussi la succession d'Urbain d'Harcourt se trouva-t-elle si obérée, que les créanciers firent saisir la terre d'Écouché. Cette saisie eut lieu à la requête d'Antoine de Samson, écuyer, s', de La Houssaye, époux de damoiselle Isabeau de Saint-Denis, fille et seule héritière de feu Jean de Saint-Denis, s', de Saint-Denis et de Gui, parce que ce Jean de Saint-Denis avait obtenu un arrêt du Grand-Conseil, rendu le 2/i mars 1613, qui ordonnait que le requérant serait payé d'une somme de l/i,685 livres 5 s. 9 d. , par les commissaires établis aux régime et gouvernement des biens saisis sur le défunt Urbain d'Harcourt. La saisie ne fut réellement opérée que les 3& et 31 octobre 1617, et 7 janvier 1618; la vente aux enchères eut lieu le 19 février 1619. Une première offre de 16,000 livres et les frais en sus fut faite par François de Samson , s', des Vaux. Cette enchère fut couverte à une nouvelle vente exécutée , le 26 du même mois, par le prix de 19,000 livres qu'ofiHt Claude Aubereau , procureur de messire Gabriel de Montgommery, déjà propriétaire de l'autre moitié de la sei-

(1) Jean de SaÎDt-Vallier, père delà célèbre Diane de Poitiers, ajranl été convaincu d'avoir favorisé la fuite du connétable de Bourbon, fut condamné à morL L'arrêt allait être exécuté, lorsque sa fille s'étant jetée «lUX pieds de François I*'., obtint, par ses larmes, la grftce du coupable. L'impression de terreur avait étési profonde, que Saint-Vallier ne put jouir delà vie qui lui était rendue : ses cheveux blanchirent en une nuit, et il fut atteint d'une fièvre tellement violente, qu'il n'en put guérir, et ne tarda pas à succomber. De là, le dicton de fièvre de Saint-Vallier {Art de vérifier les data, Chronique historique des comlei d*Ëtompes, p. 669 )•

5S0 ffiSTOIBB DU BOURG d'ÉGOUGBIÎ.

gneurie d'Ëcouché, qoi resta maître de rencbère , et réunit ainsi dans sa main T intégrité de ce domaine (i).

y. — SEIGNEURS D'ÉCOUGBÉ , DERNIÈRE BRANGHE UNIQUE.

Gabriel II, comte de Monigommery, s', de Larges. Ce seigneur était le fils puîné de Gabriel 1*'. , le célèbre capitaine huguenot, le meurtrier involontaire du roi Henrf II (2); il n'était pas étranger au pays, lorsqu'il acquit Ëcoucbé; il avait épousé Suzanne de Bouquetot, qui lui avait apporté en mariage La Motte (en Joué*du-Plain), Sevrai, Perrière (en Sevrai)^ etc. (5); il résida souvent à La Motte, et il faut lui attribuer

(1) Les titres conceraaot cette c^Saire sont conseirés aa Chartrier du cb&teau de La Molte-Léteau.

