ÉPOQUE ROMAINE
« Sous Auguste ou sous Tibère, les Calètes et les Vélocasses, qui jusquelà avaient fait partie de la Belgique (2), furent incorporés à la Celtique, autrement dite Gauloise, dont les limites étaient renfermées primitivement entre la Garonne, d'une part, la Seine et la Marne, de l'autre (3). Cette grande province prit alors le nom de Lyonnaise (i).
« 11 est bien probable que c'est au premier des empereurs romains issu
(1) Beaucoup de camps sont renfermés dans la Seioe-Inférieure. Nous les donnerons chacun en leur lieu, mais nous citerons ici, parmi les plus remarquables : la cite de Urne» ou camp de César, près Dieppe; ie camp de César ou du Canada^ près Fécamp; le camp de Mortagne, à Incbeville . près Eu ; les cateliera de Veuletles eide VarengevilIc^-sur-Mer; les camps de Sandouville et de Boudeville-sur-la-Seine ; le camp de la Bouieitlerie^ à VarneYille-les-Grès, celui du Boit de la Salle, à Touffreville-la-Corbeline ; le mont Gripon, à Beaubec; le mont Sainte^Catherine, à Rouen; les Vieux»Châteaux^ à Valmont; le boi» des Mottes, à Etoulteville-suHa-Mer, et le Camp des Cateliers ou les Portes de la ville , à Varenge?ille-sur-Seine.
(2) « A Scalda ad Sequanam Belgica, » dit Pline-rAncien, IIy. IV, c« x?xi.
(3) César, Commentarii, Ub. I, c. i : a Galios... a Belgis, Malrooa et Sequana dividit. *
• A Sequana ad Garumoam Celtica eademque Lugdnnensis », dit Pline, lib. IV, c xvii.
(&) On assure que ce fut Tan 7 de J.-C. , sous son 6*. consulat, dans une assemblée tenue à Narbonne, qu'Auguste créa celte division des Gaules qui dura trois siècles. G. Petit , Essai sur vn tombeau galloromain trouvé à Louviers en 1860, p. 0.
DOU DIVISIONS TEBRITOBIILES
de la fomille JuUoy que ta capitale des Calètes, dont le nom gaulois est resté incertain , dut celui de Julioàona (l) , qui revit dans le nom de Lillebonne. Rouen, capitale des Vélocasses, conserva son nom primitif.
• En passant de la Belgique à la Lyonnaise (3), les Vélocasses et les Calètes restèrent distincts et séparés. Le géographe Ptolémée, qui écrivait sous les Autonins, nomme les deux peuples et ùte Rouen, vtmuM-raç, comme la cité des premiers et Lillebonne, luiioeoMc, comme la cité des seconds (3). C'est le prunier écrivain de l'antiquité qui prononce le nom de ces deux villes.
• Assez long-temps après, sous Dioclétien ('28&-â05) , la Lyonnaise Tut divisée en deux provinces, première et secoude. Rouen devint la mélro-
(Lc noned giIlnHomui
(1) A. Le Preioa, dam les lUmoira de lu Sociiu dtê Ant^aairci de SormandU, I (1) ( Lugilunensit Gallia babel Gallelo», > dit Pliue, Ub. tv, c itu. (S)IJb.l],c Tiii.
DE LA SBINE-INFJÎRIfiURB. 651
pôle de la seconde Lyonnaise : preuve de rimportance que cette ville avait acquise et qu'elle devait, sans aucun douter à son heureuse position sur un grand fleuve navigable, et à son commerce plutôt qu'à sa grandeur relative. En effet, son enceinte romaine, dont on connaît le tracé, égale à peine en superficie le dixième de celle de la ville actuelle (i) ; le contraire a eu lieu pour Lillebonne. •
« On croit que c'est lors de cette nouvelle circonscription qu'on ajouta au territoire de Rouen, afin de donner plus de relief à la nouvelle métro pôle, la contrée comprise entre la Seine et la Rille et connue depuis sous le nom de Roumois (2).
• Pins tard, la seconde Lyonnaise fiit subdivisée en deux provinces : Lyonnaise deuxième et Lyonnaise troisième. Rouen fut encore la métropole de cette nouvelle deuxième Lyonnaise, qui se trouva restreinte au pays représenté par notre Normandie moderne. Cette dernière division, qui ne devait plus varier, parait avoir eu lieu sous Gratien (375-83).
