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IX. — LE BOURG D'ÉCOUCHÉ

Le bourg d'Écoucbé est encore aujourd'hui enfermé dans son ancienne enceinte fortifiée, dont on suit parfaitement les traces, marquées par des fossés très-apparents ; ses portes, correspondant aux principales routes qui le traversent, furent particulièrement défendues par des fermetures et des tours dont on aperçoit les vestiges. Ces issues avaient chacune un non qui les distinguait : c'est ainsi que la porte par laquelle on se dirige vers Argentan se nomma, jusqu'au XIV*. siècle, la porte Boui^^es, nom qu'elle échangea contre celui de St-Mathurin, à cause de la chapelle de l'Hospice dédiée à ce saint patron près de laqudle dlle étidt située. L'issue vers Boucé, Carrouges, etc., prit le nom de porte St. -Nicolas qui est celui d'une chapelle située, non loin de là, dans le cimetière. La porte fermant le bourg , du cèté de la route de Bretagne , se nommait porjted'Udon , parce qu'elle était presque baignée par la rivière de ce nom. Enfin, celle qui donnait accès sur le grand pont d'Orne i^tait désignée sous l'appel* lation de porte de Falaise.

Ces défenses, aussi bien les tours que les fossés, étaient entretenues aux

(1) Voici les noms de quelques gardes du scel aux obligations du siège d*£couché que nous avons pu reeueUlir : de 1800 à i3t 5, Raoul Le Rovllier» en néme temps tabellion joré au même siège ; en 1382. Yves Garnier, id.; en 1888, Jacquet Le Rouiller; en 1392, on retrouve Yves Gar,nier ; en i&04f Guiot Piqnot; en tA06, Jeiian Guion; en 4A08, Jehan Gervals; à la Gn de la même année reparaît Jacquet Le Rouiller; en 1^10, Mtcbcl Lesignor est garde du scel, mais non tabellion ; en I Ail , encore Jacquet Le Rouiller; en 1&4S, Michel d'Ancquaignes (Occagnc), comme garde du scel des obligations du siège d'Écoucbé, et Jacquet Le Rouiller, comme tabellion. A partir de cette date, le siège du scel parait Iransporlè dans la ville d'Argentaiu

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frais des bourgeois. Gomme conséquence des guerres qui agitèrent continuellement la société pendant le moyen-Age, même aux époques relativement paisibles, chacun fut obligé de pourvoir à sa sûreté menacée par des bandes accoutumées à vivre de rapine. Le boui^ d'Ëcouché , aussi bien que les lieux sans défenses, fut souvent exposé aux entreprises dexes IHllards.

Au coaunencement du XY1% siède, les ^ceintes du bourg étaient en mauvais état et protégeaient mal les habitants, qui s'adressèrent au roi François P'. , et lui présentèrent une requête à TeiTet d'être autorisés à sMmposer , afin de faire les fonds nécessaires pour réparer leurs fortifiacations. Ils obtinrent des lettres d'octroi , datées du mois de mai 1530 ; en d'autres termes , il leur fut octroyé de s'imposer une somme de 60 écus , et de lever sur les débitants de boissons un droit fixe pour chaque vaisseau vendu en détail, afin d'élever des défenses qui empêcheraient à ravemr , y est-il dit , les f&rc$ê ( violences ) publiques , outrages et molestations gui leur étaient eontinueliement faictes^ à eux» leurs femmes, biens et fasniUes, par plusieurs gens vagabonds malvivans. Cette concession temporaire fut renouvelée par les successeurs de François I". Henri III leur délivra de nouvelles lettres en 1588 : leur texte déclare que les troubles de religion qui agitaient alors le pays avaient ^npêché les bou^eois d'en d^nander plutôt le renouvellement, et que, par suite , toutes les défenses étaient entièrement tombées en ruine (1).

C'est à ces lettres d'octroi,-et aux ressources qu'elles procurèrent, que furent sans doute dus les nouveaux, fossés d'Écoucbé qui agrandirent le bourg, en l'année i587, du côté dçs marais d'Udon, et qu'on appela les grands fossés neufs. L'espace compris entre cette nouvelle enceinte et l'ancienne, qui se reconnait encore , se nomme les Diguets ; il fut inféodé aux habitants par les seigneurs (2) , comme ayant fait partie du marais commun.

