ÉPOQUE GAULOISE
A rorigine de notre histoire, c'est-à-dire au temps de l*iDdépeDdance gauloise, tout le territoire de la SeiDë-Inférieure, placé sur la rive droite du fleuve, appartenait à la Gaule-Belgique (1) ; la rive gauche, au contraire , relevait de la Gaule celtique (2) .
Les seules divisions connues, pour la partie septentrionale, sont les peuples ou cités des Calëtes et des Yélocasses. Yraisemblablement la rive gauche relevait des Lexoyiens et des Aulerques-Éburoviques.
La capitale des Calètes , à l'époque de Tindépendance , ne nous est pas révélée par l'histoire. Cependant nous sommes tenté de retrouver son nom sur ces monnaies gauloises qui portent le mot Caledu (3), et cela d'autant mieux qu'une tradition dont la Chronique de Fontenelle et Orderic Vital se sont faits les organes, tradition du reste qui s'est
(4) A Scalda (l'Escaut) ad Sequanam Belgica^ dit Plioe, HUtoria naturalis lib. IV, cap. iviL^cGallos ab Aquitaois Garumna flumea, a Belgis Matrona et Sequana dividit. • César, Commentarii de betlo gai" licOf lib. I, cap. i.
(5) c A Sequana ad Garumnam Ccltica, • dit encore Pline-rAncien, Historiœ naturalU lib. IV, cap. xtii. Cf. César, liv. I, c. i.
(3) Edouard Lambert , Euai tur ta numitmatique gauloUe du nord-ouest de la France^ dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L XIII, p. lâS-lâA, pi. IV, flg. 20, SI, 22 ; pi. IX, fig. 12 et 19; — Deville, dans le Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, année 1839, p. 183 ; — le Mercure de France, aofilt , 1739 ; — Falioe, Classement des médailles gauloises , Sbiiodon- Galedt, et Recherches sur Cantique cité des Calètes, in-8^ de 6 pages ^ Paris, 1855; — Revue numismatique, année 1855.
perpétuée jusqu'à nous, donne à cette métropole le nom de Calet ou de Cité Calète (1).
La cité des Yélocasses nous est également révélée par des monnaies gauloises en bronze, probablement contemporaines de la Conquête et portant le nom gréco-celtique de RàTVMACOS (2), qui est bien notre Rouen, en grec , Pc^TOfMcyoc ; en latin, Rotomagus.
César est le premier et presque le seul qui donne quelques détails sur les Calètes et les Yélocasses , originaires de la Germanie , comme la tribu des Belges tout entière. De concert avec ces derniers , nos pères avaient repoussé du territoire commun les Cimbres et les Teutons qui envahirent la Gaule , vers le VP. siècle avant Jésus-Christ (3) ; mais ils Turent moins heureux devant les Romains.
« L'an 57 avant Tère chrétienne. César entra en campagne contre les Belges. Les Calètes fournirent , pour la défense de la patrie , 10,000 hommes ; les Yélocasses, un nombre égal (&). Les Belges, vaincus dans plusieurs combats, posèrent les armes. L'année suivante. César, après avoir attaqué les Ménapiens et les Morins, qui s'étaient soulevés, conduisit ses troupes en garnison chez les Aolerques et les Lexoviens (peuples d'Évreux et de Lisieux) et dans les cités vdsines du théâtre de la guerre. Il dut traverser nécessairement le pays des Calètes et des Yélocasses , s'il ne s'y arrêta pas.
a Les Gaulois, vaincus, mais non soumis, coururent aux armes pour
(1) Parmi ceux qai sûutieDnent ou qui constatent cette traditiou, nous citerons : Chronicon Fontanellœ (IX*. siècle), c X, et Orderie Vital (XII*. siècle), Bittoria eeclenattiea, lîb. V, p. 554; lib. Xfl, p. 86&;
Robert Du Mom, Appendix ad Sigtbertum^ ad annum ii62 ;— M. Clérot, de Rouen, dans le Mercun de
France, juillet 1733, p. 1474; — Caylas, Recueil d'antiquités, L VI, p. 393;— A. Le Prévost, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ L XI, p. i et S; — C. Oussel, du Havre, Résumé analytique des travaux de ta Société havraise d'études diverses, b*,, 6*. et 7*. années, p. 10; — La Normandie souterraine^ 2*.édiL, p. Ii2 ; — A. Le Prévost et Rondeaux, Annuaire statistique du département de la Seine- Inférieur et année 1823, L I"., p. 558 ; •— Mangon de La Lande, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ année 1826, p. 212-14.
