‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 200 sur 216 · HISTOIRE BU BOURG B'^COUCHÉ · texte numérisé non relu

HISTOIRE BU BOURG B'^COUCHÉ

Cette affaire donna de graves inquiétudes aux liourgeois. Cependant, il ne fut pas difficile de prouver que THôtel-Dien d'Écouché, fondé par leurs pères, était bien administré; qu'il avait conservé sa destination première ; que Tliospitalité y était exactement observée, et que le service divin y était célébré suivant les fondations.

Les boui^eois avaient commîssionné, pour suivre leur procès, à Paris, Nicolas Segouin, dît La Croix , administrateur en charge de la Maison- Dieu, qui se logea rue de Mariveaux, paroisse St-Jacques-la-Boncberie, et soutint Tinstance pendante en la Chambre royale , séant à TArsenal. Le Conseil de Tordre, ne pouvant aller contre Tévidence des faits, finit par se désister de ses prétentions ; et i'acte du désistement fut rédigé et signé au petit hôtel de Montmorency , rue de Bracque , paroisse St * Nicolas-des-Ghamps, le 27 d'avril 1675. La Chambré homologua cet acte le 7 mai suivant*

L'hospice d'Écouché, après avoir repoussé victorieusement une attaque usurpatrice, ne tarda pas à prendre le rôle agressif, dans une affaire qui ne tourna pas à son avantage. Les boui^eois voulurent faire annexer à leur liôpital la dépouille d'un consistoire protestant, fondé en la paroisse de Joué-du-Plain, sur le fief du Mesnil, et fermé par suite de la révocation * de l'édit de Nantes.

La Réforme n*avait pas laissé beaucoup de traces dans le pays, quoique la propagande de certains seigneurs eût développé ,' dans le temps , la propagation des doctrines nouvelles. Ainsi, d'après une enquête de témoins faite pour l'aveu de la terre de La Motte, rendu par le sieur Ango , il fut établi que le dernier seigneur de ce domaine, du nom de Hontgommery, et ses prédécesseurs avaient pratiqué la religion pi^tendue réformée ; qu'ils avaient ruiné et laissé ruiner la chapelle de St. -Pierre , fondée au château de La Hotte, dont ils avaient perçu les fruits et revenus, à leur i)rofit : aussi en avaient-ils acquitté les décimes à l'évèché de Séez.

Une autre famille protestante posséda un fief àJoué-du-Plain : c'était celle de Jehan de Frotté, notaire et secrétaire des rois François P'. , roi de France, et Henri II, roi de Navarre. Ce Jehan de Frotté était seigneur de Couterne, \

de Vieux-Pont (canton d'Écouché ) , du Mesnil en Joué^iu-Plain , etc. (1).

(i) Lettre du rot de Frnnce, Henri H, qui relèTe Jehan de Frotté, écuyer, sieur de Vieux-Pont et du

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Après la mort de ce seigneur, François de Frotté, son troisième fils, avait eu en partage,, dans sa succession, le fief du Mesnil, nommé plus ancienn^nent le Mesnil-Martel (i). Ce domaine était échu, dans le courant du XVIP. siècle, à titre d'héritage, à Suzanne de Frotté, qui rapporta en mariage à Charles du Monnier, sieur de La Métairie. Suzanne, étant devenue veuve, en fit don, par avancement d'hoirie, à Henri du Monnier, son fils aine , cornette de cavalerie ; celui-ci en rendit hommage au roi , en Tannée 1670 (2).

Il existait, sur le territoire de ce domaine , un consistoire protestant , à la fondation duquel les seigneurs n*avaient peut-être pas été étrangers. Il était peu fréquenté et surtout peu richement doté. Henri du Monnier et sa mère, zélés partisans de la religion réformée, constituèrent en faveur de ce temple deux rente^hypothèques. Tune se montant à soixante-trois livres quinze sols, au capital de mille vingt livres, au denier seize, et Tautre de quarante-quatre livres neuf sols, au capital de huit cents livres, au denier dix-huit, par contrats passés devant messires de Mortain et Marescot, Ubellions à Vieux-Pont, les 28 avril 1660, 6 et 13 mars 1669. Malgré ces libéralités, le consistoire du Mesnil ne se trouva possesseur que d'environ deux cents livres de rente, lorsque Tédit de révocation vint le fermer.