L'agrandissement de l'enceinte dut être plus considérable du côté de la rue aux Oies ( actuellement route impériale de Paris à Granville ) . En

(i) Voir la copie de ces lettres-patentes, à TAppendice, n*. 10.

(2) Ibid. Consulter le jugement rendu en 1607 à roocasion du dénombrement de la baronnie d'Écoucbé, n«. 8« I. Réclamalion des bourgeois ayant inféodé les Diguets, contre renonciation des communs comme propriété des seigneurs.

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effet, paraHèlement à cette me, do o6té da bourg, s'en trouve one autre qui a emprunté son nom à Tancien fossé Meslet , dont il est encore question dans un acte de 1&91. L*enceinte nouvelle, prenant oMiquement à travers le marais , s*écarte de l'ancien tracé et vient se refermer sur les fossés de Loucé, à la tour de la porte St. -Nicolas.

Le fossé de Loucé s'appelle ainsi, à cause de la paroisse de ce nom dont le territoire joute celui d'Écouché dans cette direction ; on le nomme aussi le fossé de TAngevine, parce que le réage quUl longe est ainsi appelé. Ce fossé est le plus important, parce qu'il n'était point fortifié par les rivières; il est très-large et très-appareni et se remarque de la nouvelle route impériale qui le traverse. Un autre fossé, partant de T Hôpital, allait s*appuyer sur le bief du moulin qui, avec le lit même de la rivière, au-dessous, complétait Tenceinte.

Les rues du boui^ d'Écoucbé ont emprunté leurs noms, soit à des industries privées , soit à des habitants de marque. La rue par excellence se nomtna et se nomme encore la Grande-Rue : on trouve cette appellation dans des titres remontant au commencement du XIV'. siècle ; il n'est pas douteux qu'elle ne soit beaucoup plus ancienne. Cette voie, qui traverse ÉcoKché de l'est à l'ouest, d'une porte à l'autre, était pavée sur une longueur d'environ 100 mètres ; depuis l'auberge de la Corne jusqu'à l'Hospice, on la nommait Grande-Rue-des-Cbamps, et, depuis le petit pont jusqu'à celui qui traverse la rivière d'Orne, Grande-Rue-d'entre-les-PoiHs. I^ petit pont jeté sur la décharge du moulin se nommait le Pont-au- Sellier, et cela dès i&87.

La rue Notre-Dame prit son nom d'une auberge à l'enseigne Notre- Dame, qui y existait dès le XVI*. siècle.

La rue aux Oies fut ainsi nommée parce qu'elle conduisait aux marais communs. La rue de la Corne prit le nom de l'auberge qui donna l'ho^italité à Henri IV.

La rue de la Cour-Bailleul emprunta celui d'un ancien logis du XVI*. siècle, à la cage d'escalier en tourelle, situé dans une cour qui s'ouvre sur cette rue. Dans le dénombrement du domaine d'Écouché fait en i617, cette maison est indiquée comme frappée d'une rente de kO sons en faveur des seigneurs du lieu , payable par les héritiers on ayant-cause de feu Gallois d'Harcourt, écuyer, sieur de Bailleul, dont elle avait retenu le nom.

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La rue Dodeman prit odai d'un très^cuicien propriétaire qui y avait son domidle (1).

Celle qui passe par le chevet de l'église se nommait, eu 1553, rue do Grocbet (maintenant rue du Vieux-Crochet), parce qu'anciennement c'était là que se tenait la vente des menues denrées qui se pèsent avec la> romaine, vulgairement nommée crochet. PIu& anciennement, cette rue se nommait rue du Puits, à cause du puits qu'on voil encore près de la sacristie*

Les noms de rue du Moulin, rue St. -Nicolas, rue du Four-Neuf, n'ont pas besoin d'eiplication ; la rue du Fourneau est anciennement connue sous ce nom : en 1&58, on la nommait rue du Foumel ; nous ne savons à quelle industrie ce nom fait allusion.

La rue et la chaussée du Pont-d'Udon se nommaient, en 1458, chaussée et rue d'Udon, et, en 1657, du Boulenier. Quelques anciens noms ont disparu ; c'est ainsi qu'en lâOl on parlait de la rue éi Boeux: nous ne savons à quelle rue ce nom s'appliquait

Mentionnons encotre la voie de devant le fart. Cette désignation s'applique à l'abomement d'une pièce de terre , à la date de 1388. Ce fort était donc en dehors du bourg ; il était peut-être sur le chemin d'Argentan qui longe l'Hospice. Dans un acte de 1576, il est question des buttes St.^ Mathurin. Ne désignerait-on point par là quelque défense avancée connue sous ce nom? Il n'en reste aucune trace aujourd'hui.

