‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 193 sur 216 · X. — ÉGLISE PAROISSUI-li · texte numérisé non relu

X. — ÉGLISE PAROISSUI-li

Nous ne chercherons pas à donner une date à la fondation de la paroisse d'Écouché, qu'il faut nécessairement faire remonter à la conversion de toute la contrée au christianisme. Son église fut dédiée à la Sainte Viei^e, sous le patronage de laquelle elle se trouve encore.

Après rétablissement de RoUon dans la Normandie , les temples dé* tniits furent réédifiés , et on conserva aux paroisses les circonscriptions qu'elles avaient avant Tinvasion danoise. Les nouveaux seigneurs du pays^ devenus chrétiens, se conformant aux prescriptions de la loi religieuse, dotèrent ces églises de la dime de leurs domaines ; mais , à cette époque si agitée, il n*y avait rien de stable. Ceque le possesseur actuel donnait, rhéritier le reprenait; et les seigneurs normands y tout en maintenant la dtme sur leurs vassaux, au lieu deTattribuer à Téglise de leur paroisse, se Tapproprièrent et s'emparèrent des églises elles-mêmes ; ils les firent desservir par des clercs à gages, de sorte que les laïques purent bénéficier de Fadministration des sacrements. Cet abus intolérable fut combattu par r Église qui, pour engager les usurpateurs à restituer ces bénéfices, leur accorda en échange le droit de patronage sur ces églises, comme s'ils Tes eussent fondées (1).

C'est ainsi qu'au XI% siècle, relise d'Écouché et ses revenus se trouvaient en la possession non des seigneurs du lieu, mais bien de Guillaume de Briouze, qui s'en dessaisit en faveur des moines de l'abbaye de St-Florent de Saumur^ pour aidera la fondation d'un monastère dépendant de cette abbaye, auprès de son manoir de Briouze (2). Cette donation .eut lieu en l'année 1080, quand Guillaume-le-Conquérant avait entre ses mains le domaine d' Ëeoucbé.

(i; Voir Lmirièrp, Ordonnances du rais de Francti U I, p. f7 (nole]l

(S) Voir notre Notice sar le prieuré de Briouxe et particulièrement ta eharte de fondation délivra par Guillaume de Briouxe, qui se trouve &r Appendice. Mémoires de ia Société des Antiquaires de Normandie^ flXXU,.p.l-19.

560 HISTOIBB DU BOOBG D'jÊGOfJGHé.

Cet acte constituait pour Féglise de ce boorg une position dépendante de^ Fabl)aye de St. -Florent el , indirectement, du prieuré de Briouzequ^elle conserva jusqu'à la destruction des maisons religieuses.

Quelle importance eut Tédifice consacré au culte pendant la période normande ? Nous l'ignorons. 11 disparut vers le Xill*. siècle, pour faire place à une construction elle-même presque remplacée, mais que nous pouvons apprécier par ce qui en reste : une partie de la nef et deux pans de murailles du vieux clocher. Cette ancienne nef est séparée de ses bas-* côtés par un rang de colonnes monocylindriques, surmontées de chapi* teaux unis, sauf deux ou trois assez élégants dont la volute est ornée de trèfles d'eau. Les bases sont enfouies à 70 centimètres an-dessous du soi, qui a été exhaussé an niveau du pav^e de l'église actuelle. Ces colonnes supportent des arcades ogivales sans moulures, dont les arêtes sont abattues en chanfrein. Cet ancien édifice, qui accuse la seconde moitié du XIII'. siècle, offre peu de caractère architectural. Le pignon ouest est seul percé de trois larges ouvertures, dont la forme, aussi bien que les moulures et les meneaux prismatiques, indique le XY*. siècle. Ce travail dut être exécuté lorsqu'on commença la construction de Féglise nouvelle ; quand on eut abattu l'ancien chœur, le culte fut célébré dans cette nef, que Ton sépara des constructions récentes par un mur provisoire ou une cloison. C'est alors que, pour donner du jour à ce vaisseau qui en manquait, on ouvrit les croisées dont Tarcbitecture est eu désaccord avec l'édifice.

Au nord de cette nef, vers sa jonction avec le chœur, s^élevait une tour carrée , servant de clocher, actuellement démolie en partie, dimt l'étage inférieur , ouvert sur chacune de ses faces par des baies ogivales d'un style lourd, sans moulures et sans fermetures, servait de péristyle ou narlhcx , d'où l'on pénétrait dans l'i^lise par une porte également ogivale, maintenant murée, mais qui se voit encore.

Tout cet ancien édifice était destiné à disparaître devant le moirument inachevé qui devait prendre sa place. A quelles circonstances devons-nous attribuer la pensée de cette construction dont les vastes proportions ont été, pour les générations qui suivirent, un legs si onéreux qu*elles furent impuissantes à la terminer ? Nous ne saurions le dire bien positivement ; nous ne pourrions ps^ non plus assigner uqe date précise à son com-

mSTOIBB DU BOURG D*éCOUCHÉ» 561

mencemeot. La tradition, les âocumcnts écrits, tout ici noas fait défaut. Toujours est*il qu'en l'année lâ9/i le cbœur de Téglise menaçait tellement ruine , que , bien que la réparation incombât au Prieur de Briouze et au Curé d'Écouché, en conséquence de leur qualité de gros décimateurs, les habitants consentirent à y contribuer, mais pour cette fois seulement (t).

En Tannée I/1I6, le cbœur de l'église eiistait encore (2). Nous arrivons ainsi à l'occupation anglaise avec un édifice peu solide et dont la pauvre arcliitecture ne répondait plus au goût de l'époque. Faut-il, d'a^ près la tradition, attribuer la reconstruction à ces étrangers? Nous ne le pensons pas: ils étaient trop mal assis dans leur conquête pour fonder des établissements de cette importance. Nous croyons qu'ils détruisirent bien plus de monuments qu'ils n'en édifièrent. Il ne faut pas plus s'arrêter à cette autre tradition populaire qui attribue cette entreprise à une demoiselle de Hontgommery, laquelle en aurait fait presque tous les frais. A quel titre un membre de cette fainille eût-il jeté des sommes si importantes dans une localité qui lni*était étrangère, ainsi que nous l'avons vu? C'est une allusion au legs que M"**, de Chastenay, veuve de Gabriel III , comte de Montgommery, fit à l'église pour la fondation de la Confrérie du Bo*saire , en Tannée 1650. Alors cet édifice était avancé au point ob nous le voyons. Si Ton interroge le monument lui-même, son architecture accuse la fin du XY*. siècle, le XYI% et le XYII*. Nous allons t&cber de jeter quelque jour sur cette obscure question.

Après les désastres de toute nature dont l'occupation anglaise avait afiligé le pays r les populations se sentirent renaître à l'espoir et à la confiance. Yers la fin du XY*. siècle, le besoin de la reconstruction de Téglise d'Écoucbé se faisant sentir plus que jamais , les habitants se

(t ; Le prod^verbal de fîsile de i'égiiae d^Êcouclié par Tarchidiacre, en celte année^ contient la œentioii suivante: « Disculio eral ioier priorem et redorem et paroebianos de reparalionc cancelle ; tamen

• concordareruDl imûmul ; Uaque parocbiaiii dicte parocbie dedenmt priori et rectori octo lib. tur. pro

• dicta reparatiooc facieiida, pro ista vice tantummoiio. Tamen invenerunt in regeslro antiquiore, quod « prior et reclor tenentur ad diclam reparationem b (Arctiives de Malnc-et-Loire. Fonds de Sl.-Floreni).

(S) CcetsenblerésiiUerda texte d*an défis âe reèonslmclion de la cbapclte $i,*Denl«« â Ecotiebé, dans lequel on indiqne une disposition de sièges copiéssur ceux qui existent autour du cliancel de l*église du lieu, ce qui ne peut s^appliquer aux dispositions du cbceur que nous voyons. Nous donnons, à l'Appendice, n°. Il, ce devis comme étude curieuse des anciennes constructions dans lesquelles la charpente jouait un rùle si important , et aussi comme appr^ciatiiNt des anclenoes meaun^s.