(2) Oeville, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L XI, p. 60-65, pi. 1, fig. 1 et 2; — Id., dans le Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, année 1839, p. 183 ; —Épigraphie de la Seine- Inférieure, p. 33; — Bulletin monumental, t. XXI, p. 281-356;^ Éd. Lambert, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, UXIII, p. 144-241, p(. IX, fig. 5, 7, 8 ; — Mioonel, Description des médailles antiques, U I*'., p. 82, supplément I, 149.
(3) « Belgas esseortosab Germanis.... solosque esse qui, omni GaUi& vexata, Teulooos Gimbrosque jntra fines suos ingredi prohibuerinl. • César, Commentarii de bello gallieo, lib. XI , cap. iv.
(4) c CaletosX miilia, Velocasses tolidem. • Id., Ibid.
0B LA sbinb-infAribueb. 639
défendre leur indépendance (Tan 52 avant Jésus- Christ). Vercingétorix, de la cité des Arvernes, était à leur tète. Les Yélocasses avaient envoyé à Tarmée fédérale 3,000 hommes; les Galètes, 6,000 (1). Les Gaulois furent défaits devant Alise. L'année suivante (Fan 51 avant Jésus-Christ et 702 de Rome) , les Bellovaques (peuples de Beauvais) , qui passaient pour le peuple le plus belliqueux des Gaules (2), lèvent de nouveau Tétendard, et font un appel à tous les peuples belges. Leurs voisins, les Calètes et les Yélocasses, se joignent à eux (3). Après un combat malheureux, ils sont contraints de demander la paix. Ce dernier effort fut bientôt suivi de la soumission totale des Gaules (à). »
Ce grand événement eut lieu. Tan 702 de la fondation de Rome, cinquante-un ans avant Tère vulgaire.
La population du territoire de la Seine-Inférieure , estimée aujourd'hui à 770,000 flmes, devait être de 138,000 au temps de César. Ce calcul a été fait par M. Deville , d'après les contingents que les deux peuples fournirent à la Ligue gauloise (5).
Après un silence de 1,900 ans, il nous paraît curieux de rechercher aujourd'hui ce qui nous reste de ces Calètes et de ces Yélocasses qui occupèrent, pendant plusieurs siècles, le pays que nous habitons. Que retrouve-t^n à présent de cette civilisation gallo-belge qui régna si long-temps sur cette terre fertile, commerciale, industrielle, en un mot l'nne des plus riches, des plus avancées et des mieux cultivées de TEurope? Hélas I de tout ce passé, qui ne fut pas sans gloire, il n'est guère parvenu jusqu'à nous que des débris mystérieux, véritables énigmes pour nos mœurs, nos idées, notre intelligence. Nous allons établir, en quelques lignes, le bilan monumental et archéologique de l'ère gallo-belge.
Plaçons au premier rang quelques centaines de monnaies d'or et d'argent, de bronze et de potin. Ces lambeaux de métal, précieux par les siècles qu'ils ont traversés, sont rudes de forme et grossiers de travail. Ils ne présentent point de dates* peu de noms et rarement des figures de
(1) t Belloeassis (Velocaase^ ternt (mlllia) Caleles sex. » Id., IHd», Hb. VII, cap. liiv.
(3) Id., Ihid., lib. VIII, e. n.
(8) • Caletos, Velocasiet. • Id., /6iU, lib. VII, c vu.
{h) Deville, dans le PréeU anaLytitpu de» travaux de C Académie de Rouent année 1889, pages 18A*85.
(5) Id., Vfid., année 4885, pages S4Â-52.
princes ou de chefs militaires. On y surprend assez souvent des têtes humaines, mais ce sont des types sacrés et traditionnels , servilement reproduits de Tétranger et répétés par des hommes qui ne les comprenaient pas. Les images les plus fréquentes sont le bige macédonien, le cheval de guerre et le sanglier des forêts, principal aliment de nos ancêtres. Deux ou trois noms de peuples ou de cités, deux noms de chefs sont à peu près tout ce qui nous est venu de cet âge de luttes, de combats, de labeurs et de la vie la plus dure qu'on ait jamais menée sur notre terre. Les noms de
MONRAIB DBS TiLOCASSBS.