Les habitants d'Écouché se sont généralement adonnés à la culture ;

beaucoup de leurs maisons étaient contiguës à des granges, à des mares à fumier, ainsi que cela se voit encore. Au moyen-âge , ces demeures, dési-

(1) Au XII*. siècle,, un W. Dodenan* cbevalier, dont le nom accosebien rorigine danoise* était seigneur de MéDilglaise (canton d*Êconché) ; il déliTra, en ftiTeur de TaMbaye de St.-André de Gooflërn, une charte cunlinnative de œDe par laqodte aon oncle, Jean de Mènilgiaise, aTak concédé le patronage de oetle église à ladite abbaye: Omnejuê patronaïuê eccUsie de Mesnil Est» Il conSmia d^aotres aomùnesen terres, coDOédées au même monastère, par son père et un antre oncle, nommé Tord (*) (Cartulaire de Vabbaye de Su^Andrlt ^^ 05 r*. et 66 T«. Archives do Calvados). La rue Dodeman est mentionnée dans on acte de 1&69.

(,*) Ce pefwnaage 6rt probfthleneol U aé«e que celui qui est cmum sow le U9m de Torri d'Écouché, rt qui fut •s»uûoé ou tué eu dud par na nonnuié Roger Livarde, aioai qu'il résulte du compte reudu à rÉchiquler de Normandie, pour ranaée l|84i p^r un comptable nommé Baonl fils Herbert, d» tMiiUii iiogerii Livard*, fugitifi jtn «ierf« T^t de Enont {CrimdM BU** d* VÊehi^uier d* Normmtdiê , publiés par MH. Léchaudé-d'Aais; el 4. Charma, dans les Mémnm dt U Stiéti du Anltfwiirrs dt N^rmendùt t XYI , p. 109» c. 2.

HISTOiaB DU BOORG d'AGOUGHÉ. 551

gnées dans les actes soqs le oom d^ hébergements ^ étaient situées daDS les rues les plus éloignées du centre ; les bourgeois , s*occupant du négoce , habitaient presque exdusivement la Grande-Rue et les abords des balles. On nommait quelquefois les maisons de cette me hôtets. Ainsi , dans un acte passé en i &57, une rente constituée en faveur du trésor de Téglise d'Écouché est assise sur une maison située en la Grande-Rue , entre l'oitet gui fut Roger de Sérans et Vostel qui fut Jehan Chevalier. Ces habitations avaient * d*après les mêmes actes, « cour , conrtiU porche et issue. >

Ceux des bourgeois d'Écouché qui ne s'occupèrent point de la culture des terres s^adonnèrent à la fabrication des étoffes de laine , et à la préparation de la matière première : ce qui fit donner aux habitants du bourg le surnom de purins^ à cause du suint ou purin de la laine qui s*en échappe pendant la fabrication. Ce sobriquet est commun à toutes les localités qui se livrent à cette industrie.

Cette fabrication de draps et de frocs était fort répandue dans tout le pays, pendant te moyen*ftge; c'est ce qu'attestent les nombreux moulins à foulon qui couvraient la contrée. Il y avait peu de parobses qui n'en pos^ sédassent plusieurs; les habitants d'Écouché les utilisaient pour leur industrie , aussi bien que les habitants des campagnes , qui faisaient fouler à ces usines les grossières étoffes dont ils s'habillaient De là, dans les aveux des domaines sur lesquels s*élevalent ces moulins, les habitants en étaient déclarés banniers.

Quant aux nobles et aux riches, ils dédaignaient ces étoffes communes, et, au XII% siècle , un homme bien mis portait un vêtement de drap de Bernay. Cette ville jouissait alors, sans doute, de la célébrité qui distingue aujourd'hui celle d'Elbeuf (1).