« Les peuples des cités des Yélocasses et desGalètes ne figurent, à aucun titre particulier, dans les événements historiques qui signalèrent la domination romaine dans les Gaules et dont ils durent partager toutes les vicissitudes politiques et militaires. Cette portion de l'Empire était trop peu importante, à défaut d'événements majears arrivés sur son territoire, pour fixer l'attention des annalistes.
< Nous savons seulement, pour citer quelques faits en passant , qu'en 296, l'arniée que Constance^Chlore destinait à son expédition de la Grande-Bretagne descendit la Seine au pays des Calètes, pour rejoindre sa flotte à Boulogne (3). Elle était commandée par le préfet du prétoire, Asclépiodore (4). C'est à cette occasion qu'Ammien-Marcellin parle des camps de Constance, Constantia castra, qu'il place vers l'embouchure de la Seine (5) et que quelques savants, à tort ou à raison, croient reconnaître dans les camps de Boudeville et de Sandouville (6) .
(i) Grétceà ia bienTeillancedeM. de Caumont, nous pouvoDS reproduire ici ieplan du Roueu gallo-romain.
(2) A. Le Prévost, Annuaire du département de CEure, i83i&.
(3) Eumène, Panégyriques^ dans le Recueil des historiens des Gaules, L I*'., p. 114: « Exercitus quem Sequaua in fluctus invexerat , » dit Eumène.
(À) Tillemont, Histoire des Empereurs , t. IV, p. 31-32;— Lever, Dissertation sur Vabolition du culte de Rothy p. th, (5] Ammien-Marcelliu, liv. XV.
(6) E. Gaillard, Rtckerches archéologiques pour servir d^introduetion à un voyage dans la Seine^Infé-
« Dix ans auparavant» les côtes du pays des Galètes^ infestées par les Saxons et les Francs (1 ) , avaient été défendues par Carausius , chef de la station romaine de Boulogne (2) , qui avait fini par s'associer à leur pillage et qui s'était réfugié dans la Grande-Bretagne oit il avait pris la pourpre (3). »
Cest également vers le IIP. siècle de notre ère qu'il faut placer un événement qui n'a qu'un caractère privé, mais qui, à cette distance et dans la détresse de documents, acquiert presque l'importance d'un fait public.
Une inscription sépulcrale, conservée dans les riches galeries du Musée lapidaire de Lyon et trouvée, en 18&6 , au sein de cette métropole des Gaules, nous apprend qu'IUiomarus Aprilintiarus, originaire de la cité des Vélocasses {ex civitaie V eloctissium) , était allé à Lyon , choisi pour être uu des colons du Lugdunum^ et, après avoir été incorporé dans le collège des Utriculaires de cette grande cité, y était mort à l'âge- de 85 ans. Son fils, Aprius Illiomarus, lui avait dédié, sous le signe de Yascia , ce monu* ment funèbre qui est venu jusqu'à nous (&).
Les invasions saxonnes, au lieu de se calmer, ne firent que redoubler dans le cours du ï\\ siècle. Les rivages de la Belgique et de la seconde Lyonnaise furent tellement envahis par ces peuples qu'ils en prirent bientôt le nom et, dans l'histoire de ce temps, le Littus saxomcum marche de pair avec le Tractus armoricus. Ce fut à tel point que le gouvernement impérial dut confier à un dignitaire spécial la défense des côtes de la Manche. Âmmien-Marcellin appelle ce haut fonctionnaire c le comte de la côte maritime, » et le poète Ausone, gaulois de naissance, lui donne le titre de « duc de la rive saxonîque » et le fait résider à l'embouchure de la Seine: In duabus Belgicis erat unus dux Saxonici littoris, ad ostia
Sequanœ.
La grande invasion de barbares, si éloquemment décrite par saint
rieurc et l* arrondissement des Andelys , p. 6 ; — Id., dans le Précis analytique de rAcadémie de Houent année 1832, p. i^à ;-^L. Fatluc, Mémoire sur les travaux militaires du bords de la Seine et de la rive naxonique^ dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. IX. p. S9Â-95. 800.
(1) tt Ad observanda Oceani littora, qu» tune Franci et Saxones infeslabant , positus. » Paul Orose,
lib. VU.
(2) Eutrope, lib. IX;— Fallue, àûm\esMémoires de la Société des Antiquairêsde Normandie, t.IX, p. 29A-95.
(3) De? ille , dans le Précis analytique de rAcadémie de Houen, année 1839, p. 186-88.