(S) Void an r^samé historique du comté de Montgommerjr et de ses seigneurs. Le comte Roger qui vivait au XI*. siècle, ayant fiiil éi^user à son fils» Robert de Bellâme, la flile du comte de Pontliiea» le domaine de Monigommery passa successivement aux membres de cette famille de Ponthien jusqu'à Bianchev qui épousa Jean V d'Harcourt, ainsi que nous Tavons dit plus haut, p. 525. Le putné issu de celle noion, nommé Jacques d^Hareourt, eut en partage la terre de Montgommery ; il Tut la souche des d'Harcourt-Montgommery. Il mourut en 1&05. Son petit-fils, Guillaume d^Harcourt, ne laissa qu*ane fille, nommée Jeanne, connue sous la qualification de comtesse d'Harcouri, de Tancarrille, etc. ( Voir, à PAppendice, Taveu rendu à cette dame par les seigneurs d'Écouché, en 1A87, n*. 6, A). Cette dame, morte sans enfants, légua, en i&88, les comtés de Montgommery et de Tancarville à François d*OrIéant, comte de Longueville, son neveu, dont la mère était propre sœur de Guillaume d*Harcour(, son père. La terre de Montgommery se perpétua dans la maison de Longueville, jusqu'à Louis d'Orléans, petit-fils de François dont nous venons de parler. 11 mit ces domaines eu vente, et ils dirent achetés par Jacques de Lorges» qui attachait un prix parlîcalier à devenir propriéulre do eomté de Montgommery, parce qu'il descendait d'une branche cadette des anciens seigneurs de ce nom, établie en Angleterre avec la qualification decomtes d'England. Ce Jacques de Lorges est le père do célèbre Gabriel de Montgommery (Voir Morérj, et 1^ P* Anselme, t. V, p. iS9-là5). Le fils aîné de Gabriel hérita de la terre de Montgommery, sous le nom de Jacques II ; il ne laissa qu'une fille, qui, s^étanl alliée à Jacques de Durfort, comte de Duras, lut apporta ce domaine; mais son oncle, Gabriel II, notre seigneur d'Écouché, le lui acheta en ifilO (Moréri).

(5) La terre de La Motte se nommait alors la MoUe*au*Lièvre , du nom de ses anciens propriétaires, dont Tunique hérillère, Françoise Le Lièvre^ avait épousé, en 1598, Balthasar de Villers, qui avait acquis Sevrai (*) de Nicolas d'Harcourten 1571 (Appendice, n«. 6, D). De leur union sortit une fille, nommée Louise de Villers , qui apporta à Jean de Booquetot , chevalier de l'Ordre du Boi , la terre de La Motte ; c'est de celte union que naquit Suzanne, déjà mariée à Gabriel II de Montgommery en 1607.

(*) Le« terres de Sevni et de Frrrière en Serrai, doot il est si touTeot <{ue«tioD, D'éUient depoia des siècles qoe des domaÎDes de reveoa, et ûon d'habitation. Noos avons sooa les yeux une quitlaoce de haute et puissante dame Susaone de Booquetot, comteise de Montgommery, délirrée à Abraham de Sainte-Marie, écuyer, sieur du Boishoe, pour la joviasanee qu'il a eue des terres et seigneuries de Sevrai et de Fem'ère, pendant cinq annéo, Ji partir de 161 2r à raison de 950 Itr. par chacun au ( Étude do notariat d'Scouché). Ces deux firis furent réunis à celui de Vtgneral. Bo 1057, M^. Jacques Des Royers, chevalier, sieur de La Briasolière . allié aux Montgommery, échangea le fief de Serrai avef François de Vtgneral, contre on autre domaine (Chartrier du chflteau de La Hotte).

HISTOIftB DU BOUBG d'ÉCOVCBÉ. 5âi

la construction d'un logis seigneurial à Écouché, qui se voit encore en race du moulin. Cest un édifice inachevé , dont les toits élevés et la porte surmontée d'un fronton brisé , flanqué de deux lucarnes rondes , accusent le style du XVIP. siècle. Le tympan de ce fronton est marqué par une forte pierre saillante, qui devait recevoir Fécusson des armoiries des Montgommery. Cette demeure menace ruine (1).

Gabriel II mourut avant sa femme (2) , qui termina son existence vers 16/17 ou 16/i8. Après la mort de ce seignenr , ses héritages furent partagés entre ses héritiers: Ëcouché échut aux enfants de son fils, Gabriel III , représentés par leur mère , Aimée de Chastenay (Gabriel III était décédé dès Tannée 1637 ) (â). Cette veuve parait avoir résidé quelquefois à Écouché : elle y mourut, après avoir fait sou testament, en l'année 1650 (&), et fut inhumée dans le chœur de l'église paroissiale. Les domaines d' Écouché et de La Motte cessèrent alors d'appartenir au même propriétaire ; le dernier était échu à Jean de Montgommery, le plus jeune des fils de Gabriel II et de Suzanne de Bouquetot (5). Ce fut l'atné des enfants de Gabriel III qui eut Écouché ; il se nommait François.