562 HISTOIRE DU B00R6 B^ÉCOVCBÉ.

mirent résolument à Tœuvre. SMI faut attribuer cette vaste conception au sentiment religieux de la population , on doit convenir que cet élan dut correspondre i une ère de richesse, qui put donner à l'entreprise projetée une importance que les générations du XlIP. siècle, incontestablement plus pieuses que celles qui virent poindre les orages de la Réforme, ne lui avaient donnée. De nombreuses églises élégantes datant de cette époque, en Normandie, sont des témoins de la prospérité matérielle qui dut régner dans le pays , à la fin du XV*. siècle et pendant la !"*• moitié du XVI'. La ville d'Argentan, entre autres, rebâtissait alors son église de St. -Germain. Cette construction eut une réelle influence sur les idées et les projets des habitants d'Écoucbé qui, rencontrant à côté d'eux un modèle selon les goûts du jour, et en même temps des maftres maçons habiles, s*empressèrent d^iUiliser ces ressources. En effet, les deux édifices ont beaucoup d'analogie de style.

On peut appliquer à Téglise d^Écouché le jugement qu'un artiste normand portait sur les constructions de même époque dans la cathédrale de Strasbourg ; « Style capricieux et lâché, aux formes sans principe et sans M fin, signe exact de la personnalité morale des architectes contempo- 9 rains delà Réforme (1). » Cependant, si nous ne rencontrons pas dans cet édifice romementation si pure et si élégante du XIII\ siècle, nous y reconnaissons néanmoins, dans le plan général, les traditions de la belle architecture religieuse. En somme, l'église d'Ëcoucbé est un monument remarquable, supportant le parallèle avec les belles églises des villes voisines.

L'édifice est inachevé, il se compose du chœur terminé par une abside à trois pans, des transepts terminés de même et de la première travée de la nef, plus de quelques piliers commencés et pénétrant les arcades latérales de la vieille nef. Dès bas-côtés sont accolés au chœur ; ils sont fermés au chevet qui prend naissance aux pans coupés de l'abside ; le bas-côté méridional se prolonge jusqu'à la travée de la nef. Des chapelles latérales s'ouvrent sur ce bas-côté.

Lorsqu'on pénètre dans l'édifice, un défaut capital choque à première

(!) Voyage architectural en AlUmagne, par Louîs-AIcx. Pie», architecip, nC à Lisieux, mort frère dominicain & Rome, en 18^2. Paris, iB5S.

BISTOIRE DC BOURG ^ÉCOVCBÉ. 563

-vue, c'est le peu d'étendue du chœur qui est beaucoup plus raccourci que le transept. Il Taut attribuer ce manque de proportion à Texiguité de Tespace. Derrière Tabside se trouvait la motte féodale, qui n'en était séparée que par une rue fort étroite. Peut-être trouva-t-on, de la part des seigneurs d'Écouché ou de leurs subalternes, une résistance iirvincible à laisser entamer ce signe de suzeraineté. Il est probable que ce fut la cause de cette imperfection de l'édifice. Le reste de la construction fut conduit large* meut.

L*axe du chœur est légèrement incliné vers le nord, suivant l'usage si fréquent des constructeurs du moyen-âge qui imprimaient à leur œuvre un cachet mystique, en symbolisant la mort du Christ sur la croix : Ei tn^lhnato capile, tradidii spiritum (Saint Jean, ch. v).

L'édifice, à l'axe des transepts, mesure 36 mètres dans œuvre; les parties terminées sont à voûtes d'arête, à une hauteur d'au moins 20 mètres sous clef. Elles sont couvertes de moulures prismatiques partant du sol, et se rejoiguant au sommet pour se ramifier en compartiments. L'intersection des voussures se trouve marquée par de lourdes clefs pendantes que relève une ornementation polychrome.

Les croisées sont divisées par des meneaux prismatiques ; quelques-unes de l'étage inférieur appartiennent au style qu'on nomme flamboyant. Le plus grand nombre offrent une décoration plus simple. Les meneaux verticaux se courbent en arcs plein-cintre adossés, à la hauteur de la naissance du cintre ogival de la baie. Cette disposition rappelle ce que les Anglais nomment perpendiculary styt. Elle est très-répandue dans les églises voisines. Quelques débris de verrières historiées figurent aux croisées de l'édifice, mais tellement mutilés, qu'il est impossible de saisir un sujet.

Les galeries ou claires-voies intérieures portent le cachet duXYIP. siècle. Leurs arcades plein-cintre sont supportées par des pilastres cannelés. Elles sont calquées sur celles de l'église St. -Martin d'Argentan et doivent avoir été dessinées par la même main.

Si cette construction est monumentale, l'ensemble général est d'un as* pect pauvre et délabré. Ces piliers inachevés, cette absence de voûtes ou de lambris qui laisse voir les charpentes, ces moulures écornées, ces teintes vertes des murailles, ainsi que ce dallage inégal et enfoncé, tout atteste que les dernières générations ont été dans l'impuissance, non-seulement de

56& IIISTOIRB DU BOUBG DÉCOUCHÉ.

coQtiDuer Fœuvre de celles qui les ont précédées, mais encore de la soustraire à la destruction du temps et d'effacer les ravages des hommes.

Vu de Teiténeur, Tédifice est également fort ipiposant ; malheureusement, il est incomplet, même dans la partie édifiée. Les balustrades qui devaient couronner les murs du grand comble manquent, ce qui produit une nndité choquante.

Cette puissante construction est dominée par le clocher, qui s'élève à l'intersection des transepts avec le chœur et la nef. Masse pesante et sans goût, construite en dehors des traditions ogivales ; œuvre du XVll% siècle, et probablement due à l'architecte qui dessina les galeries intérieures, on y reconnaît la même disposition de plein-cintre et de pilastres cannelés. Cette tour carrée est surmontée d'une balustrade à jour, et couverte d'un long toit d'ardoises à quatre pentes.

A l'un de ses angles se trouve placée en encorbellement une jolie tourelle terminée en dôme, surmontée d'une lanterne ; le tout en pierres de taille, servant de cage d'escalier, à laquelle on accède par une autre tourelle à pans dont les faces sont décorées d'arcatures sculptées. Elle s'élève de l'angle de la chapelle St. -Marc, et son toit aigu s'élance au-dessus des pinacles des contreforts.

Ces contreforts, construits dans le style primitif de l'élise, ont leurs faces décorées d'arcatures d'un galbe un peu maigre. Ils sont surmontés par des pyramides quadrangulaires ornées sur leurs arêtes de choux frisés et de chardons; les amortissements de leurs frontons sont formés par des groupes d'animaux finement sculptés, parmi lesquels eu distingue le lion, le coq et surtout des ours qui se groupent dans diverses attitudes en grimpant le long des feuillages. Sur quelques-uns des contreforts, le clocheton pyramidal est remplacé par des lanternes accusant des retouches du XVIP. siècle.

Il ne nous reste plus qu'à explorer les rares documents qui nous permettent de suivre les progrès de cette construction.

Depuis le début de l'œuvre jusqu'à l'année 1523, nous ne savons rien. L'édifice s'éleva au fur et à mesure des ressources, et, cette année, les travaux avaient acquis un certain degré d'avancement ; car ou en était à vitrer les parties construites. Il n'y avait d'achevé que les murailles et la toiture, et peut-être encore dans certaines i)arties seulement, sans voûtes et

HISTOIEB DD BOCftG d'ÉCOOCHÉ. 565

saus clocher. Toujours est-il qu'à la date du 25 mars de cette année 1523, un nommé Nicolas de Raenne (Rânes) , fils et héritier de déHint Jehan de Raenne, en son vivant, écuyer, donna aux Trésor et t'abrique de l'église d'Ëcoucbé un pré situé en la paroisse de Sevray, sur le bord du ruisseau de Gossul (ia petite rivière la Maire se nomme actuellement, en cet endroit, le Gasseul), à la charge par les trésoriers de faire faire une vitre en /Vi/ifice de nouveau faici et y mettre ses armes. Cette vitre devait être du prix de trente livres tournois. Le Trésor fut , en outre, tenu de faire célébrer quatre obits pour le donateur et sa famille (1 J.