VELIOCAOI pour les Vélocasses, de KAL, de KALET, de KALEDV, et de KALETV pour les Calètes ou Caletum (1), de RATUMACOS pour
MONNAIE DBS CALèTBS. MONNAIE 0ACL0I8B DB ROI] EN.
Rouen, puis les deux noms de SYTIGOS et de SENODON sont tout ce qui représente pour nous la géographie celtique et la dynastie gauloise des rois duYexin et du pays de Caux.
Et encore ce numéraire n*a-t-il rien de très-autonome ni de véritable* ment aborigène : c'est une importation étrangère , une imitation de la Grèce, dont les types sont copiés non pas seulement dans leur forme et leurs motifs, mais encore jusque dans leur caractère et leur consonnance épigraphique. Toutes ces terminaisons à peu près invariables en t^ en o, en u, en on , et surtout en o^ ^ ne révèlent-elles pas , dans le monnayage de nos
(i) « Nous n*hésitons pas dit M. A. De?ille, à attribuer avec Bouteronc, Leiletvei, de Lagoy, Edouard Lambert, ces légendes au pays des Calètes. Peut-être D*y aurait-il pas trop de témérité à en Taire sortir le nom de Calet, Cated, pour la ville de Llliebonne » (Bulletin monumental, t. XXJTI, p. 567).
DE LA SEINE-INFERIEURE. Ô&l
ancêtres , cette langue grecque que César surprit un jour sur les tablettes du camp des Helvètes (1)?
Le monnayage ne nous parait pas le seul emprunt fait à TOrient par Tindnstrie de nos pères. Après TafOnage deTor et de Targent, nous voyons arriver le bronze dont Talliage, interrogé par la chimie moderne, a été trouvé de même nature que le bronze égyptien des Ptoléméesou des Pharaons (2).
Ce bronze industriel ainsi mélangé est parvenu jusqu'à nous, sous trois formes principales: les armes, les instruments et les armilles. Uarmille gauloise, qu'elle se divise en bracelets, colliers, brassards ou anneaux, est assez fréquente autour de nous ; mais ou la rencontre si rarement dans la Seine-Inférieure que nous n'en connaissons aucune , trouvée de nos jours (3). Toutefois, ces découvertes ont eu lieu avant nous et, sans aucun doute, elles se reproduiront dans Tavenir.
Des épées de bronze sont sorties du lit de la Seine, et des glaives en fer ployé nous sont venus des sépultures du Hallais, des Caillettes et de Moulineaux; mais il serait malaisé de déterminer positivement la date de ces armes.
Les dépôts de hachettes ou de celtœ sont assez communs de nos jours.
\.MW^^M'M■i^
COINS BR BBONSB, TBOUVéS DANS LA SEIME-INFéBÎEDRB.
(i) I In castris Helveliorum.tabalaB reperUc sunl liUeris graecis confeclaeet ad Canarem relatœ. • Commentariiy Ub. I, c. xxit. — A LoDrcsse-RocheniÎDier (arrondissement de Sauinur), en a trouvé une pièce d'or de Philippe II, roi de Macédoine. « Il ne faut pas s*étonner , dit à ce propos M. Godard-Faullrier, de la découverte en Gaule de staières macédoniens de Philippe qui furent imités par le monnayage national , à une époque correspondant & celle des grandes migrations gauloises en Grèce. • Répertoire archéologique de C Anjou, l'«. année, mars 1860, p. 69; — M. Barthélémy, f^ouveau Manuel complet de numUmatique ancienne^ p. 87.
(3) En 1853, M. Gîrardin, alors professeur de chimie à Rouen , ayant analysé une des haclieltes dé-
couverles à Antifer, commune du Tîleol , en 18^2, trouva la composition suivante :
Cuivre, 85 85
Ëtain iA 15
Fer et plomb, traces. . .
« Ce bronze , ajoute M. Gîrardin , est identique à celui d'un poignard nnlique rapporté d'Egypte par Passalacqua et analysé par Vauquelin. » Voyez le Précis analytique det travaux de C Académie de Rotun, année 1852, p. 157; — Girardin, Analyse de plusieurs produits antiques, 2*. mémoire, pt 16. (8) Sauf peut-être au Hanouard (canton de Cany) , il y a quelques années.