En Tannée 168& , un premier édit interdit aux protestants la pratique de leur culte et prononça la confiscation de leurs temples. L'année suivante vit paraître la révocation de l'édit de Nantes. Cet acte est du mois d'octobre 1685.

Aussitôt que les habitants d'Écouché eurent connaissance de ces dispositions, ils s'assemblèrent et , dans une réunion présidée par le curé de la parcMSse, à la date du 17 juin 1685, ils donnèrent pleins pouvoirs à un procureur pour comparaître, au nom de la Maison-Dieu d'Écouché, au Conseil du Boi et partout ailleurs où besoin serait pour requérir ^ au-

Mesnil en Joué-da-Plain, dont il était propriétaire à titre d*acquéreur, de saisie et entier empêchement, pour foi et hommage son faits. Ces terres releratent da rot, à cause de son cbàtel d* Argentan. 13 décembre i55A. Pièoe originale (Cbartrier du diâteau de La Motte}.

(1} ATea rendu au roi par François de Frotté pour la terre du Mesni!, demi-Gef de haubert. 2h octobre 1599. Pièce originale (Ibid.).

(S) Ibid.

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dit Dom, arrêt de main-levée et saisie des bi^is temporels, fruits et re^ venus appartenant ou ayant appartenu à Téglise paroissiale du Mesnii en Joué-du-Plain , suivant et conformément à la déclaration du roi et arrêt de son Conseil, ladite Maison*Dieu se trouvant la plus rapprochée de la* dite église. Les habitants donnèrent pouvoirs au sieur Philippe Brière , administrateur de la maison , de fournir audit procureur tons et tels deniers qu'il conviendrait.

Les habitants d*Écouché s'assemblèrent de nouveau, le & novembre de la même année, sur Tavis de leur syndic, le sieur Belsais , qui les informait que les administrateurs de T hospice d* Argentan avaient fait donner assignation au sieur du Mesnil, au ministre (i) et aux anciens du consistoire, pour se faire remettre les titres concernant le revenu de cette église; ce qu'ils avaient obtenu «n vertu d'une ordonnance du bailli d'Argentan , rendue le 9 octobre 1684*

Les bourgeois d'Écouché décidèrent, séance tenante, que les sieur» Belzais , maître du Bureau de l'Hospice ; Nicolas Segouin , et Philippe Brière, receveur, se pourvoiraient par requête 4evant les juges d'Argentan, pour y appeler le sieur PoUp, receveur de l'hospice de cette ville, afin de le contraindre à remettre les titres du consistoh^ entre les mains du sieur Brière, par la raison que leur Hôpital était plus rapproché de Jouédu-Plain que celui d'Argentan.

Les administrateurs de ce dernier hospice , se trouvant inquiétés , adressèrent une requête au roi, relativement à c^ biras ainsi qu'à ceux des consistoires de Crocy et de Fontaines-les-Bassets qn^ls revendiquaient également (2). Cela n'empêcha pas les débats avec les habitants d'Écouché 4o se prolonger pendant plusieurs années; mais^ pendant leurs disputes, un nouveau compétiteur obtint, en 1691, des lettres -patentes du roi, qui l'envoyaient en possession de l'objet en litige. Ce fut IL Jean* Baptiste Ango, seigneur de La Motte, qui poursuivait alors Tinstanee

(1) Registres de rbospîce d'Êooacbé.

(2) Celle requèie des adminislraleurs de rbospîce d*Arf entan était dirigée contre ceux de rhdpital de TruD. Afin d'empêcher que ces biens ne s^en attassent en frais, il Ibt rendu un arrôl contradictoire, à la date du 5 février 1685, qui désigna le sieur de Bouvilie, intendant d*Alençon, pour présider, une enquête sur celle aflbire ; après quoi, elle ftit portée deranl le lieutenant au bailliage, qui renvoya les partie» devant le roi, eu son conseil d^État (Cbarlricr de lliospice d'Argentan).