Si rédifice était peu avancé à cette époque, voici un document qui établit qu'il était encore bien incomplet en 155/i et que, de plus, la lourde charge de la construction pesait sur le Trésor. En cette année, tes commissaires députés pour la taxation des droits dus au roi à raison des francs*fiefs et nouveaux acquêts , quoique les règlements arrêtés par les patentes royales portassent qu'il serait exigé deux années de revenu , et que la déclaration faite par les trésoriers accusftt un i*evenu de 77 livres 16 sols, les imposèrent seulement à la somme de 60 livres tournois. On crut convenable d'alléger sur ce point les obligations du Trésor, parce qu'il était chargé de ta réfection de t'égtiee , présentement en ruines.

Cette construction ne doit donc pas être attribuée , ainsi qu'on le fait généralement, à tel ou tel bienfaiteur puissant : ce fut une œuvre collective. Les biens du Trésor, administrés avec dévouement et économie, firent face à une partie des dépenses ; mais les habitants , soutenus par une vive et active charité, multiplièrent les pieuses donations et vinrent ainsi en aide à cette gigantesque entreprise, qui fut commencée avec cette foi dans Ta venir que uons avons perdue , et continuée avec persévérance , jusqu'à ce que l'impulsion vint à s'affaiblir et que d'autres intérêts, d'autres idées eussent laissé les cœurs des dernières générations froids et iudKTérents pour l'œuvre de leurs pères.

(1) Le litre original de celle fondation sur parcbemin, signée de la main de Nicolas de Raenne, est cunserfé a? ce les litres de la Fabrique de Téglise d'Écouchê; Ce MooUs de Raenne n'o rien de commun avec les seigneurs do cliAteau de RAMI» Ce domaine a|iparlenait alofs à François d'Horcourt, par buiie de son union arec Anne de Saint-Gcrmain. Une Tamille noble, du nom de Raenne, résidait è Êcoticlié Sv>i membres s'iniilulaient bourgeois d^Écoudié, Ainsi, en 1A16, un Thomas de Raenne était tré^orirr de Téglise et figurait , en celle qualité , fia oiarabé de reconstruction de lacbapelle Si. ▼Denis,

566 niSTOiRB DU bourg D'éCOVCBi.

Avant d'entrer dàDS quelques détails sur la oomtructîoD, il est nécessaire de rappeler que, suivant les lois qui régissaient la matière, les décimatenrs étaient tenus à la réparation du chœur des églises dont ils percevaient les dîmes. Les moines de St. -Florent ou leur représentant, le prieur de Briouze, qui se trouvèrent dans ce cas, firent la plus vive opposition au plan projeté, qui devait donner beaucoup plus d'importance à l'édifice nouveau que n'en avait l'ancien. Ils virent une lourde charge dans le présent pour sa construction , et dans l'avenir , pour son entretien. Nous n'avons aucun renseignement sur les premiers débats de cette affaire ; mais, en l'année 1529, à la date du 13 octobre, les bourgeois obtinrent contre le prieur de Briouze un arrêt de l'Échiquier d^Âlençon, qui le condamna, par provision, à payer entre les mains du trésorier une somme annuelle de iâ livres 16 sols 8 deniers, sans préjudice de l'obligation d^entretenir le chœur de l'église. Cette rente en faveur de la Fabrique fut maintenue, presque sans interruption, jusqu'en 1789* Nous pensons qu'elle fut imposée au gros décimateur, comme indemnité permanente due au Trésor, en vue de la réfection du chœur.

Pendant le cours du XYI% siècle, nous n'avons aucun détail sur la construction ; mais il n'est pas douteux que les troubles religieux qui agitèrent la seconde moitié de ce siècle durent grandement nuire à ses progrès, et même fsdre entièrement suspendre les travaux. Cependant, en l'année 1592, malgré la l&tte des factions, nous voyons les trésoriers passer un traité devant les tabellions d'Écoucbé a^rec un carrieur d'Occaignes,. pour la fourniture d'un cent dé carreau èon el suffisant^ loyal et marchand^ aux prix et somme de six écus sol et quarante sous. Le transport d'Occaigues à Écouché ne coûta pas moins de 10 écus sol (1). Ceci prouve que Tœuvre se poursuivait ;^ malheureosement, nous ne sommes pas à même d'en fournir d'antres avant le* premier tiers du XVIP. siècle. Nous ferons remarquer que,, pendant tout le coure dé la construction, depuis son origine jusque long-temps après la* cessation des travaux, les habitants entretinrent un logement ou magasin situé sur le terrain dépendant de l'église, nommé la Loge aujornaçoM^. dont nous voyons figurer les dépenses d'entretien sur les registres des trésoriers pendant plus de 200 ans. C'était

(I) Pièce originale sur pardiemio {Àrehivm de la Fabriq§i«i^.

HlSTOlBfi DU BOUBG P'^GOCGHÉ. 567

coimne la grae séeulaire qui domiiiait la cathédrale de Cologne^ une sorte d'engagement tadte d'aciwver Tœuvre oemmenoée»

En Tannée 1628, noua ne savons sous Ttepression de quel stimulant les habitants d'ÊGOiicbé résolurent de procéder à radièYonent des travaux ; mais , ne voulant pas supporter à eux seuls cette d^pease , ils intentèrent un nouveau procès au prieur de Briouze pour leconiraindrede contribuer à la réfection du clieMir en proporliott de ce qu'il percevait sur la dlme. l.,es trésoriers offraient de payer, sur un petit trait de dlme appartenant à la Fabrique, leur part dans la même proportion. I^ prieur se montra aussi récalcitrant que son prédécesseur d'un siècle auparavant. Comme motirde son refus, il produisait une transaction passée, en Tannée 1563, entre le prieur d'alors et les trésoriers, par laquelle celutH!i, se disant mu en dé90U'&n^ consentait à payer la pension Gxée par Tarrèt de 1523, ainsi que les arrérages de cette rente qui pouvaient être dus, à condition qu*ou ne lui demanderait rien de plus : ce à quoi il parait que les bourgeois avaient consenti*

Les trésoriers eu charge, M*. JeanMorin, prêtre, tl*., Nicolas Etienne, sieur de la Guyonmère (1), conseiller du roi, lieutenant de courte-robe de M. le prévôt général de Normandie, et honnête homme Samson Ozenne citèrent le prieur de Briouse devant le lieutenant au bailliage d'Argentan, pour s'entendre condamner à paya sa part des dépenses à faire pour Tachèvement du chœur. U fut rendu, à la date du 28 décembre 1628, un jugement qui ordonna Tachèvement de T^ise et condamna le prieur à payer ce qu'on lui demandait. Celni*ci en appela au Parlement de Rouen qui , par son arrêt du 31 mai 1629, confirma ce jugement et renvoya les parties devant les premiers juges pour Teiécutlon et le règlement de la chose jugée. Le 3 novembre suivant, le lieutenant au bailliage les ayant citées à comparaître aux assises du lieu, leur enjoignit de désigner des experts aptes à bire une appréciation des travaux à exécuter. I..es trésoriers choisirent Guillaume Cresié, Maurice Gabriel et Jean Bourdon, maîtres architectes et maçons de la ville d'Argentan. Le prienr de Briouze désigna , de son côté, Jean Chapron et son fils , maîtres maçons de la paroisse de St. -André-de-Brionze ; mais les trésoriers les récusèrent, disant que ce

ii) Fief situé dans la comuttiie de Sl.-Oue»4or-Malrf, tirant ee Dom de cdni d*une fbaHleGoyou.