DIVI8IOR6 TEftBiTOBIALES
Outre les découvertes isolées, nous pouvons signaler cinq ou six groupes de celtœ, récemment aperçus dans notre Seioe-Inrérieure (1). C'est à tel
?Bti tTSEtiT (Bima-inrtitiDu].
point que nos collections publiques en possèdent presque toutes, ei que Iwn nombre de particuliers en montrent dans leurs bibliothèques et sur leurs étï^res.
Mais il est une substance qui fut grandement travaillée et qui a laissé partout l'empreinte de sa longue durée dans la main de l'humanité : nous voulons parler de la hache de pierre, parfois nommée catae-têu, qui dut servir aux usages domestiques aussi bien qu*an service militaire, et jouer un
(i) DëpM de baclKItes dam li Toret de noumiie, en ISlS (SW/ïH'h mmumatial, L XII, p. 187) ;— h BlbeuraDauxeiiTlroiii,en ISM ('Md., p, iST-1S8)i — an T!]leDl,d>THleTBllond'AaUr^, 18 en 1811; i TourrlIle-lB-Chapelle, 30 ou iD en ISSAi id Torp, dan» la toril de BraUnne, un boa onmbre en 183D;t Barflcnr, au moi ni lien t8i6; i GoufrerillH'OKher, àdenirepriscf, au nolni S en IBM, el St> en 1S59 1 au CalidM pria Caudebec, en 18SS.
DB LA SBINS-INFélUBtiaB. 6j|3
rôle daDS les arts de la paix autant que dans les arts de la guerre. Cette bacbe, que pwtaieDt daos les combats les peuples primitifs (1), est encore aujour-
d'hui un iustrufflent de traTail très en faveur daus les Antilles françaises. C'est au point qu'en 1855 un assortiment d'outils de pierre fut envoyé par nos colonies à l'Exposition universelle de Paris.
La bacbe de pierre parait avoir étendu son empire sur tout Tensenible et sur toute la durée de la civilisation gauloise (3). U nous semble même qu'elle fut usitée par les Scandinaves qui envahirent la Normandie, et nous savons par l'bistolre qu'à Hastings elle fut maniée par les soldats de Guillaume ou par leurs adversaires (3).
Ce qui est certain, c'est qu'elle recouvre encore à présent, de ses mystérieux et innombrables débris, le sol de notre département. Ou en trouve à peu prés partout, dans les plaines aussi bien que dans les vallées. Moins beureax qu'au Vauvray {h) et qu'à Cocberel, nous n'en avons jamais
(l| Lt Umte-BibliothÈque du HaTre moDlre, m millea d'un groope d'armes et d'un Iropbte océanieD, une hadtelle de pierre qui n'a pour tout emouDcheinent qu'on élnld'éloDi^ deuini imiaintetilr l'objet dai» la fuain do grenier ou de rarllun. M, le docinir Poncbet eoMerre , dan) sa collecIioD d'hlttoire naluretle de Rooeo, une belle hache de lilei aoir nunUe du bout d*nD manche de boit, de forme carr^, e( d'une él^oceeitrtme. Celle haeheiie, donitèe par l'amlnl Cédlle, Tient de la NouTelle-Zâlande où etie riil prise en 18SS.—Si<bold, lOjaftar au Japon et aux Indes, rapporta t Lejde des anoei el dei coutesui de pierre «ensnt du Japon : ■ ceslra lipidea quibus pro cultri* Japonbe Aborigènes alebanlur. >
(3) M. Scfaajfs dit quela bâche de pierredesCeitesaétéenasagE jasqu'suHI'. élan IV*, siËele de noire tre {BulUtiti i« l'Aeadémii royale dt Belgique, t. XIII, p. 199). Il eslquestioii de hachettes en silex dans la Vie de saial Ouea de Rouen, ev^ue du VU*, siède. Vof ei Leeointre-Dupont, dans les Mémoirti de la SoeUtidet Ànli^aira dePO%ttti, L X, page 107) — Hi^Krtuire anlUologiipu de CAnJoa, mais IBSO, p. 68-71.
(>} D'apite Guillaume de PoHlen, du par M. Namur, ou se serait Ktyi d'armes de pierre au XI', sKdc i la bataille de Hastings : • Jadiai Ai^ll cuspides et diienonioi generum tela, HeTlssimas quoque «ecures et ligni* impoilu nu. • PuttieationM de ta Soeiiu artkiotogiifiu du Ltœmlmitrg, U V, n". 1S7.