(4) Celle belle pierre, haule de 1 m. A7 et large de 60 cenl., porte le n*. A66 du Musée de Lyon. Coraarmond, Description du Musée lapidaire de la ville de Lyon, p. Î98. pi. V;— Thaurin, dans les Memoires de la Société des Antiquaire» de Normandie, t. XXIV, p. 110416.
BE LA SEINE- INFÉRIEURE. 65â
Jérôme (1), qui de &06à liiO couvrit les Gaules de ruines, n'épargoa pas le pays des Calètes. Tout porte à croire que Juliobona, détruite à cette époque, ne put se relever de ses cendres, et que les Calètes, privés de leur cité, furent annexés à celle des Vélocasses, Rouen, qui dut peut-être à cette agrégation, par suite de la difficulté du choix, Tavantage de ne pas voir changer son nom en celui de son peuple, ce qui avait lieu pour les autres cités gallo-romaines (2) .
Pour se (aire une idée de l'importance de la capitale de Calètes avant cette catastrophe, il suffit d'explorer l'étendue de terrain qu'occupent ses ruines et les débris de son immense théâtre (3) .
Peu de temps après la destruction de Lillebonne^ nous voyons, sous Yalentinien III, de &23 à /i55, Rouen figurer comme lieu de résidence du préfet du corps des Ursariens, prœfectus militum Vrsariensium (4). Cette circonstance ferait supposer que la métropole de la seconde Lyonnaise n'était point entrée dans la ligue des provinces armoricaines [Traciusarmo' ricus, dans laquelle on comprend généralement toutes les côtes qui s'étendent de la Loire à la Meuse), ligue qui éclata sous Honorius, l'an &08. Ces provinces, convaincues de l'impuissance des Romains à les défendre contre les excursions des barbares» et amoureuses de leur liberté, chassèrent les magistrats et les officiers de l'Empire et se constituèrent en république (5).
(i) p. HieroiK, Epnt, XCI, ad Âgeruchiam*
(2) C'est ainsi que Lolèce, cité des Paritii, prit à celte époque le nom de Paris; Samarobriva, cité des Âmbiani, celui d* Amiens ; Genabum, c\[é ûe& Auretiani, celui d'Orléans; Cœsaromagutt cité des Bellovaques, ceNii deBeauvais; i\oviomagtu, cité des Lexovii^ celui de LIsieux; Ingena, cité des Abrincatui celui d'Âvrancfaes ; Mediolanum. ciié des Santons, celui de Saintes; Limonum, cité des Pictavii ou des Pictonê, celui de Poiliers; Auguttobona^ cité des TricaMej, celui de Troyes ; Avaricum^ cité des fiifunV/fs, celui de Bourges; Cœ$arodunum , cité des Turone» , celui de Tours ; Mediolanum^ cité dès Éburoviques ou Ëbrolciens, celui d^Évreux, etc. Cependant, nous ferons remarquer que les plus anciennes métropoles de la Gaule, celles qui furent éle?ées à cette dignité soos les premiers Césars, ne changèrent jamais leurs noms. Ainsi en fut-il de Lugdanum^ de RotomagnSf de Burdigala, de Vienna, ^Arelas^ de Narbona^ etc. 11 <en fut à peu près ainsi d^un bon nombre de villes du midi de la Gaule, telles que Marseille, Embrun, Kimes, Gap, Béliers, Orange, Avignon, etc. Il faut dire aussi que ces dernières villes avaient gardé leur» noms gaulois et n'avaient jamais subi le baplème de la conquête. Ce baptême avait, sans doute, quelque «hose d'humiliant et d'antipathique aux populations, puisque le premier acte de leur vie politique et indépendante fut de secouer le nom romain pour reprendre le nom antique et national.
<S) Devilie, dans le Précis anaiy tique de» travaux de C Académie de Rouen, année 1830, p. 488.
{k) Notitia dignitatum Impcrii, dans \e Recueil de» hi»torien» de» Gaule»^ U !*'•, p* iS7.
(5) Zozime, DeCalli»^ lib. VI;* Devilie, dans le Préci» analytique de» travaux de C Académie dt Rouen, année 1889, p. 186-89.