568 mtnmBtt i^ bourg j^'Ècoucai.

n'étaient pas des experts , iMid de afmples maçras es UMage. Le pmur riposta que les Chapron étaient ewptrts è fèbr€ ehMnmm et emiMmif.

Sur ce débats le juge oomaia d'oflke les trois frères Le fort et Lanurent Couitin, inaRres maçoos de la ville d'Argentan, et coodanina les parties à les payer à fiais eenmuns, à la difigeate des tiésoriers qai seraient remboursés de la mdtié des frais.

Le 4 2 du même mois fat rendu un nouveau jugement coi^rmatif qui ordonna la rédaction d'un devis par les experts, et Tai^adication des travaux dont la dépense serait payée en trois ans, d'an en an, par lesdits prieur et trésoriers , en proportion de ce qiie cbaain d'eux prâevait sur la dlme.

Pour l'exécution de ces divers jugments, le sergent royal Hérembert se rendit à Ëcoucbé, le 21 décemlnre suivant, accompagné des experts dé* signés : Sébastien, Pierre et Louis Le Tort et Laurent Gonrtin; et, ra pré^ «eace de témoins, il rédigea procès-verbal de l'expertise qui fut laite, de laquelle il résulta : « qu'il étoit nécessaire de faire une grande voûte « au haut du cbancd, qui a 28 ineds de long, et de large 20 pieds de < roy, laquelle voftte consiste en dix iHrandies; qu'il étc^t indispensaUe « pour le soustien de cette voûte, dé voûter égalosent les bas-côtés dn c cbœur , lesqudles voûtes sont de 20 pieds de long et de 8 de large. Les « experts estimèrent que, pour le salaire de cette besogne, à foire et « fournir, tant de carreau q«e de cbaux^ saUe, boiB k faire les cintres, « écbaffiiudages, etc. , et la rendre bien et dûAent bile, il devoit apparie tenir 1,800 tivres, à moins de quoi lesdits mattm maçons fle la vou* « droient faire. »

Il fut, à la suite de c^tc expertise, fait les procbunations nécessaires à l'adjudication, tant au marché d' Ëcoucbé da ven^bedi S5 que le dimaBche 27 du même mois, aux prônes des grand'messes paroissiales^ d'Éooocbé, de Joué-du-Plain, de Sérans et de YégUse St.^Gennain d'Ar^ntan, pour faire savoir qu'il serait procédé k ra^jo^Bcatien des travaux d'aclièvement du chœur de l'élise d'Écouché,

Eu vertu d'un^ déoiâon pfurticalièFe,on fit intimer, par ministère de sergent, le sieur prieur, pour être présent, afin d*y gpirder son imérét. Le devis portait que la besogne devait être achevée pour la fête de Noël 1650 ; que l'adjudicataire recevrait un tiers du prix à l'ouverture des travaux, un tiers

niSTOiBB m} BOURG iTbcouché. 569

à moitié ëe l'exéoution, et le dernier tiers à lear aclièveaient. Ces sommes devaient Mre prâevées sur les fermages du prieuré, tant pour ce qui tombait à la cliarge du prieur que pour ce qui regardait les ^ésoriers, sauf à liquider entre euK par Tentremise des juges du bailliage.

On croit toucher «n terme de ces débats ; il n'en est rien« Le prieur, se trouvant lésé , flt tant quMl parvint à remettre tout en question ; on gagna ainsi l'année ^6A^ sans arriver à aucun résultat Le 21 juin de cette année, RooMiin Brautin et Jacques Bellavoine, trésoriers, appelèrent de nouveau messire René Eudes, écuyer, sieur de St.«-Roch, prieur de Briouae, devant le lieutMant au bailliage, pour Texécution du jugement de 1629. Le prieur s'en tint toujours à l'offre de payer la rente de 13 livres 6 sous 8 deniers, disant qu'elle devait être sa part contributive; que cette somme, payée depuis nombre d'années, en se cumulant, suffirait à la construction des voÉtes. Il fut rendu un jugement qui ordonna que l'adjudication serait passée devant le siège, au terme de huitaine, après l'accomplissement de nouvelles publications.

Cet arrêt ne reçut son exécution que Tannée suivante. Le 28 juin 1632, l'adjudication eut lien aux a^iiaes du bailliage à Aif entan ; il ne se présenta pour somnissionnaire que Nicolas Brière, de la paroisse de Fleuré, auquel les travaux furent adjugés au prix de 1 ,696 livres ; il acquitta & livres 10 sous pour les frais (i).

Un arrêt du Parl^nent de Normandie, rendu en 1633 , r^la par provision la part contributive des parties, en attribuant un cinquième de la dépense au trésor de l'église et à la confrérie Notre-Dame pour le trait de dtme qu'ils percevaient dans la paroisse , et . quatre cinquièBes au prieur. Cette proportion servit de règle plus tard, hirsqu'il fut question d 'acquitter des dépenses nécessitées par les grosses réparations du chœur.

L*iflq)ulsion une fois donnée, on continua les travaux. Les transepts furent voûtés avec les seules ressources du Trésor. C'est ce que constatent des inscriptions qui subsistent encore à la surface de ces voûtes. Dans le

(I) Noot avoMCttrsH In ééM^q^ noat vtoomdie donner de noMbrram ptpersBei de praotdara Mircd objet. Ces |Nèoes lrè»-in€oaii|ilèles aoot, en oaUv« dans un état de detiruction Irte-avanoéi |wr «lùte de leur séjour trop prolongé dans oo lieu humide; de sorte que le moindre contact les rédoit en poussière. On peut en dire autant de toutes les arcbires de la Fabrique, dont ou a perdu beaucoup de titres pur négligence.

570 niSTOIRB DU BOURG d'écodché.

transept septentriOTal oucbapelle du Rosaire, oh lit: Faite par.... Joaehim Brière, tré$àrier de céans, en 1686, et, dans le transept méridional ou chapelle St. -Jacques : Ceete vomie a esté fmete faire y en 1607, par les trésoriers de céans, des deniers du Trésdr. Ces reoseignenienis pt^ôdeun o«t échappé au grattage qui fat opéré avec la plus grande rigueur dans Téglise d*Écouché pendant la période révolutionnaire. Nous ne savons à quoi attribuer cette miraculeuse exce|yllon ; c'est que sans doute ras inscriptions ne blessaient en rien la susceptibilité égalitaire de là municipalité ; et encore a-t-on fait disparaître la qualification qui accompagnait' le nom du sieur Brière, probablonent celle ^honnêu homme^ qu'on put trouver par trop aristocratique.

Quant à Tinscription assez étendue et de la même époque qui existait à la voûte du clocher, et qui pourrait nous renseigner sur la construction de cette voûte et du clocher lui-même, elle contenait, selon toute vraisemblance, quelques noms propres mal sonnants: aussi a-t-6lle été impitoyablement mutilée ; elle est complètement illisiMe. On a également fait disparaître quatre petits écussons coloriés placés sur les nervures.