(i) Dans OD Dénombremest du domaine d'ficouché» en 1657, nous trouvons la première mention de ce manoir, qui est ainsi désigné : une maison manable, asahe en la rue d*Orne, près les moulins dudit lieu, qui contient deux salles, deux chambres et greniers dessus, avec une allée au travers de ladite maison pour aller dans la cour et écurie, avec un foamil et un cellier, faisant clôture à ladite cour, avec un jardin au derrière de la maison ; le tout contenant ensemble demi-vergée de terre. Cette modeste demeure est qualifiée, dans le Dénombrement, la Maison du seigneur (Chartrier du chAteau de La Motte).

(S) Il était mort en 16^2: ce qui résulte d*un aveu rendu par les vassaux du fief de La Motte, le 9 juin 16A2, à sa veuve, qualifiée de haute cl puissante dame Sniunne de Bouquetot, veuve de défunt Gabriel de Montgommery (Chartrier du chftteau de La Motte). Ce document rectifie l'assertion de Moréri, qui fixe la roort de ce personnage à Tannée 1 653.

(3) Ce Tait résulte d*un accord passé entre haute et puissante dame Soxanne de Bouquetot, comtesse de Montgommery, et sa belle-fille, Aimée de Chastenay, veuve de haut et puissant seigneur messire Gabriel de Montgommery. chevalier, etc., daté de février 1637 (Minute conservée au notariat d^Écouché).

(â) Voir un extrait de ce testament à PAppendice, n^ 8.

(5) Lorsque Jean de Montgommery devint propriétaire de La Motte, il négligea les formalités de Paveu, et il recul, le 28 aoftt 165^ sommotion de fiiire hommage au roi, parce que ce Oef relevait de la chfttellenie d'Argentan. Il demanda deux ans de sursis, à cause de sa santé qui était dérangée, et de son grand âge ; il lui fut accordé un an ; mais, dans rintervalle, ayant envoyé une procuration à Elisabeth de Montboucher, sa femme, celle-ci vendit, le iil octobre suivant, la terre de La Molle ft damoiselle Catherine Cochon, veuve de feu mesure Nicolas Ango, sieur de La Chaise, conseiller secrétaire du roi, maison couronne de France, pour le prix de 83, 000 livres (Cette terre n'avait pas alors Timportanoe que nous lui verrons prendre). Cette acquisition est à noter, perce qu'elle marque le point de départ de oelte fiimille, qui devint poissante dans le pays, et acquit plus tard la baronnie d'Éoouché (Chartrier du château de La Moite).

5â2 HISTOIRE DU BOURG D éCOUCmS.

François de Montgommery, chevalier des ordres, baron d'Écouché, du Mesle-sur-Sartbe , de Yignats, de St. -Sylvain, Potigny, etc., garda peu de temps le domaine d'Écoucbé, à cause de l'embarras de ses affaires. II devait des retours de lots considérables à son oncle , Louis de Montgommery, et à ses flrères, Jean et Philippe- Auguste de Montgommery, dans le partage de la succession de son grand-père, Gabriel II. Par suite de ces affaires, le domaiue d'Écoucbé fut frappé de décret par arrêt du 10 septembre 1656 , et François de Montgommery expédia à son mandataire^ de son domicile à Paris, où il était logé à St -Germaindes-Prés, rue du Sépulcre, hôtel de Grâce, une procuration pour vendre, avec stipulation d'un réméré de deux ans. La vente en Tut faite à Louis de Montgommery, comte de Ducé, son oncle et son créancier, pour le prix de 115,000 livres et 1,000 livres de vin (1). Le contrat est daté du 15 mai 1658.

Louis de Montgommery , comte de Ducé. Ce seigneur fut le dernier de ce nom qui posséda Écouché. La noblesse d'épée, amoindrie par les grandes luttes auxquelles elle prit part, et asservie par les chaires de Cour , cédait ses domaines et ses donjons à cette riche aristocratie de robe , qui avait aidé le pouvoir royal à réduire sa rivale. Louis de Montgommery vendit la baronnie d'Écouché à messire Claude Le Tonnelier de Breteuil , concilier au Parlement de Paris , par acte passé devant les notaires au Châtelet, le 23 mai 1679 (2).