65ft DIVISIONS TBRRITORIALBS
L'histoire ou plutôt les monuments écrits. nous apprennent infiniment peu do cliose sur T^tat des villes, bourgs et hameaux de notre territoire départemental à la période romaine. Cependant nous sommes parvenu à tirer de divers éléments historiques, combinés, les noms de sept villes romaines dont une chez les Yélocasses, une chez lesÂulerques, quatre chez les Calètes et une dernière, que Ton peut aussi bien attribuer aux Calètes qu'aux Ambiant.
Les Yélocasses paraissent avoir possédé trois ou quatre villes rangées sur la voie romaine qui, de Troyes et de Paris, gagnait la mer à Caracotinum. Ces villes sont : /{o/oi/m^ti^ (Rouen), Ritumagns (Radepont ou Fleury-sur-Andelle) , Petromantalum ( Magny ou Arthieul ) et Briva- Isarœ (Pontoise), que plusieurs donnent aux Parisiù De ces différentes villes des Yélocasses une seule, la cité métropolitaine, appartient aujourd'hui au département de la Seine-Inférieure.
Cette cité est appelée par Ptolémée p^ro^ayoç, par l'Itinéraire d'Ântonin Latomagum^ par Âmmien-Marcellin Rotomagi^ par la Table de Peutinger RatomaguSy par la Notice des dignités de l'Empire Rotomago, et par la Notice des provinces de l'Empire civitas Rotamagensiufn.
La ville des Aulerques que possède le département de la Seine-Inférieure est Uggade, on plutôt Uggate^ mentionnée par l'Itinéraire d'Antonin et que nous fixons à Caudebec-lès-Elbeuf.
Les quatre villes des Calètes sont d'abord leur métropole, iu>«oeov« (Lillebonne) , mentionnée par Ptolémée, et appelée également Juliobona par ritinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger; Lotum, cité par l'Itinéraire et que nous plaçons à Caudcbec-en-Caux ; Caracotinum^ autre ville de 1 Itinéraire , que nous fixons aujourd'hui à HarOeur, et Gravinumde la Table de Peutinger que nous supposons à Grain ville-la-Teinturière, ou tout au moins dans la vallée de la DurdenL
Enfin, la septième ville, qui n'est mentionnée par aucun monument antique, mais seulement par des documents mérovingiens^ est Augusta que nous plaçons à Eu ou à Ouste, dans la vallée de la Bresle. Plusieurs auteurs l'appellent Augusta Ambianorum, ce qui la range chez les Ambiant dont elle était au moins frontière.
Outre ces villes dont nous savons les noms, l'archéologie nous a révélé bon nombre de stations dont les plus importantes étaient à Maulévrier,
DB LA SEINE-INFÉBiBURB.
à Barentin , dans la forêt de Brotonne, à Étretat, à Sainte- Adresse , à Dieppe , à Sainte-Marguerite-sur-Mer , à Thiédeville , sur la Saâne , à Cany, à Beauville-la-Gté, à Ârchelies, près Arqnes, à Dijeon, près Aumale, à Héricourl-en-Caux , à la cité de Farievilte, près Saint- Vîctor-r Abbaye, à la cité de Dreutles, près Cottévrard, à la ville de Hesdin^ dans la forêt des Ventes, à Fécamp et à la ville d'Orival^ près Pécamp , à Saussemare sur le Dun, mais surtout à Epinay près Mortemer et à Gailly, ainsi qu'à Sain t- André-sur- Cailly.
Les limites dans lesquelles se renferme la Seine-Inférieure actuelle sont : au nord , la Manche , appelée alors Tractus armaricus ou Tractus artnoricanuê ; à Touest, la Seine, nommée Sequana^ et les Lexovii dont la cité était Naviomagus » aujourd'hui Lisieux ; au midi , les Aulerques - Éburoviques dont la cité était Mediolanum , aujourd'hui
A. DURAND Bit liSO ^
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Évreux ; la partie des Vélocasses qui est devenue le Vexio Dormand et le YexiD français. A Test enfin étaient les Bellovaques dont la capitale était Cœsaramagus, aujourd'hui Beauvais, et les Ambiant dont la cité était Samarobrivaj aujourd'hui Amiens.