Ces divers travaux, en épuisant les ressources 4n Trésor, furent comme

le dernier effort qui précède la cessation de la vie, le dernier jet de lumière

avant Vextinctlon de la flamme. Voici Tétat du Trésor de l'église en 16ft0,

réclamé du curé par les trésoriers, nous ne savons dans quel but ; c'est

un curieux bilan de la situation ; nous le transcrivons textuellement :

« Aujourd'hui, 29 août 16&0, devant nous, Philippe Chéradame, prêtre ,

« curé d'Écouché, se sont présentés : M*. Nicolas Durand^ prêtre, et

« Simon Dupissot, trésoriers de l'église paroissfole dudit lieu, lesquels nous

« ont requis leur donner attestation de Testât et charges d'iceluy trésor ,

« ce que nous avons faict en la manière qui suit : c'est que icelle église est

« imparfaite, n'ayant encore que le chœur et dieux chapelles de fbicled, dont

« t>artie des vitres sont encore bouchées de présent. La nef n'étant que

« commencée, et le reste d'iceile en grande ruine, tant es maçonnerie que

« couvertures, et la place des vitres bouchée de gleu et prête à tomber ,

• attendu le peu de revenu du Trésor, qui ne possède qu'un petit trait de

t dîme qui ne peut valoir de revenu annuel que la somme de hO livres (1)

(1) Il faot géoéralement accfpter ces décltratimt iatéressées afec réserve. Aiotî, pour te cas présent,

niSTOIBE DU BOURG D ÉCOtCBÉ. 571

« Tuu i)ortant l'autre ; et quant aux héritages et rentes qu'il possède , ils « ont été aumônes par des particuliers , aux fins de leur faire dire un i service, étant ledit trésor subject à faire dire et célébrer 21 messes « par chaque s^naine , avec 12 messes à note* k diacre et à subdiacre ,

« où assistent sept diapelains (Suit Fénumération des fondations et

« des chairs qu'elles entraînent). La grosse cloche, a présent cassée,.... i lequel Trésor n'a encore pu la faire refondre, attendu qu'il n'y a aucuns « deniers au dit Trésor, qui est demeuré grandement redevable aux « modernes trésoriers , comme il apparaît par la clausion du dernier « compte-rendu devant le sieur archidiacre du HouUne. > Cette pièce est signée du sieur Chéradame et d'un grand nombre d'habitants, tant prêtres, que laïques, ainsi que par le syndic du bourg d'Ëcouché.

Désonnais nous ne verrons plus entreprendre de grands travaux : tout se bornera à quelques constructions d'autels et à des réparations. Cependant les comptes de la Fabrique constatent une dépense assez forte , opérée pendant l'exercice 165/i-1655 , applicable à des travaux pour la sacristie: ce qui semble indiquer que c'est à cette époque qu'il faut faire remonter cette construction parasite. On sait qu'avant le XVI 1% siècle les églises étaient généralement dépourvues de ces annexes , devenues indispensables. Les prêtres revêtaient à l'autel leurs ornements, que Ton conservait dans des meubles. En l'année 1657, on fit faire un autel en bois pour cette sacristie.

L'autel du chœur ou maitre<autel était fourni et entretenu par les paroissiens, ainsi que nous le voyons constaté par un procès-verbal de visite de l'archidiacre du Houlme, dans l'église d'Écouché, en lAS? (1): « Parochiani reparant navem et guœ ad altare pertinent. »

Dans le cours du XYII% siècle, la mode se propagea des grands rétables en façon de portiques, et peu d'églises échappèrent à cette innovation, si peu en harmonie avec les édifices qu'on y soumettait. La Fabrique d'Écouché subit l'entraînement général , et , en l'année 1690 , elle fit

nous arons sous les yeus des documents qui contrcdisenl celle asserlion; cesonl des baux aulbentfques du irait de la dfme en question : Tun de 159) , qui en porte le revenu à 20 écos sol ; un antre, de 16iS, même prit. De«x ans après la déelaratioa du sieor caré, elle était adjo^teàgO lifres ; en itk% i 75 livres; en I6Â8, ù 113 lÎTres; en 1672, à 151 Uvres 10 sols; en 1729, même prix ; en 1775 à 800 livres; en 1777, 4 856, etc.

(1) Archivea de Maioe-el*Loire. Fonds de St^-Florenti «

572 DISTOIKB DU BOURG D'iCOUCUé.

élever la contre-table qae nous y voyons. Elle est dne à un architecte d'Argentan , nommé Pierre Le Sage , et au cisean d*un sculpteur de la m^me ville , nommé Jouanne. Les colonnes et huit plaques de marbre , qni entrent dans sa construction, furent achetées à Laval, au prix de 109 livres; le transport coûta 20 livres. Ces marbres sont actuellement recouverts d'une couche de peinture, qui lutte de vérité avec la nature. I^ tabernacle est Tœuvre d'un sieur de I^ Noe , sculpteur sur bois , d'Aiï;entan« Ce fut messire Le Tonnelier de Breteuil, seigneur d'Écoucbé, qui fit don du tableau qu'on plaça au-dessus de l'autel ; te cadre, on , comme on disait alors , la chftsse fut exécutée aux frais du Trésor. Cette contre-table; flanquée de colonnes corinthiennes , est d'un assesc bon style de l'époque ; mais les pans coupés de l'abside ont contrarié l'architecte dans son plan. Un buste du Père-Étemel couronne Fceuvre , et, en même temps, fai réprésentation symbolique de la Sainte Trinité ; au-dessous sont figurés le Saint-Esprit sous forme de colombe , et le Fils ou le Christ sur la croix et sous les espèces eucharistiques. Au côté droit de l'autel on a placé la statue de la Sainte Vierge ; à gauche, celle de saint Michel, terrassant l'ange des ténèbres. Ces statues et ces figures sont d'une très-mauvaise exécution ; elles ne remontent qu'au rétablissemait du coite catholique , toute cette décoration ayant été détruite pendant la Terreur.

En 1670 , on avait fait clore le chœur par de grandes claires-voies en bois tourné , dont il existe un spécimen dans la première travée , du côté de l'autel. On les fit enlever dans le siècle suivant, et l'on en vendit les débris au profit du Trésor.

C'est à cette même année 1670 que remonte l'établissement de la chaire à prêcher.

Les deux autels de Sl.-Pierre et de St-Roch, adossés aux deux premiers piliers du chœur , avec lesqueb ils font un si grand disparate par leur style, furent construits, en 1667, par l'architecte Guillanme Le Tort, d'Argentan. Cet artiste fit, en 16S0, un projet de contre-table pour le chœur de l'église St.-Germainr de cette ville. Son plan, d'abord adopté, rencontra ensuite une vive opposition qui le fit rejeter, et le travail ftit confié à un autre (1). A juger d'après les contre-tables dont nous parlons,

(1) Bîitoire de St.'Germain ^ Argentan^ par Um Tabbé Laareat , p. d&2.

HISraiEB ou BOUBG d'ècovceû. 573

cette décbioD n'est pas bien regrettable. Pour la contre- table de St.- Pierre, Le Tort reçnt, suivant son marché passé avec les paroissiens , la somme de 85 livres et, en outre , 50 sons de vin , et 10 livres 10 sols pour lui tenir lieu de 70 pots de poiré , à raison de 2 sous le pot , qni lui avaient été accordés. Dans ce prix, il n'est point question des matériaux et fournitures qui étaient entièrement à la charge du Trésor.

Quant à la vieille tour , devenue inutile par suite de la construction du nouveau clocher , comme elle exigeait des réparations, on préféra la détruire. La Fabrique paya , en 16ft8 , 56 livres pour en descendre les tuiles et la charpente dont les bois furent vendus à rencan« Les voûtes, se trouvant ainsi sans abri , disparurent ensuite ; on n'en laissa subsister que deux pans de murailles qui fermaient Téglise. Comme il s'en détachait des pierres dont la chute menaçait ceux qni entraient par cette ancienne porte, on la fit murer en 16/i9. On fut même obligé de découronner cette mine qui faisait courir les plus graves dangers aux personnes placées dans rintérieur : c'était à tel point qu'en 165t des pierres de taille tombèrent et crevèrent les couvertures de l'église. Cependant ces murailles arrachées et à demi démolies sont encore debout et luttent de solidité avec les constructions nouvelles , protestant , après deux siècles, contre ce système barbare de destruction incomplète pour éviter une réparation insignifiante , alors qu'on n'avait rien en projet pour la remplacer. Quant à la vieille nef, on continua de l'entretenir tout juste assez pour ne pas la laisser crouler. Cependant les paroissiens , plusieurs fois mis en demeure , pendant le siècle dernier , de prendre une décision relativement à cette partie de l'édifice , même sous menace de l'interdire , ne proposèrent que des moyens dilatoires, qui attestent l'état d'indilTérence dans lequel étaient tombés )es esprits. Depuis que les générosités et les donations particulières avaient cessé de venir en aide à la Fabrique, les assemblées de paroisse avaient été modifiées dans leur composition. On n'y vit plus figurer que des propriétaires possédant héritage dans la bourgeoisie , à l'exclusion de l'universalité des habitants. Comme, en cas d'insuBisance de ressources, ils devaient supporter les charges en proportion de leur avoir , on rencontra chez eux une grande opposition à tout projet entraînant quelque dépense. Ainsi les notables, par délibération du 25 juin 1765, répondirent à Tévêque» qui les sommait de

57/i HlfitOIRE Dr B0DA6 D'iCODCmf.

prendre un parti / qn*il fallait démolir la vieille uef ^ en vendre les maté* rîaux , et , avec le prodoit , élever une grude muraille pour clore la construction nouvelle ; que ce serait le moyen d'éviter une dépense considérable qui t<m)berait sur les habitants et bien tenants ( propriétaires non résidents). Dans une autre circonstance, les meml»*es de la réunion proposèrent d'abattre les bas-c6tés et de boucher rentre-4eux des arcades.