(1) Od GoiHaame de Mootgaroall, qui avait aumône l^église de ce nom à Tabbaje de St.-Aodré-de- Gouffern, avait obtenu des moines la nomination de son fils, Guillaume, à la cure de cette paroisse. Ce prêtre, mécoonaissaut son devoir, voulut s^appruprier les biens de la cure qui lui était coofiéc Les moioet finirent par le ramènera de meilleurs seniiments ; mais Ils furent obligés de payer largement son retour à la justice : ils comptèrent à ce prêt re et à son frère, Ursefle, une somme de 10 livres d* Anjou, sans parler des cadeaux de toute nature dont il fallut combler la famille; savoir : une vache à réponse d*Drselle, une autre vache à sa fille aînée, et à chacun de ses fils une tunique de drap de Bernay, Muam. tunieam de pannU Bemaii, Cet accord fut fait sous les auspices de Jean , comte de Ponthieu, et en sa présence (Cartulaire de Pabbaje de St^-André-de-CjuSTeru , f^. 78 r*. Archives du Calvados).

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La Tabrication des étoffes ne fut pas la seule indastrie de nos campagnes ; nous avons rencontré, dans un titre du commencement du Xiy% siècle , la mention d'une usine nommée Mallerie, servant à la préparation du chanvre ; elle était située dans la paroisse de Sérans (4). Une pièce de terre voisine du moulin de ce lieu se nomme encore /^^ Malleries, Nous ne pousserons pas plus loin cette recherclte, qui est en dehors de notre cadre.

Les habitants d^Écoucbé se livrèrent à la préparation des cuirs, et leurs tanneries eurent un certain renom ; quelques-uns pratiquèrent la mégisserie. En 1560, la veuve d'un parcheminier fondait des messes pour sou marir dans Téglise d'Écouché.

€es différents métiers formèrent des corporations qui s'établireiit en confréries religieuses ; nous en parlerons plus loin.

Les produits de ces industries, ainsi que de la culture des terres, se vendaient à Ecouché dans deux marchés chaque semaine, le vendredi et le mardi , et , en outre , dans trois anciennes foii^s ,. nommées la Guibray oo foire de la Notre-Dame dé la mi-août ; la foire Angevine , qui se tenait le 8 septembre ( elle existait déjà , nous l'avons vu, du temps de Philippe* Auguste, et elle a conservé son importance jusqu'à notre époque), et enfin la foire aux Malades , ainsi nommée parce qu'elle avait lieu sous les murs d'une ancienne léproserie dépendante du bourg d'Écouché , située au hameau d'Udon, dans la paroisse de Sevray ; elle se tenait le p^smier lundi* après la St.^Denis.

Lorsque Jean-BapUste Ango, seigneur de la Motte, fit ériger ce domaine en marqiHsat r aifisi que nous l'avons rapporté, les lettres-^patentes de Louis XIV lui accordèrent le privilège d'établir sur ses terres un marché et quatre foires chaque année : les i& janvier, â mai, dO juin et 18 octobre. Le sieur Ango jugea que la paroisse de Vieux-Pont était Jè point de sonmarquisat qui convenait le mieux à la tenue de ce marché et de ces foires. U choisit le mardi pour son jour de marché. Lors de l'enquête qui eut lieu à cette occasion , le sieur Qaude Le Tonnelier de Breteuil, baron* d'Écouché, intervînt et fit opposition à l'établissement du marché le mardi, parce- que, disait-il, le bourg d'Écouché était en possession d'un marché

(i) Charte de Robert de La Perrière, chevalier; confirmation du don de la chapelle de Bernay-sur-Onie^ à- Pabbaye de Gerisy-Belle-Étoile t ainsi que de pièces de terre dont une située près /a Matlûne de SéraM» (1265) (Cbartrier de Bernay-sur-Orno).

HISTOIRE DU DOURG D'éCODCHÉ. 55S

ce jour-là. A Tappui de son assertion, il produisit des procès^verbaux de ventes de biens meubles, opérées par ministère de sergent, aux marchés du mardi à Écouché, pour les années 1661, 1687, 1688 et, en outre, un 'procés-verbal de visite faite par le sénéchal du lieu, le mardi 9 septembr^^ 1670 , du pain exposé par les boulangers au marclié de ce jour , lequel constatait saisie de trois pains et condamnation d'un boulanger à Tamendc. De son côté, le sieur Ângo soutenait que le sieur Le Tonnelier n'avait pas droit d'un marché le mardi à Écouché; que seulement on vendait cejourià, dans la halle, les grains qui n'avaient pas été vendus le vendredi et le peu qu'on y pouvait apporter. Malgré cet aveu assez explicite du sieui* Ângo, Taflaire, portée devant le Parlement de Normandie^ Tut jugée en sa faveur; l'arrêt qui fut rendu débouta le sieur de Breteuil de son opposition et le condamna aux dépens. Ce jugement est du 27 août 1696.