Cest au déclin de TEmpire romain et au commencement des invasions du y^ siècle, qu'apparaît pour la première fois Toi^anisation ecclésiastique de la seconde Lyonnaise. Le cbristianisjne avait été semé par couches irrégulières, peut-être dès le II*. siècle, mais à coup sûr dans le cours du IIP. Saint Denis, de Paris, semble avoir évangélisé les Vélocasses (1), et saint Firmin, d'Amiens, les Calètes (2). Saint Nicaise, l'apôtre et le martyr des Vélocasses, ne pénétra point jusqu'à Rotomagus {&) où saint Mellon établit son siège épiscopal, puis alla mourir en 311 au milieu des Calètes, dans les environs de Gravinum (&). Déjà, avant son décès et peut-être comme un premier fruit de ses prédications, sainte Honorine avait arrbsé de son sang la voie qui conduit de Juliobona à Caracotinum (5). Enfin saint Avitien, II*, évèque de Rouen, nous apparaît siégeant au milieu des pères du Concile d'Arles en 81 &. C'est le premier acte où figurent les pontifes de Rouen.
La seconde Lyonnaise, comprenant d'abord neuf cités et neuf peuples (6), n'en comptait plus que sept sous Honorius (7). Née à cette
(1) Trigan dit que saint Denis» de Paris» est Tena à Rouen et y a consacré un aatsl et une église, Hiêtaire eeciéêiastique de Normandie, t I*'. ; — au Hanouard, dans la fallée de la Durdent, est une fontaine de aaint DeniSf où Pon dit que le saint évêqoe de Paris baptisa. Les igliut de Carrondiuement <r YvetoU 2«. édit., t. Il, p. 147.
(2) La légende de saint FIrmin, dans le bréviaire d^Amiens, range les Calètes parmi les peuples que cet évéque-marlyr èvangélisa. A Sommesnil, dans la vallée de la Durdent, on montre une fontaine de êoint Firmin où Ton dit que le saint évèque d'Amiens a baptisé. Leê églises de C arrondissement <e Yvetot^ V. édit., t. II, p. 446. Pour renseignements plus complets sur ce sujet, voir V Histoire de saint Firminle- Martyr, l*\ évique d'Amiens, que vient de publier M. Cb. Salmon, pages 33-88,[288-89.
(3) Martyrisé ù Gany (Eure) , vers Tan 250. Dadré, Chronologie historiale des arckevesques de Rouen, p. ii-IA*
{h) Pommeraye, Histoire des archevêques de Rouen, p. dA; — Gallia christiana. t. XI , p. 6; — Dadré, Chronologie\historialedes archevesques de Rouen, p. 18-49t— Farin, Normandie chrétienne;^ Les églises de Parrondisseâunt d*Yvetot^ 2*« édlL» L \\, p. iOO-i05 ; — La Normandie souterraine, 2*. édiL, p. 57. 5} Martyrisée à Mélamare. en 803. — Les BoIIandistes» Aeta Sanctorum mensis februariù
(6) Ces neuf peuples et ces neuf cités étaient : Rotomagus , cité des Vélocasses i Juliobona^ cité des Calètes; Mediolanum, cité des Aulerques-Éburoviqnes ; Noviomagus, cité des Lexoviens; Ârctgenus, cité des Viducasses ; Augtutodurum, cité desBajocasses; Ingena, cité des Abrincatui\ Cosedia, cité des Unelli ,- Vagoritum ou Oximium^ cité des Sagii,
(7) Notifia provinciarum et eivitatum Gallia^ dans le Recueil des historiens des Gaules, 1. 1*'., p. i22«
DB LÀ seinb-infiSribore. 657
lamentable époque , rorganlsation ecclésiastique se formula sur Torganisation civile. Sept évêcbés, ayant leurs sièges dans les sept chefs-lieux de cité: Rouen, Bayeux (1), Avranches (2), Évreux (3), Séez (4), Lisieux (5) et Coutances (6) , se trouvèrent constitués sous la suprématie du premier d'entr'eux. Rouen était la métropole de la province et avait probablement devancé les autres cités dans rétablissement régulier de la religion chrétienne , et c'est à cette double circonstance qu'elle aura dû cet avantage (7).
Une chose qui a droit de surprendre tous ceux qui s'occupent d'histoire et surtout de l'origine des églises, c'est que Juliobona^ qui fut une capitale, n'ait pas d'évéque à nous offrir à l'époque romaine. La puissante cité des Calètes, toute mutilée par la main des barbares, n'a pu former un diocèse au berceau de la monarchie française. Ceci prouve, hélas! jusqu'à quel point ce fertile pays de Gaux, tout couvert d'établissements romains, avait eu à souffrir des invasions , et de quelle chute profonde était tombée leur capitale, puisque le christianisme, assez fort pour sauver l'ancien monde, ne
(1) Bayeux, Augu$iodurvm Bajoeassium^ Tut éYangéiisé par saint Ezupère, selon quelques-uns» en 890; selon d^autres, au commencement du V^ siècle. Son 2«. évêque fut saint RuGnien, et son 8*. saint Loap, mort vers &65, au temps d^iEgidius et de Cliiidéric. Gallia ckristianat t XI, p. 3Â6-8/i7;— Du Méril, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ U XIII, p. SlÂ-323.