(A) En tSAl, Ion delaconrECtioadnclieaiin de Ter de Paris à Rouen, on a Irouré, dans lalrsTersede Sl.-'Pierre^ln-VauTra;, mue groMe pure celtique recooirant des squelettes aotlquei accompegote de poteries gauloises e( de hMhctm m ilicxemnancbtesdaus des cornes de cerf. En IBifi, j'ai TD ces hadtElIes le de Louiien.
6kh DIVISIONS TEftAlTORIlLES
rencontré d'emmanchées dans des cornes de cerr (1). Les étangs de Brajr ne nous ont pas livré non plus tout un mobilier lapidaire, comme les batùiations lacustres de t'Helvéïie en ont donné aux antiquaires de la Suirae moderne (2). Le bassin de la Seine nous a long-temps refusé ces ébauches de haches , saturées de gangue et de limon, que prodiguent à la science étonnée les bancs alluviaux de la Somme (3). Touteroîs, depuis deux ans, il en laisse entrevoir quelques-unes dans les sablières deSottevilleeldeQuevilly.
Pour nous consoler, il nous reste , sur quelques points de ce département, des dépôts de hachettes à divers états et pour ainsi dire en travail de formation. La ciié de Limes (A) et surtout les Marettet^ prés Londinières (5) , nous ont donné des quantités considérables de hachettes de silex ébauchées, à peine dégrossies, ou des fragments brisés pendant leur confection. 11 est difficile de croire qu'il n*y ait pas eu, sur ces deux
tl] Lebraneur, Uiiioire àvilt tt tcclétiiuliqtu i» comté tCÉvreux, p. ITt )— Dom Mirtjn, La rcligUnt dtt Cauieit, u II, |i. 314, c. 310) — A. LePreiosl, Notice kiitoritpu ti arehiologiqttt ntr le déparitmau dt r£ure, p. 33, et daiu le> Uànoira de la Svdélé iTagnculture dt l'Euri, L 111, p. 3S6i — La Naitnandit toultrraine, p. 0,
(Il Magaiin piilortKpit, ie ténlit 1S9S, p. S7 ;— Trojoo, dans lu Rivue arc/iiolcgiqtu,aoum\\e iérie , l". BDDte, p. SO-13, pi. 1, % 1, 3, e, 7, 10, 11, 12, 13 ;— F. Keller, Die KtliiKhei, pfkalbaulen in dtn Scl^weiieritca, Zurich, lS5i ; — Trayon, dao» les Mémoirei dt ta SmiM dn Antiquairti de la Suitte aecidciiialt ( B arlictes ).
(S) Bouclier-de-Perihes, Antiquiiii celtiquei et anièdilviiiennet, I toI. <a-B*.; — Bulleiia de la Sociili dei Anliquairet de Picardie, année ] 8S8, D*. 1 ;— RIgoMot, Mémoire nir det intlrumentt en tilo' Iroutà à Sl.-Acheul el dans Jea MéTuoires delà Soàiii dei Aniiquaira dt Picardit, t. XIV.
(A) Feret , dans >on Rapport lu ï le Htatx du 17 décembre 1817 de la SociéU arrhiologiqiie de l'arrondiucnent de Dieppe , p. 10 ; — Catalogue de la Bibliothèque publique de Dieppe, p, 3i3 ) — Leditte- Duilus, dans \es Mànoiret de la Sociili académique de COite, I. 1"., p. 380, pi. I, Qg. 3, &, S, 7, B, 11, 11, 13, 16,19.
(5) Ledièle-DuQu , Noiiee turle mont de Catenoy, dit camp de Cètar. p. li-ia. pi. I i - Mémoire* dt la Société académique de FOite, I. I"., p. B7S-38à.
DE LA SBIKE-INFéRlBOni. Gfl5
points, des fabriques de bacbettes comme il dut en exister au camp de Caienoy, exploré par M. Lediète-Duflos, antiquaire du Beauvoisis (1). Le feu parait avoir joué un r6le dans la préparation et la taille de ces instruments primitirs; car nous avons cru remarquer sur les pierres préparées, réussies oii non, une teinte blonde et cendi-ée qui est celle du silex quand il a subi l'action du feu.