Cette ancienne nef^ peu décente, était fréquentée par la partie ia moins édiflante de la population , et en particulier par les trafiqueurs de moutons et les bergers , qui ne se faisaient aucun scrupule d'y amener leurs chiens ; elle reçut, à cause de cela, le sobriquet de HaUe-aux-ChienSj dénomination qui est arrivée jusqu'à nous. Cet état de choses remonte bien haut ; car les comptes de la Fabrique, pour Tannée 1678, contiennent l'article suivant : Payé à Pierre Segoin La Roche 5 sous pour un fouel à chasser les chiens qui vont dans l'église.

Les fonts baptismaux, placés dans ce lieu inconvenant, ne pouvaient y rester. Aussi, en l'année 1763, fut-il arrêté qu'on les transporterait dans la chapelle du Rosaire ; mais cette déciûon était inexécutable , à moins qu'on ne déplaçât les bancs de toutes formes, qui obstruaient entièrement l'église.

II était d'usage immémorial, pour les habitants d'une paroisse, de fieflfer des emplacements dans l'église , pour y avoir le droit de sépulture. Sur cette place , ils acquéraient celui de séance aux offices , en y faisant établir des bancs à leurs frais. Ce fut une branche importante du revenu des fabriques (1). En outre de la rente de la fieffe, l'ouverture de la

(i) Nous ullons donner copie de queiques*uns de ces contrats de Geflcs : ils ne sont pas sans intérêt — («onsljtution de 3 sons de rente en faveur dn Trésor d*Éoouclié, par messire Bernard Etaust, prfitre, pour le salut de son ftme, et pour êtrenis en sépulture en réalise Notre-Dame d*Éoouché (4882). -* Kmplacement d'une tombe avec le droit de mettre un banc sur son emplacement, fieflépar Julien, Robert, AfScfael et Christophe, dits Jouvin, Aous bourgeois d*Éoouché, où est placée une tombe joignaut le pilier qui est à droite de la porte, vers le presbytère, dont les Jouvin peuvent jouir pour faire inhumer leurs corps, ceux de leurs parents et amis, et placer un banc, s*ils le veuleut, à chaire de payer au Trésor une rente de 12 sous 6 deniers (1656). — Place pour se faire inhumer fieffée à damoiselle Catherine de Lonhiy, veuve de feu Adam Durand, bourgeois d*Écouché, où est inhumé ledit feu son mari, de la longueur de 7 pieds, et d^antant que ladite place est dans le chemin pour aller aui fonts baptbmaui, ladite demoiselle de Lonlay n*y pourra mettre de banc On lui a baillé, pour mettre ledit banc une place qui est contre le pilier qui jouxte ladite place, à la charge par ladite demoiselle de faire mettre une tombe sur ladite place, dans un an d'aujourd'hui i pour le prix d'une rente annuelle de 8 sols (S mai 1467). — Fieffe & Morin LetelUer, marchand, bourgeois d'Êcouché, d'un enpiacemcnl dans Téglise, devant Tautel St.-Pierre,

HISTOIBE DU BODBG D'ÉdOVCSLÉ. 575

terre ^ pour les inhumations dans Tégiise , donnait lieu à la perception d'une taie , qui variait suivant l'emplacement et suivant Tâge de la personne décédée. Ainsi , dans le courant du XYIP. siècle , l'ouverture de la terre « dans l'église neuve, coûtait 30 sous pour un adulte, et pour un enrant, de 10 à 15 sous. Dans la vieille nef, à la même époque, le prix en était fixé à 20 sous pour une grande personne et à 7 sous pour un enfant. En 1 728 , dans le haut de l'église , il en coûtait 3 livres ; 2 livres dans le bas.

Depuis des siècles, le menu peuple se tenait debout aux oiDces. C'est probablement par commisération pour cette obligation pénible, que l'Église introduisit l'usage emprunté à la vie domestique, même dans les classes les plus élevées (1) , de joncher de paille le sol des temples , les jours de grandes fêtes. Ainsi , les administrateurs de l'église d'Éconché prélevaient, sur la grange des décimateurs, un cent et demi de grosse paille pour cet usage (2). Dans certaines localités , pendant les fêtes d'été, on remplaçait la paille par des jonchées de roseaux ou de branchages. Quand des motifs de propreté et la crainte des incendies firent abandonner cet usage, les gros décimateurs continuèrent à livrer la redevance de paille, que le Trésor faisait vendre à son profit.

Le projet de déplacement des fonts baptismaux , dont nous avons parlé

sur lequel H y a deux tombes tout autant qii*en emportent les deax tombes, dont Tune placée par

icelay Le Tellier. Ladite fieffé consentie moyennant la somme de iO litres une fois payée et 20 sons de

rente par an (1675). — A tousceuli, etc. Jacques Mailet et Jacques Gautliier, trésoriers de Téglise

découché, oiit baillé en fieffé à rente à J. Segouin, bourgeois d*Écouché, deux places entre les autels

St. -Jacques et Sl.-Pierre, atec les deux tombes qui couvrent ladite place, avec permission audit Segonin

de biffer et rayer les inscriptions qui sont sur lesdites tombes et y faire imprimer son nom, s'il advise bien.

Lesquelles places serviront de sépulture audit Segouin et à ses successeurs, et leur servira même pour

assister au service divin, au moyen que ledit Segouin s^est obligé de payer par chacun an de rente foncière

la somme de 95 sous, racquittable par celle de 95 livres, quand il plaira audit Segouin (92 juillet 1682). —

Jean Leguemé, bourgeois d'Écouché, fieffé une place en Pégllse d*Écouché, joignant la vieille tour, dans

laquelle place est inhumé le corps de feue Louise Lurpris belle-mère des nommés Dubois et Debière, \

charge par l.eguemé, de payer 20 sons de rente, à ta décharge des susdits qui avaient fieffé icelle p'ace,

et en outre, de leur payer le bnnc à dire d^expcrts (16 mai 168Â) (Archives de la Fabrique).

(1) Consulter les curieux registres des comptes de Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne^ publiés par M. Marcel Canal. Paris, 4860. Cette princesse ne dédaignait pas le confortable d'une litière'de paille frakhe s^r le sol des appartements de ses palais p. 88.

(2) Le procès*verbal de visite de Téglise d*Ëcouché, par Tarchidiacre du Houlme, pour Tannée iÀ70, contient la mention suivante : Parœhiani pereipiunt tuper grangiam decimalem unvm centum et dimitiium straminis ad reponendum in eeeietiam (Archives de Maine-et-Loire).