(S) Arranch&s Ingénu Abrincatium ou Abrincensiunit voit apparaître son premier évêque, Nepos on Neptts, au concile d'Orléans, en 5ii. Gallia christianOi L XI, p. 666-^68.
(8) Évreux, Hediolanum Aulereorum ou Ebroieensium^ compte pourapdtre saint Taurin, que quelquesuns font mourir en 360, d'autres en 880 et uu plus grand nombre en ÀiO. Saint Gand, son successeur, mourut eu 490. Gallia christianot t. XI, p. 565-566; — Baillet, Topographie des légendes^ p. 893; — Chassant, Histoire des évêques d^EvreunCf p. 1.
{h) Séez, Vagoritum ou Osimium Satorum ou Sagioruniy fut évangélisé par saint Latuin, son premier évéque, que quelques-uns font mourir vers &00. Le sixième pontife est Litarède, ou Litard, qui souscrit au concile d'Orléans, en 511. D'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p. 565-66 ;— Galeron , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t, IX, p. 81 ;— Gallia ehrisHana^ t. XI, p. 674-675 ; — Baillet, Topographie des légendes ^ p. 491.
(5) Lisieux, Neomagus ou Noviomagus Lexoviorum, ne marque son premier évêque, Tbeudebaud, que de 588 à 549. Gallia christiana, t XI, p. 761-66.
(6) Coûtantes, Cosedia ou Constantia, cité des Unellif a pour premier évéque saint Eréptiole, que quelques-uns font disciple de saint Germain d'Auxerre, tandis que d^autres le disent converti à Rouen : il mourut en 475. Gallia christiana^ U XI, p. 868-64 $ — A. Le Prévost, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XI, p. 1 ;— L'abbé Lecanu, Histoire des évêques de Coutances» p. 28 ;— Histoire de CÉglise gaUicane, U I"., p. 802, édit. de 1828 ; — Doro Beauoier, Recueil hist^, U II, p. 784 ; — Fallue, Histoire de l'église métropolitaine de Rouen, U IV, p. 517.
(7) Deville, dans le Précis analytique de l'Académie de Rouen, année 1839. p. 190.
658 DIVISIONS TEKBITOBIALES
put le faire sortir de son tombeau. II est vrai qu'au Vil*, siècle nous voyons le Castrutn des Francs tenter une résurrection diocésaine au moyen d'un siège éphémère ; mais ce dernier effort ne servit qu'à démontrer de plus en plus son impuissance à sortir de la fosse profonde où les barbares Tavaieût enseveli.
La puissance romaine allait baissant et s' éteignant, dans les Gaules, devant les invasions successives des peuples du Nord. La portion d' Outre- Seine de la deuxième Lyonnaise, par sa position reculée et occidentale, eut moins à souffrir dans le cours du Y*, siècle des incursions des barbares, qui, après avoir franchi le Rhin et ravagé ses bords, étaient pressés de se jeter sur le midi de F Empire, que des excursions des pirates qui désolèrent plus d'une fois ses côtes. Mais, enfin, les Francs débordent sur la Gaule et la rangent tout entière sous leur domination. La seconde Lyonnaise fut obligée de subir le joug de Glovis vers Tan 497 (1). Ici, finit Tère des Romains ; Tère des Francs va commencer (2).
ÉPOQDE FRANQCE.
La période franque se partage habituellement en mérovingienne et en carlovingienne, division qui est toute chronologique et qui représente les deux grandes familles qui régnèrent sur les Gaules et sur une portion de la Germanie depuisFan 500 jusqu'à Tan 1000.
Mais, parmi nous, la domination franque finit au X\ siècle, époque où la conquête normande commence pour devenir définitive en 912. Par période franque, nous entendons donc pour notre pays la double domination mérovingienne et carlovi^gienne.