Les foires et le marché de Yieux-Pont ne répondant pas à un besoin réel, ne purent s'établir ; il fallut y renoncer

Le successeur du marquis de La Motte étant devenu propriétaire de la baronnie d' Écouché, obtint, à la date de 1731, des lettres-patentes de Louis XY^ pour Tannexion de cette baronnie à son marquisat, lesquelles furent enregistrées, après une enquête qui ne donna lieu à aucune opposition, le 15 novembre 1731 (1).

Aussitôt la réunion consommée, le marquis de La Motte remontra, dans une requête au roi, que les quatre foires et le marché que son père avait obtenu rautorisation d'établir à Yiaix-Pont par lettres du feu roi , n'avaient pas eu le succès qu'on en avait attendu ; il sollicita donc la permission de

(1) Celte réunion ne pouvait avoir lieu sans le consentcmenl du eomlede Montgommery, parce quVile changeait la mouvance fôodale de la baronnie d'Écoucbë. Aussi M. de La Moite obtint-il la déclaration suivante: « Par devant le notaii^e royal du bourg du Mesle-sur-Sarthe^ le 29 septembre i731t après midi, c au chftieau du Mesle, Tut présente haote et puissante dame Madame Marguerite»Elisabetb Le Maire de « Moulinaut, comtesse de Monlgommery , veuve de laaut et puissant seigneur Niooias-François de Mont- « gommery, en son vivant, chevalier, seigneur du lieu, baron des baronnies d'Eco, St.*Georges, Vignals, c St.^Sylvain, la Brevière, Verncuilles, Camembert, les Ligneries, Êcorches, Tron, le Mesle-sur-Sarthe,

• Beaumont, pays d^Orléaus, demeurant eo sou château du Mesie , laquelle par ces présentes a coosemi c que M, le marquis de La Motte-Léieau fasse réunir la noble terre et baronnie d^Ëoouché, relevant de c Montgommery, à son marquisat de La Motte-Léxeau , parce que, nonobstant ladite réunion, la mou-

• vance et autres droits qui sont acquis audit comté, selon lesdites mutations, lui demeure conservée et

• saus attribution de nouveaui droits, au moyen desquelles réserves ladite dame a donné sou coosenn temcot, etc. •

55& HISTOIRE DU BOUBG D'ÉGOUGHé.

transrérer ces quatre foires dans le bonrg d'Écouché, et même d'en établir deux nouvelles.

Le roi délirra des lettres-patentes à cet effet dans les termes les plus flatteurs pour le postulant, dont il voulait récompenser les services, et lui accorda par ces lettres les six foires demandées ; elles devaient se tenir le U janvier, le 24 février, le 30 avril, le 25 mai, le 27 juin et le 15 juillet, aux lieu et place de celles qui avaient été créées et établies à Vieux-Pont Ces lettres sont datées de Versailles, Tan de grâce 1780,

Après les publications faîtes aux églises d'Écouché et de Vieux-Pont ainsi qu'aux marchés cîrconvoisins, il fut procédé à une enquête,-comme il avait été fait pour les foires de Vieux-Pont , sous la direction du même président, Etienne Le Bas, écuyer, sieur du Coudray, chanoine et archidiacre de Lisieux, conseiller en la Cour du Parlement de Normandie.

Suivant l'usage accoutumé , M. le Procureur-général du roi désigna un certain nombre de témoins, en cas qu'il ne s'en présentât point ; ce ibrent : i\ Jean-Baptiste Le Verrier, écuyer, sieur de La Conterie (1) , brigadier des gardes-du-corps du roi, demeurant en la paroisse de St.-Brice, âgé de 60 ans ; 2*. Jean Le Marchand , écuyer, sieur des LIgneries , chevalier de l'ordre militaire de St -Louis, demeurant en la paroisse de Montgaronlt, âgé de 6& ans ; S^ Daniel Le Petit , écuyer, sieur des Ifs , demeurant en la paroisse de Sérans , âgé de &5 ans ; &^ M"*. Pierre Aubert, prêtre , vicaire d'Écouché, âgé de 30 ans ; 5*. M'". Pierre-Auguste Maurice, prêtre, demeurant à Écouché, âgé de 28 ans ; 6% M***. Pierre Gorbin, prêtre, âgé de S2 ans, demeurant à Écouché ; 7^ Robert de La Marre, notaire à Écouché, âgé de A& ans; 8*. Yver Metivier, marchand, demeurante Écouché, âgé de 58 ans. La déclaration de ces témoins fut unanimement favorable à l'érection des nouvelles foires; mais, de plus d'un côté, des réclamations s'élevèreu t. Le sieur Jacques Lautour, procureur au bailliage et vicomte d'Argentan, substitué par procuration à M*. Pierre-Charles Boirel , conseiller et avocat du roi aux juridictious d'Argentan , porteur de la procuration de Mg'. le Duc du Maineet de M**, la Duchesse du Maine, seigneurs d'Ar-