La poterie , cette première nécessité de Thomme, sa compagne si inséparable en ce monde que nos pères ont pensé qu'il ne pourrait même s'en passer dans l'antre, la poterie, dis-je, ne s'est montrée qu'à quatre reprises sur notre sol gaulois. Une première fois, ce fut il y a près de quarante ans, dans la vasie enceinte de la cité de Limes (2) . ].es trois dernières manifestations sont plus récentes. Enl85/i, elle apparutaplatte et contenant des os brûlés dans le cimetière du Hallais, près Bouelles (3) ; un an plus tard, en 1855, elle se montra cerclée de fer, sous forme d'urnes, dans les tranchées du c/MÎteau de Roberl-le- Diable, près Moulineaux (4) ; la troisième manifestation vient d'avoir lieu à la côte des CaUlrUea , près St.-Wandrille (5).
(I) la Normanéifouterraine, V. Ëdit., p. 305.
(!) Catalogue de la Bibliothèque de Dieppe, p. SIS;— Ftret, dans le Rapport, déjï elti, p. 10, 13-11; ~ H. Langlois , Du camp dt Céiar el dt In cite de Linut, inonmnmt toliin dt la ville dt Dieppe, p. P.
(8) Sipallures gauloiiea, romninei, fraHipietet noimandu, p. 8»7-ilO.
ii) Ibid., p. t-S8.
(S) Un eimelière gaulois a été renconlrt nni Caillette; >ur le bord d« la fort! du Trail . rn juiltci 1861: il conrMiit. outre les urne», des fwïdï laiice M des Èpéeiploi«es comme «elle da Vandrfuil.
6A6 DITIUOKS TEBUTORIALBt
Ces objets meubles soot les seuls qui nous soient venus des Calètes et des Vélocasses. Complétons le tableau en ajoutant les immeubles, c'està-dire les monuments adhérents au sol et qui en font encore partie. Nous en connaissons surtout de quatre espèces : les tertres, les pierres vénérées, les fontaines, les camps ou enceintes fossoyées.
Les tertres ou tumuti , vigies ou moUes, comme on les appelle dans le pays de Caux , furent abondamment semés sur notre sol ; et, malgré de fréquentes destructions, ces éminences sont encore nombreuses parmi nous. Mais il est difficile de leur assigner une origine fixe et précise ; nous croyons même qu'il y aurait erreur et témérité à leur donner une source unique, une provenance commune. Mais si quelques-unes doivent être attribuées aux Gallo-Romains, aux Francs et même aux hommes du Nord, uous pensons aussi qu'un grand nombre doivent être reportées jusqu'aux Gallo-Belges.
Mais, pour une classification de ce genre faite a priori, notre science se recounait impuissante ; car ce n'est que (Ums le sein de ces masses de terre que se trouve le secret de leur origine et, pour ainsi parler, leur acte de naissance. Malheureusement, quand on obtient ce résultat important pour l'arcbéol<^e et l'histoire, le monument lui-même a disparu.
HE LÀ SEiNE-INFÉRIBCRK. 6/i7
GéDéralement le monde archéologiqne s'est montré plus rassuré vis-à-vis des pierres et des fontaines, surtout lorsque ces monuments , naturels ou artificiels , ont été "ou* sont encore entourés de légendes sacrées, de traditions mystérieuses et, par-dessus tout, chaque fois qu'ils furent Tobjet d'une croyance^ d'une pratique superstitieuse ou d'un culte populaire.
Les dolmens, les menhirs, les allées de pierres, fréquents vers la Loire, sont rares ou inconnus aux bouches de la Seine. On cite cependant un ou deux dolmens dans la forêt de Ronvray, et nous-méme avons cru eu reconnaître un reste à la Torniole de Pierrefique (1) dont le nom est significatif.