Pendant ce cycle de quatre siècles, nous commençons à posséder quelques documents écrits, rares encore, mais enfin donnant de petits
(1) Suivant BuUel, Mémoire sur la tangue celtique ^ Clovis, après avoir réuni toutfS les triboft fraDqaes, ne comptait dans ses États que 80,000 combattants de sa nation. Bulletin de la SodéU dee Antiquaire» de Picardie ^ année 1859, p. il S. — Diaprés M. Guizol, cité par M de Caumont, Court tt antiquité» monu* mentale»^ L III, p. 5&2, la bande de Francs, conduite par Clovis, n^était que de S à 6,000 hommes.— La nation entière des Burgondes se composait à peine de 60,000 habitants. De Caumont, /^i</.> t UI, p« 5&2.
(2) Deville, dans le PréeU analytique de C Académie de RoueUf année 1889, p. 190.
DE LA SBlNB-lNFiBIEUBB. 659
détails sur le pays qui nous occupe, ^ensemble de ce pays , qui , à partir de 9 j 2, s'appellera la Normandie ; qui , avant /i97 , se nommait la Gaule Lyonnaise, porta au VI% siècle le nom de France ou de Mérovingie H^j. Cependant, sous les descendants -de Clovis, notre contrée, devenue le royaume occidental des Francs , prendra le nom de ISeustria ou de Neustrie. C'est ainsi, en effet, que la nomment, au VIP. siècle, Frédégaire et les hagiographes.
Cette Neustrie, qui était beaucoup plus étendue que la Normandie actuelle , se partageait en pagi ou pays.
Le département de la Seine-Inférieure parait avoir renfermé trois et peut-être quatre de ces pagi mérovingiens ou carlovingiens.
Le premier est \^pagus Rotomagensis dont le chef-lieu était Rouen, appelé alors Rotomus, Rodamus ou liodamo. Ce pagus^ qui était limité d'abord par la Rançon ou rivière de St.-Wandrille, allait par les Baons, Motte ville, Tôtes, St-Vîctor-r Abbaye, CaiUy et Bucby, jusqu'à la vallée de l'Andelle dont il descendait le cours. Au-delà de la Seine, il partait d'Elbeuf pour gagner la Rille par la plaine du Neubourg. Les points principaux de ce pagus, ceux du moins qui sont restés dans la Seine-Inférieure, étaient les deux puissantes abbayes mérovingiennes de Gemeticum et de Fontanelta (Jumiéges et St. -Wandrille) , Duroclarum (Duclair), Bareniinum (6arentin) , le monastère de Pauliacum (Pa villy) , Caltiacum (Cailly) , Longum^ Pedanum (Longpaon, aujourd'hui Darnétal), Oscellum (Oissel) , iStirnf nr, nommé plus tard Wellebou et Caldebec ( Elbeuf et Caudebec-lès-Elbeuf ] ; mais ces deux points alors appartenaient en grande partie au pagus EbroU censis; Arelaunumi^^^^làis^Arelaune avec sa forêt, Jrelaunensissylva), aujourd'hui Yatteville et la forêt de Brotonne ; le palais de Vetera-Domus que l'on ne sait où placer, et enfin Putis (le palais de Pitres) qui ne fait plus partie du département.
{i) A quelle époque la Gaule commença-t-elle à porterie nom de France? C*est là une question intéressante et curieuse qui a exercé plusieurs grands érudits» en tète desquels il fout placer, au siècle dernier, Tabbé Lebeuf et, dans le nôtre, k» Guérard, hommes éminenlsauxque* s aucun point d^histoire nationale ne fût indifférent ou étranger. Sans entrer dans le cœur d*une question aussi ardue, aussi complexe, nous dirons que, pour cette seconde Lyonnaise que nous^babitons, le nom de Francia remplaça celui de GaUia , dès le milieu du VI*. siècle, époque où rétablissement des Francs parmi nous devient incontestable et défitiitiL — Voir Lebeuf , Dissertation dans taquelle on recherche depuis quel temps te nom de France a été en usnge pour désigner une portion des <;<ftt/es;in-lS, i7A0.
Le second pagus^ plus grand que le premier, était le pagus Caletensis qui n'eut pas de capitale proprement dite après la chute de Juliobona, mais dont le gouverneur franc , connu sous le nom de comte de Gaux , cames Caletensis ou Calciacensis^ dut résider à Fécarop, port, abbaye et château qui devinrent le séjour de prédilection de nos premiers ducs normands. Les points principaux du pagus Caletensis étaient alors : Harflor (Harfleur), Villare (T Abbaye de Montivilliers), Quite-Fteda (Vittefleur), Fellaco? (Veules), Yalmont, Blossevilla (Blosseville-ès-Plains), yicus Sancti Malioni ou Hericuria (Héricourt) , Yvetot, les Baons, Juiiobona ou plutôt Insula-bona (Lilleboone, château toujours et un moment évêché) ; enfin Dunum ou Evrardi Ecclesia (le Bourg-Dun), et , pour terminer , les abbayes éphémères de Logium et de Beteinac.