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d'érection de sou domaiDe en marquisat Pour arriver à ce but, il chcrctiait à agrandir sa terre, et il saisit Toccasion qui se présentait d'acquérir les fiefs de ces gentilshommes protestants, que les circonstances contraignaient de se dessaisir (1).

Le sieur de La Motte avait sollicité auprès du roi les biens du consistoire, pour les employer au rétablissement d'une chapelle ruinée de St.-Tbibaud , située dans la paroisse de Joué-du-PIain', sur le fief du Metz qui lui appartenait ; il se proposait de joindre à ses revenus un petit trait de dtme, autrefois inféodé , et dont les seigneurs s'étaient emparés. Cette dime pouvait valoir environ 60 livres de rente , lesquelles réunies auK 200 du consistoire , devaient suffire pour fonder cette chapelle et y entretenir un prêtre qui célébrerait la messe, au moins tous les dimanches et fêtes, à l'avantage des habitants séparés de l'église paroissiale par une petite rivière, dont les débordements les empêchaient de s'y rendre en hiver.

Ce chapelain devait, en outre, tenir les écoles pour instruire les enfants des nouveaux convertis* Cette enquête, ayant été communiquée aux sieurs vicaires-généraux du Chapitre de Séez, et an sieur de Pommèreu de La Bretescbe,commi8sairedépartien la généralité d*Âlcnçon, ces Messieurs avaient estimé qu'il ne pouvait être fait un meilleur emploi des biens dudit consis-

(1) AUisi, Bemi du Monoier fendit aa seigneur de La Motte son fief du Mesnil, par contrdt du il jan?ier i088» ainii que celui des Marais, assis en la même paroisse, par contrat du 2 janvier, même année (Cbartrier du chftleaa de Lu Motte). Charles de Frotté se dessaisit, en faveur dn même acquéreur, de son domaine de Vieux-Pont, ainsi que du fief de Pubois . héritages qu'il tenait de son père. Benjamin de Frotté lequel était petit-Tils de Jehan de Frotté, comme descendant de René de Frotté, fils aine de Jehan. L*actede vente est de Tannée 4699. L*année suivante, Charles de Frotté était obligé de céder ce qui lui restait à Vieux-Poni, c'est-à-dire quelques taures de son domaine qui lui donnaient qualité pour conserver le nom de sa terre, la ferme du Houx et le moulin du Val (*) & Charles d'Aumont, sieur de La Vente, président en Télection et grenier à sel d'Argentan, lequel revendit ces objets au sieur Ango. [Char- Irier de THospice d*Argentan.]

(*) Ce moulin do Val f»t mis en mouvement par une petite rivière dont les eaux sont retenoes dans un bel étang par une puissante digue élevée par Jehan de Frotté, en Tannée 4543. La dame de Le Motte, Catherine Le Lièvre, fit opposition à cette entreprise et intenta uo procès au siour de Frotté, le 2S septembre 1553. Elle no put le terminer; mais elle en légua la poursuite à son gendre, Ballfaasar de ViUers, qui finit par obtenir, k la date du 14 mars 1558, un arrêt du Parlement qui, tout en qualifiant, au nom du roi, Jehan de Frotté de notre féal notaire et secrétaire, le condamna h rompre sa digue et à laisser fluer librement la rivière d*EudoD. Jehan de Frotté sot éluder les conséquences de ce jugement, car la digue ne fut pas détruite ; elle existe même encore aujourd'hui. (Cbartiterdo chSteau de La Motte.)

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toire. En conséquence, le roi, par un brevet daté du 25 septembre 1690, fit don au sieur de La Motte des biens en question , pour être employés ainsi qu'il a été dit. L'année suivante, le roi délivra des lettres-patentes datées de Versailles, au mois de janvier, dans les mêmes termes que le brevet: elles donnèrent lieu à une enquête avec assignation de témoins , à la requête du procureur-général , à la suite de laquelle le Parlement les enregistra par arrêt du 26 mars 1691 (1). C'est ainsi que s'effacèrent dans la contrée les dernières traces du schisme. Mais revenons à notre Hospice, dont nous nous sommes un peu éloigné.