576 HISTOIRB DU BOURG d'ÉCOVCUÉ.

précédeDimeDt, donna Toccasiou d'attaquer Tabus des bancs de toutes formes et de toutes grandeurs qui obstruaient Téglise. Dans une assemblée de paroisse , on délibéra sur la proposition de faire faire des bancs uniformes, on de placer des cliaises volantes : ce qui était motivé par la défense dMnhumer dans Tintérieur des églises. La majorité de l'assemblée se prononça pour des chaises. Cette résolution laisse pressentir les idées d'égalité qui germaient dans les esprits. On revint , cependant , stir cette décisiou, et la Fabrique fit exécuter, comme modèles, deux bancs de 0 pieds de long sur 2 1/2 de large ^ et on loua aux enchères des emplacements , avec obligation de les couvrir de bancs pareils aux modèles. Les adjudications ne concédèrent les places qu'à vie , sur la tête du mari et de la femme. Après leur décès, les bancs faisaient retour à la Fabrique. On fit en outre placer, en cette année 1763, les 150 premières chaises qui eussent paru dans l'église d'Ëcouché ; elles furent affermées pour 8â livres.

Nous ne pouvons passer sous silence les pieuses confréries qui se fondèrent à Écoucbé, pendant les siècles écoulés, d'autant plus que ces associations concoururent , avec beaucoup de zèle , à la construction de l'église.

. La plus ancienne qui nous smt connue est celle des frères de S**. -Croix. Nous trouvons dans un procès-verbal de visite de l'église d'Écouché , par l'archidiacre du Houlme, pour l'année l/i27, la mention suivante : Fratres Crucis percipiunt omnes oblationes candelarum que pendent anie cruci^ fixum. 11 s'agit probablement du crucifix placé , selon l'usage , sous l'arc triomphal, marquant la séparation du chœur et de la nef. 11 parait qu'outre les cierges qui brûlaient devant ce crucifix , on y entretenait des lampes , dans le plateau desquelles les fidèles déposaient leurs offrandes en argent ; mais alors cet argent appartenait au Trésor et non à la Confrérie ; c'est ce que constate Te procès-verbal de visite de l'année 1470 , par ce passage : In fesium omnium Sanciorum, et Nativitatis Domini, parochiani consueverunt facere questam per ecclesiam^ dictisdiebus et festis, et percipiunt oblationes que feruntur in lampades anie imaginem crucifixi.^ Nous ne savons absolument rien sur l'organisation et les statuts de cette Confrérie.

La plus importante qui se soit fondée dans l'église d'Écouché fut celle

HISTOIRE DU BOURG d'ÉCOUCHÉ. 577

•qu'on nomma Charité Notre-Dame. Nous n'en connaissons pas l'origine. Les registres de visite des archidiacres n'en font pas mention avant l'année 1&50« Elle prit beaucoup d'extension, parce qu'elle répondait aux tendances des peuples^ qui aimaient à s'associer de prières et de bonnes œuvres. Ces charités, qu'on retrouve dans presque toutes les paroisses un peu importantes et qui sont arrivées jusqu'à nous , établissaient des liens de solidarité entre les associés, qu'il serait à désirer de voir renaître. Nous n'avons pas retrouvé les statuts de celle d'Écoucbé ; mais elles étaient calquées les unes sur les autres, et nous renvoyons aux règlements d'une institution pareille, fondée au bourg de Damville (Eure), le 12 octobre l/i98 (1). Ils donnent une idée de ce que devaient être ceux de la Charité d'Écouché.

Pour apprécier l'importance de notre Confrérie, il faut savoir que ses revenus, consistant en cotisations et en loyers de terres situées non-seulement dans la paroisse d'Écouché , mais dans les paroisses voisines , furent frappés , en Tannée 155& , par la taxation des francs-fiefs et nouveaux acquêts, d'une imposition de 63 livres. En l'année 160/i, les revenus de la Confrérie se montaient à la somme de /i07 livres (2). Cette association se maintint jusqu^au XVIP. siècle sans modifications. A cette époque , les confrères, mus par un sentiment de dévotion plus particulier au culte de la Sainte-Yiei^e , fondèrent l'œuvre du Rosaure. Ce fut pour eux un moyen de retremper leur institution et de la rajeunir, ils prirent depuis lors le nom de Confrérie du Rosaire. Les adhésions ne manquèrent pas , et tous les rangs de la société fournirent aux enrôlements (3). A la tête des fondateurs et des membres de cette pieuse association , nous voyons figurer la veuve du comte de Montgommery ^ M""*, de Cbastenay. Elle résidait à Écouché , dans le manoir seigneurial construit par son beau-père ; elle y tomba malade, et sentant les atteintes de la mort, en l'année 1650, elle (it son testament parndevant les tabellions du lieu. Par un article de son codicille^ elle légua à la Confrérie projetée, pour aider à son éta-

(1) Notk€$ kiêimi^ues iur foriffine etc. de Dunwille lEure)^ par M. Ange PeliC (Évreui, A. Hérissey, -1859).

(2) Archives de la Fabrique de Téglise d*Écouché.

(3) Beaucoup de personnes marquantes s^associèrent à ceUe œuvre. La çotisalkm annuelle étah de 25 5ols. Les registres de 1657 roentiounent des offices et des prières en faveur de M. de Ifèntlgiaiseï déeédé; de M« de La Fontenelle, vicomte d*Argeotan, virant ; du sieur de Rouffignj, virant, etc.

578 nisTOiBE DU bourg d'jbcouchb.

blissement, une somme de 600 livres à prendre sur ses biens après sa mort (1).

Ce nom de Rosaire, donné à cette pratique de dévotion par saint Dominique, est un pieux et gracieux souvenir de ce qui se pratiquait envers les puissants de la terre. On se rappelle ces redevances seigneuriales de chapeaux de roses apportés par les vassaux à leurs seigneurs. Dans la dévotion du Rosaire , la couronne de roses vermeilles est symbolisée par la couronne composée des fleurs odoriférantes de la prière , déposée aux pieds de la suzeraine de la terre et du ciel.

Cette Confrérie , aussi bien que celle à laquelle elle succédait, avait adopté pour lieu de ses séances , dans Téglise d'Écoucbé , le transept septentrional. Chaque associé, moyennant sa cotisation, avait droit aux messes et prières qui se célébraient pour la communauté , ainsi qu'à sa place dans les bancs de la chapelle.

Les enrôlements se multiplièrent, et, dès Tannée 1665, la pieuse association manifestait son zèle pour le lieu saint, en faisant construire à ses frais le grand-autel qui décore présentement la chapelle de la Yiei^.

Ce travail fut confié à un architecte qui nous est connu , à Guillaume Le Tort , aussi qualifié de maître maçon. Cet autel est dans le goût de l'époque: il représente un portique soutenu par des colonnes corinthiennes. Au-dessus de Tarchitrave , dans un attique encadré d'ornements gracieux , Tartiste a sculpté, en ronde-bosse, une Assomption de la Vierge soutenue par des anges. Les honoraires du maître maçon , pour la maind'œuvre seulement , se montèrent à la somme de IX'^^VIII livres.

11 avait encore existé d'autres confréries dansTéglise d'Écouché: Tune, sous le patronage de saint Jacques , était composée de pèlerins ayant accompli le voyage de St.-Jacques-de-Compostelle ; on nommait ses membres chevaliers (2). Us siégeaient à J'église dans le transept méridional, ou chapelle St. -Jacques. Cette ancienne Confrérie se fondit, à la fin du XYP. siècle, avec une autre association, connue sous le vocable de St.- Christophe.

4} Voir, à rippeiidice, n*. 8, au extraîL de ce testament. (2) Dans un registre des comptesde la Conrrérie pour Tannée 1608, on Ht: « Uem, payé aui maistres ■ de la Confrérie Sainl*Jaeques, pour une torche que Tan des ektpaHen de ladite confrérie avait fait foire « à la fête de saint Jacques, laquelle a servi à ladite église...*. »

HISTOIBE DU BOURG D^ÉCOUCHÉ. 579

Uoe autre ^ dite des Trépassés , est mentionnée dès 1550; ses membres accompagnaient les corps des défunts au cimetière et assistaient à l'office qui se célébrait pour les associés trépassés, dans la chapelle St. -Nicolas , érigée au milieu des sépultures ; ils allaient en procession au cimetière , une fois chaque mois, entre Pâques et la St. -Michel.