(1) Il était de la même famille que Le Verrier, sieur d'Amigny, auteur cynégéliqae estimé, qui publia plus tard VBcote de la eUaue aux ehient courants^ Rouen, 1708. Le fief de la Gotilerie était situé dans U paroisse de St.-BriGe-60tts-RfiDPs.

HI8T0IBB DD BO0I6 D'iCOUGHÉ. 555

gentan, demanda aete d'oppositioo mise par ces seigneurs à rétablissement de deux des foires en question, celles du SO avril et du 15 juillet, parce qu^eiles coïncidaient avec deux foires de la ville d- Argentan ; savoir : la première avec celle de la Quaâmodo , et la seconde avec celle de Saint- Pierre-ès-Uens.

I^ même Jacques Lautour, au nom du sieur Jacques Prouvère, sieur de La Paumerie, avocat et administrateur de Thôpital d'Argentan, mit également opposition à rétablissement de ces deux mêmes foires , par le motif que T Hospice prenait un droit sur les foires d*Aigentan.

Il se produisit une autre opposition, de la part de Mg*. André-Hercule, cardinal de Fieury, ministre d'État, grand aumdnier de la reine, surintendant général des postes, courriers et relais de France, abbé commendataire de Tabbaye royale de Saint-Étienne de Caen, et en cette qualité, seigneur et baron de Trun , parce que les foires projetées coiocidaient avec quelques-unes de celles établies en ce bourg.

M. de La Motte -Lézeau, pour évfter un procès, adressa au Pariement une requête datée du 20 août 1732, par laquelle il déclarait consentir à rendre indemnes les droits et intérêts des opposants. En conséquence, il abandonna la foire du 25 mal, laissa fixer celle du 30 avril au 26 novembre et celle du 15 juUlet au 1& août Les trois autres demeurèrent fixées aux jours marqués dans les lettres-iNitentes, lesquelles, au moyen de cet accord consenti par les parties, furent enregistrées par arrêt du Parlement du 1*'. décembre 1732. Ces nouvelles foires ne détruisirent pas les anciennes. Celle de TAngevine a toujours été et est encore la plus importante de la localité. Une autre lutte d'importance avec elle , c'est la foire de la Chandeleur , qui fut enlevée au domaine de La Motte. Lorsque le sieur Ango acheta d'un sieur du Monnier, écuyer, sieur du Mesnil-en-Joué-du-Plain, sa terre du Mesnil, par contrat passé le 11 juin 1688, dans renonciation des prérogatives et droits utiles attachés à ce fief, figurent les droits que le sieur vendeur pouvait avoir sur la foire de la Chandeleur se teaant dans la paroisse de Joué-du-Plain : elle était donc antérieure aux nouvelles foires du marquisat de La Motte. Les seigneurs de ce domaine continuèrent à jouir de cette foire qu'ils firent tenir dans lès avenues de leur chftteau jusqu'à la Révolution ; elle fut alors transférée au bourg d'Ëcouché.

J556 aiSTOIRB DU bourg D'iCODCBÉ.

11 Dous reste à dire un mot des voies qui convergeaient vers les quatre portes du bourg. Celle qui a conservé le plus d'importance est la route impériale de Paris à Granville, qui autrefois était suivie pour aller de Paris à Rennes. En 1700, les messagers qui transportaient les voyageurs sur cette voie , après avoir couché à Argentan , traversaient Écouché et arrivaient à rheure de diuer à Fromentel, à une Mtellerie d'assez helle apparence, aujourd'hui transforaaée en maison de ferme (1), et oontinaalent leur trajet avec la même rapidité. Bientôt, peut^^tre, cette route sera remplacée par le chemin de fer de Paris à Granville, et les voyageurs seront transportés dans la capitale en moins de temps qu'il n'en fallait pour franchir la distance d'une couchée à la d!née«