Le service religieux, dans la maison, fut confiée un des chapelains de l'église d'Écouché, spécialement titré pour ofiicier dans la chapelle St.-Mathurin ; il était présenté par les bourgeois, en qualité de fondateurs^ et soumis à la collation de Tévêque. Ce chapelain résidait dans une maison attenante à l'Hôpital.

Cette chapelle St.-Mathurin n'est pas sans intérêt: elle doit remonter au XV\ siècle, et porte la marque de nombreuses retouches du XTI*. et du XVIP. ; elle a l'importance d'une église de campagne. N'étant plus desservie, elle est très-nue à Tintérieur ; la nef est divisée par un plancher construit en 1758, et grâce auquel on se procura, à peu de frais, une salle pour recevoir un plus grand nombre de malades.

Le chœur, dégagé jusqu'au lambris, était éclairé, au chevet, par une vaste croisée, en partie bouchée, sous laquelle est appuyé l'autel , qui a conservé son rétable primitif. l\ consiste en un corps saillant sur la muraille, formé en pierre de taille, dans l'épaisseur duquel on voit des niches surmontées de dais à pinacles, où se remarquent, au centre, les statues de Notre-Seigneur assis sur un haut siège, bénissant de la main droite ; et, de chaque côté, celles de ses apôtres, reconnaissables aux attributs accoutumés. Cette décoration est relevée par des enluminures.

L'image de Jésus-Christ est cachée par le tabernacle, qui n'existait pas dans le principe: aussi est-ce la seule qui porte les marques des mutilations opérées pendant la Terreur, et qui, depuis, ont été effacées sur les autres statues exposées aux regards (2) .

(1) Ce$ letlref-pateuteii sœlléei da grand-sceaa, sont conservées dam le Gbarlrier du château de La Motle, ainsi que toutes les pièces conceroant cette affiiire.

(2) Chartrier du cliAteau de La Motte.

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Uaulel et le tabernacle ont été construits depuis peu d*aunées. La décoration qui les accompagne est composée de débris d'anciennes contre-tables. Au nombre de ces objets, on remarque sur un corbeau placé dans le pignon, du côté de Tépître, la statue du patron de la chapelle, exécutée d'une manière grossière. Saint Matburin est représenté vêtu d'une sorte de surplis et exorcisant un personnage prosterné à ses pieds , qui semble être une Temme. Il tient à la main le livre des Évangiles, et, à sou invocation, un animal hideux , armé de dents meurtrières , s'échappe du corps de l'exorcisée.

De longs débats entre le chapelain de l'Hôpital et le curé de la paroisse, relativement à des empiétements que celui-ci reprochait au chapelain, eurent lieu vers le milieu du siècle dernier. Un des griefs du curé était que son subordonné avait sollicité, auprès de Mg'. TÉvêque de Séez, l'autorisation de construire un tabernacle dans la chapelle, pour y conserver le Saint-Sacrement, aûn de pouvoir le tenir à la disposition des malades. Le curé crut voir dans cette demande, qui n'était pas motivée par l'usage, un empiétement à sa juridiction spirituelle. Il s'ensuivit des discussions puériles et passionnées, qu'il serait sans intérêt de remettre en lumière. Nous nous contenterons d'extraire, des grimoires auxquels elles donnèrent lieu , quelques détails sur les dispositions du chœur de la chapelle, antérieurs à l'année 1750, date de ces conflits. Ce chœur était anciennement Terme par une haute balustrade, d'uh beau travail, au milieu de laquelle s^ouvrait une grande porte cintrée, en menuiserie ouvragée et sculptée. Au-dessus pendait un très-beau crucifix attaché au tirant delà charpente, par une chaîne de fer. Le mattre-autel était accompagné de deux autels latéraux , lesquels n'existaient plus quand le sieur Louis Belzais fut nommé à l'Hospice. Il s'attacha à rétablir les choses. A cette occasion, le curé l'accusa d'avoir détruit le maftre-autel, pour orner les autres. Il s'en défendit, en soutenant qu'il n'avait fait que reprendre ce qui avait appartenu à ces autels, et que, même, la statue de sainte Opportune était un présent qui avait été fait à la chapelle de l'Hospice par Mr\ TAbbesse d'Almenesches.

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