Les autres pierres vénérées sont des roches frustes et à peine dégrossies, des pierres branlantes ou tournantes à demi-formées. Les unes affectent la forme d'un siège comme la Chaire de Gargantua, ou d'un vaste parasol comme la Pierre Gante de Tancarville. Tous ces rochers, enfants de la nature ou du hasard, sont environnés de traditions poétiques et de légendes romanesques. Ils sont aussi le théâtre d'apparitions nocturnes, de danses féeriques, et de de cérémonies cabalistisques (2). Leur nom même indique le sens caché qu'on y attache : c'est la Pierre d'État, la Pierre du Bonheur, le Clos-Blanc ^ la Chambre-aux-Demoiselles, le Fauteuil des Géants, le Tombeau du Géant, la Pierre tournante, le Pain bénit, la Roche-aux-'Diables^ la Pierre d'Enfer ou la Marche du Trésor (S),
Après les pierres , et peut-être avant elles , l'élément naturel auquel nos pères ont rendu l'hommage le plus long et le plus durable, ce sont les ruisseaux , les mares et les fontaines. Bon nombre de ces sources sacrées sont parvenues jusqu'à nous entourées de prestiges et de croyances, encore l'objet , non delà vénération, mais de la superstition des masses. Ces eaux, l'objet du culte ,de nos ancêtres, auxquelles les païens nos pères offrirent tant de monnaies , tant à^ ex-voto, tant d'images , devinrent le sujet d'une lutte longue et acharnée à la naissance du christianisme. L'apôtre du Christ ordonnait impitoyablement de combler ces sources et ces mares vénérées ;
(1) Canton de Criquetot^ arrondissement du Havre.
(2) A propof d*an grand nombre de ces pierres, le peuple raconte que, la noH de Noël, pendant ia Généalogie de la messe de minuit, elles tournent sur elles-mêmes ou se promènent autour de la fosse qui les conticnL
(3) Guilmelh, Histoire de la ville et du canton (TEibeuf^ p. 23.
0^8 DIVISIONS TEHRITOAIALBS
et chaque l'ois qu'elles oDt échappé à la proscription générale, ce fut probablemeut après avoir été saoctifiées par le baptême des premiers chrétiens. Encore aujourd'hui nous reconnaissoDS ces mares, ces Tonlaiues, ces eaui sacrées vivantes ou disparues à deux, s^nes certains : de celles qui furent supprimées par la violence ou qui disparurent naturellement, le peuple a conservé le souvenir , et leur disparition est presque toujours entourée de légendes et de traditions mystérieuses ; celles qui coulent encore reçoivent, à certaines fêtes de l'année, des baigneurs de tout âge et de tout sexe, surtout de jeunes enfants que l'on plonge dans ces eaux avec autant de foi que dans celles du baptême.
Mais il est des temps gaulois un débris solennel qui est arrivé jusqu'à nous , pour nous faire admirer la puissance du bras de nos ancêtres : nous voulons parler des grandes enceintes fossoyées , de ces camps dits de César, vieilles cités retranchées qui étonnent les générations présentes absolument comme, au temps de Tacite (1), les campements des Kymris faisaient l'admiration des Germains des bords du Rhin.
D CIHP D> C^tH 1 BRiqiemiKT, Pitl 1
Ces vastes déserts, aujourd'hui revêtus de taillis et de joncs marins, furent jadis pleins de peuples et de troupeaux. A la période des peuples pasteurs, dont l'Orient nous a conservé la fidèle image, cesencciutes durent
(0 • Veteii» lÏDiK IbEc vesli^ia inanciiL, uiruqui' ripa caslra, vc!^palia .quorum aoibili) DUOC<(iiaquc nwliari* moleiB imiiiusqiti^ gciilis cl Um niagiii eiercilus Bdew. ■ Tache, Gtrmania, cap. mvii.
BB LÀ SKINE-INF^RIBUBE. 6A9
jouer un rôle au milieu des migrations et de ia marche perpétuelle des peuples primitifs. Nous fûmes tous Orientaux à l'origine des choses, et les Arabes du désert reproduisent assez bien nos premiers pères. Les peuples nomades de nos contrées étaient sans nul doute fils de cet Orient d'où nous venons, et il est vraisemblable que ta langue, la civilisation, l'industrie, les mœurs, les croyances et les traditions vinrent avec nos ancêtres des lieux où le soleil se lève.
Les rives de la Seine et les bords de la Manche, les coteaux qui encaissent nos rivières et jusqu'aux plateaux qui dominent nos plaines, ont gardé à travers les siècles des terrassements et des enceintes qui fati* guèrent les bras des générations passées, et que les générations présentes n'ont même pas le courage de détruire. Ces camps restent parmi nous comme de gigantesques berceaux, que les enfants gardent et vénèrent pour marquer d'où ils viennent et indiquer la marche qu'ont suivie leurs aïeux (1).