Cette route de Bretagne était désignée, au moyen*âge, sous le nom de Chemin-le-Gomte (1636) , à cause du comte d'Âlençon qui était seigneur du pays. Nous ne dirons rien des autres chemins dont l'ancienneté ne peut être précisée; mais nous mentionnerons d'antiques voies, aujourd'hui abandonnées et inconnues, qui furent suivies par les Romains et leurs successeurs. Dans les anciens titres, elles sont désignées sous le nom générique de chemin du Ré (du Roi). Nous en avons rencontré deux : la première, traversant la paroisse de Joué-du*Plain , se dbrigeait probablement sur Carrouges et Âlençon ; nous n'avons pu l'étudier ; l'autre , se détachant du chemin de Bretagne au pont d'Udon , s'écartait à droite , longeant pendant un certain temps la rivière d'Orne, en passant par le val d'Orne et les prairies de Yigneral , et se dirigeait vers le plateau du Ckéne à l'homme, couvert de bois, dont le produit a été utilisé dès les temps les plus reculés pour l'exploitation des nombreuses foires à bras qui ont couvert le sol de scories, et, de là, se dirigeait jusqu'au gué de Rouvre,

(i) Il Doas a ëlé donné de parcourir un curieux manuscrit anciennement conservé an cliAlcau des YveleauK et contenant, entre autres choses une généalogie étendue des seigneurs deee domaine. Il fut composé par un personnage qui ne se nomme pas, maisqu^un liasard fit arriier àce cliÀteau,enrannée 1700. Il débute ainsi : « JVtais party de Paris par la voie du messager de Bennes, pour de % m^embarquer à « Brest ; mais je me trouvai incommodé à ArgciiUin et étant encore allé quatre lieues au-delà, je ftis obligé • de m'arrèter à Fromenieli dans une grande et belle bi^telierie où le mesnger dtoo. Je le laissai poui^ c suivre sa route, i Bref, Tinconnu étant ajlé, le dimanche suivant à la messe aux Yveteaux, fut engagé par le châtelain avenir prendre l'hospitalité chex lui. Il goûta tellement ce séjour quMI j séjourna un an. Il paja la gracieuseté de son hôie en rédigeant la généalogie de sa famille et eu remplissant soa vohimincux manuscrit d'une foule de dissertations métaphysiques parfaitement illisibles*

HISTOiaB DU B0CR6 vl*ÉQOvcnÈ. 557

où, sans doute, il condoisait à la station romaine de JnblaiDs. A sa sortie d'Écoucbé, il traversait, en évitant les pentes rapides , les paroisses de Sevray , de Beraay , de Batilly , de Méniljeair , de La T^nde^è-Lougé , des Yveteanx , de MontrenH-au-Houime , de FaveroHes , etc. Cette voie avait reçu , au moyen-Âge , un nom particulier qu*elle a encore conservé dans ses tronçons , qui ne servent plus qu'à Texploitation des terres ; on la connaît sous ta désignation de rue Mancelle ou Mançaise ; dans la tra> verse de la paroisse de Batilly , elle se nommait la Haute- f^oie , bien qu'aucuu terrassement n'eAt exhaussé la chaussée ; ce nom est resté à la bruyère qu'elle traversait Cette antique voie fut déclassée , au XVII*. siècle, par arrêt du Parlement de Rouen , pour la portion comprise entre le pont dTdon et la paroisse de Bemay*SHr-*Ome, parce que son parcours sur le domaine de Yigneral , dans les prairies souvent inondées, la rendait impraticable , et aussi , peut-être , parce que le seigneur du lieu , membre du Parlement , n'était pas fâché de dégrever sa terre de la servitude de ce chemin (1).

II y a quelques années , nous fimes une découverte qui atteste Tantiquité de cette voie : à environ 200 mètres de son tracé à travers Tancienne paroisse de Bemay-sur-Ome , nous mîmes au jour une substruction gallo-romaine , dallée en ciment et remplie de débris attestant une destruction violente , tels que briques à rebords et autres d^écbantiUons variés; poteries, depuis les plus grossières jusqu'à ces petits vases rouges portant Testampille du fabricant et dont la forme est si élégante ; nous y rencontrâmes des fragments de fioles de verre , des ctous et autres ferrements. Non loin de là nous découvrîmes une meule de moulin à bras , en poudingue. H est probable que cette voie fut le chemin suivi , au XIP. siècle , par les bandes angevines qui couvrireni le pays de meurtres et de ruines.