Dans le dernier siècle , Tesprit d'association et de piété s'étant refroidi, ces diverses confréries qui n'étaient plus assez suivies , virent leurs ressources disparaître , et , pour prolonger leur existence, furent obligées de se réunir toutes à la Confrérie du Rosaire. Cependant , une association de pèlerins du Mont-St.*Michel eut des habitudes à part, et se perpétua jusqu'à nos jours.

Toutes ces associations étaient présidées et administrées par des chefs électifs , qu'on nommait tantôt maîtres , tantôt rois , ainsi que cela avait lieu pour les pèlerins du Mon t-St. -Michel.

Sans doute le but de ces institutions était pieux; les intentions des fondateurs étaient excellentes; mais les meilleures institutions finissent toujours par dégénérer quand les réunions deviennent nombreuses. Les liens de confraternité se resserraient dans des festins qui , par les excès auxquels Ils donnèrent lieu , firent prendre en mauvaise part le nom de ces confréries. On les appela flaries, fratries. La Fontaine, dans sa fable du Loup et de la Cigogne, a bien saisi ce côté faible, qu'il a relevé par un trait isatirique : < Un loup donc étant de fratrie , Se pressa , dit-on j tellement. Qu'il en pensa perdre la vie (1). »

Lorsqu'un convoi de nouveaux pèlerins partait pour le Mont-St. -Michel, tous les associés , dans leur plus grand costume , enrubannés et la bannière au poing, leur faisaient la conduite jusqu'à un endroit de la route de Briouze qui, de là, se nommait et se nomme encore la Butte des Pèlerins.

Le jour de la fête de saint Michel (2) , à l'office du soir , le roi de la Confrérie, dont les pouvoirs expiraient, occupait une place d'honneur à l'église. Au Magnificat , les chantres , accompagnés de son successeur , se rendaient devant lui, et, au moment où ils entonnaient le Deposuit po^ tentes de sede, il quittait son siège pour le céder au nouvel élu, qui y montait au chant de et exaltavU humiles. Cette royauté, fort onéreuse,

(1) Li?reUI, fable ii.

(S) Acte de foodallon de la messe des pèlerins de Salat^Michel (Appendice, n*. iS).

580 HISTOIRE DD BOURG D^ÉGOUCHé.

se célébrait par trois jours de festins continus; il en résulta des désordres et une lourde charge pour les moins fortunés. Après la Révolution , ce qui restait d'anciens pèlerins se réunit et se reconstitua. Dans leurs réunions y ils apportèrent un peu moins de foi religieuse et un peu plus de licence qu'auparavant, de sorte que TAssociation a fini par se dissoudre.

Les corps de métiers s'étaient également constitués en confréries , dont les membres assistaient en commun aux oflSces , le jour de la fête du Patron. Ainsi , les cordonniers fêtaient le jour saint Crépîn ; jusqu'en 1783, leur office coûtait 1 livre. Les drapiers, plus riches, fêtaient le jour saint Biaise ; Toffice coûtait 3 livres. A la suite de tiraillements entre le curé d'Ëcouché, les chapelains et les paroissiens, il avait été arrêté entr'eux que les tanneurs et les drapiers feraient célébrer la messe au jour quMl leur serait loisible de choisir, mais qu'ils ne pourraient plus changer ce jour une fois désigné, à la condition de payer la rétribution, suivant l'usage et de continuer à entretenir l'autel , de fournir le luminaire et la chasuble , ainsi que les autres ornements. Les tanneurs se soumirent aux mêmes obligations, à la réserve de Fentretien de l'autel. Comme compensation , ils devaient fournir deux gros flaml)eaux de cire blanche , pour accompagner le Saint-Sacrement au salut et aux processions.

Nous passerons rapidement snr les nombreuses fondations faites en l'église d'Écouché : elles furent toujours la compensation de sacrifices pécuniaires plus ou moins importants , ayant pour but l'augmentation du revenu du Trésor, ou même la construction de l'édifice.

C'est à des libéralités de cette nature qu'il faut attribuer certaines portions de l'église d'Écouché, qui se distinguent par quelques particularités. Ainsi, deux contreforts sont ornés de sujets dont nous n'avons pas la clef: on y voit plusieurs personnages, qui figurent probablement des scènes légendaires. Un autre contrefort du transept septentrional est surmonté par un ange aux ailes demi-éployées, tenant dans ses bras un écnsson qu'il semble montrer aux passants, qui ne s'en soucient guère. Il est d'ailleurs entièrement fruste, et ne peut rien nous apprendre sur le donateur.

Du côté opposé, au midi, un autre contrefort est chargé d'une niche surmontée d'un dais richement sculpté. Cette niche abrite une statue de

tUSTOIAB DU BOUBG d'ÉGODCHÉ. ' 58(

Notre-Dame-des-Neiges ; c'est peut-être le souvenir de dévotion d'un pèlerin y qui sera allé s'agenouiller à Rome dans le sanctuaire de ce nom.

Quelques-unes des libéralités accomplies dans les derniers siècles sont arrivées jusqu'à nous ; nous n'en citerons qu'une. Par acte passé devant les notaires d'Écouché, le 25 septembre 1729, les paroissiens, réuùis en assemblée de paroisse, sur la proposition que leur en fit leur curé, fieffèrent la chapelle S^'.-Mai^uerite» située au chevet du bas-côté septentrional , au sieur Belzais , sieur de Beauménil , conseiller du roi , et lieutenant en l'élection d'Argentan , pour y jouir des droits de sépulture et de séance à perpétuité , pour lui et ses successeurs , à la condition de fermer , à ses frais , ladite chapelle par une clôture en bois. 11 devait réserver un espace convenable pour la célébration de la sainte Messe à l'autel de cette chapelle, et abandonner à perpétuité la possession d'un banc qu'il avait de l'autre côté du chœur, le long du chemin conduisant à l'hôtel de Notre-Dame-de-Pitié , pour servir aux Sœurs hospitalières de r hospice d'Écouché, présentes et à venir. Le sieur Belzais, en reconnaissance de cette concession , faisait don à la Fabrique d'un caUce inscrit de son nom , avec la patène et deux burettes , le tout d'argent ciselé ; plus , de quatre chasubles de discrète- couleur , avec deux aubes garnies de point d'Angleterre , ainsi que les étoles, manipules, voiles , amicts et ceintures ; toutes lesquelles choses ayant été examinées par gens connaissant, en présence des habitants , avaient été évaluées à la somme de 700 livres (!).

On ne retrouve plus maintenant que les débris des anciennes inscriptions

(1) Ce sieur de Beauménil était le Trère de M*r Nicolas Beliais, alors décédé curé d'Écouclié, lequel, |)ar son testament du 22 avril 1709. avait Tait doud'un capital de 1,800 livres qui devait être constitué en 100 livres de rente destinées à fonder un lit pour un malade ou un vieillard, homme ou femme, en Tbospioe du lieu. Le sieur de Beauménil, en reconnaissance de la concession qui lui était Taite, proposa encore de donner audit hôpital, en déférant aux dernières volontés cxpiimées verbalement par un autre frère, feu M*. Jacques Belzais , aussi curé d*Écouché : 1*. un pré contenant 6 vergées, situé en la paroisse de Sevra; au réage de Joncherelles ; 2^ une autre pièce de terre labourable, de la contenance de 6 vergées, lesdites pièces de terre relevant delà sieuriede Sevray, qui ap|iarlenail à M. de Vigneral, conseiller au Parlement de Rouen; ces pièces exemptes de toutes rentes, excepté de la contribution d^un cAapeau de rotes^ le dimanche de la Trinité, laquelle redevance demeurerait à Taveuir à la charge de Thôpilal. Le sieur de Beauménil imposait la réserve, pour lui et ses descendants en ligne directe (la préférence toujours accordée À Palné), de nommer telles personnes qu^ils jugeraieut à propos pour occuper deux lits & Thospice. Cependant, si le sieur de Beauménil menait à décéder sans enfauls , la nomination appartenait aux administrateurs de la maison.

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