Claude U Tonnelier de BreteuiL II avait été reçu au Parlement, le 25 janvier 1652. De son union avec Marie-Thérèse de Froulé, il laissa deux fils , dont le jeune était encore mineur. L'ainé , Claude-Nicolas, fut mattre de la garde-robe de Philippe de France , duc d'Orléans , et mourut sans postérité^ le 8 août 1703, âgé de trente ans. Le second, nommé Charles, hérita des biens de la famille.

Charles Le Tonnelier de BreteuiL Ce seigneur ne conserva pas Écouché jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 2 décembre 1719 (3) ; il vendit cette propriété au marquis de La Motte-Lézeau, par acte passé devant les notaires

(i) Acte de venle, comenré au Chartrier du ebàteau de La Motte. (2) Ibid.

(S) Voir» pour ce qui précède sur la famille de Breteuil, le TitbUau généûlogique de la nobiessc , par le comte de Warroquier, h^, partie.

HISTOIRE DU BOURG d'^GOOGHÉ. 5ââ

au Chàtelet, le 19 janvier 1716, pour, le prix de 75,000 livres, vin compris (1). On remarquera l*énorme dépréciation subie par ce domaine, eu égard à la valeur qu'il avait eue antérieurement. Nous ne pouvons Texpliquer.

Les deux membres de la famille de Breteuil qui possédèrent Écouché le visitèrent de temps à autre : ce qui est attesté par des approbations et des signatures apposées sur des règlements d'administration de l'bospice d' Écouché; néanmoins, ils n'y séjournèrent qu'en passant.

Voici quel était le nouvel acquéreur. Nous avons vu que Jean de Montgommery avait vendu le domaine de La Motte à la veuve de Nicolas Ango (p. 531, note 5). Le fils de cette dame, Jean-Baptiste Ango , ayant épousé la fille unique du sieur Le Febvre de Lézeau , doyen du Conseil d'État , qui était una très-riche héritière, devint conseiller en la Grand' Chambre du Parlement de Normandie , et, par suite de sa grande fortune, réalisa l'ambition qu'il avait d'illustrer son nom par le prestige d'un titre. Pour arriver à ce but, il commença par acheter plusieurs fiefs voisins de sa terre de La Motte , obtint du roi les lettres d'annexion de ces fiefs à son domaine ; et, lorsque cette terre eut l'importance désirable , il sollicita son érection en marquisat : ce qui lui fut octroyé par lettres-patentes signées de Louis XIY , à Marly , au mois de juillet 1693 , et enregistrées par arrêt du Parlement du 20 septembre 1696 (2) , sous la dénomination de marquisat de La Motte-Lézeau , pour lui , ses enfants , successeurs nés et à nattre en loyal mariage , avec le f ang , honneurs et prérogatives attachés à la dignité du titre.

Le nouveau marquis de La Motte ne négligea aucune occasion de s'agrandir : en l'année 1712^ il acquit de M. de Breteuil un premier démembrement du domaine d' Écouché, l'Aînesse de la Yiganière , situé dans la paroisse de Joué-du-Plain , ainsi que tout ce qui appartenait au sieur de Breteuil dans cette paroisse, et faisant partie de sa baronnie d' Écouché, avec la faculté de réunir ces acquisitions à son marquisat. Il obtînt , à cet effet , des lettres de désunion et d'annexion. Ces aliénations, peu impor-

(i) Acte de vente ( Cbarlrier du cbateau de La Motte )•

(S) Les expéditions de ces titres, signés de la main da roi et scellés da grand soean, sont conservées au Cliartrier du château de La Motte.

53& HJSTOUIE DC MCSG D

> I ] r rf :

tantes , paisqoe leur prix ne s^éleva qa*à 600 Hrres , furent le prensier coup porté a la baronnîe d'Écoocbé, qui fut absorbée dans le marquisat de La Motte par le successeur de celui qui nous occupe. Après la mort de Jean 'Baptiste Ango (1) , son fils aine, portant les mêmes noms que lui, acheta, ainsi que nous Tayons dit, le domaine d'Écouché.