Le troisième pagus était le pays de Talou, pagus Tatogiensis, depuis le comté d* Arques. Ce pagus apparaît au ¥11% siècle, et, selon quelques savants d'un grand mérite, il n'est qu'un démembrement du pays de Caux (1) d'oii il semble sorti comme l'enfant du sein de sa mère. Quoique
M. Guérard lui assigne pour chef-lieu Envermeu (2) , localité mérovingienne fort importante, il est vrai , cependant nous pensons que le centre principal fut Arcas^ le Castrum d'Arqués auquel succéda plus tard la ville de Dieppe, connue d'abord sous le nom de Bertheville. Les points principaux du pagus furent: Edremau ou Evremou (Envermeu, si riche en sépultures mérovingiennes), Warinna (Bellencombre), Britenevallis (Berneval-le- Grand), Septemolas ( Sept-Meules ) , Torcy, Luneracum (Luneray), Gauriacum (Gueures) , Firlaicum (Villy-sur-Yère) , Longueville , St. -Victor et Auffay, l'ancien Isnelville.
Le quatrième pagus était le pagus Bracensis^ ou pays de Bray, qui parait avoir fait d'abord p^rûe du pagus Rotomagensis. Ce grand territoire géographique, composé de la longue vallée de Bray et de ses affluents, portait peut-être le nom de pagus dès le VIP. ou le VI11\ siècle. Sans cheMieu connu, il me parait avoir eu pour points principaux : Driencuria^ le vieux DrietwourU depuis Neufchâtel ; Morlemer-sur-Eanlne , Garnacum (Gour-
(1) M. Guérard, Provinces et paya de France, daus VÀnnuaire historique de la Société de Ckistairêde France, année 1887, p. 80 et 138;— A. Le Prévost» Anciennes divisions territoriales de la Normandie^ ' dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ t XI, p. AS5.
(3) Gsérard, Annuaire historique de la Société de Phistoire de France^ année 1837, p. 188.
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nay-en-Bray ) , Navum-Mercatum (Neufmarcbé, siège d'uD concile normand) ; Buris (Bures, titre de doyenné) , Landinarias ( Londinières ) , Sanctus Salvius-in-Brago (St.-Saire-en-Bray ), Ausciacum (Aucby, depuis knm2XB) , Monasterium Oolerii (Montérollier), et Cella Sancti Sidonii ( St.-Saëns ).
Enfin le cinquième pagus ^ celui qui apparaît le dernier dans Tordre chronologique et aussi par son importance, est le pagus AugensiSy depuis le comté d'Eu. Ancienne ville romaine, siège d*un château et d*un vaste archidiaconè 9 Tancienne Augusta^ connue, au temps des Francs, sous le nom d'Auga^ d'Augumond'Austa^ dut toujours être le chef-lieu d'une division administrative. D'abord resserrée entre le Yimou et le Talou (1), la juridiction de VOu parait ne s'être étendue que de la Bresle à l'Yère. Plus tard, au temps des comtes normands, elle s'étendit jusqu'à Penly, au lieu où le Yal-des-Comtes sépare le comté d'Eu de celui d'Ârques. Ce pagus, toutefois, n'apparaît guère qu'à l'époque normande : nous le proposons timidement et ne lui donnons guère pour points principaux que Blangy, Foucarmont ou l'ancien fonds de Théodoric^ le Tréport , Griel Curborius ? Virlakum (Yilly) , Sept-Meules et Gemtnapium (Gammacbes) qui n'est plus dans notre département
(1) Sui?aat M. E8taiiceliD,qai nous parait afoir raison, le comté d*£u fit aDcieonement partie du Talou dont il fut détaché à Tépoqueoù le Talou derintle comté d^Ârques. Histoire de» comtes tT Eu, p. 19-30. — a De tout temps, dit Louis Froland, le comté d^Eu a fait partie du noble pals deCaux. > Mémoires concernans le comté'-pairie cCEu^ p. 5.