Jusqu'ici nous avons traité deà sujets qni n'intéressent les habitants d'Écouché qu'indirectement; nous allons maintenant ^ assister à leur vie commune ; c'est, à coup sûr, le point le plus intéressant de notre.élude«r Nous les verrons vivant en dehors des franchises municipales , reporter

(1) Une expédition de cel arrêt se trouvait eoaittyée «i cbMcao de Vigneral; clqmîs la dcsiroetio» d# ec cbMcau ^ le cbaririer a été dispersé.

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toutes lears aspiratioDS et leurs forces vives vers Tadoûoistratiou des biens de l'élise , animés qu'ils étaient par une foi ardente, et par eet amour du clocher qui est lui-même, sous sa forme la plus modeste, le sentiment patrio« tique. Ils déployèrent toiqours un grand zèle et un incomparable dévouement à défendre et administrer leur [ûeux patrimoine , à souls^r les misères de leurs frères. L'élise paroissiale faisait Toi^ueil de tous : aussi tous pre* naient-ils part à Tadministration de ses revenus. 11 faut arriver au XVIII*. siècle , pour voir se restreindre cette solidarité qui liait les habitants d'une paroisse, riches et pauvres, grands et petits (1). Sur un avertissement donné du haut de la chaire paroissiale, ils se réunissaient en grand nombre, les présents se faisant forts pour les absents, et discutaient les aifaires de leur fabrique et les intérêts du trésor.

Cette caisse communale, dans des cas urgents et imprévus, ofliit quelquefois aux habitants des paroisses un crédit quHs eussent vainement cherché ailleurs (2)^

Écouché , outre son église paroissiale , possédait encore des chapelles ,

{i) Dam le eourant do XVI II\ sièclft il se manifesta, daas les aisembtées de paroisses, des UraillemcDCt SDScilés |iar des «Yocata de Tlllage, ce qui néeaiBita de nooteMX régleoMiils. Ainsi, à la date dn iH Juillet 1751, la Cour du Parlement de Rooen rendit «n arr£t portant r^lement des assenblèes cénérales de t^ roisses. Il stipula que, dans les rillcs, ces sortes d*aa8emblées seraient composées de 6 marguilliers a 12 fropriëtaiiess dans les campagnes, de à margntlKers et à propriéUires. • Aupararant, est-lldlt dans c Texposé^ iont babilnnt arait droit de se présenter ans assemblées générAlei de paroisses, q«eb que fnsc sent son état, ses connaissances, ses facultés ; mais on n'apportait plus à «s réqaions Tamour dn bien po- « blic, le désintéressement et la charité qui avaient régné dans ces assemblées aux époques antérieures. ■ Au contraire, il se produisait desdifisions qui se traduisaient par des entétemeiils non raisonnes, ce • qui amenait des taTectives, des luttes. » Malgré ces régiesnenHi le mal se contnma el à la saHe de triâtes désordres qui, en particvller, se produisirent à Caudebec avec le caractère le plus grave dans une assemblée du 10 mai 178A, la Cour, les Cbambres assemblées, rendit un nouvel arrêt réglementaire à la date du 21 déoensbre suivant, portant que, dans les villes ainsi que dans les campagnes, il ne serait appelé dans les assemblées générales de paroisses que les curés les anciens et nouveaux trésoriers comptables, les ec* clésiastiques, les gentibbomroes, les officiers de justice, de quelque siège qu'ils (tassent, les maires, les éche* vins et les syndics, tant anciens que modernes, ceux qui dans les villes remplissaient les fonctions de notables, et enin les propriétaires et habitants payant an«dessus de 10 livres de capitation ou de gros de la taille.

(î) Ainsi, dans un ancien registre des comptes de la fabrique de Courteilles, r». 6Î, année loao , nous trouvons la mention suivante : ■ Item. Le trésorier en promit pour le gage flsict audict trésor par Léonard t Rastel, trésorier moderne, à la dernière Visitation, qui se montée 90 livres, sur laquelle somme le général des paroissiens de ladite paroisse ont prins par forme de anprunt à la charge de rendre audict trésor, à iever, 9ettir^ armer et paper ung ëoldat foumg par iadicte paroisse à %». te comte de Grancé, attivoiU te^commandement expréê de Sa Mqfeêté, la tomme de 66 /la.,.. t

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un hospice et une maladrerie ou léproserie , supprimée depuis long-temps. Nous parlerons en détail de ces divers établissements.

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