Jean-BapUêie Ango , marquis de La Moite-Léuam (2). 11 Tut conseiller au Parlement de Normandie comme son père. Après son acquisition , Il fit réunir, par lettres-patentes du roi , la baronnie d'Ëconché à son marquisat. Ainsi la liste 'des seigneurs de ce bourg semMe désormais close ; néanmoins , comme le nouveau marquisat ne put faire oublier la vieille baronnie , nous allons poursuivre la suite des seigneurs de La Motte , qui continuèrent d'ajouter à leur titre celui de barons d'Écouché. Jean- Baptiste Ango avait épousé, par contrat du 9 août 17S1 , Harie-Michelle Hébert. Cette union donna le jour à plusieurs enfants^ dont Tafné, nommé Jean-Baptiste, succéda à son père dans les terres de La Motte et d' Écouché.

Jean-Baptiste Ango , marquis de La Motie-Léteau. Celui-ci abandonna la toge de ses pères pour la carrière des armes; il fut lieutenant aux gardes françaises et chevalier de St. -Louis (S). Après lui, les domaines de La Hotte et d*Écoucbé furent transférés, par contrat du 15 avril 1791, à M. le marquis d'Étampes, qui traversa la Révolution sans encourir la confiscation , et habita la terre de La Motte , avec sa famille , jusqu^en

(1) Ce letn-BapCifle Aiigo, premier maniiiis de La llotle, aYtlt no frère poloé, nooiiiié WHppeflené. lequel épouia, par contrat du 42 juin 1717, Antoine! le Jourdain de PeUeré, fille et unique hMiètv d'Hyactntbe-Louis de Pelle vé, dernier seigneur de Fiers de ce nom. AntoineUe obtint rérection de la baronnie de Fiers en comté, et ce domaine se perpétua jusqu*à la Réfointioo, dans cette famille, eneore représentée {Oiâtaire de Fiers, par M. le comte de La Ferrièiv^Percy, cbap. vi),

(2) C*est à ce iean-Bapliste Ango, marquis de La Motte, que s*adresaaient les plaimntei lettres de Voltaire, réclamant le paiement d^une rente que le poète avait constituée sur le marquis de La Motte, par on placement à fonds perdu. M. de La Motte ne voulait entendre k rien ; Il devait quatre années dVréraites, et ne répondait à aucune sommation : aussi n*j a-t-il plaisante apostrophe dost ne se serve à son égwd le fameui philosophe, peu philosophe en matière d*argenL (D'après la Correspondance généraie de Voltaire, Histoire de Fters, de M. de La Ferrière.} «.

(3) La famille Ango occupa une position importante dans le pays ; ft la fin du XVII*. siècle et pendant le cours du XVUP., ses membres figurent au nombre des bienfaiteurs de Téglise 8L-Germain d'Argentan, auprès de laquelle ils posaédaient un hôtel , situé proche le parvis, avec un jardin s'éiendant sur Tendos du château (Voir VHistaire de Su-Germain d'argentan, par M. Tabbé Laurent, p. 115, 288, 308, 878, 898. Argentan, Barbier, 1859).

ttfilTOIBB DU BOURG d'ÉGOUGH<. 535

Tannée 1818, ob ce dcmiaine fut vendu à la Bande-Noire. Ce propriétaire avait aliéné antérieurement ce qui restait de la terre d*Écouciié.

Un large débris du beau domaine de La Motte , y compris le château dont il ne subsiste plus qu'un pavillon , est maintenant en la possession de M. David-Descbamps , membre du Conseil général de TOrne et député au Corps législatif, qui continue dans ce lieu les traditions de bienveillant patronage sur les populations et de gracieux voisinage pour ses amis, qu'on était accoutumé à rencontrer chez les anciens propriétaires.

C'est à Tobligeance de M. David que nous devons la communication des pièces intéressantes de Tanden Cbartrier des domaines de La Motte et d'Écouehé. Nous lui en exprimons ici toute notre gratitude.

Page 1