‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 201 sur 216 · X.V. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

X.V. — CONCLUSION

Nous sommes arrivé à Tépoque qui vit disparaître les institutions que le temps et les abus avaient minées. Les habitants d'Écoucbé saluèrent avec enthousiasme cette ère nouvelle ; mais ils ne surent pas conserver le calme. Excités par des meneurs exaltés, ils se laissèrent aller aux entraînements et aux écarts les plus blâmables: dans leur aveuglement, on les vit acclamer^ comme une délivrance, les décrets de spoliation de leur église et de la vente de son patrimoine, dont ils se rendirent acquéreurs à vil prix, ils ne reculèrent point devant la sacrilège profanation dont ils souillèrent la maison de Dieu et les cendres de leurs pères, en faisant, de leur église le temple de la Raison (i). Étrange démenti donné à la prétendue sagesse humaine, que cette aberration aussi odiease que ridiculel On vit, en outre, une bande des plus égarés s'acharnera la destruction des édifices religieux^ en mutilant et abattant les statues et les emblèmes sacrés.

Au risque de leur vie, ils se faisaient hisser dans des paniers jusqu'aux voûtes et aux endroits les plus inaccessibles, poar atteindre les inscriptions ou les objets de leur fureur.

Comme le groupe de T Assomption de la Yiei^e qui couronne Tautel du Rosaire résistait aux efforts de ces forcenés , l'un d'eux alla chercher ses chevaux afin d'accomplir l'acte de destruction.

Cette époque à laquelle nous touchons a déjà son histoii^e légendaire. Le peuple, dans les récits qu'il fait de ces événements, les a colorés de la teinte des vieux âges. Ainsi , on rapporte que les deux animaux , bien innocents, qui avaient appliqué leurs forces à la destruction de l'image de la Sainte Vierge , périrent dans l'adnée. Quant à leur maître , Dieu lui fit miséricorde : il mourut long-temps après, réconcilié avec l'Église.

Un autre , en abattant la statue de saint Mathurin, dans la chapelle de l'Hospice, fut pris sous sa chute et eut la jambe brisée.

Quand il ne resta plus rien à détruire dans l'église d'Écoucbé, on y fabriqua du salpêtre ; et la tradition rapporte que les ouvriers ayant avisé

(il Le 9 frimaire, an UI, fente aux enchères de Pandenne maison du sacristain. Voici ses aborneœenls contenus au procès-feibal : joute, d*an côté, la rne de laCour-Bailleul; d^autre. Je Vieux-Crocbet ; d^un bout, le citoyen Longuerais, et d'autre, le Temple de la Raison (Archlfes de rOrne]«

HISTOIRE DU BOURG D'ÉCOLCHÉ. 6i7

une image da Christ, sculptée sur bois, mutilée et oubliée dans un coin, s'en saisirent, la scièrent par tronçons et voulurent s'en servir à alimenter une fournaise allumée pour les besoins de leur travail ; mais à peine la tête du Sauveur eut-elle ejQDeuré les flammes, qu'elle fut rejetée par elles contre les profanateurs qui s'enfuirent épouvantés.

Nous n'imputerons pas ces actes de vandalisme , non plus que les scènes d'un autre ordre qui jetèrent un mauvais renom sur les habitants d'Écouché, à la masse de la population qui en gémissait en silence; quelques exaltés firent tout le mal. Si ces forcenés s'étaient bornés à des faits d'odieuse lâcheté , qu'ils accomplirent contre des femmes sans défense, en leur coupant les cheveux avec leurs sabres, on se contenterait de les prendre en mépris ; mais, dans une circonstance fatale, le 1/i mars 1793, ils prouvèrent toute la férocité dont ils étaient capables. A l'occasion d'une proclamation aflSchée dans la ville d'Argentan pour provoquer des enrôlements volontaires destinés à combattre le soulèvement de la Vendée, une collision eut lieu entre les hommes d'ordre et les exaltés. Ces derniers, inférieurs en nombre, allaient avoir le dessous, lorsqu'un des oflSciers municipaux fit appel aux frères et amis d'Écouché. Ceux-ci accoururent et les chances de la lutte tournèrent. Le malheureux Barbot-Tierceville , l'un des chefs du parti de l'ordre, tomba aux mains des sans-culottes qui regorgèrent; sa tète fut promenée au bout d'une pique par toute la ville. Cette victime ne suffit pas à ces homnies altérés de sang : un étranger , Michel Hnguet , de la conamune de la Perrière , arrivant à Argentan pour ses affaires , se rencontra face à face avec le hideux cortège. Soit indignation , soit effroi ou compassion pour la victime , il manifesta son horreur. Il n'eu fallut pas davantage pour exciter la colère des furieux qui se jetèrent sur lui , le massacrèrent et firent un nouveau trophée de sa tête (l).

Après la tourmente, les habitants d'Écouché réparèrent tant bien que mal les ruines et les dévastations de leur église. Un prêtre du bourg, avec plus de bonne volonté que de talent, a rattaché, replâtré et remis sur pied une grande partie des sainte qui la décoraient ; mais l'édifice porte des cicatrices ineffaçables.

(1) Hiêtoire if Argentan, p. âSS ; Germain, AlençoD, 1 8&3.

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Écouché est devenu, par suite de roi^anisation nouvelle, cheMiea d'un canton de Tarrondissement d'Ai^entan; il en tient la tête, nonseulement par son titre officiel, mais encore par Tintelligence et Tactivité de ses habitants, qui sont généralement adonnés à Tagriculture. Ce canton est le centre d'une production chevaline dont l'importance va toujours croissant. S'il faut attribuer les progrès de cette industrie à l'impulsion donnée par l'Administration des haras, .il ne faut pas oublier qu'elle fut en grande partie provoquée par l'initiative d' un homme qui jouit d'une réputation bien méritée: nous voulons parler dn père Cher adame, cet homme, fils de ses œuvres, qui a su s'élever par son intelligence à une vraie célébrité. On ne peut aujourd'hui parler d'Écouché, sans que le nom de cet homme intelligent , dont nous déplorons la perte, vienne se présenter à l'esprit. Heureusement il a laissé des fils qui ont hérité de ses précieux reproducteurs, ainsi que de ses idées et de son énergie , et qui continuent honorablement ses traditions.

Quant aux fabrications qui prospérèrent autrefois à Écouché et dans les environs, elles ont disparu. Nous avons hésité, jusqu'à ce moment, à parler d'une tendance déjà ancienne qui a valu aux habitants un sobriquet tellement connu , qu'on n'a aucune raison pour le taire. On dit souvent : les Juifs (C Écouché, la Judée ^ pour désigner Écouché et ses habitants, taxés d'usure par la tradition. Tout en flétrissant ce vice, nous ferons observer que cet esprit d'intérêt et de calcul, épuré et dirigé vers un but honorable , a mis quelques enfants de notre bourg à la tête des premiers établissements industriels de la capitale. Plusieurs autres ont occupé un rang distingué dans les offices ministériels et même dans la magistrature. Puissent- ils voir tous, dans cette œuvre que nous aurions voulu rendre moins indigne d'eux, un témoignage de sympathie pour le bourg où ils sont nés !

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